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CHAPITRE XX

USAGES DU SOMNAMDULISME.

La lucidité des somnambules rend incontestablement de nombreux services. Une foule de malades ont reçu d'eux des indications auxquelles ils ont dû leur guérison : bien des personnes, grâce à leurs conseils, ont retrouvé des objets d'un grand prix; d'autres ont obtenu des renseignements précieux dans des cas difficiles. Il existe à cet égard des attestations très nombreuses. La lucidité n'est donc pas seulement une faculté merveilleuse, un magnifique sujetd'études pour la science, c'est aussi un utile instrument.

Il est important de rechercher quel parti on peut en tirer, quel degré de confiance on doit lui accorder. Les magnétistes sont divisés sur ce point. Les uns adoptent pour règle d'obéir aveuglément à tout ce que prescrivent les somnambules. D'autres sont d'avis, au contraire, que leurs prescriptions doivent être contrôlées avec soin, et qu'il ne faut s'y conformer qu'avec beaucoup de réserve et de précaution.

Les premiers suivent les traditions de l'inventeur du somnambulisme, de Puységur, qui s'exprime ainsi : « Si pendant trente ans que je les ai observés, j'en avais vu, je ne dis pas dix, mais un seul qui se fût une fois trompé sur ce qui le concerne, je n'aurais de confiance en aucun cas. » {Recherches et expériences, p. 5û). La confiance sans borne est prêchée par le docteur Frappart, au moins quand le somnambule se prescrit à lui-même un traitement : « Ma longue expérience, dit-il, m'a appris que jamais un somnambule, quand il se prescrit quoi que ce soit, ne se le prescrit mal à propos, puisque toujours on le sauve, quand on suit exactement toutes ses prescriptions (Charpignon, p. 126). » Le docteur Charpignon, auquel son confrère Frappart adressait

cette solution, va beaucoup plus loin et veut qu'on suive aveuglément les prescriptions du somnambule, soit qu'il s'agisse de lui-même ou d'autrui. « La confiance en la lucidité est tellement indispensable au magnétiseur, que, sans elle, il peut compromettre la vie du malade; car s'il veut modifier les prescriptions du somnambule, il dérange complètement leur effet... Une fois la confiance acquise, il faqt irrévocablement se rendre esclave des volontés du somnambule qui prescrit un traitement. Je sais combien on se trouve parfois embarrassé; car, dans les maladies graves, les somnambules demandent souvent une médication tout opposée aux connaissances de la médecine classique, et qui, selon les règles, devrait donner la mort. Il n'y a pas de transaction possible ; c'est à vous cà consulter vos forces avant d'entreprendre un traitement magnétique (p. 270) . Soyons fermes et sans hésitation quand un somnambule que nous connaissons indique un traitement qui semble meurtrier ou irrationnel (p. 210). Dès qu'on est sûr de la lucidité d'un somnambule, il faut lui obéir aussi aveuglément que lorsqu'il parle pour lui-même (p. 212) (1). »

Les partisans de cette doctrine peuvent se diviser en trois classes, selon le degré d'autorité qu'ils accordent aux somnambules :

1° Les uns ont pour règle de se conformer aux réponses somnambules sur quelque sujet que ce soit.

2° D'autres ne demandent la soumission aveugle à leurs prescriptions que quand il s'agit du traitement des maladies.

3° D'autres enfin ne consentent à cette soumission que pour les cas où le somnambule prononce sur sa propre santé.

(1) M. le docteur Bellanger prétend que les somnambules qui se prescrivent des poisons, peuvent en faire usage sans en ressentir aucun mal - mais il ne désigne pas les poisons qui ont été ainsi employés ; il serait curieux de savoir si quelque somnambule a pu prendre impunément des substances corrosives telles que l'acide sulfurique ou l'eau régale.

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Il y a encore une distinction à faire. La plupart des magnétistes ne reconnaissent comme infaillibles que les somnambules dont la lucidité a été éprouvée. Mais ce n'est pas ainsi que l'entendait Puységur "/dès qu'un malade tombait en somnambulisme, on l'interrogeait sur son état, c'était même là le seul sujet sur lequel on provoquait sa lucidité ; et ses réponses, quelles qu'elles fussent, étaient acceptées comme faisant loi, sans qu'aucune expérience préalable eût prouvé qu'il fût lucide ou qu'il eût même des dispositions à le devenir. Cette méthode de Puységur a encore un grand nombre de partisans.

S'il existait des êtres privilégiés, qui, non-seulement verraient ce qui échappe au commun des hommes, mais encore ne seraient jamais sujets à l'erreur, dont les appréciations seraient toujours d'une parfaite exactitude, on comprendrait qu'ils inspirassent une confiance illimitée : il ne serait pas rigoureusement logique de conclure du passé à l'avenir ; toutefois le nombre des cas où ces personnes auraient vu juste, augmenterait de plus en plus la probabilité de leur infaillibilité au moins relative, et les chances d'erreur seraient, réduites au point de pouvoir être négligées dans la pratique. Mais où trouver ce phénix de lucidité qui ne s'est jamais trompé? Certes ce n'est pas chez les somnambules. On peut poser à leur égard les règles suivantes : 1° Les somnambuleslucidessont excessivement rares. 2° Chez les meilleurs somnambules, les accès de lucidité sont fort peu communs.

