CHAPITRE IV
La nécromancie ou l'évocation des âmes des morts pour obtenir d'elles des réponses, est fort ancienne et se rattache à toutes les religions. Cet art était connu des Juifs : la loi de Moïse défend d'interroger les morts (Deut. XVIII, 11); Saùl rendit des édits d'extermination contre ceux qui violaient celte défense; aussi est-ce à la faveur d'un déguisement que, contrevenant à ses propres décrets, il alla consulter la sorcière d'Endor qui, à sa demande, lui fit apparaître Samuel (l. Rois, XXVIII); le prophète Isaïe condamne sévèrement ceux qui vont consulter les morts sur ce qui intéresse les vivants (Is. VIII, 19), et reproche à ses contemporains de dormir dans les tombeaux (LXV, h), sans doute pour obtenir des rêves lucides avec le concours des morts. La sorcellerie, si énergiquement réprouvée par l'Église chrétienne, avait pour but, entre autres choses, de procurer à l'homme des communications avec les Esprits ; mais il s'agissait plutôt des démons ou même d'Esprits étrangers à la hiérarchie chrétienne, que d'âmes des morts. Les cérémonies magiques avaient un caractère imposant, sombre et terrible; ce n'était qu'après une longue et laborieuse initiation et en remplissant de nombreuses
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formalités, que le néophyte était ndmis à communiquer avec les êtres supérieurs; cette faveur était le privilège d'un petit nombre d'adeptes qui prenaient les plus grandes précautions pour que la connaissance de leurs mystères fût interdite au vulgaire. Les progrès de la civilisation et de la philosophie amenèrent la décadence de la magie ; dès qu'on cessa de poursuivre les sorciers, la sorcellerie fut à peu près oubliée. Il n'en resta de débris que dans la classe la plus ignorante, où quelques misérables fourbes se donnèrent du crédit en «'attribuant des secrets merveilleux -, mais ils s'occupèrent beaucoup moins d'évoquer des Esprits que de procurer à leurs clients la satisfaction de leurs désirs au moyen de pratiques bizarres et souvent odieuses.
Swedenborg est un des premiers qui aient cherché à remettre en honneur le commerce avec les Esprits ; il se croyait en communination habituelle avec eux, reproduisait leurs discours et décrivait ce qui se passait dans les sphères supérieures; mais c'est spontanément que les Esprits se manifestaient à lui, il n'avait pas besoin de les évoquer, il n'avait donc à faire usage d'aucun rituel. 11 en fut de même des théosopbes de son temps , tels que Saint-Martin. Cagliostro se rapprocha davantage de l'ancienne magie; il répandit dans les hautes classes le goût des sciences occultes et il passa pour faire apparaître les morts. Un peu plus tard, le mesmérisme compta parmi ses sectateurs un certain nombre de mystiques qui se crurent en communication avec les Esprits; il y eut notamment les membres de la société exégétique de Stockholm qui se persuadèrent que les facultés merveilleuses du somnambulisme ne pouvaient appartenir à l'homme matériel, et qu'il fallait que ce fût une intelligence pure qui parlât par la bouche des malades tombés dans cet état. « Tous les ma lades endormis par des hommes persuadés de cette idée, nonseulement en étaient persuadés eux-mêmes, mais encore, îorarae les possédés, ils s'identifiaient avec les substances
spirituelles qu'on croyait parler par leur bouche. Et quand le magnétiseur, après les avoir endormis, leur faisait la question ordinaire : Qui es-tu, toi qui parles? ils répondaient conformément au désir de celui qui les interrogeait : Je suis le frère, le père, l'ami ou l'enfant de la personne que tu as endormie. Et alors il parlait des morts, discutait des points de philosophie, prêchait la doctrine de Swedenborg et donnait des nouvelles de ce qui se passait dans l'autre monde (1). »
Ces idées se répandirent aussi en France, mais n'y eurent que peu de partisans. Elles trouvèrent un propagateur dans M. Cahagnet qui, simple ouvrier, devenu écrivain par prosélytisme, publia de nombreux ouvrages pour accréditer la doctrine de l'intervention des Esprits. C'est en 18/18 que parut son premier volume des Arcanes de la vie future dévoilés, où il relate un grand nombre d'expériences (2). Voici en quoi elles consistent : après avoir endormi un somnambule reconnu lucide, on lui nomme la personne morte avec laquelle on désire s'entretenir; aucune formule d'évocation -n'est prononcée; après une attente de quelques instants seulement, le somnambule déclare qu'il voit la personne demandée-, il la décrit, s'entretient avec elle et sert d'intermédiaire entre elle et le consultant. Les principaux écrivains magnétistes, notamment MM. Du Polet et Hébert ont attribué à la communication de pensées les notions quelquefois exactes que donne le somnambule sur le défunt, et cette explication est rationnelle. Mais les disciples de M. Cahagnet soutinrent que c'étaient bien les âmes des morts qui se rendaient à l'appel du somnambule et qu'on devait ajouter foi à leurs discours. Il se forma ainsi une secte de nécromanciers qui recruta un grand nombre d'adhérents, particulièrement en
(1) Bertrand, Du somnambulisme, p. 419.
