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que perlurbation qu'elle apporte dans les systèmes préconçus.
VIII. Vue du passé. — Nous en avons cité un exemple remarquable, attesté par Gregory, et un autre par M. Robert Houdin : nous avons eu personnellement connaissance des faits semblables, à l'égard desquels nous avons procédé à. une vérification rigoureuse. Des auteurs dignes de loi en rapportent un assez grand nombre. Nous mentionnerons spécialement M. le docteur Teste qui raconte un fait de lucidité des plus curieux, de la part du somnambule Alexis, concernant le colonel Gurwood (1). Le même auteur rapporte des exemples fort intéressants de vue du passé (2).
IX. Vue de l'avenir. — Il y a des distinctions à faire. Le somnambule peut voir d'avance, 1° les crises de sa propre maladie; 2° les crises des malades dont il examine l'état ; 3° d'autres événements dépendant uniquement du jeu des lois naturelles ; li" des événements dépendant du libre arbitre de l'homme.
Quant à la première espèce de prévision, on en voit des exemples dans les relations que nous avons citées de Bertrand, Georget et Cervello, et dans l'histoire du somnambule Cazot, consignée dans le rapport de Husson. Cabanis l'admet dans le passage que nous avons rapporté.
Il faut remarquer toutefois que souvent, quand les prédictions faites par les somnambules se réalisent, la concordance entre la prédiction et l'événement est due à l'empire que le somnambule exerce sur sa propre organisation, et que les modifications prédites n'arrivent que par la conviction où il était, qu'il devait les éprouver. Celui qui se prédit une chose, est tellement persuadé qu'elle doit arriver, que son imagination suffit pour la produire; il en serait de même si le magnétiseur lui annonçait avec autorité qu'il éprouvera telle
(1) Teste, Manuel pratique du magnétisme, 1e édit. 1854, 1 vol. in-12 p. 156.
(2) Teste, Le magnétisme animal expliqué. 1845, 1 vol. in-8, p. 293.
modification dans son état. liien que le somnambule éveillé ne conserve pas le souvenir de ce qu'il s'est prédit dans son sommeil, il y a comme une pensée latente qui agit sur lui, le détermine, sans qu'il sache pourquoi, à faire certains actes, ou dispose ses organes à subir la crise annoncée. — Voici un exemple rapporté par Puységur dans ses mémoires : une somnambule qu'il magnétisait, se prescrivit une herbe dont elle ne put ni articuler le nom, ni faire la description ; comme on lui fit observer la nécessité de la spécifier, afin d'en faire usage pour saguérison, elle dit à Puységur qu'ils iraient se promener ensemble au jardin, que dès qu'elle se trouverait près de l'herbe en question, elle éprouveraitune vive démangeaison à la main, et qu'elle serait forcée de cueillir l'herbe. Eveillée, elle perdit, comme d'habitude, tout souvenir de ce qui s'était passé dans son sommeil. Elle alla se promener au jardin avec Puységur, sans se douter môme qu'elle se fût prescrit une herbe quelconque. La première fois qu'elle se reposa, elle se plaignit d'une douleur à la main, et elle se mit machinalement à cueillir une plante qui était près d'elle. On lui demanda pourquoi elle agissait ainsi, elle répondit que cette herbe lui plaisait. A chaque station, les mêmes faits se renouvelèrent, de sorte que le bouquet se trouva suffisant pour fournir le médicament indiqué. Ainsi la somnambule avait eu assez d'empire sur ses organes pour leur imprimer à l'avance des mouvements qui, au moment où ils s'accomplissaient, avaient quelque chose d'automatique, n'étant plus dirigés par une volonté actuelle. Comme nous savons d'ailleurs que cet empire peut causer dans l'organisme une foule de modifications, on comprendra que le somnambule qui se sera prédit, par exemple, un accès de fièvre ou d'épilepsie, ou le retour de l'activité dans un membre paralysé, éprouvera ce qu'il se sera annoncé, et parce qu'il l'aura annoncé, sans qu'on puisse en conclure avec certitude qu'il ait réellement prévu son état à venir.
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Quant à la seconde espèce de prévision, un grand nombre de relations de traitement de maladies par les somnambules, attribuent cà ceux-ci la prédiction des diverses phases de maladies.
