CHAPITRE XIX
USAGES DU MAGNÉTISME, g 1er. — Avantagea du magnétisme.
L'utilité du magnétisme est démontrée par le nombre immense des cures qu'il a faites : son application au traitement des maladies est la seule dont se soient occupés Mesmer et ses premiers disciples ; c'est encore, et de beaucoup, la plus importante. Il n'entre pas dans notre plan de donner des détails à cet égard : il existe un grand nombre d'ouvrages où sont exposés des cas particuliers avec l'emploi des moyens, et les règles à suivre pour chaque genre de maladie.
Nous signalerons en particulier les ouvrages de MM. Du Potet (1), Mi aile (2), Aubin Gauthier (3), Allix (A) etlesAnnâles de la Société harmonique de Strasbourg (5). Du reste, comme le meilleur moyen de se convaincre est d'expérimenter par soi-même, activement ou passivement, les personnes qui conserveraient des doutes en présence de la masse imposante de tant de témoignages, n'ont qu'à se mettre à l'œuvre, et nous
(1) Du Potet, \Manuel de l'étudiant magnétiseur, 3e édit., 1854. 1 vol. gr. in-18.
(2) Mialle, Exposé des cures opérées en France par le magnétisme animal, depuis Mesmer jusqu'à nos jours. 1826, 2 vol. in-8.
(3) Gauthier (Aubin), Traité pratique du magnétisme et du somnambulisme, 1844, 1 vol. in-8.
(i) Allix, Guida elementare dello sludenle magnetizsalorc. Turin, 1855, \ vol. in- 12.
(S) Exposé de différentes cures opérées par la Société harmonique des anvs réunis Strasbourg, 1780-1789, 3 vol. in-8.
ne doutons pas .qu'elles n'obtiennent des résultats qui complètent leur conviction.
Toutefois, l'efficacité du magnétisme ne peut être admise d'une manière aussi absolue que le proclament les prôneurs enthousiastes qui en font une panacée universelle et adoptent sans restriction cet axiome de Mesmer : La nature nous offre un moyen universel de guérir et de préserver. Il y a là une exagération dangereuse : il peut être donné à l'homme de réduire la masse des maux auxquels il est exposé, mais il ne pourra jamais la faire disparaître entièrement. Il approchera de plus en plus de ce but en utilisant tous les moyens que lui enseignera l'expérience, aidée des travaux antérieurs et des lumières de la science.
De l'aveu des plus ardents magnétistes, il y a une foule de personnes qui ne sont pas susceptibles d'être magnétisées. Il est vrai qu'ils les considèrent comme faisant exception. La science actuelle n'est pas assez riche en documents statistiques sur cette matière pour qu'on puisse prononcer quelle est la proportion des personnes rebelles à l'action magnétique, par rapport à la population totale; nous ne savons donc si elles forment la majorité ou la minorité. Toujours est-il qu'elles sont nombreuses, et que, par conséquent, il y a déjà une première restriction à apporter à l'aphorisme que nous avons cité.
Les personnes sensibles à l'action magnétique le sont à des degrés très divers : il y en aheaucoup qui ressentent certains effets, mais qui ne peuvent être dominées parle magnétiseur au point de permettre à celui-ci de produire dans leur organisme les modifications qu'il désire; aussi ces personnes ne ressentent que peu ou point de soulagement.
Il serait fort intéressant de posséder la nomenclature des maladies guéries par le magnétisme , avec les relations des traitements. C'est ce qu'a essayé de faire M. Mialle : mais il n'a pu que puiser dans les ouvrages des magnétistes et reproduire leurs narrations qui, en général, laissent beaucoup à
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désirer. Plusieurs d'entre eux manquant de connaissances médicales, donnent des descriptions nécessairement erronées des cas qu'ils observent, et, sans le vouloir, trompent le public sur ia nature des maladies qu'ils déclarent avoir guéries; d'autres, toujours portés à l'hyperbole et au merveilleux, sont incapables de raconter un fait sans l'embellir de circonstances propres à en rendre le récit plus attrayant. On ne peut donc accepter la plupart de ces relations qu'avec beaucoup de réserve. Sans doute, il en résulte cette conclusion générale, et que nous regardons comme parfaitement établie, qu'une foule de personnes plus ou moins souffrantes ont été soulagées ou guéries par le magnétisme. Mais il s'en faut de beaucoup que nous soyons éclairés sur l'étendue du parti qu'on peut en tirer, et sur les cas où il y a opportunité à l'appliquer.
Le magnétisme, avons-nous dit, n'est autre chose que l'art de fasciner: il en résulte une puissance à l'aide de laquelle on peut produire dans l'organisme une foule de modifications. Aussi les maladies les plus faciles à guérir par le magnétisme, sont celles sur lesquelles l'imagination a le plus de prise, telles que les maladies nerveuses, l'hystérie, la catalepsie. Il y a au contraire des maladies où il semble que toutes les forces de l'imagination soient incapables d'apporter le moindre changement, et où le magnétisme par conséquent ne doit être d'aucune efficacité. On peut citer en première ligne celles qui sont causées par des animaux parasites, telles que la gale, les maladies vermineuses , surtout celle qui est causée par le lœnia ; il ne s'agit pas alors d'agir sur le malade, mais sur les animaux qui ont établi leur domicile dans son corps; et comme ce sont des animaux très inférieurs, on ne peut se flatter de les influencer par quelqu'un des moyens qui réussissent avec les espèces supérieures, afin de les contraindre à évacuer, d'autant plus que, selon toute probabilité, ces êtres ne peuvent vivre que dans le corps où ils se sont fixés. Les magnétistes que rien n'arrête prétendent avoir réussi dans les cas que nous venons de
citer, et notamment avoir guéri la gale et expulsé des tœïiias ; mais les récits qu'ils allèguent sont loin d'être satisfaisants, et il résulte même de la plupart d'entre eux que les malades avaient employé, concurremment avec le magnétisme, les médicaments ordinaires, et que par conséquent on ne peut attribuer au magnétisme la guérison survenue. Comme ce sont là des cas où la médecine possède des remèdes d'une efficacité reconnue et d'une action très prompte, il serait souverainement déraisonnable de les négliger pour recourir à l'action plus que douteuse du magnétisme.
Il y a encore des maladies où le magnétisme lui-même avoue son impuissance : telles sont les affections syphilitiques et même les simples blennorrhagies.
Les magnétistes prétendent avoir guéri des maladies et des infirmités à l'égard desquelles la médecine est désarmée: mais quelques-unes de ces relations sont fort suspectes et semblent dictées par la forfanterie et le charlatanisme; d'autres faites de bonne foi sans doute, mais à la suite d'observations insuffisantes, n'en sont pas moins propres à induire en erreur. Citons la surdi-mutité. — M. Lafontaine (1) affirme que, ayant magnétisé des sourds-muets, il est parvenu en quelques minutes à les faire entendre ; il donne une longue liste de ces cures, avec force certificats. Quand je lus pour la première fois son ouvrage, émerveillé d'un si beau résultat, je voulus tenter de l'imiter; j'avais pour voisine une jeune personne sourde-muette, qui avait été élevée à l'institution-modèle de Paris. Je vins trouver les parents et je leur proposai d'essayer le magnétisme sur leur demoiselle. Ils accueillirent avec empressement cette proposition, mais il fallut la soumettre à la jeune personne. On lui expliqua ce dont il s'agissait : elle manifesta une répugnance à laquelle je ne m'attendais pas. Pour la déterminer, je lui montrai le livre où étaient nommés les sourds-muets
(1) Lafontaine, l'Art dé magnétiser. 2e edit. , 1852, p. 217.