(2) Cahagnet, Arcanes de la vie future, 1848-1851 . 3 vol. in-12. — Révélations d'outre- tombe, 1856, 1 vol. in-12. — Sanctuaire du spiritualisme, 1850, 1 vol. in-12. — Magie magnétique, 2e édit- , 1858, 1 vol. in-12.
Amérique, où les ouvrages du maître jouissent d'une grande vogue et en ont fait éclore une foule d'autres du même genre.
Mais ce furent surtout les tables parlantes qui vulgarisèrent la nécromancie ; on n'eut plus besoin de somnambules, on n'exigea plus de lucidité constatée; il suffît d'avoir des médiums, et ce n'est pas chose difficile, puisque, d'après M. Allan Kardec, sur dix personnes il y en a au moins neuf en état de devenir médiums-écrivains (1), ce qui forme la classe la plus élevée; si donc on se contente de médiums capables défaire parler les tables, on doit arriver à une proportion de 99 pour 100. Les instruments sont donc fort communs. Quant aux moyens, nous les avons fait connaître, et ils sont d'une extrême simplicité; plus de grimoires, de formules cabalistiques, d'initiations, d'épreuves magiques, de secrets terribles, de cérémonies compliquées, de talismans, plus d'appareil effrayant : le guéridon tournant, la corbeille, la planchette sont même devenus superflus. Il suffit qu'un individu, le premier venu, prenne un crayon et du papier, avec l'idée qu'un Esprit va s'emparer de sa main et la conduire. On avait d'abord regardé comme un signe de l'état de médium, l'ignorance où se trouve la personne de ce qu'elle écrit; mais ce n'est plus même une condition de rigueur, et bien que l'écrivain ait conscience de ce qu'il écrit, du moment où il se figure qu'il obéit à la pensée d'un Esprit, il n'en est pas moins reconnu pour médium ; je puis citer notamment un médium célèbre, l'abbé Almignana, que j'ai connu, et qui déclarait avoir parfaitement connaissance de ce qu'il écrivait, mais en ayant la conviction que les idées lui étaient inspirées par un Esprit (2).
La nécromancie ainsi simplifiée fit en Amérique d'immenses progrès et devint une véritable épidémie morale; les secta-
(1) Instruction pratique, p. 70.
(2) Cet Esprit le faisait aussi jouer de la guitare.
teurs se groupèrent, formèrent des communautés religieuses qui attirèrent à elles beaucoup d'adhérents des cultes établis. En Europe, ces idées se sont beaucoup moins répandues : on y compte quelques petits cénacles dont plusieurs ont pour organes des écrits périodiques -, des apôtres pleins de ferveur travaillent à propager leur doctrine. A Genève il s'est formé une secte appelée Bortisme, chez laquelle une. table est l'organe du Saint-Esprit, et remplace le trépied sacré de Delphes et le Propitiatoire de l'ancienne loi. Le tabulisme a trouvé des adeptes enthousiastes. M. Madrolle, entre autres, a écrit que l'apparition des tables parlantes était le plus grand événement dans l'histoire de l'humanité, sans excepter la
rédemption (1).
Il est bon d'examiner quels ont été les résultats de ces nouvelles pratiques, soit pour les médiums, soit ;pour ceux qui se servent de leur ministère.
L'exercice des fonctions de médium produit une surexcitation du cerveau, qui amène souvent de graves perturbations dans la santé et dans la raison ; les individus auxquels on a fait croire que des êtres étrangers s'étaient emparés d'eux, se servaient de leurs organes et absorbaient leur personnalité, sont souvent obsédés par une idée dominante, sont disposés à voir dans tout ce qui leur arrive l'action des Esprits, en viennent à ne plus se distinguer eux-mêmes de leurs hôtes, et à douter de leur propre libre arbitre et même de leur identité; de là un désordre d'idées qui conduit à la folie. Les journaux américains qui ne partagent pas les opinions spiritualistes, ont affirmé qu'une foule de médiums étaient devenus fous et que le nombre des cas d'aliénation mentale s'était accru dans des proportions effrayantes depuis l'invasion de la manie nécromancienne (2). Les spiritualistes ont contesté
(1) C'est M. Madrolle qui, découvrant la fonction fatidique du guéridon, a donné à ce mot pour étymologie don de guérir.
(2) Dans l'hospice des aliénés de l'état d'Iudiana, pendant les dix ans qui ont
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les Chiffres, mais n'ont pas nié le fait principal. Ajoutons quelques exemples.
