ÉPILOGUE
ment sur quelques branches ou sur quelques fruits. M. Lafontaine aurait à faire dévier la boussole et les aiguilles librement suspendues, M. Ricard à dissiper les nuages et la pluie. On vérifiera par des expériences les assertions si souvent répétées de M. le baron de Reichenbach sur les sensitifs et sur les étranges phénomènes qu'il attribue à la lumière odique (1).
Le somnambulisme fournirait un vaste champ d'observation. Son existence môme élant contestée, il y aurait à recueillir des faits positifs; puis viendraient les divers genres de lucidité, non-seulement la vue sans le secours des yeux, phénomène à l'examen duquel se sont à peu près bornées les commissions Dubois et Burdin, mais aussi la transmission de pensée, la vue des maladies et des remèdes, la vue du passé, celle de l'avenir, le déplacement des sens, en un mot, toutes les facultés transcendantes des somnambules.
On ferait appel à tous ceux qui pourraient avoir des sujets intéressants à présenter ; on ne se bornerait pas h attendre, on irait à la recherche des phénomènes, on frapperait à toutes les portes ; on mettrait à l'épreuve les somnambules les plus renommés , et des sténographes transcriraient textuellement les entretiens qui auraient lieu.
On aborderait aussi le spiritualisme : on se mettrait en quête des médiums ; on mettrait en demeure tous les grands thaumaturges de donner des preuves de la puissance extraordinaire qu'ils s'attribuent, celui-ci d'obtenir de l'écriture des Esprits, celui-là de faire mouvoir des corps sans contact, cet autre de s'élever en l'air, un autre de faire entendre des coups mystérieux ; et ainsi de suite. Les faiseurs de miracles seraient mis au pied du mur; il n'y aurait plus moyen de dire : Si je voulais; il ne suffirait pas de promettre, d'équivoquer : il leur faudrait produire des faits.
On rechercherait aussi les diverses officines de merveil-
(1) Lettres odiques magnétiques, traduites de l'allemand, suivies des appréciations de M. Caliagnet. 1 vol. in-12, 1853.
lèux ; 'on s'adresserait aux jugeurs d'eau qui, sur l'aspect de l'urine d'une personne, décrivent son état; aux toucheurs qui, par un simple attouchement, guérissent instantanément les entorses, les écrouelles, les dartres, etc.; aux sourciers qui, par le mouvement de la haguette divinatoire, découvrent les sources d'eau, les gisements métalliques et les trésors cachés* aux cartomanciens qui, au moyen des cartes, devinent le présent, le passé et l'avenir - aux devins qui remplacent les cartes par le marc de café ou par d'autres appareils de géomancie, d'hydromancie, etc. ; aux astrologues qui voient tout dans les astres ; aux alchimistes qui font de l'or; aux sorciers qui envoûtent, jettent des sorts et enlèvent ceux que d'autres ont jetés ; aux nécromanciens qui font apparaître et parler les morts ; aux magiciens qui font voir le Diable et les Esprits élémentaires ; aux magistes qui, comme l'abbé Constant, apaisent les tempêtes, disposent des éléments, communiquent d'un bout du monde à l'autre, donnent l'immortalité, ressuscitent les morts, etc.
Il ne faudrait pas dédaigner les théurgistes, les gens qui assurent que certaines amulettes rendent invulnérable, préserventdela peste etdes autres maladies contagieuses, transforment subitement le moral des personnes et possèdent une efficacité infaillible. Rien ne serait plus facile que d'en faire l'épreuve.
Il se trouverait sans doute plus d'un grand homme pris au dépourvu et qui, prévoyant l'issue malheureuse d'une èxpérience , ferait déclarer par quelque Esprit, qu'il ne veut pas d'épreuve. Comme on ne peut forcer personne à faire des miracles, on recueillerait ces réponses qui seraient publiées et serviraient sans doute à faire juger ceux qui se tireraient ainsi d'affaire. Comme ce ne serait plus un simple particulier, un premier venu qui aurait constaté l'impuissance , mais une commission jouissant de l'estime publique et de l'autorité que donnent la science et la moralité, la publicité