que l'auteur disait avoir guéris. La demoiselle, en voyant cette liste, y lut le nom d'une de ses camarades de pension. Elle me fit dire (par truchement) qu'elle allait écrire pour vérifier le fait. Je revins quelques jours après pour connaître le résultat de celte démarche ; on me dit que la personne désignée dans le livre était toujours sourde-muette, qu'elle n'avait jamais été magnétisée, qu'elle ne connaissait aucunement l'auteur qui prétendait l'avoir guérie, et qu'elle n'avait môme jamais entendu parler de lui. On peut juger de mon désappointement; je voulus pousser la vérification jusqu'au bout, je me rendis chez la sourde-muette qu'on disait avoir été guérie (Monlrouge, rue Neuve-Saint- Jacques, n° 1); elle et son mari me confirmèrent de point en point tout ce qui m'avait été dit; elle n'entendait aucunement. — Sans chercher à expliquer par quelle erreur le nom de cette dame s'était trouvé sur la liste, je jugeai convenable de faire contrôler un second cas. Je pris sur la liste le nom d'un sourd-muet qu'on prétendait aussi ôtre guéri, et je dus son adresse à l'obligeance de l'estimable M. Dubois, professeur à l'Institution impériale. Je me rendis chez ce sourd-muet (rue du Gloîlre-Saint-Méry, n°8) ; sa mère me dit qu'il n'entendait pas du tout, qu'il avait été, il est vrai, soumis à un traitement de M. Lafontaine, que ce traitement (non décrit dans son livre) avait consisté en frictions derrière les oreilles au moyen d'hémisphères de cuivre, et qu'il n'avait produit aucun résultat. Quand je montrai à cette dame le nom de son fils inscrit triomphalement parmi ceux des individus qui avaient dû au magnétisme leur guérison, elle en fut fort étonnée, et voici comment elle crut pouvoir expliquer cette inscription inexacte : le magnétiste qui a traité le jeune homme, a donné des séances publiques dans lesquelles il l'a présenté comme sourd-muet de naissance, ce qui a été confirmé par plusieurs témoins, puis il lui a fait prononcer quelques mots (qu'il savait déjà avant d'être magnétisé) ; l'assemblée a été enchantée et s'est figuré sans doute que du moment où le sujet parlait, il devait entendre, ce qui
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est une erreur ; car ceux qu'on appelle sourds-muets sont seulement sourds, leurs organes vocaux (du moins chez la plupart) sont bien conformés et aptes à fonctionner; on les exerce à parler. M. Dubois dont je viens de faire mention, bien que sourd-muet, parle parfaitement, comprend au mouvement des lèvres tout ce que l'on dit, et par conséquent est en élat de converser. L'erreur où sont tombées les personnes qui ont assisté à la séance, a pu être partagée par l'opérateur; c'est là du moins la supposition la plus favorable que nous puissions faire. Après la constatation de ces deux méprises, il est clair que le surplus de la liste doit inspirer une défiance légitime.
Plusieurs autres magnétistes ont affirmé également avoir guéri des sourds-muets ; les certificats, les attestations publiées ont quelque chose d'imposant. Et pourtant, après l'exemple que nous venons de citer, il est permis de conserver quelques doutes sur ce point important. Si un seul sourdmuet avait été mis en état d'entendre, rien ne serait plus facile que de donner à ce fait capital une consécration éclatante : une foule de témoins, et principalement ses instituteurs, seraient en état de rendre compte de l'état ancien du sujet, et le premier venu pourrait s'assurer qu'il entend. Comment donc se fait-il qu'un tel événement reste encore enveloppé de nuages? N'y aurait-il pas là de quoi confondre tous les incrédules? Quand les commissions académiques ont fait un appel à tous les magnétiseurs et les ont conviés à produire un fait significatif, commentne leur a-t-on pas présenté celuilà?... Si le magnétisme guérissait tous les sourds-muets, s'il en guérissait seulement la moitié, le quart, le vingtième, ce serait un bienfait immense pour l'humanité -, ce serait pour la science une conquête magnifique et incontestable. Dès qu'il serait avéré qu'un individu notoirement élevé comme sourdmuel, a recouvré l'ouïe, on s'empresserait de faire sur tous les sourds-muets l'essai du moyen qui aurait si bien réussi ; le gouvernement, qui entretient à grands frais des établisse-
menls pour ces infortunés, n'hésiterait pas à appliquer la recette, ne serait-ce qu'afin de réduire les charges du trésor; les parents, sachant que les secours de la médecine sont impuissants, et toujours disposés à écouter ceux qui leur apportent quelque espérance, seraient enchantés de confier pour quelques instants leurs enfants à un magnétiseur dont les essais ne peuvent en aucun cas faire de mal ; les clameurs de la routine ou des préjugés ne pourraient arrêter cet élan ; les magnétiseurs n'attendraient pas qu'on vînt les trouver, ils offriraient leurs secours dans toutes les familles où il se trouve des sourds-muets; ils seraient heureux d'accomplir une bonne action et de faire briller la puissance du magnétisme. Le nombre des sourds-muets décroîtrait sensiblement ; et ce serait là un résultat si beau que la résistance la plus obstinée serait fortement vaincue et que le triomphe du magnétisme serait complet. Comment se fait-il que rien de tout cela n'ait lieu?...
Nous avons déjà parlé d'une autre application fort utile du magnétisme, c'est la production de l'insensibilité sur des individus qui doivent subir les opérations chirurgicales (1). C'est leur rendre un très grand service que de les affranchir de douleurs atroces. Cet avantage devait être regardé comme très précieux avant qu'on eût découvert les propriétés anesthétiques du chloforme, de l'éther et de quelques autres substances. Ce dernier moyen, pouvant être appliqué indifféremment à tout le monde, est, sous ce rapport, bien supérieur au magnétisme qui ne peut rendre insensible qu'un petit nombre de personnes. On objecte, il est vrai, que les substances anesthéLiques causent quelquefois des accidents et même la
(1) Voici sur ce point un témoignage qui n'est pas suspect, celui du professeur Andral : « J'affirme que, sous l'influence de certaines manœuvres magnétiques par lesquelles l'individu devient somnambule, il perd toute sensibilité. En même temps, il y a isolement complet des personnes et des choses environnantes, tandis que le rapport existe avec celui qui magnétise. » [Pathologie interne. 1836, t. III, p. 345.)
mort : ces cas sont fort, rares ; mais il suffit que des eiïets funestes puissent avoir lieu, pour qu'on préfère le magnétisme qui n'offre aucun danger. On peut suivre cette règle de prudence et essayer d'abord du magnétisme, sauf, en cas d'insuccès, à en venir, comme pis-aller, aux aneslhéliques. Mais, qu'on ne s'y trompe pas, le nombre des personnes susceptibles d'être rendues insensibles par le magnétisme est extrêmement restreint, et son application à cet usage ne peut avoirlieu que très rarement. Sur ce point comme sur presque tous les autres, les magnétistes ont le grand tort de généraliser un cas particulier : à lireleurs ouvrages, on croirait que tout le monde peut être mis en état d'insensibilité, et l'on se demande pourquoi ce moyen si salutaire n'est pas employé dans toutes les opérations, c'est ce qui n'a pas lieu et qui n'est pas même tenté : car les magnétologues si prodigues d'empbase, sont très réservés quand il s'agit de se mettre à l'œuvre, surtout quand ils prévoient un insuccès qui donnerait un humiliant démenti à leurs pompeuses promesses. 11 n'y a guère que les somnambules qui puissent être rendus insensibles. On rencontre encore quelques autres personnes très impressionnables : mais pour la plupart d'entre elles, les effets sont imparfaits, elles supportent bien des piqûres d'épingles, quelques pincements; si vous allez un peu au delà, la sensibilité reparaît. En définitive, les opérations sur des individus rendus insensibles par le magnétisme sont>ssez rares pour constituer des cas curieux et à noter.
