DES DÉNOMINATIONS 1)1) MAGNÉTISME
Mèi sinon les idées de Mesmer, du moins celles de ses successeurs sur l'existence d'un fluide ou autre agent physique comme cause des effets magnétiques.
Le mieux serait d'introduire un nouveau mot qui exprimai, non-seulement l'ordre de faits qu'il s'agit de désigner, mais aussi la nature de la cause qui les produit. Nous proposons le mot psycharchie («te W>. âme, et de fei», dominer), pour indiquer qu'il s'agit de phénomènes dus à la fascination. Toutefois comme nous ne nous dissimulons pas la difficulté de faire accepter un nouveau mot, et comme il faut avant tout se faire comprendre, nous avons employé le mot magnétisme qui est généralement reçu, et nous continuerons d'en faire usage, jusqu'à ce qu'un autre ait prévalu. Nous avons cru néanmoins devoir faire nos réserves et exposer les motifs qui nécessitent un changement.
Plusieurs magnétistes ont cherché à faire adopter diverses dénominations, notamment celle d'électricité animale. C'est le mot dont se servent Petetin et le docteur Pigeaire dont le livre est intitulé ■Pm'ssânce de l'électricité animale : ils ont eu de nombreux imitateurs. Cette innovation n'est pas heureuse. Le mot électricité a un sens parfaitement net en physique, et sert à désigner tout un ordre de phénomènes bien tranché; il existe des instruments très sensibles (électroscope, électromètre, etc.), au moyen desquels on peut reconnaître la présence de l'électricité, même la plus faible. Quand ces instruments n'accusent aucune trace d'électricité, on ne peut affirmer son existence. Or dans le magnétisme il ne se passe rien, absolument rien, qui dénote une action électrique. Une personne magnétisée, somnambule, extatique, cataleptique, ne diffère pas, électriquement parlant, d'une personne à l'état normal. M. Jules de Rovère, qui a émis sur le magnétisme des idées fort singulières, et qui se figurait qu'on devait obtenir de grands résultats en combinant l'électricité et le magnétisme animal, a fait de nombreuses expériences qui n'ont
abgujj à rien; il a placé des personnes sur le tabouret isolant, et les a magnétisées; les effets ont été les mêmes que d'habitude. Un savant italien, le docteur Gasparini a publié dans le journal italien de M. Guidi, la Luce magnetica (numéro du 22 août 1857), un article fort curieux dans lequel il rapporte qu'ayant soumis un grand nombre de personnes à l'action d'une machine électro-magnétique dont il donne la description, il a très fréquemment obtenu le somnambulisme, et il ajoute môme que l'opérateur assistait passivement i l'expérience, sans chercher à influencer par sa volonté. Ilomet une circonstance essentielle : il ne nous dit pas si les personnes soumises à cette action étaient prévenues qu'il s'agissait d'un moyen de les mettre en somnambulisme. En cas d'affirmation, on conçoit très bien que des individus susceptibles d'entrer en somnambulisme, soient influencés par tout procédé qui leur sera annoncé comme devant produire cet état, et que môme la vue d'un appareil étrange et les sensations insolites qu'elles éprouvent, agissent puissamment sur leur imagination et déterminent promptement et énergiquement le somnambulisme; ce résultat est parfaitement conforme à tout ce que nous avons dit du pouvoir de l'imagination. Mais les effets seraient-ils les mêmes s'il n'y avait aucune suggestion, et si les individus croyaient qu'il s'agit simplement d'une expérience de physique? Il est permis d'en douter, et M. Gasparini ne cite aucune expérience où l'on ait eu soin d'écarter des personnes toute idée de nature à leur faire croire qu'elles doivent être somnambulisées. Ce qui est certain, c'est que tous les jours une foule de personnes sont soumises à l'action de l'électricité statique et de l'électro-magnétisme, sans en éprouver aucun effet mesmérique (on voit que je suis obligé de distinguer les deux magnétismes) ; et ce qui est plus décisif, c'est que les personnes mesmérisées, à quelque degré que ce soit, n'offrent rien d'électrique.