Toutlemondese rappelle la tin funeste de Victor Hennequin, homme de cœur et d'intelligence : lors de l'épidémie des tables tournantes il se crut appelé àjouer le rôle de médium ; et comme les idées préconçues du médium ont toujours une influence énorme sur les révélations qu'il est censé recevoir, Hennequin, apôtre zélé de la doctrine phalanstérienne, se figura que c'était l'âme de la terre qui l'avait choisi pour instrument et qui par son intermédiaire allait sauver le genre humain. Il écrivit sous la dictée de cet Esprit supérieur, deux volumes qu'il publia, sans compter un grand nombre de dictées secondaires. Ses amis, dès cette époque, regardaient sa raison comme perdue, et cependant ses actions et ses discours n'avaient rien de plus insensé que ceux des fervents spiritualistes. Il continua à travailler en collaboration avec l'âme de la terre et devint tout à fait fou : on fut obligé de l'enfermer dans une maison de santé, et il succomba peu de temps après. Sa femme fut atteinte de la contagion de ses idées : je, m'entretins avec elle, peu de temps avant la publication du premier livre; elle raisonnait avec beaucoup de justesse; elle montrait dans la conversation, de l'esprit, du bon sens, de l'enjouement. Mais dès qu'il fut question des Esprits, elle n'en parla qu'avec terreur ; elle servait aussi d'intermédiaire à leurs communications, et loin d'être flattée de cette distinction, elle déplorait que Dieu leur permît de venir troubler l'humanité. Elle ne signalait pourtant aucun événement fâcheux qui pût leur être attribué, mais elle était frappée du pressentiment que c'était des Esprits que viendrait son malheur. Ses craintes ne furent que trop justifiées : elle devint folle et mourut presqu'en même temps que son mari. Mademoiselle Octavie P..., âgée de dix-neuf ans, fut em-
précédé 1859, il est entré 54 individus devenus fous par suite de leur commerce avec les Esprits frappeurs. (L'Ami des sciences, 29 mai i859.)
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ployée comme médium; elle faisait mouvoir un guéridon, mais il lui suffisait que le pied du meuble, en frappant, lui donnât le commencement d'une phrase ou même d'un morceau, le surplus lui était soufflé à l'oreille par l'Esprit de Balzac. Plusieurs spiritualistes éminents recueillaient ses communications et étaient enchantés de ses brillantes qualités. Cette jeune personne paraissait fort calme, et il ne semblait pas qu'on eût à craindre chez elle un excès d'exaltation. Quelques mois après une séance dont j'avais été témoin, je me trouvai avec sa mère qui m'apprit avec une profonde affliction que la santé de sa fille était gravement altérée, que sa raison était égarée, qu'elle souffrait cruellement sans qu'aucun remède pût la soulager, et qu'elle était incapable de se livrer à aucun travail. La malheureuse mère attribuait ce changement funeste aux expériences de sa fille comme médium, et regrettait amèrement qu'elle se fût livrée à de tels exercices.
Un médecin dont je ne puis donner même l'initiale, attaché à l'un des hôpitaux militaires de Paris, homme fort instruit, s'occupa pendant quelques mois des tables tournantes et de communications spirituelles. Tout à coup il renonça à ces sortes de travaux et ne voulut plus en entendre parler. Me trouvant un jour avec lui et ignorant sa résolution récente, je le questionnai sur ses progrès dans les sciences occultes, il fit pour me répondre un effort pénible, et voici la substance de sa réponse : « Ce sont là de vilains jeux qui ne peuvent mener à rien de bon et qui peuvent faire beaucoup de mal. Je suis devenu médium ; chaque fois que je prenais un crayon et que je me mettais à écrire, ma main mue par je ne sais quelle force, traçait ces mots : Vends-toi ! vends-toi! » Et en disant ces mots le docteur était épouvanté, on eût dit qu'une sinistre apparition venait se dresser devant lui. Je lui fis observer en plaisantant qu'il aurait dû demander les conditions de la vente, proposée et pousser l'expérience jusqu'au
bout. Il me répondit qu'il avait jadis ri de tout cela, mais qu'il avait appris à ses dépens qu'il y avait dans les croyances populaires plus de vérité que ne le croient les hommes de science, et qu'au surplus toute tentative de commerce avec les Esprits était funeste. Je n'insistai pas; je vis que mon interlocuteur était mal à son aise et que l'obligation où il s'était cru de revenir sur un sujet fatal, lui causait une émotion douloureuse. Ainsi voilà un homme d'un esprit cultivé, d'un caractère ferme, qui, pour avoir rempli quelquefois le rôle de médium, est troublé, agité de visions terribles, et qui a besoin de toute sa force d'àme pour chasser ces fantômes. S'il n'eût renoncé promptement à ces dangereux essais, sa raison et sa santé auraient été compromises.