Presque tous les magnétiseurs croient à l'existence du fluide magnétique; presque tous ceux qui éprouvent les effets magnétiques croient à ce fluide ou au moins à l'existence d'un agent physique, ou bien encore à une puissance mystérieuse dont ils se font une idée d'autant plus haute qu'ils n'en soupçonnent pas la nature. Que deviendra le magnétisme si les uns et les autres, mieux éclairés, désabusés sur leur pré-
tendu fluide ou sur leur agent mystérieux, arrivent à connaître la vérité et' à se persuader que tout le magnétisme ne consiste que dans la fascination, que tous ses effets sont dus à la puissance de l'imagination du sujet?... Cette question scabreuse a été posée dès le temps de Mesmer. D'Esion, dans un de ses entretiens avec les commissaires de l'Académie, qui attribuaient tout à l'imagination, répondit que, quand même il en serait ainsi, ce serait une puissance dont on devrait tirer parti / dans la médecine, puisqu'elle produisait des effets si grands et si salutaires (1). Court de Gébelin, qui s'applaudissait d'avoir été guéri par le magnétisme, exprime sa reconnaissance dans une brochure intitulée : Lettre à mes souscripteurs, où nous remarquons ce passage adressé aux médecins : « Si l'imagination, si la nature sont de si puissants remèdes, s'ils ont tant d'efficacité, comment ne vous en rendez-Yous pas les maîtres? Comment sont-ils si puissants hors de vos mains, si faibles quand vous voulez yous en servir? Comment la confiance qu'on a en vous n'enflamme-t-elle pas l'imagination? Comment ayee cette imagination, la nature et voire profond savoir, n'opérez-vous pas les mêmes effets que vous semblez attribuer à la nature seule ou aux illusions mobiles et inconstantes de l'imagination? Avec plus de moyens produirez-vous moins d'effets? » — Le docteur Perrier, bien que grand partisan du fluide, a reconnul'importance de la médecine de l'imagination, et a publié sur ce sujet de fort bons articles dans le Journal du magnétisme (1849, t. VIII). — Voici comment s'exprime M. le général Noizet : t Les antagonistes du magnétisme animal sont tomhés dans une grande erreur lorsque, attribuant à la puissance de l'imagination ceux des phénomènes extraordinaires dont ils ne peuvent nier l'existence, ils ajoutent que les magnétiseurs conviennent qu'ils n'agissent que sur l'imagination,
(l) D'Esion, Observations sur le magnétisme, p. 46.
bientôt tout le monde sera détrompé, le charme cessera, et ils ne produiront plus aucun fait... Pour moi qui crois que la plupart des faits attribués à un agent particulier nommé fluide magnétique animal appartiennent à la puissance de l'âme de la personne sur laquelle on agit, j'affirme que le charme ne cessera pas, parce que l'attente ou la simple idée d'un effet quelconque suffit pour le déterminer chez certaines personnes douées d'une organisation particulière; parce que jamais l'abbé Faria que Ton traite de charlatan, n'a négligé de dire hautement qu'il n'exerçait aucune puissance, que toute la puissance résidait dans la personne qui se soumettait à ses expériences, et que cependant il produisait bien souvent des effets très remarquables-, parce que moi-même enfin, maintenant que mes idées théoriques sont fixées, je ne puis pas encore me soustraire à cette action morale (Mémoire, p. 1U). » Le même auteur ajoute : « Il existe des personnes douées d'une organisation et d'une sensibilité telles, qu'il suffit de rappeler fortement l'idée de certaines modifications de leur être, pour que ces modifications aient lieu aussitôt. Cet effet qui arrive presque toujours dans le somnambulisme, se remarque aussi, quoique plus rarement, sur des personnes
éveillées. »
On peut ajouter, comme preuve décisive, l'exemple de l'éleclro-biologie qui procède sans gestes, ne revendique ni fluide ni agents mystérieux, ce qu'on peut considérer comme le magnétisme simplifié, dégagé de ses prestiges et de ses chimères, et n'en a pas moins de puissance.
Les magnétiseurs, même les plus convaincus de l'existence du fluide, sont obligés de reconnaître que la plupart des effets magnétiques peuvent être produits par l'imagination, et qu'il est extrêmement difficile de discerner ce qui est dû au fluide et ce qui est dû à l'imagination -, quand ils magnétisent sans prendre aucune précaution contre la suggestion, ils ne peuvent affirmer si c'est le fluide qui agit ou l'imagination; ce
doute n'entrave nullement leur puissance. Bien plus, il leur arrive parfois de s'assurer par expérience que tel sujet n'éprouve des effets magnétiques qu'aulant qu'il est prévenu de ce qu'on veut obtenir de lui; le magnétiseur n'en est pas moins ferme dans son œuvre, donc la croyance au fluide n'est pas nécessaire pour réussir.
On ne manquera pas de moyens d'agir sur l'imagination et de produire les effets utiles du magnétisme, et ce sera à la sagacité des opérateurs de choisir, suivant les sujets et les circonstances, les expédients les plus efficaces.
L'évanouissement du fluide devra nécessairement entraîner quelques conséquences sur lesquelles nous pouvons d'avance jeter un coup d'œil.
Le mode d'opérer se lie à l'opinion qu'on se fait de l'agent dont on se sert. L'abandon de la théorie de Mesmer a eu pour conséquence la mise au rebut du baquet. Les manipulations magnétiques actuelles, quoique très diverses, sont basées sur la croyance au fluide ; on est censé, au moyen de gestes, le faire passer dans le corps du sujet, le répartir dans ses organes, l'accumuler ou le soustraire suivant les cas. Supprimez le fluide, et il est évident que tous ces procédés n'ont plus de raison d'être.
Il pourra même arriver que certains magnétiseurs, dès qu'on leur aura enlevé leurs illusions sur leur fluide bienaimé, se croiront privés de ce qui faisait leur force, comme Samson quand il perdit sa chevelure; n'ayant plus dès lors de confiance dans leur pouvoir, ils deviendront incapables d'inspirer de la confiance à leurs sujets, et ne produiront plus rien. Les sujets, de leur côté, habitués à être nourris, bourrés de fluide, en apprenant que leur aliment favori n'existe plus, éprouveront un amer désenchantement, ne croiront plus à cette espèce de magie qui leur inspirait une terreur mêlée de charme, et il ne sera plus aussi facile de les impressionner. Mais ce ne seront là que des inconvénients passagers
et transitoires : la puissance magnétique n'en existera pas moins; il ne s'agira, pour la mettre en œuvre, que de choisir de nouveaux moyens.
Le délrônement du fluide mettra fin, nous l'espérons du moins, aux magnétisations à dislance -, il en résultera une certaine décroissance dans les croyances aux envoûteurs, jeteurs de sort et obsesseurs. Ces superstitions déplorables tiennent aussi à d'autres causes dont la principale est la croyance aux diables et au pouvoir qu'ont certains hommes de s'entendre avec eux pour faire le mal; c'est aux efforts persévérants de la philosophie qu'il sera donné de déraciner ces vieilles sottises qu'un parti machiavélique entretient soigneusement, parce qu'il s'en sert pour exploiter les classes ignorantes. Mais du moins le magnétisme régénéré cessera de fournir des armes à ces sycophantes, et de contribuer à accréditer des idées monstrueuses qui produisent encore les effets les plus funestes. Cette seule considération doit suffire pour faire comprendre aux magnétisles combien il importe d'étudier à fond la nature de l'action magnétique, et combien il est urgent, dans l'intérêt de l'humanité, de répudier les erreurs que l'école magnétique a malheureusement répandues.