3° Dans les meilleurs accès de lucidité, le vrai est toujours mêlé au faux.

h° Les sujets même les plus lucides sont également impressionnés du vrai et du faux, sans pouvoir discerner la réalité de l'illusion ; et il n'existe, ni pour le voyant, ni pour les autres personnes, aucun moyen de reconnaître s'il

esl en veine de lucidité, ou si au contraire il est le jouet de fantômes.

Tous ceux qui ont fréquenté les somnambules, et qui ont quelque expérience à ce sujet, confirmeront ce jugement, j'en suis persuadé. Allez consulter sur une question précise, et qui comporte une vérification facile, les dix lucides les plus célèbres de Paris, recueillez textuellement leurs réponses, et vous verrez combien la vérité (si même il s'en trouve) sera en faible proportion avec l'erreur. Alexis est certainement le lucide le plus extraordinaire qu'on ait vu depuis longtemps : eh bien, j'ai entendu son magnétiseur Marcillet reconnaître qu'il lui arrivait souvent de se tromper; M. Delaage, son historien, qui a épuisé, pour faire son éloge, toutes les formes du dithyrambe, confesse que son héros paye le tribut à l'humaine faiblesse, et commet parfois des bévues. A plus forte raison en est-il de même des somnambules inférieurs qui se décernent pompeusement à eux-mêmes les titres d'extra-lucides, de sibylles incomparables, etc.

Que signifie la règle d'après laquelle on doit obéir aveuglément aux somnambules dont la lucidité a été constatée? Est-ce à dire qu'il suffira qu'un sujet ait donné des preuves de lucidité, pour qu'ensuite on soit tenu d'accepter sans examen ni contrôle tout ce qu'il dira ; ou exige-t-on que sa lucidité ne se soit jamais démentie, qu'il n'ait pas été une seule fois pris en défaut? Dans la première hypothèse, on agirait d'une façon évidemment déraisonnable : car, si un somnambule s'est trouvé un certain nombre de fois lucide, et que dans d'autres cas il ait commis des erreurs, il s'ensuit que sa lucidité est variable; et comme on n'a aucun critérium pour distinguer les moments où elle se manifeste, comme le somnambule, qnand il bat la campagne, a la conviction de voir juste et de posséder une lucidité supérieure, il est clair qu'il faudra toujours être sur ses gardes et soumettre toutes ses réponses à un contrôle sévère; sans

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quoi, on s'exposerait à être entraîné par lui dans les erreurs les plus calamiteuses. Si au contraire on n'admet comme somnambule éprouvé que celui qui a exercé sans jamais se fourvoyer, je n'hésite pas à déclarer qu'un tel somnambule n'existe pas et n'a jamais existé ; et au surplus, parmi les prôneurs actuels du somnambulisme, il ne s'en trouve peutêtre pas un qui ne reconnaisse qu'il n'y a pas de somnambule infaillible. Donc ce somnambule éprouvé à la voix duquel tout doit obéir, est un être de raison, un mythe ; et al ors la doctrine qui réclame pour les lucides une confiance illimitée, devient sans danger, parce qu'elle est inapplicable.

L'erreur est de l'essence du somnambulisme qui n'est qu'une phase du sommeil, de même qu'elle est de l'essence du rêve. Le somnambule, on ne saurait trop le répéter, est continuellement trompé par son imagination, et prend pour des réalités tous les fantômes qu'elle lui fait apparaître. Ce n'est que par exception, qu'au milieu de ce délire, il voit des objets réels en vertu d'une faculté intermittente qui ne jaillit que par éclairs. On est alors étonné, confondu de la prodigieuse perspicacité du somnambule qui a pu ainsi apercevoir ce que nos moyens ordinaires ne peuvent découvrir ; dans l'enchantement où nous plonge ce phénomène, nous sommes portés à croire que la nature humaine est dépassée, et que l'individu qui a manifesté une faculté si merveilleuse, est un être supérieur, capable de découvrir tous les secrets, un oracle pour lequel la vérité n'aura plus de voiles. C'est là l'erreur funeste où précipite une admiration irréfléchie, et qui est journellement propagée par beaucoup de partisans du somnambulisme. Parmi eux, il en est qui vivent de cette industrie et qui ont tout intérêt tà accréditer l'excellence de la lucidité, afin d'attirer le plus de clients possible dans leurs cabinets de consultation. Mais il se trouve aussi des hommes désintéressés et consciencieux qui contribuent à ré-

pandre cette doctrine, et c'est là un travers d'esprit qu'il est difficile d'expliquer.