J'ai connu des somnambules qui, après avoir fait tourner et parler des tables, arrivaient à un état d'égarement et de stupeur qu'on avait bien de la peine à dissiper et qui, à mesure que se multipliaient les expériences, s'aggravait d'une manière alarmante. Heureusement les personnes qui avaient quelque empire sur eux, les ont décidés à renoncer aux tables, à suspendre pour quelque temps le somnambulisme et à prendre de la distraction ; sans quoi ils marchaient à la folie.
Tous ces faits nous montrent combien il est dangereux de se livrer à ces expériences. Que ceux qui pourraient être tentés de remplir les fonctions de médium, sachent à quoi ils s'exposent, et que ceux qui veulent satisfaire leur curiosité en employant des sujets, tremblent en songeant que ce sont des être humains dont ils vont risquer la santé et la raison.
La nécromancie (ou spiritisme) n'est guère moins dangereuse pour ceux qui s'y adonnent sans être médiums. Une fois qu'ils ont implanté dans leur cerveau la croyance aux communications spirituelles, il y a abaissement de l'intelligence, abdication de la raison 5 la foi croit sans examen, croit sans comprendre, croit d'autant mieux que l'objet de la
croyance est plus déraisonnable, credo quia absurdum. Dans les religions révélées sur lesquelles nous n'avons pas à nous prononcer ici, la foi a du moins un fondement respectable : on admet un événement historique, événement miraculeux, grandiose, par lequel Dieu lui-même a révélé sa loi au genre humain ; une fois ce point de fait accepté, rien n'est plus sage que de s'incliner devant l'autorité divine. Mais ici quels sont les dieux ? C'est celui-ci, celui-là, le premier venu, le plus souvent un homme ignorant, sans aucune valeur; s'il nous parlait bien éveillé, nous prêterions à peine quelque attention à ses paroles, ou en tout cas nous ne le croirions qu'après mûr examen ; mais ce même homme arrivé à l'état de rêverie ou de demi-sommeil, nous parle au moyen d'une corbeille ou d'une planchette, ou même nous parle par la bouche après qu'un maître des cérémonies l'a certifié en état de médium : à l'instant on accueille comme une révélation surnaturelle ses moindres paroles, on admire tout, l'examen est proscrit comme blasphématoire. Cet homme prendra les noms des plus grands personnages qui aient honoré l'humanité : on sera persuadé qu'on les a près de soi et qu'on recueille leurs discours. Il nous décrira les sphères célestes, on le croira comme s'il y était allé. Il formulera des systèmes religieux, philosophiques, cosmogoniques, débil.eraavec assurance toutes les rêveries d'une imagination déréglée; on recueillera tout cela comme articles de foi. Il donnera des préceptes de conduite, promulguera la volonté des Esprits, tracera sa tâche à chaque fidèle : on se conformera ponctuellement à ses ordres. Comment douterait-on? Le ciel s'est prononcé. La corbeille a parlé.
En vain les adeptes reconnaissent-ils que de mauvais Esprits peuvent prendre la place des bons, tromper sur l'identité des personnes et à plus forte raison sur le fond des communications. Dans la pratique on laisse de côté cette restriction qui, bien entendue, aurait mis un frein à la crédulité et au
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fanatisme. On se précipite avec emportement, avec ivresse dans un mysticisme extravagant, on fait assaut de crédulité, de niaiserie. On évoque à tort, à travers, anciens et modernes (1), on se transmet avec recueillement ce qu'a dit Zoroastre ou Odry, Sémiramis ou la reine Mogador, ou môme sans s'inquiéter des noms, on se borne à prononcer la formule sacrée : Les Esprits ont dit telle chose (2) , et leurs décisions sont tenues pour vérités incontestables.
On s'habitue ainsi à trouver sans effort des solutions toutes faites sur toutes les questions ; par suite, l'esprit s'engourdit, le jugement perd de sa rectitude, on ne raisonne plus, on ne fait plus d'efforts pour étendre ses connaissances, pour perfectionner ses facultés. A quoi bon? On a sous la main un oracle toujours prêt, qui a réponse à tout-, on a dans les Esprits des guides qui nous conduisent beaucoup mieux que notre propre raison ; abandonnons-nous tout entiers à leur direction. De là un affaissement moral, un apatissement de l'individu.
A force d'entendre dire que nous sommes entourés d'Esprits qui sont toujours prêts à se mêler de nos affaires et qui ont un pouvoir énorme, beaucoup de gens ont fini par leur attribuer tout ce qui se passe sous leurs yeux, à ne plus voir que l'action des Esprits. Le brave homme qui se figure avoir été le bon larron, attribuait à des Esprits les billets que des gamins s'amusaient à fourrer dans le trou de sa serrure. Un homme d'une haute valeur, écrivain et professeur distingué, M. Bénézet, de Toulouse (3), a publié dans un écrit le récit des tribula-
(1) La tête d'Orsini venait à peine de tomber dans le panier sanglant, qu'on évoqua son Esprit. Dès qu'un individu célèbre à n'importe quel titre vient de mourir, on évoque son Esprit, et, sans égard pour sa mémoire ni pour la considération de sa famille, on publie toutes les balivernes qu'est censé débiter le défunt.