Le fluide étant écarté, il ne peut plus y avoir d'objets magnétisés, de talismans ni d'amulettes; le magnétisme cessera donc aussi sous ce rapport d'être l'auxiliaire de la superstition. L'eau magnétisée sera mise au même rangquel'eau de la Salette. Toutes deux sont efficaces, mais seulement chez les personnes qui y croient : du moment où le croyant désabusé ne verra plus dans ces liquides que de l'eau ordinaire, adieu la vertu merveilleuse de ces spécifiques.
§ II. — Bangcra et inconvénients dn magnétisme.
Si le magnétisme a ses avantages, il a aussi ses inconvénients et ses dangers. Nous allons énumérer les principaux :
I. A force d'entendre les partisans du magnétisme en célébrer la puissance sans bornes, rabaisser la médecino et bafouer la science, beaucoup de gens ont dû croire que c'en était fait de la médecine, que le magnétisme était un remède infaillible pour tous les maux, remède facile, à la portée de tout le monde, n'exigeant ni élude, ni savoir, ni médicaments, ni fatigue : il suffit de promener ses mains devant un malade et de lui faire prendre quelques verres d'eau magnétisée pour le guérir sans effort, sans douleur, sans avoir besoin de recourir à ces affreuses drogues dont les médecins nous empoisonnent... Combien de corypbées du magnétisme ont dépensé toute leur énergie à propager ces idées et ont cru de bonne foi servir la cause de l'humanité ! On conçoit les tristes conséquences d'un tel système. Si par hasard on tombe sur un cas où le magnétisme puisse sauver, le malade ravi de recouvrer la santé, chante les louanges de Mesmer; mais bien des gens ne ressentent que faiblement l'influence magnétique; bien des maladies ne peuvent être traitées par la médecine d'imagination et exigent l'emploi des moyens curatifs dont dispose la science, qui, bien qu'imparfaite (et elle est la première à le reconnaître), a pourtant l'avantage inappréciable de s'enrichir des études et de l'expérience de toutes les générations précédentes. La nature abandonnéeà elle-même ne suffit pas toujours pour réparer les désordres de l'organisme, et, faute de soins, le mal peut s'aggraver rapidement, de sorte que le malade qui aurait pu se sauver s'il eut appelé un médecin, peut succomber victime de sa confiance aveugle dans la thérapeutique mesmérienne.
Sans doute, on peut se contenter de l'application du magnétisme dans les indispositions légères; mais, dès que le mal prend une certaine gravité, la prudence fait une loi de recourir à cette science tant vilipendée, et qui, si elle ne peut assurer la guérison, réduira du moins pour le malade les chaneçs fatales. S'il s'agit d'un cas où le magnétisme puisse
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èlre employé comme auxiliaire, qu'on fasse choix d'un médecin qui en soit partisan, et qui l'appliquera lui-même ou en dirigera l'application.
Les hyperboles de la plupart des magnétistes, leurs prétentions ridicules, leurs sorties insensées contre la science ont été bien propres à éloigner du magnétisme les médecins : ceux-ci ont eu le tort grave de condamner sans examen, de dédaigner un système qui s'annonçait comme leur étant hostile, etdont le premier tort, à leurs yeux, étaitde ne pas porter un cachet scientifique. La réflexion, espérons-le, dissipera ces fâcheuses préventions, amènera une réconciliation : la médecine, comprenant enfin la haute portée du magnétisme, le fera entrer dans le cadre de son enseignement, l'adoptera comme un des plus puissants moyens de faire le bien, en dirigera l'emploi et en préviendra les abus ; et les magnétiseurs, guéris de leur outrecuidance, cesseront de prétendre que le magnétisme peut tenir lieu de tout, s'inclineront devant la science, et s'estimeront heureux de lui offrir leur concours.
Ces vœux étaient ceux du sage et honnête Deleuze : « Je n'ai cessé, dit-il, de demander que la pratique du magnétisme fût mise entre les mains des médecins {Défense du magnétisme, p. 79). Il m'est démontré que le magnétisme guérit quand la médecine est impuissante ; mais son usage ne sera jamais employé avec sûreté et avec un succès général qu'autant qu'il sera dirigé par des médecins éclairés, comme cela a lieu à Saint-Pétersbourg, à Berlin, à Groningue (1). » (IMd., p. 220.)
II. Les magnétiseurs ne se bornent pas à traiter les malades; ceux qui possèdent des sujets dociles se livrent sur eux à toutes sortes d'expériences, les uns dans un but sérieux
(1) Tel était également le vœu de Puységur, qui demandait môme que les médecins eussent seuls la direction de l'emploi du maguétisme. (Voyez Recherches sur le somnambulisme , p. 121 et 399, -Du magndlismc animal, 1308, p. 217,218.)
d'éludé, d'autres pour s'amuser ou satisfaire une vaine curiosité; il y en a enlin qui l'ont métier d'exhiber leurs sujets comme phénomènes vivants, el ont besoin, pour atlirer les spectateurs, de présenter des effets bizarres, étonnants. On se fait alors un jeu de manier un organisme humain comme s'il s'agissait d'une mécanique inanimée dont on puisse à volonté démonter, fausser, briser les ressorts; on ne s'inquiète nullement de la santé, de la raison du sujet : on opère in anima vili, on peut tout se permettre.
Il peut résulter de ces expériences de graves inconvénients; nous invoquons sur ce point une autorité respectable, celle du docteur Charpignon. « J'ai parlé, dit-il, du danger que pouvait présenter l'expérience de paralysie et de catalepsie que l'on établissait à volonté sur les membres des somnambules, phénomène qui pouvait se continuer dans l'état de veille. » (Page 244.) Il cite l'exemple d'une dame sur laquelle on s'amusait à paralyser à volonté tel ou tel membre: au réveil, la voix ne reparut pas; il fallut appeler un autre magnétiseur qui eut beaucoup de peine à lui rendre l'usage de la parole. Il rapporte un autre exemple d'une personne qui, au réveil, resta en catalepsie du bras droit : cet état se prolongea plusieurs jours, et ne céda qu'à l'emploi de médicaments et de beaucoup d'efforts.
Produire l'insensibilité, la paralysie, la catalepsie, sur tel ou tel organe, c'est introduire artificiellement une maladie : on se flatte, il est vrai, de la faire disparaître en vertu de la force qui l'a créée; mais on ne peut répondre de cette force si peu connue et si capricieuse : il ne peut être sans danger de suspendre ainsi la vie, de jeter à plaisir la perturbation dans le corps d'une personne.
Il y a des magnétiseurs qui accélèrent ou ralentissentle pouls et l'arrêtent même tout à fait, qui produisent la catalepsie totale, de manière que leur sujet présente pendant quelques minutes l'apparence d'un cadavre. Sont-ils bien
sûrs de ranimer la vitalité qu'ils ont si imprudemment suspendue ? Ne s'exposent-ils pas à déterminer une suffocation ou une congestion, et par suite la mort {!)?...
