‹ Du magnétisme et des sciences occultes [electronic resource]Chapitre 27 sur 54 · DE LA LUCIDITÉ. — I CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

DE LA LUCIDITÉ. — I CONCLUSIONS

talion el à erreur. Si au contraire il y a véritablement transposition des sens, la perception sera aussi nette, aussi régulière, aussi constante que quand elle s'exerce par l'organe normal. Si par exemple la nuque est devenue le siège de la vue, le sujet verra par la nuque absolument comme nous voyons par les yeux. Ainsi cette vision différerait complètement de la lucidité qui est toujours variable, incertaine et sujette à illusions.

V. Vue à travers les corps opaques. — La réalité de cette faculté est établie par les relations que j'ai citées, de Deleuze, Pétetin, Strombeck, Bertrand, Guéritant, Gregory, et de MM. Despine et Piobert Houdin. Beaucoup d'autres écrivains des plus recommandables, tels que le docteur George t et Gbardel (1), ont publié de semblables attestations. Quant à moi, j'ai connu un sujet qui, sans être endormi, m'a récité textuellement des extraits étendus de lettres que j'avais dans ma pocbe et que je n'avais montrées à personne. On trouve aussi cette vue anormale chez les Ursulines de Loudun, chez les trembleurs des Cévennes, chez plusieurs démoniaques (2) et chez les convulsionnaires de Saint-Médard. Dans les relations d'extases religieuses, il y a certainement beaucoup de parties suspectes à cause des préjugés de secte qui dirigent les auteurs et de leur passion pour ce qui leur semble surnaturel : toutefois nous pensons avec Bertrand (3) qu'il ne serait pas

(1) Voyez son Essai de psychologie physiologique, 3e édit., 1844, 1 vol. in-8

(2) Dans l'affaire de Marie Bucaille, accusée de sorcellerie, on remarque les faits suivants, consignés dans le faclum rédigé en sa faveur :

« Le sieur curé de Golleville rapporte que, ladite Bucaille étant dans une de ses extases, il lui mit dans la main une lettre au sujet de la femme d'un de ses amis, laquelle était malade ; et qu'aussitôt, sans avoir ouvert la lettre ni entendu ce qu'on lui voulait, elle se mit à offrir à Dieu des prières pour cette personne qu'elle nomma. - Le même curé rapporte que, pendant une autre extase, ayant mis entre ses mains un biilet plié et cacheté, par lequel un homme demandait des éclaircissements sur plusieurs choses, elle répondit pleinement aux demandes qui lui étaient faites, sans ouvrir le billet. »

(3) Trailé du magnétisme, p. 445 et suiv.

rationnel de rejeter tout ce qui s'y trouve, sous prétexte d'invraisemblance, et qu'il y a lieu notamment d'admettre, comme bien établies par de nombreux et solides témoignages, plusieurs relations de vue à travers les corps opaques. Cette l'acuité, toute prodigieuse qu'elle paraisse, nous semble parfaitement constatée, et nos propres observations ne nous laissent aucun doute à cet égard.

Une particularité fort étrange, c'est que le lucide voit parfois des objets fort éloignés et ne peut distinguer des cboses placées tout près de lui. Nous ne savons comment l'obstacle de nombreux corps interposés et celui d'une distance considérable n'empêchent pas la vision chez un sujet qui ne pourra voir un corps placé sur son genou. Comment a lieu cette vision extraordinaire, par quel organe s'exerce-t-elle, par quelles lois est-elle régie? Ce sont des questions jusqu'ici insolubles ; mais, quel que soit le mystère qui entoure cette faculté étonnante, ce n'est pas une raison pour refuser de se rendre à l'évidence des faits.

Rappelons que cette faculté est fort rare, que les sujets même les plus éminents n'en jouissent que d'une manière fugitive, et qu'elle est presque toujours accompagnée d'illusions qui en rendent les résultats incertains.

VL Vue, par le somnambule, de l'intérieur de son propre corps, instinct des remèdes. — La faculté de voir à travers les corps opaques devrait entraîner comme conséquence la vue de l'intérieur du corps; aussi presque tous ceux qui admettent la première, n'hésitent pas à admettre la seconde. Toutefois Bertrand fait observer qu'on manque, à cet égard, de faits décisifs. Une foule de somnambules ont décrit avec assurance l'intérieur de leur corps, et ont désigné l'état des organes, ainsi que les lésions auxquelles ils attribuaient leurs maladies. Mais on a remarqué que ceux qui n'ont pas de connaissances en anatomie commettaient de lourdes bévues, ce (iui n'empêchait pas leurs admirateurs de recueillir avec, véné-

Page 1