(2) C'est la formule consacrée dans l'école Kardec ; voyez V Instruction pratique.
(3) Des labiés tournantes el du panthéisme. — Voyez les extraits que donne de ce livre La tahla parlante, journal des faits merveilleux, 1854, p. 35.
lions que lui ont fait endurer les Esprits, et qui, suivant loule probabilité, étaient dues à l'espièglerie de quelques farceurs; tantôt des meubles s'agitaient, tantôt les vêtements n'étaient plus à la place où on les avait mis, des dragées tombaient du plafond, une tasse à café se trouvait remplie, on ne sait comment, d'affreuses confitures ; au lieu de chercher quels pouvaient être les auteurs de ces mauvais tours, il n'hésitait pas à les attribuer à de malins Esprits dont il se croyait obsédé. Il y a des gens qui en sont venus à repousser dans tout événement l'explication naturelle, à tout expliquer par l'intervention perpétuelle des Esprits.
On a ainsi justifié les croyances populaires, les traditions les plus saugrenues. Les Esprits n'étant que des revenants, on a remis en honneur toutes les vieilles histoires de revenants, les contes des veillées sur les Esprits qui hantent les vieux châteaux, qui viennent la nuit tirer les pieds des dormeurs, qui se promènent dans les cimetières avec un bruit de ferraille. Tout cela est remis à neuf, et cru comme parole d'évangile : on trouve chez les écrivains spiritualistes, notamment chez M. Cahagnet, de nombreuses relations sur les lieux hantés par les mauvais Esprits : les nouveaux sectaires frissonnent d'épouvante en lisant ces histoires lamentables où l'on voit souvent des hommes, particulièrement des incrédules, vertement houspillés par les invisibles (1).
« Les Esprits, nous dit-on, agissent souvent à notre insu sur notre pensée ; ils nous sollicitent à faire telle ou telle chose; nous croyons agir de notre propre mouvement, et nous n'avons fait que céder à une suggestion étrangère (2). » Ainsi quand l'homme se figure qu'il agit de lui-même,' il s'abuse, et il n'est qu'une marionnette dont les Esprits tiennent les fils. Une dame qui a beaucoup fréquenté les cercles
• (I) Voyez Journal du magnétisme, 1857, t. XVI, p. 489, une histoire em pruntee aux journaux américains. ™" (2) A. Kardec, Inslruct. prat., p. 60.
américains, m'assurait que son médium tenait souvent des discours qui étaient l'œuvre des Esprits, et cela sans qu'on ait formé le cercle, sans qu'il y ait eu évocation, ni que le médium ait rien fait pour entrer dans un état particulier. On conçoit qu'avec de telles idées, l'homme arrive à douter de lui-même, à perdre toute spontanéité ; dès qu'il n'est qu'une machine dont se servent les Esprits, c'est à eux à agir, à prévoir, à chercher; pour lui, il tombe dans l'apathie, il n'est plus qu'un être passif.
L'idée fixe de l'intervention des Esprits a fait revivre la croyance aux possessions (1), et peut ainsi amener le retour de cette manie contagieuse qui a affligé l'humanité dans les siècles d'ignorance.
Un des effets les plus communs du culte des Esprits, c'est le dégoût de la vie et l'aspiration au suicide. Les Esprits vantent le bonheur dont on jouit dans l'autre monde et excitent leurs fidèles à quitter au plus tôt cette terre de misère. 11 est constant qu'en Amérique, le spiritualisme a causé un très grand nombre de suicides. Le docteur dont j'ai parlé plus haut, et auquel des Esprits faisaient écrire : Vends-toi, m'a certifié qu'à sa connaissance, beaucoup de communications contenaient des exhortations au suicide. Une dame de mes amies, étant en état de médium, a écrit ce qui suit : « Si tu te donnes la mort, tu viendras à nous; fille du ciel, le ciel t'attend. » Je puis citer encore un exemple fort triste : un jeune homme très capable, s'élant adonné au spiritualisme, devint médium, et peu de temps après il perdit la raison ; on fut obligé de l'enfermer dans une maison d'aliénés. Quand il it recouvré un peu de calme, on le mit en liberté, mais il
eut
(1) De nombreux cas de possession sont cités dans la Bévue spiritualiste (t I ' p. 208-215). M. Piérart, en rapportant ces faits tout récents, s'applaudit de c'e que notre époque n*a rien à envier au moyen âge, et voit, dans cette hideuse maladie mentale, un sujet de triomphe pour le spiritualisme. Le même recueil donne une scène de sabbat (t. II, p. 234).