Demandez-leur, en effet, s'ils ont connu un seul somnambule qui ne se soit jamais trompé : ils répondront qu'il n'en existe pas, que la perfection absolue est une chimère ; et néanmoins en vous vantant la lucidité supérieure de tel somnambule, ils déclarent qu'il faut accepter toutes ses réponses et se bien garder de les soumettre à aucun contrôle. Demandez alors à juger par vous-même de la clairvoyance de ce sujet éminent : mettez-le cà l'épreuve en le questionnant sur des matières où vous puissiez reconnaître s'il a vu juste. Peut-être obtieudrez-vous réellement quelques réponses qui prouvent de la lucidité -, mais à coup sûr il y en aura d'autres qui seront erronées; et, on ne saurait trop insister sur ce point, le somnambule, si remarquable qu'il soit, verra ou croira voir avec la même certitude ce qui est et ce qui n'est pas, sera également impressionné par l'un et par l'autre. Gomment dès-lors irais-je lui confier la direction de ma santé ou de mes intérêts, et suivre aveuglément ses prescriptions? Il déclare que telle lésion intérieure est cause de ma maladie, que tel remède doit me guérir. Peut-être voit-il juste, mais peutêtre aussi voit-il faux : comment le saurais-je? Tout à l'heure, par exemple, quand je l'-invitais à décrire mon appartement où il n'a jamais été, il déclarait positivement voir des choses qui n'existent pas, ou bien, en examinant près de moi un de mes amis, il donnait, relativement à sa santé, des affirmations que je sais parfaitement être fausses. Peut-être, maintenant qu'il s'agit de moi, est-il semblablement halluciné; peut-être, au contraire, est-il éclairé par cette lumière mystérieuse dont il reçoit quelquefois les rayons. Malheureusement il n'existe aucun moyen défaire cette distinction. Je dois donc douter, et, dans le doute je commettrais une imprudence énorme, si je suivais des conseils qui peuvent me sauver, mais aussi qui peuvent me perdre. On ne saurait trop

déplorer l'aveuglement de ceux qui, sur un peut-être, aventurent leur sanlé, leur vie, leursfortune (1).

Ainsi la raison condamne l'obéissance aveugle aux couseils des somnambules. D'un autre côté, ceux qui veulent qu'on n'en tienne aucun compte, par le motif que les somnambules se trompent souvent, ne procèdent pas d'une manière judicieuse : car du moment qu'il est établi que les somnambules ont quelquefois des illuminations sur des eboses qu'on ne peut découvrir par les moyens ordinaires, il s'ensuit qu'on peut trouver cbez eux des indications précieuses qu'on aurait tort de négliger. La prudence commande de prendre un moyen terme, de soumettre les réponses à un contrôle sévère, et de les adopter quand on s'est assuré qu'il n'y a aucun danger.

S'agit-il, par exemple, d'un objet perdu? le somnambule peut vous indiquer une personne comme coupable de vous l'avoir dérobé, et donner avec assurance les détails les plus précis sur le détournement. Il est très possible que, dans cette révélation, il n'y ait pas un mot de vrai-, on ne devra donc pas, sur une telle autorité, accuser la personne signalée-, non seulement il serait déraisonnable de se contenter d'une pareille indication pour adresser aux magistrats une plainte qui serait dénuée de fondement, mais encore on serait coupable de manifester des soupçons injurieux et même de retirer son estime à celui que désigne le somnambule. Seulement, comme il n'est pas impossible que celui-ci ait vu juste, il sera bien permis de cbercher à s'éclairer sans scandale, sans démarche blessante. On questionnera le somnambule sur

(l) M. le docteur Gromier, dans son estimable brochure intitulée : Qu' est-ce que le magnétisme? s'exprime ainsi sur les consultations des somnambules: « Depuis longtemps, j'ai cherché et recueilli avec empressement toutes les prescriptions sorties de ces offices divinatoires. C'est pitoyable d'absurdité et d'audace. L'audace va quelquefois sur les limites du crime; j'ai vu de ces prescriptions dont les doses seraient capables de produire de terribles empoisonnements (p. 40). »

les moyens de découvrir des preuves-, si l'on ne peul en obtenir, son indication n'aura aucune suite. Mais il arrive quelquefois qu'il donne la marche à suivre pour retrouver l'objet dérobé et confondre le coupable, et alors on a à s'applaudir d'avoir eu recours à ses avis. On conçoit combien, en pareil cas, il faut user de ménagements et d'adresse, et quels malheurs peut entraîner la précipitation résultant d'une confiance excessive.

Voici un cas où les indications ont été couronnées de succès : M. A., honnête négociant, membre de la Société du Mesmérisme, et dont je suis obligé de taire le nom par des motifs que le lecteur comprendra, m'a affirmé les faits suivants : « Ayant à faire un fort payement à la fin de 1857, je m'aperçus qu'il manquait , dans ma caisse, une somme de 1,700 francs, et un examen attentif ne me fit découvrir aucune trace d'effraction. J'avais seul la clef de la caisse, je portais toujours cette clef sur moi, et je ne savais à quelle cause attribuer ce déficit. Je ne soupçonnais personne -, trois individus seulement avaient quelquefois accès dans mon bureau, savoir : ma femme, mon frère et ma belle-sœur, dans lesquels j'avais toute confiance. — Voulant pénétrer ce mystère, et prévenir peut-être d'autres détournements, je m'adressai à madame Ogier, somnambule dont j'avais entendu vanter la lucidité. Son mari me fit observer préalablement qu'en ces sortes de matières, il ne fallait accueillir qu'avec beaucoup de prudence les réponses des somnambules, et que les plus clairvoyants commettaient souvent des erreurs. Il endormit sa femme à qui je présentai des objets ayant appartenu aux trois personnes en question, sans rien dire qui pût les désigner : elle examina successivement ces objets. Quant aux deux premiers, elle me dit que ça venait de deux personnes qui étaient mes parentes, et qu'elles étaient étrangères au fait qui me tourmentait. Quand elle eut palpé le troisième objet, elle exprima une vive douleur mêlée d'effroi,