11 ne peut être permis, même dans l'intérêt de la science, de compromettre ainsi la santé et la vie des personnes. A plus forte raison doit-on condamner énergiquement de pareilles épreuves faites par des gens dont la science n'a rien à attendre, et qui n'ont en vue que leur amusement ou leurs intérêts mercantiles. Ce sont là des excès qui rappellent, en diminutif, les saturnales des convulsionnaires de Saint- Médard, où le même agent a produit d'abord quelques guérisons, puis des effets plus ou moins bizarres, et où enfin le dérèglement de l'imagination a enfanté des scènes monstrueuses, dont le récit inspire le dégoût et la pitié. Que le magnétisme s'arrête sur la pente où veulent l'entraîner les expérimentateurs à séances étonnantes, les faiseurs de tours; ou bien, à force d'enchérir les uns sur les autres, on en viendra à copier les horreurs des convulsionnaires.
Le magnétisme produit quelquefois des effets que le magnétiseur n'a pu prévoir, et dont il ne peut se rendre maître. Les traités sur ce sujet en rapportent un très grand nombre d'exemples. Le docteur Zambianchi, dans une relation adressée à la Gazzetta médicale degli Stati sardi, du 19 juillet 1858, raconte qu'ayant eu à traiter une jeune fille sujette à des accès de catalepsie, il eut l'idée d'employer le magné-
(1) « Le magnétisme mal dirigé peut occasionner des accidents graves. Je l'ai vu produire des malaises généraux, des douleurs vives, des céphalalgies opiniâtres, des cardialgies violentes, des paralysies passagères, mais fort incommodes et fort douloureuses ; un ébranlement nerveux général qui dispose à toutes les névroses; une fatigue excessive, une grande faiblesse, une maigreur extrême, la suffocation, l'asphyxie ; et je ne doute pas que la mort même n'en pût être le résultat, si l'on s'avisait de paralyser les muscles de la respiration. L'aliénation mentale, la mélancolie en ont été fréquemment la suite. Tels sont les effets fâcheux que l'on a souvent à déplorer. » (Rostan, Dictionn. deméd., v° Magnétisme.)
tismc, qu'il ne connaissait que pour en avoir entendu parler. Dès les premières passes, la malade tomba en somnambulisme et devint insensible ; mais quand le docteur ehercba à la tirer de cet état, il ne put y parvenir, malgré tous ses efforts. Il élaitfort inquiet et redoutait des accidents. Ce ne fut que le lendemain matin, qu'il songea à faire venir un magnétiseur expérimenté, qui enfin parvint, non sans peine, à faire cesser le somnambulisme, qui durait depuis treize heures. Eclairé par cette leçon, il reconnut la puissance du magnétisme, mais en recommandant de ne l'employer qu'ayec beaucoup de prudence.
Le somnambulisme est certainement un état morbide, comme le reconnaissent plusieurs médecins instruits, notamment M. Rostan (v° Somnambulisme) (1) ; et il est bien probable que l'habitude d'un pareil état est contraire à la santé, et que notamment la tension anormale des fonctions du cerveau doit à la longue entraîner de graves altérations de l'organisme. M. Charpignon est affirmatif sur ce point, et s'exprime ainsi : « Le somnambulisme répété deux à trois fois par semaine ne fatigue pas, mais s'il a lieu chaque jour, et même pilleurs fois dans la journée, il ne tarde pas à épuiser les forces et à rendre sujet à des affections nerveuses. » (P. 212.) — Nous appelons là-dessus l'attention des médecins qui peuvent avoir à traiter des somnambules de profession. Pour que leurs études soient instructives, ils auront à s'assurer que dans les séances ordinaires le somnambulisme est bien réel ; car il est certain que beaucoup de somnambules tenant des bureaux de consultation font semblant de dormir afin de ne pas se fatiguer, suppléent à la lucidité par l'adresse à deviner, et se tirent d'affaire de manière à
(1) n Le travail du cerveau n'est pas sans danger pour les somnambules. J'en ai vu auxquels on faisait des questions difficiles à résoudre, faire de tels efforts qu'ils en étaient malades; il en résultait du trouble dans les idées, de la mélancolie, des céphalalgies violentes, » (Rostan, v° Magnétjssie )
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maintenir l'achalandage de leur maison. Ceux-là, bien entendu, ne compromettent pas leur sanlé, et ne pourraient fournir aucune lumière sur la question que nous indiquons ; ce sont les vrais somnambules qu'il faudrait étudier.
Le somnambulisme présente encore, pour le sujet, d'autres dangers que signale ainsi le sage Bertrand : « Si l'influence que les somnambules peuvent exercer sur leur organisation peut être tournée à leur avantage, elle peut aussi leur devenir extrêmement funeste, et ceux qui les dirigent ne sauraient apporter trop d'attention sur ce sujet. Rien n'est plus commun que de voir les malades éprouver les accidents les plus fâcheux par suite des idées qu'ils ont en somnambulisme ; ces faits sont en général méconnus par les magnétiseurs, et les somnambules se trouvent souvent, à cet égard, victimes de l'ignorance de ceux qui leur donnent des soins. J'ai vu souvent, dans le cours de certaines maladies nerveuses, les somnambules éprouver une suite d'accidents journaliers dont ils n'avaient jamais eu à se plaindre avant d'avoir été magnétisés. On trouve, dans la Bibliothèque du magnétisme animal, l'histoire d'une malade, mère de six enfants, assez jeune encore et qui n'avait que des couches heureuses; magnétisée, elle tomba en somnambulisme, eut une fausse couche. Depuis cette époque, son imagination s'élantsans doute frappée de ce malheur, elle le redouta toutes les fois qu'elle devint enceinte; et clans l'espace de trois ans, elle prédit trois nouvelles fausses couches qui eurent lieu. Elle finit par succomber à sa maladie. » {Du somnambulisme, p. 292.)
III. Dans beaucoup d'expériences magnétiques, on s'attache à produire des perturbations non-seulement sur les organes du sujet, mais aussi sur son moral, et c'est là notamment le principal objet de l'électro-biologie, telle que l'ont exercée jusqu'ici la plupart des praticiens. On rend un individu momentanément idiot, on le fait marcher à quatre pattes, miauler comme un chat, hurler comme un loup, elç
Nous avons rapporté plus haut les succès, dans ce genre, de M. Philips. En un mot, on s'étudie à troubler la raison du sujet, aie faire extravaguer, à l'abrutir. N'est-il pas à craindre qu'on ne réussisse trop bien, et que môme après la cessation de la séance, l'esprit ne reste obscurci, égaré, hébété? Conçoit-on que par désœuvrement, ou sous prétexte de recherches psychologiques, on ose se livrer à des exercices aussi odieux et qu'on se fasse un jeu de dégrader la nature humaine? Conçoit-on que des personnes sensées poussent l'oubli de leur dignité jusqu'à se prêter à ces misérables farces?.. On ne saurait trop flétrir ces abus du magnétisme, dont les suites pourraient être extrêmement funestes.
Dans le somnambulisme, le sujet est le plus souvent dominé par le magnétiseur, qui peut à son gré lui inculquer ses goûts, ses opinions; la volonté du sujet s'efface devant celle de son maître (1). Cet asservissement complet, cette abdication du libre arbitre, ne laissent pas que d'être effrayants.
S'il faut croire beaucoup de magné-tistes recommandables, le magnétiseur peut imposer au somnambule des ordres qu'il devra exécuter dans son état de veille; le sujet, réveillé et rentré dans la vie normale, ne conserve aucun souvenir de ce qui lui est arrivé, et semble parfaitement affranchi de l'influence qui tout à l'heure le subjuguait ; mais cet affranchissement n'est qu'apparent, il se trouve entraîné, sans le savoir, par une force secrète et irrésistible à accomplir ce qu'il a promis pendant son sommeil; ses organes, pareils aux rouages d'un automate, obéissent à une volonté dont il n'a pas conscience : il est comme un terrain passif dans lequel a été déposé un germe qui se développe à l'instant prescrit. — Les
(1) « Le magnétisme, dit M. Pigeaire, n'est pas sans danger sous le rapport delà moralité publique. Le somnambule est sous la dépendance de son magnétiseur ; celui-ci le conduit à son gré et selon son bon plaisir ; l'autre n'a plus de volonté, n'a plus de pensées qui lui appartiennent, il est entièrement passif. » (Puissance de Véleciricilé animale, 1839, 1 vol. in-8, p. 308.)