Pour les deux dernières, il s'en faut de beaucoup que les relations soient aussi satisfaisantes. C'est ordinairement après l'événement, qu'on nous assure qu'il avait été prédit. Or, de telles assertions sont toujours suspectes. On ne prend pas même la peine de consigner par écrit la prédiction au moment où elle est faite : elle n'est confiée qu'à la mémoire de quelques personnes qui en parlent à d'autres, de sorte que la prédiction, passant de bouche en bouche, s'altère nécessairement, subit différentes transformations; parmi les versions qui circulent, il peut s'en trouver qui s'adaptent cà tout ce qui pourra arriver. Quand l'événement a eu lieu, pour peu qu'il ait de rapport avec la prédiction, on est frappé du rapprochement, on travaille sans s'en apercevoir à le rendre plus merveilleux, on ne cite de la prédiction que les expressions qui favorisent l'idée qu'on s'est faite d'une véritable prévision, on élague tout ce qui ne concorde pas ; les termes vagues, ambigus sont insensiblement remplacés par des formules nettes et précises, et l'on finit par se duper soi-même. C'est ainsi probablement que La Harpe a élaboré sa fameuse prophétie de Cazotte, qui n'a vu le jour que bien des années après l'événement, si même elle n'est pas tout simplement apocryphe, car elle ne se trouve que dans ses œuvres posthumes (1).
Nous ne nions pas la possibilité de la prévision; mais nous ne pensons pas qu'on puisse citer un seul fait qui satisfasse aux conditions suivantes : 1° date certaine de la prédiction
(1) Elle est rapportée par Deleuze (Mémoire sur la faculté de prévision, 1836, in-8) et par M. Teste (le Magnétisme animal expliqué). Ce dernier auteur cite plusieurs témoins qui n'ont donné leur attestation que longtemps après la mort de La Harpe.
DU MAGNP1TISMH.
avant l'éVéhetaBHt ; 2° clarté et précision de la prédiction, de sorte qu'elle ne puisse s'appliquer qu'à l'événement; 3° constatation régulière de l'événement.
Qu'on examine de sang-froid les exemples les plus célèbres, et Ton s'assurera qu'aucun ne réunit ces conditions. Tantôt on manque de témoignages certains sur la date de la prédiction, tantôt c'est l'événement lui-même qui est entouré de nuages; le plus souvent la prédiction est tellement obscure ou conçue dans des termes tellement élastiques, qu'elle peut s'appliquer à tout et qu'elle ne prouve rien (1).
Nous avons toujours recommandé aux partisans des prophéties , de consigner par écrit celles qu'ils pourront recueillir, de les publier, si toutefois la publication peut se faire sans inconvénient, ou, clans le cas contraire, de cacheter soigneusement l'écrit et le déposer dans des archives publiques, ou du moins de la remettre à une personne digne de foi, en prenant la précaution de l'envoyer par la poste, pour que le paquet soit revêtu d'un timbre qui soit une garantie de la date. Puis, lors de l'événement,
(1) Peut-être y a-t-il lieu de faire une exception en faveur d'une prophétie remarquable de Nostradamus. Elle est ainsi conçue :
Sénal de Londres mettront à mort leur roi.
(Centuiie IX, quatrain 49, vers 2.)
Elle s'applique clairement à l'arrêt par lequel le parlement anglais a condamné à mort le roi Charles Ier. Or la première édition des prophéties est de 1555, année de la mort de Nostradamus, et la condamnation de Charles est de 1649. Il ne peut donc y avoir aucun doute à l'égard des dates. La prédiction semble donc irréprochable, et certes les prophéties juives n'offrent rien qui en approche. Toutefois il ne semble pas qu'on s'en soit préoccupé avant l'événement, et peut-être même alors l'eût-on trouvée moins nette, surtout si, au lieu de considérer isolément le vers que j'ai cité, on eût examiné l'ensemble du quatrain.
En général, les centuries de Nostradamus présentent un amas de vers baroques et très obscurs. Les commentateurs qui veulent y trouver un sens applicable aux événements actuellement connus, sont obligés de se livrer à des interprétations pénibles et arbitraires ; ceux qui ont voulu y lire l'avenir, se sont fourvoyés ; c'est ainsi que Bouys, dans ses Nouvelles considérations puisées dans la clairvoyance instinctive de l'homme, publiées en 1808, faisait prédire à Nostradamus la conquête de l'Angleterre par Napoléon I,r.
on procédera solennellement à la reconnaissance des cacheté et à l'ouverture du paquet, et l'on aura du moins la certitude que la prédiction aura précédé l'événement. Je connais plusieurs personnes qui ont procédé ainsi : je suis moi-même dépositaire de paquets contenant des prophéties... Attendons les enseignements que l'avenir nous réserve : dans l'état actuel de nos connaissances, la faculté de prévision en dehors des crises des malades ne peut être tenue pour prouvée.