Si

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et elle refusa de s'expliquer. J'insistai, il me fallut de grands efforts pour vaincre sa répugnance. Enfin , elle se décida à me faire des révélations qui lui coûtaient beaucoup. Il s'agit, dit-elle, d'une personne de votre maison; elle a trahi votre confiance, c'est elle qui vous a enlevé la somme qui vous manque. Elle me désigna minutieusement la personne, sans dire toutefois que ce fût ma femme; le portrait était fort exact au physique et au moral. — Hésitant encore à croire à cette découverte, je demandai par quels moyens avait été commise la soustraction. Voici ce que me répondit la somnambule : La personne dont il s'agit a toujours sur elle un trousseau de clefs parmi lesquelles il y en a une qui ouvre votre caisse, quoique avec un peu de peine; c'est de cette clef qu'elle s'est servie ; il y a bien longtemps que dure ce manège, et elle a détourné bien des sommes cà plusieurs reprises. Elle a serré tout cela dans des meubles qu'elle ouvre avec les clefs de son trousseau, et elle change souvent de cachette; cherchez dans tel et tel meuble; il y a plus que vous ne croyez; il y a quelques pièces d'or, il y à aussi des billets de banque; ils sont pressés, froissés, et même un peu déchirés. Peu de jours après, je voulus vérifier l'exactitude de ces déclarations : je trouvai moyen de m'emparer du trousseau, et je reconnus effectivement qu'une des clefs ouvrait ma caisse. Après avoir essayé les diverses clefs, je trouvai, dans les endroits que m'avait désignés la somnambule, quelques louis et la somme de 5,500 francs en billets de banque qui étaient froissés et déchirés, comme elle me l'avait annoncé. »

On nous assure que la police de Paris emploie des somnambules pour se guider dans ses recherches; nous ne savons si le fait est exact; en tout cas, cet usage du somnambulisme pourrait rendre des services sans offrir de danger, parce que les fonctionnaires qui recourent à ce moyen d'investigation, ont assez de jugement et de prudence pour ne voir, dans les renseignements qu'ils obtiennent, que des indications qui

demeurent secrètes, sans jamais causer de scandale ; ils peuvent ainsi être mis sur la trace des malfaiteurs, et découvrir des délits ensevelis dans l'ombre.

Quand il s'agit de maladies, ce qui est le sujet le plus fréquent des consultations, il y a plusieurs précautions à preadre: d'abord, si le cas est grave, le mieux est de ne consulter un somnambule qu'avec le concours d'un médecin ; car autrement, quand même le somnambule ne prescrirait que des remèdes inoffensifs, il pourra se faire qu'une médication inefficace fasse perdre un temps précieux, et que le mal s'aggrave et devienne incurable, tandis que la médecine ordinaire aurait eu des moyens de vous sauver. En général, il vaut beaucoup mieux faire intervenir un médecin qui, unissant les lumières de la science à celles que pourra fournir le somnambule, pourra suppléer à ce qui lui manque, et corriger les écarts d'une fausse lucidité.

S'il n'y a pas de médecin, on distinguera les prescriptions évidemment inoffensives de celles qui peuvent présenter quelque danger; en cas de doute, on s'adressera à un homme compétent. Quant aux remèdes qui n'ont rien de nuisible, on pourra en faire l'essai, et il arrive souvent qu'ils suffisent pour amener la guérison. Pour les remèdes dangereux, il n'y a pas à hésiter, on doit les rejeter, malgré les protestations des prôneurs enthousiastes qui prétendent que ce qui est ordonné par les somnambules ne peut jamais fairé de mal. Il y a des médicaments qui ne deviennent dangereux qu'autant qu'ils sont pris à une certaine dose, ou qu'on ne peut administrer qu'avec certaines précautions ; il serait souverainement imprudent d'en faire usage sans l'avis d'un médecin, d'autant plus qu'en général les somnambules ont des idées très confuses des quantités et commettent souvent à cet égard des erreurs grossières, comme de prendre des décagrammes pour des décigrammes, ou des grammes pour des grains, etc.

Deleuze, dont les magnétistes ne contesteront pas l'aulo-

rilé, se prononce formellement pour le contrôle : « Tous les magnétiseurs sages ont dit qu'on pouvait avoir recours à la lucidité des somnambules, mais qu'il fallait s'en méfier lorsqu'ils consultaient pour d'autres que pour eux-mêmes, et que la prudence exigeait qu'on s'adressât à un médecin éclairé, et qu'on ne suivît les indications des somnambules qu'autant que ce médecin les aurait approuvées. » (Défense du magnétisme, p. 73) (1).

Malheureusement, la plupart de ceux qui consultent les somnambules suivent ponctuellement leurs prescriptions, négligent tout contrôle, et en réalité remettent leur santé aux chances aveugles du hasard. 11 en résulte de nombreuses catastrophes dont la cause réelle ne peut, le plus souvent, être constatée à cause du soin que prennent les parents ou amis de la victime, de taire tout ce qui pourrait les compromettre ainsi que le somnambule.