est demeuré à moitié fou ; de temps en temps, il allait trouver son père et lui assurait que la volonté des Esprits était que tous deux se donnassent la mort pour s'élancer plus vite dans un monde meilleur, il insistait énergiquement pour qu'ils sortissent ensemble de la vie par un double suicide. II fit des propositions semblables à plusieurs personnes. Enfin, en 1858, n'ayant pu réussir à convaincre une de ces personnes, il résolut de l'emmener malgré elle, et pour son bien, dans le pays des Esprits; il la tua d'un coup de pistolet et chercha à se donner le même genre de mort. Il fut arrêté; mais l'autorité ayant fait constater son état et recueilli des renseignements sur l'ensemble des faits que je viens de rapporter, l'a fait détenir comme aliéné.
Il est arrivé souvent que les Esprits ont prescrit des actions extravagantes que les adeptes ont exécutées docilement. Aux Etats-Unis, plusieurs personnes ontété poussées parlesEsprits à chercher des trésors dans des endroits qui leur étaient indiqués; elles ont fait des fouilles très dispendieuses, et n'ont rien trouvé. C'est aussi dans l'Union américaine, qu'un groupeassez nombreux despiritualistes a reçu l'ordre de quitter tout pour se laisser conduire dans un certain endroit où ils étaient appelés à fonder une société véritablement chrétienne, dont la forme serait celle des sociétés célestes, ses lois étant révélées, par l'inspiration immédiate de l'apôtre saint Jean. Ses membres vivant à part, rejetant les faussetés et l'égoïsme de nos sociétés antichrétiennes, animés d'une même foi et d'une même charité, devaient devenir tous médiums, et être en rapport permanent avec la sphère supérieure. Les deux chefs, MM. Scott et Harris, sont partis avec leur famille et une petite bande d'amis dévoués, voyageant à travers champs, rivières, monts et vallons. Les plus faibles bientôt épuisés par la fatigue, sont laissés en chemin pendant que les plus forts, toujours guidés parles Esprits, marchent jusqu'en un lieu sauvage, inculte, inhabité, lieu désigné pour
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labalLe des pèlerins (1). La misère ne tarda pas à dissiper celte petite colonie. Malheureusement ces sortes de déceptions ne corrigent pas les enthousiastes qui sont toujours prêts à renouveler ces actes de folie. On admet en principe que les Esprits sont parfois méchants et menteurs, et on leur obéi t comme s'ils étaient parfaits.
J'ai connu des spiritualistes qui m'ont dit être chargés par les Esprits de messages pour des personnes vivantes : ces messages contenaient des reproches insultants, des accusations peut-être calomnieuses, mais certainement non vérifiées. Malgré toutes mes observations, ils m'ont déclaré qu'ils allaient se conformer aux ordres d'en haut.
Abraham (qui devait être médium) croit entendre une voix et la reconnaît pour être celle d'un Esprit, du grand Esprit : cette voix lui ordonne d'immoler son fils. Il n'hésite pas, il fait taire la voix de la nature, il va commettre un crime exécrable, quand heureusement un autre Esprit vient changer la victime. Dès qu'on se croit en communication avec des Esprits supérieurs qui ne peuvent ni se tromper, ni nous tromper, c'est avec amour qu'on se fait leur esclave . Qu'un Esprit ordonne le crime, il ne manquera pas de séides pour l'exécuter.
Voici encore un exemple des égarements du spiritualisme. M. Girard de Caudemberg, homme fort instruit et écrivain distingué, a publié en 1857 un volume intitulé : Le monde spirituel ou Science chrétienne de communication avec les puissances célestes et les âmes heureuses. L'auteur, quoique zélé calholique, a cultivé d'une manière suivie les exercices des tables, est devenu? médium écrivain, et a dès lors renoncé aux autres modes de communication. Il se crut en possession d'un moyen facile de converser avec les Esprits. Pourtant il reconnaît qu'en agissant ainsi, on est exposé à un
(1) Article d'Anna Blackwell (Journal du magnétisme, 1853, t. XII, p. 191).
genre d'erreur qui consisterait à s'abuser soi-même, à être sa propre dupe, ce qui, dit-il, constitue une des plus singulières situations où puisse se trouver un observateur.