USAGES DU MAGNÉTISME. ôlï
relations, dignes de foi, de ces sortes de phénomènes ne s'appliquent, en général, qu'à des prescriptions concernant la sauté du sujet (voy. ci-dessus pages 199, 200), ou à des actions se rattachant étroitement à ses intérêts; et alors, en passionnant le somnambule pour un but dont il apprécie l'utilité, on lui fait imprimer à ses organes une impulsion qui subsiste même quand il n'a plus conscience de l'acte volitif qui l'a déterminée. Mais, en dehors de ce cercle, il n'est pas certain que le magnétiseur puisse exercer sur lui le même empire ; et à défaut de faits bien constatés, on doit regarder comme douteuses les prétentions émises à cet égard. Pour l'honneur de l'humanité, il est à désirer qu'elles ne soient pas fondées; car, autrement, il y aurait de quoi s'effrayer à la pensée du pouvoir terrible qui en résulterait: des hommes pervers pourraient se servir du somnanbulisme pour dresser leurs sujets, en faire des instruments aveugles de leurs desseins, et commettre ainsi des crimes dont l'auteur matériel et apparent ne serait qu'une machine sans responsabilité morale, tandis que le véritable coupable, abrité dans l'ombre, resterait impuni et môme inconnu. Ce serait en quelque sorte la réalisation de ce qu'on raconte du Vieux de la Montagne et de ses séides.
Ceux qui font du somnambulisme un spectacle de curiosité présentent souvent une expérience qui consiste à inspirer au sujet telle ou telle passion. Si le sujet a quelques agréments physiques, si, dans sa physionomie, dans sa pantomime, il montre de l'animation et de la grâce, le spectateur est satisfait comme il le serait d'une scène théâtrale, et il n'y attache pas plus d'importance; cependant les conséquences peuvent en être nuisibles. Il n'en est pas du somnambule comme de l'acteur; ce dernier, même quand il représente avec le plus de vérité un personnage, quand il exprime avec le plus d'énergie ses sentiments et ses passions, ne s'identifie pas avec lui au point de perdre sa personnalité; il ne s'expose
donc pas à la contagion des vices dont il a été l'interprète ; une fois le rôle joué, l'acteur n'en conserve pas l'empreinte, et il redevient lui- même. -Phèdre peut être chaste, Harpagon généreux, Tartufe noble et sincère, Orcste bon fils, et ainsi de suite. Chez le somnambule, au contraire, il y a confusion complète entre l'acteur et le personnage-, les sentiments inculqués pour une séance sont réellement éprouvés par le sujet, prennent racine dans son cœur, s'y développent et finissent par modifier le caractère. Si du moins les magnétiseurs, dans ces sortes de jeux, ne cherchaient qu'à inspirer des penchants vertueux , ils pourraient moraliser quelquesuns de leurs sujets; et, tout en faisant des réserves sur le choix du moyen, on pourrait applaudir au résultat. Mais ce qu'on veut avant tout, c'est étonner, amuser, et la yerlu semblerait bien fade à ceux qui se repaissent de ces sortes de spectacles; leurs sens blasés ont besoin d'être réveillés par des mets fortement épicés ; il leur faut l'exhibition de passions brutales; il ne leur suffit pas qu'elles soient exprimées par un langage poétique ou par la magie des beaux-arts, ils veulent une réalité matérielle, palpable. Il s'est trouvé des opérateurs pour les servir à souhait ; il y a surtout un magnétiseur qui s'est fait en ce genre une célébrité sui generis. Ses sujets sont des jeunes filles qui, à son commandement, entrent dans des transports furieux de lubricité; semblables à des bacchantes, foulant aux pieds toute pudeur, toute bienséance, elles se livrent avec frénésie aux emportements de la volupté, et, pour qu'on n'aille pas croire que ce n'est qu'une comédie habilement jouée, le directeur fait voir les résultats matériels comme preuves irrécusables de la réalité. Des expériences semblables ont été faites aussi sur déjeunes garçons. — Je demande pardon au lecteur de l'avoir entretenu un moment de ces turpitudes; elles contiennent un enseignement, car il ne s'agit pas d'un fait isolé, d'une fantaisie dont la responsabilité n'appartiendrait qu'à celui qui l'aurait conçue
IS.lGKS DU M.\GNL.TISME. M-O
ou exécutée. Le magnétiseur dont je viens de parler a eu un succès prodigieux, il a travaillé devant la haute aristocratie , il a eu pour prône urs et pour habitués de ses séances des notabilités en tous genres, des magnétistes fameux, et particulièrement des écrivains religieux qui, dans leurs ouvrages, professent l'orthodoxie la plus rigoureuse unie au mysticisme le plus exalté, prêchent la chasteté, le mépris de la matière et des sens, et mêlent les accents de leur lyre aux concerts des anges. Ces poètes magnético-séraphiques ont chanté la nymphomanie et glorifié son inventeur. Cette application du magnétisme, protégée par des parrains aussi respectables, a trouvé des imitateurs, et la débauche s'est enrichie de ressources qu'ignorait Héliogabale. — Quant aux malheureuses filles qui, pour un modique salaire, se prêtaient cà ces expériences, c'étaient en général des prostituées, habituées à satisfaire tous les caprices du libertinage, non par goût, mais par nécessité. Par suite de ces exercices magnético-érotiques, le tempérament de plusieurs s'est trouvé modifié, elles ont été dévorées d'une soif immodérée de plaisir; en un mot, la nymphomanie, qui est une véritable maladie, leur a été inoculée. En outre, leur santé a été gravement altérée par tous ces excès, qui entraînent ordinairement la consomption et une mort prématurée.
Nous dressons le bilan du magnétisme ; la nécessité nous faisait un devoir de porter ce triste article à son passif.
IV. Quand un malade subit un traitement, n'importe par quel système, il est clair qu'il doit se soumettre à toutes les conséquences du régime qu'il a choisi. S'il se fait magnétiser, son rôle est des plus simples ; il ne consiste qu'à laisser opérer le magnétiseur, qui fait ses passes suivant les procédés qui lui sont habituels : du moment qu'il s'agit de guérir une personne, peut-être de lui sauver la vie, tout est grave et solennel.