Il est certain que les somnambules voient beaucoup mieux quand il s'agit de leur propre santé ; mais on a eu tort d'en conclure qu'ils ne se trompaient jamais, et qu'on devait se conformer à leurs prescriptions, quand même ils s'ordonneraient des poisons ou un traitement condamné par la science. Le somnambule, il est vrai, est quelquefois guidé par un instinct semblable à celui qui porte certains animaux à manger les herbes qui doivent les guérir. Mais comment distinguer s'il obéit à la voix de l'instinct, ou à celle de sa lucidité réelle ou supposée? Ce n'est pas spontanément qu'il s'ordonne

(1) Deleuze faisait bien peu de cas du somnambulisme; voici comment il s'exprime à ce sujet : « Je désire vivement de réussir à convaincre mes lecteurs de la réalité et de l'efficacité du magnétisme; mais je n'attache aucune importance à les convaincre des phénomènes du somnambulisme. J'ai dû en parler pour qu'ils ne se trouvent point embarrassés dans le cas où cette crise se présenterait naturellement à eux. Mais quand ils ne croiraient pas un mot de ce que j'en ai dit, il n'y aurait pas grand mal ; ils soulageraient et guériraient tout de même les malades en les touchant avec patience, attention et volonté.» (Histoire critique du magnétisme, t. I, p. 201 et Défense du magnétisme animal. 1819, 1 vol.in-8, p. 5'J.)

USA.GË& DU SOMNAMMJLISME. O»0

uaremcde; il a été sollicité à en faire la recherche, bercé de l'idée que le somnambulisme devait le rendre lucide ; il est donc exposé à rencontrer, en cherchant pour lui-même, toutes les chances d'erreur que comporte la lucidité.

On cite des cas où des somnambules se sont prescrit un traitement qui, d'après la science, aurait dû les faire mourir, et qui cependant les a sauvés. On peut voir notamment dans le Manuel de M. Du Potet (p. 1 39 de la 2* édition), l'histoire d'une femme qui, bien qu'exténuée par de copieuses émissions sanguines, se prescrivit encore une saignée dont elle fixa le volume. M. Du Potet et deux médecins appelés en consultation, furent consternés en entendant cet ordre ; ils hésitèrent et se décidèrent néanmoins à obéir, non sans anxiété; l'épuisement de la malade fut tel qu'un instant ils la crurent morte, et s'accusèrent intérieurement de l'avoir tuée par leur condescendance aveugle. Mais l'expérience périlleuse réussit, la malade revint à elle et recouvra la santé; elle avait vu plus juste que les médecins. — Soit. Le succès a justifié leur témérité, mais ne suffirait pas pour autoriser à jouer le sort d'une créature humaine sur une pareille loterie (1),

Des faits nombreux donnent un démenti au système d'après lequel les somnambules seraient infaillibles quand il s'agit d'eux-mêmes. Nous empruntons aux archives de la Société du Mesmérisme la relation faite par un de ses membres, M. 0..., dont le témoignage a d'autant plus de poids que, tenant un cabinet de consultation, il aurait intérêt à accréditer le plus possible la lucidité. — Madame 0..., qui a donné des preuves nombreuses de lucidité, se trouvant en somnambulisme au

(1) Nous aimons à citer l'autorité de Deleuze. Voici comment il s'exprime : k Si le malade devient somnambule, et si, comme cela est ordinaire, son somnambulisme n'est pas accompagné d'une lucidité parfaite, il désapprouve une partie des remèdes du médecin, il indique vaguement le régime qu'il faudrait suivre, il ne s'explique ni avec assez de certitude, ni avec assez de clarté et de précision; il aurait besoin d'élre aidé, etc. » (Défense du magnétisme, p. 178.)

mois de mars 1857, prédit que prochainement, à une date qu'elle détermina, elle serait idiote, et que cet affaissement intellectuel durerait douze jours. Un peu avant l'époque fixée, son mari l'ayant endormie, lui demanda ce qu'il y aurait à faire pour empêcher cet accident. Elle répondit qu'elle avait le cerveau vide, qu'elle avait besoin d'électricité, qu'il fallait qu'elle se promenât tous les matins au soleil, et qu'on ne lui parlât pas, à l'état de veille, de ce qu'elle avait annoncé. On se conforma à ses prescriptions; au jour indiqué, il n'y eut rien de changé dans son étal, sinon quelques ricanements bizarres qui semblaient annoncer un certain égarement ; mais il y avait bien loin de là à l'idiotisme. Interrogée en somnambulisme sur ce qu'il convenait de faire, elle s'ordonna un bain d'eau froide. Comme sa santé est des plus délicates, et qu'elle ne peut, même dans la belle saison, prendre des bains froids, M. 0... éprouva beaucoup d'hésitation. Il consulta une autre somnambule dont il regardait la lucidité comme éprouvée, et qui lui répondit : « Gardez-vous bien de lui faire prendre un bain froid, car le mal se fixerait sur la poitrine. Ne l'endormez pas avant quatre jours; qu'elle fasse ses promenades, et ce ne sera rien. » En rentrant chez lui, M. 0... trouva sa femme qui se plaignait de maux de reins, et elle annonça que ses règles étaient venues depuis une heure. On s'est abstenu, pendant six jours, delà magnétiser, et elle est revenue à son état normal. Ainsi elle s'était trompée gravement sur elle-même, d'abord en annonçant une perturbation qui n'a pas eu lieu, et ensuite en s'ordonnant un bain froid qui, dans son état, eût pu être mortel. — La même dame s'élant trouvée, pour cause de santé, dans la nécessité de suspendre ses consultations, M. Gréa, médecin, se présenta pour recourir à sa lucidité; on fut obligé de refuser, et on lui en donna le motif. Alors il conseilla d'endormir madame 0..., dans son propre intérêt, afin de chercher si elle trouverait un remède pour sa posi-

