‹ Du magnétisme et des sciences occultes [electronic resource]Chapitre 37 sur 54 · DES DÉNOMINATIONS DU MAGNÉTISME. 3 A · texte numérisé non relu

DES DÉNOMINATIONS DU MAGNÉTISME. 3 A

gnétisme dans l'état actuel des connaissances acquises. Comme il est indispensable de bien préciser la question en discussion, nous croyons devoir revenir sur la définition du magnétisme.

Nous l'avons défini, p. 10, X action de l'homme sur ses semblables, sans l'emploi des moyens ordinaires de relation. Le magnétisme dont nous avons reconnu l'existence et - décrit les effets répond-il à cette définition? Oui et non. Nous avons reconnu que les effets magnétiques étaient dus, non à un agent physique, mais à la puissance de l'imagination du magnétisé; pour agir sur son imagination, il faut, commencer par frapper ses sens. Si, par exemple, le magnétiseur fait des passes, elles ne seront efficaces qu'autant qu'elles seront vues et exciteront dans son esprit des idées qui amèneront une certaine modification dans l'organisme. Il n'y a donc pas absence des moyens ordinaires de relation ; seulement les moyens employés sont incapables, par euxmêmes, de produire l'effet qui a lieu, et ne servent qu'à frapper l'imagination. Les effets physiques ne s'obtiennent que par un circuit; on agit sur les organes pour déterminer dans l'esprit une excitation qui est cause elle-même des phénomènes physiques. Ce n'est donc qu'avec cette restriction, que notre définition peut être admise : si on la prenait à la lettre et qu'on ne considérât comme magnétiques que les faits obtenus sans aucun emploi des moyens ordinaires de relation, le magnétisme n'existerait pas, ou du moins il serait exclusivement réservé aux cas fort rares où le sujet, doue d'une grande lucidité, pénètre la pensée du magnétiseur sans qu'elle ait été manifestée par aucun signe, et y obéit. Mais en dehors de ces faits extraordinaires, il y en a une foule que tout le monde range dans le magnétisme et auxquels par conséquent doit s'appliquer une bonne définition. Nous présentons celle-ci comme satisfaisant à toutes les conditions :

Le magnétisme est Tari de produire des modifications dans le physique de l'homme au moyen de l'action préalablement exercée sur le moral; en d'autres termes, c'est l'art de la fascination (1).

Cette définition qui s'applique à tous les effets du magnétisme et qui en désigne la cause, nous paraît irréprochable.

Deleuze, bien qu'admettant un agent physique, a donné une définition qui se rapproche beaucoup de celle qui précède : « Le magnétisme est l'influence de l'être spirituel sur l'être spirituel et par lui sur la matière organisée. (Défense du magnétisme, p. 26.)

Quant au nom de magnétisme animal, il a donné lieu à des critiques fondées. Mesmer a commencé par appliquer sur le corps des malades des plaques de fer aimanté, et le succès ayant semblé justifier ses premiers essais, il crut pouvoir attribuer à l'aimant une vertu thérapeutique. Plus lard, il reconnut que les mêmes effets s'obtenaient aussi bien sans aimant ; il en conclut qu'il y avait un magnétisme animal, distinct du magnétisme minéral, mais ayant avec lui une grande ressemblance. C'est ainsi qu'il fut amené cà concevoir son système dont nous avons donné le résumé, d'après Ie-

(1) La fascination qu'exercent certains animaux est de même nature. Ainsi le serpent regarde iixement le crapaud : dès que celui-ci a rencontre le regard menaçant du reptile, il ne peut plus en détourner la vue, il s'approche peu à peu de son terrible ennemi auquel il vient se livrer de lui-même. Les magnétistes ont avec raison qualifié ce fait de magnétique. Mais ce qui prouve qu'il n'y a pas d'action physique, c'est que le crapaud n'éprouve rien s'il ne rencontre pas le regard du serpent. C'est donc une action d'âme à âme, comme dans le magnétisme humain, et qui s'opère parle même circuit. Il y a d'abord emploi d'un des moyens ordinaires de relation, la vue ; puis le crapaud éprouve une émotion morale, il est troublé, terrifié; l'action morale détermine des modifications physiques, une perturbation vertigineuse ; enfin il s'ensuit une sorte de délire qui fait accomplir à l'animal des mouvements contraires à ceux que produirait sa volonté libre et normale. C'est un suicide pareil à celui du héros de l'Homme au sable, deHofmann, qui, placé au haut d'une tour et dominé par le regard du magicien placé au bas, est pris de vertige et se précipite à terre.