On a remarqué, il est vrai, dans l'homme, des actions élec-
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triques, et les savants croient que l'électricité joue un grand rôle clans les phénomènes de la vie. Mais ces actions électriques ne coïncident point avec l'état magnétique et en sont tout à fait indépendantes. Rien n'autorise donc à affirmer qu'une môme cause produise les effets électriques et les effets magnétiques.
Si donc le principe du magnétisme est complètement étranger à l'électricité, il est souverainement irrationnel de lui en donner le nom. On ne peut, pour s'excuser, alléguer une prétendue analogie qui est loin d'être prouvée, et qui, quand même elle existerait, ne suffirait pas : car analogie n'est pas identité. Dans les sciences, tout est strict, et l'on ne peut employer que des mots dont le sens est bien arrêté. Si le magnétisme animal n'est pas l'électricité, il ne peut être permis de l'appeler électricité. Peu importe qu'on ajoute l'épi— thète animale qui ne servirait qu'à faire entendre qu'il s'agit d'une espèce du genre, mais enfin qu'il s'agit de l'électricité. Il n'y a pas plus de raison pour dire électricité animale, que lumière animale, calorique animal, etc. ; car le mesmérisme n'a pas plus d'analogie avec l'électricité qu'avec la lumière ou la chaleur. Puisqu'on reconnaît qu'il est à regretter que le magnétisme animal ait été ainsi appelé, on ne devait pas retomber dans la même faute, sans avoir la même excuse; et ce n'était pas la peine de changer une dénomination pour en prendre une aussi vicieuse. Une telle nomenclature n'est propre qu'eà jeter la confusion dans le langage ; elle contribue à éloigner du magnétisme les savants qui, en entendant faire un usage ridicule des termes scientifiques, ne peuvent que concevoir la plus mauvaise idée du système et de ses défenseurs.
On a voulu aussi mettre cà la mode \ électricité intelligente et l'on a cru la trouver, soit chez les somnambules, soit chez les individus appelés médiums, soit dans les tables parlantes. Il n'y a pas plus d'électricité chez les médiums que chez les
somnambules; quant aux tables dont nous allons bientôt nous occuper, elles ne présentent non plus rien d'électrique-, môme quand elles sont momentanément ebangées en trépieds fatidiques, elles n'offrent pas la moindre modification dans leurs propriétés physiques. S'il n'y a pas d'électricité, il n'y a donc pas d'électricité intelligente; et quand même un individu, sous l'action de l'électricité, acquerrait un certain développement d'intelligence, l'intelligence qui se manifeste appartiendrait bien à l'individu et non à telle ou telle de ses qualités physiques ; si cet individu engourdi par le froid et hébété par la souffrance, se réchauffe près d'un foyer, reprend sa gaieté et la vivacité de son esprit, y aurait-il là une chaleur intelligente ? En supposant (ce que nous examinerons plus tard) qu'un cercle de personnes opérant à l'aide d'une table, donne lieu à l'apparition d'une intelligence distincte de celle des opérateurs, pourquoi faire honneur de cette intelligence à l'électricité dont rien ne dénote la présence, plutôt qu'aux agents physiques dont le rôle est très certain, par exemple, la gravitation, la lumière, la chaleur, etc.?.. Certains magnétiseurs ont la manie de se parer de non-sens et d'embrouiller les questions au moyen de l'accouplement incohérent de termes scientifiques. L'illustre Humboldt, interrogé sur ce qu'il pensait de toutes ces électricités, écrivait le 2 avril 1856, à M. Jobard (de Bruxelles), le malencontreux parrain de l'électricité intelligente : « Ce n'est pas moi qui suis en état de répondre sur la simple possibilité de différents genres d'électricité minérale, végétale, aimale, cérébrale, douée ou non de libre arbitre. Vous augmentez ma frayeur parle fantôme de cet être éphémère pourvu d'intelligence par l'effet de la concentration des pensées rayonnant du cerveau des personnes qui entourent l'instrument. »