lion. Madame 0... ayant été mise en somnambulisme, on lui présenta une boîte homéopathique; elle choisit six flacons, tira de chacun un globule, dit qu'il fallait les mettre dans cinq cuillerées d'eau et lui faire prendre chaque matin une cuillerée de la dissolution. M. Gréa la pria de hien réfléchir, lui demanda si elle était certaine de voir juste, et si la dose n'était pas trop forte. Sa réponse ayant été la confirmation de la première, M. Gréa cessa d'insister; et, persuadé que les somnambules ne se trompent jamais sur eux-mêmes, il autorisa l'emploi du médicament. Madame 0... prit deux des cuillerées; ensuite elle refusa de continuer en disant qu'elle ressentait dans la tète des douleurs étranges. Le lendemain interrogée dans son sommeil, elle dit qu'il fallait cesser' qu'elle s'était trompée, et que ce médicament lui ferait plus de mal que de hien. Ainsi elle s'était encore trompée sur elle-même, et, dans une circonstance où, hien loin d'être influencée par le médecin, elle avait lutté contre celui-ci qui avait trouvé la dose excessive.

Autre exemple : Une dame D... consulta, en 1857, les membres du comité de la Société du Mesmérisme; elle se disait enceinte depuis trente-neuf mois, et demandait instamment qu'on lui fît l'opération césarienne. Mise en somnambulisme, elle déclara voir l'intérieur de son corps ; elle décrivit un fœtus monstrueux et vivant placé, en dehors de la matrice, dans une des trompes de Fallope; et elle réclama avec la plus grande énergie qu'on lui ouvrît le ventre pour en extraire ce fœtus. On tint plusieurs réunions de médecins parmi lesquels se trouvait l'honorable docteur Recurf on examina cette femme avec le plus grand soin, et tout d'une voix on reconnut qu'elle n'était pas enceinte. Si on l'eût écoutée, comme le veulent les partisans de la confiance illimitée on aurait fait sur cette malheureuse une opération terrible et probablement mortelle, eu égard à son état de santé.

Nous avons cité plus haut (page 195) des exemples d'énormes bévues commises par des somnambules qui ont voulu décrire leurs organes intérieurs: il n'en faut pas davantage pour se convaincre de leur faillibililé et de la nécessité de soumettre à un contrôle toutes leurs prescriptions, soit qu'il s'agisse d'eux-mêmes ou d'autres.

Si, comme nous l'avons démontré, la lucidité n'est chez eux qu'une exception, que doit-on penser de ceux qui se mettent à la disposition du public et s'engagent à fournir à commandement des consultations à tout venant? Il est évident qu'ils promettent plus qu'ils ne peuvent tenir, et que ceux qui s'adressent à eux s'abusent en se flattant de trouver des réponses à toutes les questions, des éclaircissements sur toutes les difficultés. Les professeurs de magnétisme reconnaissent si bien que la lucidité est précaire, qu'ils s'abstiennent presque tous de la comprendre dans leurs séances publiques, qu'ils tâchent autant que possible de composer d'exercices susceptibles d'être avec certitude reproduits à volonté. Le somnambule qui a montré le plus de lucidité, ne peut répondre de la retrouver à heure fixe ; et en supposant qu'il s'abuse à cet égard, les personnes désiniéressées dans la question ne peuvent se faire illusion. Cependant l'engouement du public pour tout ce qui est mystérieux a permis au somnambulisme de se développer sur une échelle immense. A Paris, on compte plus de trois cents somnambules ayant leurs heures de réception el donnant des consultations sur toute espèce de sujets. Dans le nombre, il y en a qui ne dorment même pas, et qui se contentent de fermer les yeux et de faire quelques simagrées quand il s'agit de servir la pratique ; d'autres sont réellement somnambules, mais n'ont jamais présenté la moindre lucidité ; ils n'en réussissent pas moins, grâce à un certain babil et à des ruses de métier qui s'apprennent facilement ; il y en a enfin qui ont été lucides par-ci par-là, et qui, enflés de vanité, se chargent de répondre à tout, suppléent par

l'adresse à la clairvoyance quand elle fait défaut, et peuvent même de bonne foi attribuer à leur lucidité tout ce qui leur passe par la tête. On exploite ainsi la crédulité publique. Les consultants abondent; la plupart, décidés d'avance à trouver superbe tout ce qu'on leur dira, sont très faciles à duper, et souvent ne s'aperçoivent pas qu'ils ont fourni eux-mêmes le peu de vérité qui se trouve dans les oracles qu'on leur débite.

Les magnétiseurs, par leurs éloges pompeux delà lucidité, se font, sans le vouloir, les complices du charlatanisme ; les compères ont recours à toutes sortes de roueries pour exalter la lucidité incomparable de leurs sujets ; on promet la connaissance universelle de tous les secrets, on se fait fort de dévoiler le passé, le présent, l'avenir. Voici quelques échantillons de leurs annonces. — Dans un procès célèbre dont il a été rendu compte par le Journal du Magnétisme, t. IX, on a produit une carte ainsi conçue : « Somnambule extra-lucide, sibylle moderne, guérit les maladies rebelles; renseignements sur procès, avenir, songes, mariages, héritages, etc. Consultation verbale ou par lettres. » — Dans un autre procès, on a présenté une carte encore plus curieuse: «Madame Fleurquin, somnambule humanitaire lucide universelle, élève et sujet de M. A.-L.-G. Fauvelle, le magnétiseur spiritualiste humanitaire. Jésus-Christ était un grand magnétiseur qui se magnétisait lui-même par la puissance de son esprit d'amour, de vérité et d'harmonie. Saint Jean et Fourier voyaient l'avenir dans leurs extases somnambuliques. L'œil de la somnambule est comme l'œil de Dieu; il est partout, il voit, entend, sent et comprend toutee qui regarde le consultant selon sa sympathie, sa justice dans le bien et son amour pour la vérité. À. L. G. »