Il a donc prévu l'objection qu'on ne manquerait pas de lui faire, et que lui ont faite ses amis et ses proches, c'est qu'en réalité il ne fait autre chose que de converser avec lui-même, et qu'il est le seul et véritable auteur de tout ce qu'il se figure lui être dicté par des Esprits extérieurs. Il a dû chercher à se donner à lui-même et à donner à ses lecteurs des garanties contre une pareille déception. Ce qu'il cite comme la circonstance la plus décisive en faveur de la coopération étrangère, c'est que, quand il écrit dans son état de médium, il a une écriture qui n'est pas du tout la sienne, qu'il a même plusieurs écritures essentiellement différentes selon les Esprits qu'il interroge, c'est que les communications se terminent par les signatures avec paraphe des défunts dont les Esprits meuvent sa main, et qu'il obtient ainsi les signatures des personnes qu'il n'a jamais connues. Ces résultats, s'ils étaient bien établis, auraient de la gravité et offriraient un problème des plus ardus : il n'est pourtant pas impossible d'en donner une explication naturelle. Il est certain que le médium est dans un état extraordinaire : il y a chez lui, sans qu'il en ait conscience, une surexcitation intellectuelle, grâce à laquelle il peut rappeler le souvenir d'objets qu'il croyait à jamais effacés de sa mémoire; peut-être jouit-il alors de quelques aptitudes spéciales, notamment de celle d'imiter promptement des types d'écrilure dont l'image est dans son esprit; il peut posséder aussi une lucidité analogue à celle des somnambules, et il a le plus souvent avec ces derniers ce trait de ressemblance, qu'au sortir de la crise, il perd la mémoire de ce qu'il a éprouvé, il ne lui reste qu'un souvenir confus de ce qui s'est passé autour de lui. On comprend dès lorsqu'un médium frappé de l'idée préconçue que sa main va être l'instrument passif d'une volonté étrangère, se crée un genre
particulier d'écriture, puis arrive à imiter les écritures, quand elles lui sont connues, des personnes dont l'Esprit est censé diriger ses organes. Si ces facultés sont très développées, il parviendra à imiter les écriture» qu'il n'avait vues autrefois que d'une manière fugitive, et dont il croit, dans son état, ordinaire, n'avoir aucun souvenir. Pour imiter les écritures qu'il n'a jamais vues, chose beaucoup plus difficile, le médium lirait dans la pensée du consultant, et y verrait tout à la fois le nom du défunt évoqué et son écriture.
Pour compléter celte série ascendante d'expériences, il serait intéressant d'évoquer une personne dont l'écriture ne serait connue ni du consultant ni du médium, afin de voir si. celui-ci, n'ayant pas la ressource de la communication de pensée, imiterait encore l'écriture du défunt. En discutant les faits rapportés par M. Girard, nous avons voulu faire voir qu'ils pouvaient s'expliquer sans intervention des Esprits. Mais nous faisons toutes nos réserves sur la réalité de ces faits; non que nous doutions de la véracité de l'auteur que nous croyons homme d'honneur ; mais nous craignons que son enthousiasme ne lui ait pas laissé le sangfroid nécessaire pour bien observer. Or, pour peu qu'on soit prévenu, on verra facilement de la ressemblance entre des écritures qui n'en ont aucune. Pour s'assurer d'une saine appréciation, il faudrait recourir aux lumières d'un expert ou au moins d'un connaisseur auquel on présenterait un grand nombre d'écritures différentes , et sans l'informer comment elles ont été obtenues : on l'inviterait à rechercher celles qui peuvent être de la même main. Et encore ne faudrait-il pas se contenter d'une approximation , d'une quasi-similitude que croirait apercevoir l'examinateur; il faudrait multiplier les expériences en en variant les conditions, et si le résultat est constamment le même, alors seulement le phénomène des écritures sera significatif. Mais aucun spiritualiste, que je sache, n'a pris de semblables pré-
cautions. Leurs relations à cet égard n'ont donc aucune valeur.
M. Girard de Caudemberg raconte qu'un des premiers Esprits qui se présentèrent à lui à l'aide de l'écriture, fut un certain Frammanaleo qui se dit son ange gardien et qui lui apprit, lors de la dernière guerre d'Orient, que la flotte russe, trompant la surveillance des Français et des Anglais, s'était échappée du port de Sébastopol, avait traversé la mer Noire et détruit la flotte turque, que les Russes s'étaient emparés de Constantinople après un combat de terre où le fils de l'auteur avait été grièvement blessé; l'Esprit donnait tous les détails de manière à rendre la nouvelle vraisemblable; et, chose remarquable, l'auteur avoue qu'à ses yeux ce coup de main n'était pas impossible, ce qui peut servir au lecteur à trouver la liaison entre les idées propres du médium et la communication que celui-ci croit cependant lui être étrangère. La nouvelle étant fausse de tout point, il faut donc croire que l'Esprit prétendu s'était amusé à fabriquer un canard. Mais si les anges gardiens se permettent de telles facéties, sur qui pourra-t-on compter? L'auteur s'adressa, dans son anxiété, à l'Esprit d'une femme qu'il avait tendrement aimée, en qui il avait pleine confiance, et qui (toujours par l'écriture) lui assura que Frammanaleo n'existait pas (ce qu'on croira sans peine), et qu'un mauvais esprit nommé Sessemént avait imaginé de se donner pour ce personnage fictif, afin de tromper le médium. Bien plus, ce mauvais Esprit avait dissimulé sa véritable nature à l'amie angélique et avait servi d'intermédiaire pour amener les communications de celle-ci, et quand le médium abandonnait sa main' à son amie, le perfide Sessemént prenait sa place, contrefaisait son écriture et parlait en son nom. Comment, après de pareilles déceptions, l'auteur a-t-il pu se flatter de reconnaître l'identité d'un Esprit? Qui lui garantit que Sessemént existe plussûrementqueFrammanaleo? Si pendant quelque temps il a pu prendre les discours d'un
mauvais Esprit pour ceux d'une sainte, comme il ne possède pas maintenant d'autre critérium que celui qu'il avait alors, il ne peut être assuré que les discours qu'il attribue aux bons Esprits ne viennent pas également de démons déguisés.... Mais la foi ne raisonne pas: si l'objet de son culte lui échappe, elle s'empresse de le remplacer par un autre.