Mais quand il ne s'agit que d'expériences de curiosité., on
*W 1>U MAGNÉTISMH.
doit examiner avec plus de soin la convenance de la position où Ton se met, des actes opin l'on exécute cl de l'aspect qu'on présente; on a à sauvegarder sa dignité. Or, celui qui assiste à certaines expériences de magnétisme doit se demander comment des personnes qui se respectent, consentent à accepter le rôle de sujets, surtout si ce sont des femmes. On leur fait prendre toutes sortes d'attitudes, souvent fort disgracieuses ; on leur met les membres en catalepsie, on les fait promener ayant les bras en croix, on leur fait tirer la langue; pour constater l'attraction, on les fait marcher, courir à la suite du magnétiste, comme un petit chien qui suit son maître; on les rend insensibles, et l'on invite les spectateurs cà venir les tater, les pincer, les piquer, les palper en tous sens; si même on a affaire h des incrédules, on pousse les choses plus loin, on enfonce des aiguilles, on fait couler le sang, on arrache des poils, etc. S'agit-il de suggestion, on leur fait dire toutes sortes de sottises, on les enivre, on les fait trébucher, parler d'une voix avinée; on leur fait voir un talisman imaginaire au bout d'un kâton, et, pour posséder ce bijou précieux, le sujet va courir de tous côtés, renverser les personnes, fouiller dans leurs poches, bousculer tout. Pour prouver que le sujet est devenu adhérent au parquet, chacun vient chercher à l'enlever, malgré ses efforts pour ne pas quitter le sol; il se roidit, se démène, gesticule avec force et excite l'hilarité générale. Pour montrer sa puissance, le magnétiseur force le sujet cà rester la bouche ouverte, sans pouvoir rapprocher les mâchoires, on lui fait faire une foule de grimaces ou de contorsions plus baroques les unes que les autres. La galerie rit aux éclats, exprime bruyamment sa satisfaction ; le sujet ne se doute pas de ce qui se passe autour de lui et augmente la gaieté générale par le sérieux avec lequel il poursuit un but ridicule qui lui est imposé par son magnétiseur. Si le sujet n'est pas isolé, et s'aperçoit qu'il fait une singulière figure devant les spectateurs, il veut quit-
ter l'attitude grotesque où on l'a mis; mais il n'y peut parvenir, il s'impatiente, se dépile comme un enfant, et ne réussit qu'à être encore plus ridicule; la galerie trépigne d'admiration.
Je ne puis m' expliquer comment il se trouve des gens qui, sans nécessité, veulent bien jouer un tel rôle et ne se sentent pas humiliés d'être traités comme une chose, comme un instrument; comment ils peuvent consentir à abdiquer leur personnalité, à se prêter à toutes les fantaisies de magnétiseurs que souvent même ils ne connaissent pas, à entrer dans un état dont il ne leur restera pas de souvenir. Il y a là oubli de toute bienséance, de toute dignité.
V. Le magnétisme donne lieu à un danger beaucoup plus grave quant aux mœurs. Bailly, dans son rapport secret, l'a signalé avec force. Des personnes de différent sexe, réunies au baquet, éprouvant des crises qui surexcitaient le système nerveux et la sensibilité, soumises à des frictions sur différentes parties du corps, entraient dans des accès érotiques, et beaucoup de femmes étaient ainsi amenées à des transports voluptueux. Le baquet n'existe plus; on magnétise généralement sans frictions et même sans contact, par de simples passes à distance. Les résultats ne sont donc plus les mêmes, mais le danger n'a pas disparu, il s'est seulement modifié. s
Le somnambulisme, qui était inconnu du temps de Bailly, est devenu très commun, et presque tous les magnétiseurs essayent de le produire sur leurs sujets, même quand ils agissent dans un but de guérison. Le somnambule peut être facilement mis dans un état d'insensibilité absolue; on conçoit qu'alors un homme immoral peut tout oser à l'égard d'une femme, et celle qui aura subi le plus lâche des attentats n'en garde aucun souvenir, et ne sait même pas qui elle doit accuser de son malheur. Quelques magnétisles ont prétendu qu'un tel crime était impossible, que la somnambule à
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la pudeur de laquelle on voudrait altenler trouverait dans son indignation assez de force pour résister, et que cette lulle produirait le réveil. Il est possible que les choses se soient passées ainsi quelquefois; mais on a eu tort d'en tirer une règle générale. Les vives émotions causent aux somnambules des convulsions sans amener le réveil, et môme sans détruire l'empire qu'exerce sur leurs organes le magnétiseur. Ainsi, le plus souvent, leur résistance serait vaine; mais, bien plus, il n'y aura môme pas de résistance : il en est beaucoup qui peuvent être réduits à un état de passiveté et d'insensibilité complètes, de manière à ne pas même s'apercevoir de ce qui pourra leur être fait; les facultés de l'âme sont déviées, la volonté est frappée de léthargie, rien alors ne peut contrarier une entreprise criminelle (1).
Supposons au magnéliseur moins de perversité. S'il lui répugne de ne s'adresser qu'à un corps inerte, si au viol il préfère la séduction, rien ne lui sera plus facile que d'obtenir le consentement de la somnambule dont il dirige en maître absolu les pensées et les sentiments, à laquelle il inspire à son gré toutes les passions, dont il façonne la volonté. On sait que le somnambule devient tellement différent de luimôme, qu'on le considère comme ayant une double existence, comme s'il y avait chez lui deux individualités distinctes, dont l'une connaît l'autre sans en être connue. Il pourra donc se faire que la somnambule amoureuse, pendant ses sommeils, de son magnétiseur, soit heureuse de tout lui accorder, et que, dans son état de veille, elle n'ait pour lui que de l'indifférence, et ne se doute pas qu'elle l'ait jamais aimé.
(1) Une jeune fille de Marseille s'étant plainte de ce que son magnétiseur avait abusé d'elle pendant son sommeil et l'avait rendue enceinte, les magistrats consultèrent des autorités médicales sur la possibilité d'un tel attentat. Une réponse affirmative a été donnée par MM. Coste, directeur de l'École de médecine, Broquier, chirurgien en chef de l'Hôlel-Dieu, et Devergie, professeur à Paris. (Voyez l'Union magnétique du 25 septembre 1858.)
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Sans doulc on éviterait beaucoup de mésaventures si l'on prenait la précaution de ne se faire magnétiser qu'en présence de témoins ; et c'est ce que recommandent lous les magnétologues consciencieux, tels que Deleuze,' dans son Instruction pratique. Mais combien de circonstances peuvent faire déroger à cette mesure, et que de dangers cet abandon peut faire courir à la femme qui consent à se faire magnétiser!
Mais, quand même les séances n'auraient lieu qu'en présence de témoins respectables, quand même on ferait choix, pour magnétiseur, d'un homme d'honneur, incapable d'aucune inconvenance, il est un autre danger dont on ne serait pas garanti. Quand c'est un homme qui magnétisé une femme, il arrive très fréquemment qu'elle éprouve, indépendamment des effets proposés, un trouble étrange, des sensations pleines de douceur et dont elle ne peut se rendre compte; elle s'enivre du regard du magnétiseur, se sent attirée vers lui par un charme irrésistible. Il n'est pas nécessaire qu'il y ait sommeil pour que les choses se passent ainsi. La femme alors s'étudie k cacher ce qu'elle ressent ; elle ne sait ellemême si c'est de l'amour ; quelquefois elle cherche à se persuader que le plaisir qu'elle éprouve n'a rien d'illicite ni de compromettant, elle désire ardemment le retour des séances-, la vue de son magnétiseur suffit pour la plonger dans une sorte de ravissement; son approche, son contact, la font frémir. Elle se repaît avec avidité des sensations que lui cause la magnétisation, qui devient pour elle un besoin. En réalité, c'est bien l'amour qui s'est. emparé d'elle, amour souvent passionné, indomptable; mais parfois cet amour n'est qu'un attrait physique, combattu non-seulement parla raison, mais aussi par le cœur. Ces sortes de passions, pleines d'amertume et de remords, font le tourment des personnes qui en sont possédées, et, loin de conduire à une union heureuse et honorable, n'enfantent que désordres et calamités.
Nous allons citer quelques exemples empruntés à des partisans du magnétisme.