Ces misérables jongleries ont beau exciter le mépris des gens sensés, il ne manque pas de niais qui mordent à l'hameçon. Ce ne sont pas seulement des malades qui cherchent dans des moyens extraordinaires la guérison que n'a pu

lotir donner la médecine; des jeunes filles consultent sur leurs amours, des maris sur la fidélité de leur femme, des neveux sur la longévité d'un oncle à succession ; des spéculateurs veulent connaître d'avance les fluctuations de la Bourse; des joueurs s'enquèrent des numéros qui sortiront à la loterie, ou des caprices de la Rouge et de la Noire; bien des gens, à l'exemple de Pharaon et de Nabuchodonosor, viennent chercher l'explication de leurs rêves ; des songe-creux veulent savoir ce qui se passe dans le monde surnaturel, et ce sont les mieux servis, parce que les réponses qu'on leur donne ne sont jamais démenties; d'autres vont, soit chez les somnambules, soit chez les tireurs de caries ou autres devins, pour se faire dire la bonne aventure, et se flattent, par eux, de connaître leur avenir.

Cette crédulité, entraîne souvent les conséquences les plus funestes. Des gens qui consultent pour leur santé et que les somnambules gratifient de maladies imaginaires, se croient malades pour tout de bon, et finissent par le devenir; d'autres, en suiyant un traitement extravagant, altèrent leur santé et meurent victimes de leur imprudence. Bien des personnes qui, par cusiositéou par plaisanterie, demandent à connaître l'avenir, ont l'esprit frappé des prédictions qui leur sont jaites, perdent le repos et quelquefois la raison. Plus d'un joueur, espérant faire une fortune rapide, suit les combinaisons données par la voyante, et ne trouve que la ruine et le désespoir. Des chercheurs de trésors, guidés par les indications des somnambules, ont acheté des terrains, fouillé le sol dans tous les sens, et ont follement consumé leur patrimoine à la recherche de richesses chimériques (1). Celui qui con-

(1) Dans le département de la Sarthe, il existe une tradition d'après laquelle les statues en or massif des douze apôtres, de grandeur naturelle, enlevées autrefois de la cathédrale du Mans, ont été enfouies au Mont-Jallu. Plusieurs sociétés de capitalistes se sont formées pour découvrir ce trésor colossal. On a employé des somnambules qui voyaient distinctement les statues d'or, indi. quaient les fouilles à faire, désignaient minutieusement la distance et la

suite sur des objets perdus, et auquel la sibylle assure que telle personne est coupable de la soustraction, le croit fermement, lance publiquement une accusation calomnieuse contre le prétendu voleur et ternit sa réputation. Les révélations sur les affaires de cœur donnent lieu à des désunions et à des scandales : en voici un exemple fourni par le procès Mongruel (1).— Une dameLemoyne ayant des doutes sur la fidélité de son mari, alla trouver la dame Mongruel, somnambule ; celle-ci lui assure qu'en effet son mari a pour maîtresse une demoiselle G..., dont elle lui donne l'adresse. La dame Lemoyne, furieuse, fait une scène violente à son mari qui cherche en vain à se disculper, et qui, ne sachant comment calmer sa farouche moitié, prend le parti de l'amener avec lui chez mademoiselle G... En entrant, il lui dit brusquement : « Mademoiselle, on prétend que je suis votre amant, je viens pour que cette affaire soit éclaircie. » Les père et mère de la demoiselle étaient présents ; on conçoit leur colère et leur indignation. La demoiselle a une attaque de nerfs, la mère veut tuer les insolents qui osent ternir la réputation de sa fille. Mais rien ne peut dépersuader la dame Lemoyne qui répétait sans cesse : la somnambule l'a dit. — Tel est le refrain d'un grand nombre de consultants, d'autant plus confiants qu'il s'agit de choses qu'ils ne peuvent vérifier ; ils ont la parole de la somnambule, et cela leur suffît.

On voit que le somnambulisme a donné lieu à une véritable superstition, tout aussi insensée, tout aussi nuisible que celles des siècles d'ignorance. Quelques magnétistes, mais en petit nombre, ont en vain protesté contre cet abus déplorable. M. J. Lovy, saisi de dégoût à la vue de l'ignoble exploitation qu'on fait du somnambulisme, est allé jusqu'à dire, dans un

situation de la précieuse cachette; quand on était parvenu à l'endroit désigné, elles rectifiaient leurs indications, et ainsi de suite; et toujours en pure perte. Des sommes considérables ont été ainsi gaspillées dans cette recherche insensée. (1) Voyez Gazette des tribunaux, 1er et 29 août 1850.

tic ses spirituels feuilletons de V Union magnétique, qu'il était à regretter que Puységur n'eût pas emporté avec lui sa découverte dans la tombe (1). C'est aller trop loin, et nous croyons qu'une faculté de plus pour l'homme est toujours un progrès réel, malgré le mauvais usage qui peut en être fait. Cependant, à considérer le somnambulisme actuel, on peut se demander s'il ne fait pas plus de mal que de bien; et si l'honnête et bienfaisant Puységur revenait au monde, certes il rougirait de honte en voyant l'usage qu'on fait de sa découverte.

