‹ Du magnétisme et des sciences occultes [electronic resource]Chapitre 48 sur 54 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

signalent un empoisonnement public, de nouveaux aliments au charlatanisme, des aberrations conduisant à la folie et au suicide, des foyers de superstition et de fanatisme.

Les gens de bien doivent désirer qu'au milieu de ce conflit d'opinions contraires la lumière se fasse, qu'une vérification solennelle et rigoureuse ait lieu, de manière à confondre l'erreur et la fraude et à glorifier la vérité.

C'est là principalement le but que nous nous sommes proposé. Nous avons voulu secouer l'apathie des personnes qui, par dédain ou par toute autre cause, ne croient pas devoir prêter la moindre attention aux sciences occultes et se contentent d'en rire; nous avons voulu aussi faire sentir aux partisans de ces sciences, combien est fragile la base sur laquelle ils s'appuient, et combien ils ont intérêt à provoquer un examen qui pourrait donner à l'objet de leurs croyances une consécration définitive.

Qu'on reconnaisse, de part et d'autre, qu'il serait oiseux de continuer à récriminer, à déclamer 5 on affirme d'un côté, on nie de l'autre ; le débat s'aigrit, s'envenime, dégénère en dispute où les injures finissent par tenir lieu d'arguments. Une pareille lutte serait toujours stérile. Le seul moyen d'y mettre fin, c'est d'en venir aux épreuves scientifiques, c'est de constituer un tribunal devant lequel il y ait à produire, non plus des affirmations ou des négations, non plus des promesses, des vanteries, mais des faits.

Qu'on ne nous objecte pas que les corps savants ont examiné le magnétisme et le somnambulisme et en ont prouvé la fausseté, que de nouvelles recherches ne pouvant donner plus de résultats, seraient superflues, que la condamnation doit donc être tenue pour définitive. Non, il n'est pas vrai que la question soit souverainement jugée par les corps savants. D'abord ils n'ont examiné que la plus faible partie des genres de faits; puis ils n'ont eu devant les yeux que des faits trop peu nombreux pour que des insuccès on pût tirer

di s conclusions négatives. En traçant le programme d'un nouveau cadre de recherches, nous ferons voir combien il reste à faire après nos académies.

Il n'est pas en notre pouvoir de faire mouvoir les corps constitués, et il est fort peu probable qu'une invitation, quand même elle aurait beaucoup plus de poids que la nôtre, fût de nature à déterminer de leur part de nouveaux efforts. L'Académie de médecine a décidé qu'elle jetterait au panier, sans les ouvrir, tous les mémoires sur cette matière; ne cherchons donc pas à la troubler dans cette douce quiétude, elle n'en sortira que quand les faits seront assez éclatants pour forcer l'attention de ses membres. Quant à l'Académie des sciences, sans doute elle ne se regarderait pas comme compétente. L'Académie des sciences morales et politiques, en mettant au concours, en 1851, la question de somnambulisme, sembla annoncer l'intention d'étudier les questions nouvelles ; mais le rapport de M. Lélut, approuvé par ses collègues, montra combien elle redoutait de s'écarter des sentiers battus. C'est aux efforts des particuliers à suppléer à l'indifférence, ou si l'on veut, à la prudente réserve des corps constitués.

Que les sociétés magnétiques prennent l'initiative. Elles ont rempli leur mission de propagande, elles ont fourni de nombreux et dévoués athlètes pour soutenir la vérité du magnétisme, elles ont inondé le monde de livres et de journaux. Elles n'ont pas atteint leur but, tant que le magnétisme est contesté, tant qu'une partie considérable du public, et à sa tète la plupart des savants, nie et bafoue ce qu'elles adorent. Elles doivent avoir à cœur d'obtenir un résultat définitif. Leurs adversaires veulent en finir avec le magnétisme ; que les sociétés aussi veuillent en finir avec la négation du magnétisme. C'est à elles à provoquer les grandes assises où il sera statué sur son sort.