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quel il expliquait les phénomènes par un fluide, et il formulait les lois qui le régissaient; c'est conformément à l'analogie avec le magnétisme minéral, qu'il assignait des pôles au corps humain, et basait là-dessus une partie de ses procédés. Sa théorie ayant été abandonnée, il en résulte que les motifs qui ont fait adopter le nom n'existent plus. Le magnétisme animal n'a rien de commun avec le magnétisme minéral ; cette dénomination vicieuse rappelant une doctrine reconnue fausse, n'est propre qu'à induire en erreur et implique un agent physique semblable à celui qui produit l'aimantation. La similitude de noms jette souvent de l'obscurité dans le discours, d'autant plus que généralement on évite d'ajouter au moUnagnétisme l'épithéte caractéristique. Quand le physicien parle de magnétisme, il est bien entendu pour lui qu'il s'agit du magnétisme minéral, il n'en connaît pas d'autre; dans la bouche d'un magnétiseur, au contraire, ce mot ne sert qu'à désigner la doctrine de Mesmer. Souvent la nature du discours prévient toute équivoque ; mais parfois aussi le doute peut avoir lieu, par exemple, quand il s'agit de la prétention qu'ont certains magnétiseurs, de faire dévier dans tous les sens et suivant leur volonté, soit l'aiguille aimantée, soit une aiguille quelconque librement suspendue. La dénomination de magnétisme animal a donc des inconvénients ; tout le monde, y compris les magnétiseurs, en reconnaît l'impropriété ; elle n'a donc en sa faveur que l'habitude et le long usage. Mais comme elle sert à désigner une chose dont l'existence est encore en litige et qui n'est pas entrée dans le domaine de la science, on peut croire que, quand les préventions se seront dissipées, quand on aura fait justice des folles rêveries et des exagérations, et que le magnétisme devenu un objet d'étude pour les savants, sera reconnu pour ce qu'il est réellement, on répudiera un nom auquel se rattachent des erreurs désormais abandonnées ; ce qu'on admettra, sera tellement différent de ce que prêchait

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Mesmer, qu'on ne pourra désigner l'un et l'autre par le môme mot.

Beaucoup de màghêttétes; surtout S l'étranger, ont depuis longtemps adopté le mot dfe mesmérisme (avec tous ses composés, mesmériste, mesmériser, mesmérique, etc.). Celle dénomination est évidemment préférable à celle de magnétisme animal; elle est exemple d'équivoque, el elle précise nettement la découverte de Mesmer. Bien que sa théorie soit délaissée, le magnétisme ne procède pas moins de lui, et c'est un acte de justice et de reconnaissance que de désigner une découverte par le nom de son inventeur. On a objecté que Mesmer n'a rien inventé, même sa théorie, qu'on la retrouve dans plusieurs anciens ailleurs, comme le prouve longuement Thouret {Recherches et doutes sur le magnétisme animal), et comme le reconnaît Deleuze lui-môme (Hist. crit., t. II, p. 36); que l'empire du moral sur le physique a été connu de tout temps, et que bien avant Mesmer, on avait employé cette puissance comme moyen de guérison, tout en croyant agir en vertu de systèmes plus ou moins hasardés ; que notamment l'irlandais Grealrakes et le curé allemand Gassner, en faisant usage de cette puissance, avaient obtenu des cures nombreuses et remarquables. Les partisans de Mesmer ont avoué qu'il n'était pas l'auteur du magnétisme : c'est, disentils, une faculté inhérente à l'homme, elle doit donc être aussi ancienne que le genre humain ; mais avant Mesmer il n'y a eu que des faits isolés dont personne n'a entrevu la loi; quelques savants ohscurs ont indiqué le magnétisme, mais les passages où il en est question, noyés dans un fatras illisible, n'avaient exercé aucune influence, ni fait pressentir de quelle puissance immense l'homme pouvait disposer 5 Mesmer, tout en profitant des travaux de ses devanciers, a eu le mérite de donner la vie à une conception restée jusque-là à l'état d'embryon, et d'en faire une réalité. Malgré ces raisons, nous craindrions que l'emploi du mot mesmérisme ne parût légi-

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