M. Girard, une fois entré en communication avec les bienheureux, ne trouva plus d'obstacle pour s'élever jusqu'aux êtres les plus éminents. S'il se fût adressé à Jésus-Christ, bien cerlainement il eût obtenu des réponses en son nom. C'est la Vierge Marie qu'il évoqua : non-seulement il obtint d'elle, sans la moindre difficulté, des discours écrits en bon français et signés, mais encore à chaque visite il sentit sur ses lèvres le baiser que venait y déposer la Vierge invisible. Il dépeint dans les termes les plus chaleureux le bonheur que lui procurent ces entretiens mystiques, il jouit d'une félicité qui rappelle les ravissements des célèbres extatiques, de sainte Thérèse et de madame Guyon. Et celle de qui il croit recevoir des communications, étant regardée par l'Église comme la Reine du Ciel, étant l'objet du culte & hyperdulie qui tend de plus en plus à l'égaler à Dieu, sinon à la mettre au-dessus, ces communications prennent le caractère de révélations; il a donc à sa disposition un oracle infaillible, dont les avis sont des ordres échappant à toute discussion ; il est seul autant que le pape et les conciles \ il puise à la source de toute vérité... Heureusement la douceur de caractère qui se révèle dans son livre est une bonne garantie contre les suites d'une pareille exaltation ; mais mettez à sa place une nature sombre, ardente, chez laquelle la haine des impies soit la première vertu : la Vierge vouera à l'extermination les ennemis de la religion, et le serviteur fidèle croira gagner le ciel en exécutant ses ordres sanguinaires...
Il est triste de voir un homme de mérite tomber dans des aberrations dont le dernier terme est V adoration de soi-même.
Voilà où conduit la nécromancie des médiums. 31. Piérart, bien que fervent spirilualiste, reconnaît la vanité des évocations et des communications par la corbeille, la plancbctle et le crayon, et qualilie ce travers de spirito-làtrie , de spiritomanie et de spirito- folie (1).
Enfin il est encore un inconvénient résultant des tables parlantes et des évocations. Une foule de gens consultent les Esprits sur toute espèce d'affaires; il y a en Amérique une multitude de médiums qui, comme nos somnambules, ont des cabinets de consultation. En France, quoique la chose soit beaucoup moins commune, on s'est adressé aux tables, plus tard aux corbeilles et ensuite aux médiums écrivains. Ces consultations présentent tous les dangers des consultations somnambuliques, que nous avons signalés ; elles sont même plus nuisibles en ce que les consultants qui recourent aux somnambules, peuvent encore concevoir la nécessité d'un contrôle à l'égard d'un être humain, tandis que les Esprits, êtres supérieurs, leur inspirent une confiance sans bornes. On consulte les Esprits sur les maladies, sur les objets perdus, sur les trésors cachés, sur les procès à entreprendre; des maris, à ma connaissance, ont consulté des tables sur la fidélité de leurs femmes, et il s'en est suivi des querelles de ménage et de graves malheurs; j'ai vu dans un cercle hanté par des Esprits supérieurs, un individu demander si un certain oncle avait encore longtemps à vivre, et la corbeille n'a pas dédaigné de lui répondre. Ce débordement de sotte crédulité est. un fléau que nous devons à la moderne nécromancie, et qu'a justement flagellé M. Viennct dans ces vers :
Que ne dirais-je pas de l'étrange folie D'un peuple d'esprits-forts qui croit à la magie, Qui, poursuivant partout les superstitions, Fait au nom du progrès des révolutions,
(1) Revue spiritualislc, 1858, p. 165, t6§.
Et prend au sérieux les visions cornues
Du premier churlatan qui lui tombe des nues !
J'ai vu mille insensés, l'œil tendu vers leurs mains,
D'une table tournante attendre leurs deslins ;
Écouter en tremblant si la table est frappée
Par quelque âme invisible à la tombe échappée (1).