Quoi qu'il en soit, il ne faut jamais désespérer de la cause de la vérité. Une faculté aussi belle que la lucidité ne peut avoir été donnée par la nature pour être condamnée à une inaction absolue : il ne s'agit que de la faire fonctionner do manière à la rendre bienfaisante, et de s'éclairer de l'expérience pour en écarter les inconvénients. On peut, comme nous l'avons constaté en commençant, tirer du somnambulisme un parti très utile : qu'y a-t-il à faire pour corriger les abus ?

Au lieu de le dédaigner, comme font la plupart des savants, il faudrait l'étudier plus sérieusement qu'il ne l'a été jusqu'ici. Ce serait aux sociétés "magnétiques qu'il conviendrait d'entreprendre cette tâche : au lieu de se recruter de thaumaturges avides de miracles, qui ne savent ni ne veulent observer, qui proscrivent le doute comme un blasphème et repoussent avec horreur les précautions propres à déjouer la fraude, qu'elles ouvrent leurs rangs aux hommes de science, désireux de connaître la vérité et disposés cà la poursuivre par des recherches laborieuses. Que des commissaires offrant toutes les garanties d'impartialité, examinent avec soin les

(1) Deleuze n'était guère plus favorable: » On peut, dit-il, mettre en doute si la- propagation subite du somnambulisme magnétique n'a pas fait autant de mal que de bien, et s'il n'eût pas mieux valu que ce phénomène merveilleux n'eût pas d'abord été remarqué et qu'on s'en fût tenu au magnétisme simple tel que l'enseignait Mesmer. »

USAGES DU SOMNAMBULISME. 3/jl

phénomènes du somnambulisme, recueillent les faits de lucidité, les soumettent à une critique rigoureuse, multiplient les expériences et publient les résultats de leurs travaux. On pourrait ainsi arriver à une sorte de statistique de la lucidité : on saurait, sur un nombre donné de somnambules, combien sont lucides, et parmi ceux-ci on établirait des classifications, on déterminerait combien de somnambules sont lucides une fois sur deux, sur trois, sur quatre, etc. On saurait par là, du moins approximativement, combien, en consultant un somnambule, on aurait de chances pour rencontrer la vérité. Rien ne serait plus propre à faire évanouir les panégyriques des voyants, que les chiffres inflexibles. Si, comme nous le pensons, la proportion des chances de vérité est très minime, la publication d'un tel résultat aura pour effet de calmer l'ardeur des consultants et de discréditer le charlatanisme. Les dénégations systématiques des savants et des incrédules sont inefficaces, parce que les croyants leur reprochent avec raison de dénigrer ce qu'ils ne connaissent pas, et leur opposent quelques faits constants de lucidité. Mais quand des partisans du magnétisme et de la lucidité, tout en enregistrant les succès des somnambules, feront le dénombrement des insuccès; quand, armés de milliers de faits, ils prouveront que la lucidité n'est qu'une exception dont ils donneront l'évaluation arithmétique, alors force sera bien de se rendre à l'évidence; les déclamations s'en iront en fumée, et le public, espérons-le, reconnaîtra qu'il n'existe pas de moyen commode de tout savoir, quelesconnaissanc.es ne s'acquièrent que par le travail et l'étude, et qu'il y a une infinité de choses que l'homme doit se résigner à ignorer. La lumière pénétrera dans l'antre des sibylles, la foi aveugle fera place à la raison qui appréciera la lucidité à sa juste valeur.

Le somnambulisme aura encore un beau rôle à remplir. Sans compter l'usage qu'en pourra faire une police sage et vigilante, les médecins, ne craignant plus d'être confondus

avec les charlatans, ne feront plus difficulté d'employer le somnambulisme dans lequel ils trouveront un précieux auxiliaire pour reconnaître les causes des maladies et en indiquer les remèdes : pour eux, les réponses des somnambules ne seront jamais que des renseignements qui pourront leur servir de guides, mais après qu'ils les auront contrôlés d'après leurs connaissances acquises. On conçoit que le somnambulisme ainsi exercé n'offrira que des avantages sans aucun des inconvénients actuels. Déjà plusieurs médecins éclairés sont entrés dans cette voie et ont publié des ouvrages utiles où ils n'ont pas craint de reconnaître tout ce qu'ils doivent aux lumières des somnambules. Nous citerons MM. Garcin (le Magnétisme expliqué par lui-même) ; Louis de Séré (Application du somnambulisme magnétique au diagnostic et au traitement des maladies); Hilarion Huquet (du Somnambulisme médical ou esquisses de nososcopie dynamothérapeutique) ; Léger, Elliotson.

En appliquant le somnambulisme au traitement des maladies, on le ramènera à son institution primitive; car Puységur aurait regardé comme une prostitution de l'employer à la découverte d'un chien perdu ou à la recherche d'un amant volage; on perfectionnera le somnambulisme en le munissant d'une tutelle sans laquelle il ne peut que s'égarer et devenir malfaisant.

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