Le docteur Bellanger, dans son ouvrage sur le magnétisme (1), raconte qu'une jeune dame, mariée à un homme fort âgé, eut une maladie grave; on appela, pour la soigner, un jeune médecin qui jugea que le magnétisme pouvait être efficace, et qui se chargea lui-même de l'appliquer. Les effets en furent très satisfaisants; la malade devint somnamhule et éprouva promplement une grande amélioration. Dans ses accès de somnamhulisme, elle devint éperdument amoureuse de son magnétiseur, et lui exprima ses sentiments en termes brûlants. Le médecin, pénétré de la sainteté de sa mission, repoussa ces avances; et, sentant combien la position devenait périlleuse, il abrégea le traitement, et rompit toute relation avec sa cliente. Il est à remarquer que celle-ci, dans l'état de veille, était fort calme et indifférente; on pourrait dire qu'elle était étrangère à la passion de la somnambule, comme s'il y eût eu dualité de personnes. — Au bout de quelques années, la jeune dame se trouva de nouveau atteinte de la même maladie. Le mari, reconnaissant des bons soins du médecin, le rappela et l'invita à faire usage du magnétisme, qui avait si bien réussi. Le médecin éprouva quelques scrupules et fit des objections; mais, vaincu par l'insistance du mari, et pensant que le temps avait dû dissiper ce qu'il regardait comme un caprice amoureux, il finit par accepter et se remit à magnétiser. Le somnambulisme apparut aussitôt, et la somnambule, embrasée d'un feu plus violent que jamais, adressa les provocations les plus énergiques à son médecin. Celui-ci, fidèle à ses devoirs, chercha à faire entendre la voix de la raison; mais il était jeune, sensible : pouvait-il lutter longtemps contre les séductions d'une femme charmante et passionnée? Il succomba, et dès ce moment il s'établit
(1) Le magnétisme ; vérités et chimères de celle science occulte. 1 vol. in-12,
entre les deux amants une liaison intime qui n'avait d'existence que pendant le somnambulisme, cl dont la femme n'avait pas la moindre idée dans son état de veille. Elle devint enceinte. Le mari, se sachant étranger à cette paternité, éclata en vifs reproches; sa femme jura, de la meilleure foi du monde, qu'elle n'avait aucun reproche à se faire, qu'elle n'aimait personne, qu'elle n'avait manqué à aucun de ses devoirs. Ses protestations, ses larmes, furent regardées comme une vaine comédie; le fait éclatant, irrécusable, ne démentait-il pas ses déclarations d'innocence? Le médecin seul avait la clef de cette énigme; il ne pouvait s'expliquer, car il n'eût pas par là réussi à justifier sa complice. La malheureuse, outrageusement repoussée par son mari, accablée par l'horreur de sa situation, devint folle, et mourut de désespoir dans un asile d'aliénés.
Le docteur Teste rapporte (1) une histoire moins lamentable, mais non moins instructive. Ayant été appelé à traiter une princesse étrangère qui souffrait d'un mal de genou, il employa le magnétisme, et obtint dès la première séance quelque amélioration; on convint qu'il se rendrait, le lendemain soir, chez elle pour la seconde séance. Le lendemain malin, de très bonne heure, la dame alla au domicile du magnétiseur, et, ne l'y trouvant pas, alla à son bureau où l'on supposait qu'il pouvait être, puis à son imprimerie, et manifesta un vif mécontentement de ne pas le rencontrer. Le soir, M. Teste alla chez elle à l'heure indiquée, et lui demanda ce qu'elle avait eu de si pressant à lui communiquer. Elle baissa les yeux sans répondre; puis, comme il insistait, elle dit en rougissant : « Je vous en prie, monsieur, ne me le demandez pas. » Il s'aperçut très bien de l'influence involontaire qu'il exerçait sur la malade, et de la nécessité d'y apporter un prompt remède. 11 se tint sur la réserve. Le lendemain, la
(1) Magnétisme animal expliqué. 1845, 1 vol. in-8, 7e leçon, p. 265.
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princesse lui écrivit une lettre qui prouvait combien l'amour faisait de progrès dans son cœur : elle l'aimait, disait-elle, comme un vieil ami dont les intérêts lui sont plus chers que les siens, etc. Cette singulière épître se terminait par une injonction pressante et non motivée de se rendre auprès d'elle, ce qu'il fit. « Après quelques minutes d'explosion, poursuit M. Teste, je lui dis qu'un événement imprévu me forçait de quitter Paris le jour même, pour un temps dont il m'était impossible de prévoir le terme ; qu'au surplus je m'étais trompé sur la nature de sa maladie,' et que le magnétisme ne lui convenait pas. Renoncez-y, croyez-moi, ajoutaije ; dût-il même vous guérir, ny ayez jamais recours. »
M. Du Potet m'a rapporté qu'un médecin ayant fait la cour à une femme mariée et n'ayant pu rien obtenir, la décida à se laisser magnétiser par lui ; il amena le somnambulisme, et en profita pour triompher d'elle. Il eut l'impudence de se vanter de cette action honteuse.
Je terminerai sur ce sujet en rapportant une anecdote dont j'ai eu personnellement connaissance.
J'eus un jour avec une dame une discussion sur la réalité des envoûtements; je traitais de chimérique le pouvoir des envoûteurs, mon interlocutrice soutenait la thèse contraire, et, à l'appui de son opinion, elle me fit cette confidence : « Il y a quelques années, ayant beaucoup entendu parler du magnétisme, j'eus la curiosité de l'essayer sur moi-môme. Un homme avec lequel j'avais des relations de société s'offrit avec empressement pour me magnétiser. Il avait une physionomie dure, l'œil noir et perçant-, il m'inspirait une sorte de frayeur mêlée de curiosité. La magnétisation ne produisit rien de remarquable. Un jour, le magnétiseur, se trouvant seul avec moi, me fit une déclaration d'amour. Je lui défendis de m'adresser un pareil langage. Comme il ne tint aucun compte de ma défense, je fus obligée, pour mettre fin à ses poursuites, de le congédier. Alors il me dit avec colère, que
je serais à lui malgré tout, qu'il me dominerait, mieux encore de loin que de près, que chaque jour je sentirais les effets de sa puissance, el que je serais plus tard obligée de venir lui demander grâce. En effet, ses menaces s'accomplirent, du moins en partie; chaque jour, je me sentais magnétisée par lui, j'étais paralysée, suffoquée. Son image me poursuivait partout, ses paroles retentissaient sans cesse à mes oreilles, je ne pouvais trouver ni repos ni sommeil. Quand il m'arrivait par hasard de rencontrer mon persécuteur, il me lançait un regard ironique et semblait jouir de son triomphe. Je passai deux ans en proie à ce supplice. Jamais je n'eus l'idée d'aller m'humilier devant mon bourreau. Enfin, je trouvai un magnétiseur sage et compatissant, c'était un vieillard. Ses douces paroles commencèrent par m'apporter quelque consolation ; son action magnétique acheva de me guérir. » — Bien que cette dame m'ait assuré qu'elle n'avait éprouvé pour son premier magnétiseur que de la haine et de l'effroi, je crois avoir démêlé mieux qu'elle-même ce qui s'était passé dans son cœur : le magnétisme avait allumé chez elle un amour physique qui était combattu par une répulsion morale; les menaces du magnétiseur avaient augmenté la force de ces deux mobiles dont la lutte avait été pour elle la source de souffrances cruelles, et elle avait attribué à un pouvoir mystérieux ce qui n'était dû qu'à la force de ses propres sentiments.
En résumé, le magnétisme peut devenir dangereux sous le rapport des mœurs, quand il amène un état où la volonté est paralysée, pervertie ou asservie, ce qui arrive le plus souvent dans le sommeil magnétique; il est sans danger quand le jugement et la volonté conservent leur intégrité.