Nous proposons qu'elles convoquent un congrès général des sciences occultes. On y appellera les défenseurs les plus

ÉPILOGUE. 523 renommés du magnétisme dans tous les pays, ceux qui ont acquis une certaine célébrité, soit comme écrivains, soit comme professeurs, soit comme opérateurs. Mais, comme il ne s'agira pas d'une réunion où l'on se borne à chanter en chœur les louanges de Mesmer, comme il s'agit au contraire d'organiser une lutte opiniâtre, on appellera aussi les adversaires du magnétisme ; ceux qui en l'attaquant, n'importe comment, ont montré qu'ils s'intéressaient à la question, et qu'ils étaient disposés à faire des efforts pour l'éclairer. Il faudra s'attacher à faire représenter tous les systèmes et toutes les prétentions. Ainsi on ne devra pas omettre les partisans de l'intervention du démon, les spiritualistes de toutes nuances, les magistes et magiciens, les thaumaturges, en un mot, tous ceux qui se sont occupés à quelque titre des sciences occultes, soit pour les accuser, soit pour les nier, soit pour les défendre, soit même pour les étudier comme objet de curiosité.

Le congrès n'aurait pas pour objet de discuter la vérité ou la fausseté de tel ou tel ordre de faits; car en présence d'affirmations contradictoires, aucun juge impartial ne peut statuer; ce qu'il faut, c'est organiser l'enquête. Il y aurait donc à nommer une commission d'hommes instruits, indépendants, désintéressés, offrant toutes les garanties d'impartialité et de sagacité. Ce serait une mission délicate et laborieuse ; mais certainement il se trouverait des personnes éminentes qui, dans l'intérêt de la science et de l'humanité, consentiraient à s'en charger. M. Babinet, par exemple, nous semble un des hommes qu'il serait désirable de voir entrer dans la commission; il a traité d'une manière remarquable la question des tables tournantes, il s'est exprimé avec bienveillance sur le magnétisme et le somnambulisme (1), tout en faisant ses ré-

(1) Voici ses expressions : « Le magnétisme et le somnambulisme deviendront sous peu une belle et positive science physiologique (Revue des Deux-

serves sur les fails dont la réalité nè lui est pas démontrée, mais sans se croire le droit de les déclarer d'avance impossibles; il serait dans d'excellentes conditions pour procéder à un examen rigoureux, pour observer les faits et pour en apprécier les conséquences. Sa haute réputation scientifique, son jugementdroilet vraiment philosophique, donneraient une grande autorité à son témoignage et aux décisions auxquelles il prendrait part.

Un des premiers objets sur lesquels la commission aurait à porter son attention, serait le magnétisme animal. Il y aurait d'abord, abstraction faite de la cause, à constater son existence, ses effets, sa vertu curative, le parti qu'on peut en tirer; plusieurs magnétistes ayant affirmé avoir guéri des sourds-muets, il y aurait le plus grand intérêt pour l'humanité à s'assurer si réellement le magnétisme peut rendre l'ouïe à ceux qui en sont privés, et sans doute l'autorité publique se prêterait à des expériences ayant un but si respectable. Il y aurait à répéter les expériences de M. Esdaile et à vérifier si par une batterie magnétique, on peut venir à bout des natures peu sensibles et magnétiser le premier individu venu. Il y aurait aussi à rechercher le principe du magnétisme, à vérifier s'il peut exister indépendamment de l'imagination, à constater l'action à distance, la magnétisation parles corps intermédiaires. On répéterait les expériences d'attraction humaine sur des sujets suspendus ou posés sur des balances.

On inviterait les magnétistes à répéter sur les animaux, les végétaux et les corps bruts, les expériences décrites dans leurs ouvrages. L'un serait prié de dompter des bêtes féroces par le regard, de guérir des animaux, de les endormir, de les mettre en catalepsie; un autre serait chargé d'activer ou de retarder à son gré la végétation des plantes, d'agir isolé-

Mondes, numéro du 1er mai 1856, p. 523). Dans le Journal des Débats du 23 juin 1858, il a proposé de rechercher, à l'aide du magnétisme, les cause» des épidémies.

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