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CHAPITRE IV

La théorie de Mesmer était fort compliquée. Selon lui, l'agent du magnétisme animal est un fluide universellement répandu. « Ce fluide est le moyen d'une influence mutuelle entre les corps célestes, la terre et les corps animés ; il est continué de manière à ne souffrir aucun vide ; sa subtilité ne

permet aucune comparaison ; il est capable de recevoir, propager, communiquer toutes les impressions du mouvement; il est susceptible de flux et de reflux. Le corps animal éprouve les effets de cet agent, et c'est en s'insinuant dans la substance des nerfs qu'il les affecte immédiatement. On reconnaît particulièrement dans le corps humain des propriétés analogues à celles de l'aimant; on y dislingue des pôles également divers et opposés. L'action et la vertu du magnétisme animal peuvent être communiquées d'un corps à d'autres corps animés et inanimés; cette action a lieu à une distance éloignée, sans le secours d'aucun corps intermédiaire ; elle est augmentée, réfléchie par les glaces, communiquée, propagée, augmentée par le son; cette vertu peut être accumulée, concentrée, transportée. Quoique ce fluide soit universel, tous les corps animés n'en sont pas également susceptibles; il en est même, quoique en petit nombre, qui ont une propriété si opposée, que leur seule présence détruit tous les effets de ce fluide dans les autres corps. » Sur ce système étaient fondés certains procédés, notamment la magnétisation à pôles directs ou à pôles opposés.

Cette théorie est complètement abandonnée, et même du temps de Mesmer, ses disciples les plus fervents ont changé entièrement ses procédés et en ont adopté d'autres qui supposaient implicitement le rejet de ses propositions; ils ont négligé les pôles et n'ont plus eu la prétention de rattacher leur action à l'influence des astres. En un mot, la doctrine annoncée si pompeusement par Mesmer comme la régénération de la science, enseignée par lui comme un mystère sublime à quelques initiés qui avaient payé fort cher ce privilège, cette doctrine délaissée presque en naissant, a été ensevelie dans l'oubli, n'a plus un seul défenseur, et il n'en est plus fait mention que pour compléter l'histoire du magnétisme, i

Les magnétisles adoptèrent une théorie beaucoup plus

simple : selon eux, le corps humain est imprégné d'un fluide magnétique; tout homme peut, par sa volonté, émettre ce fluide hors de lui et le diriger où il veut; en le dirigeant vers son semblable, il produit chez celui qui le reçoit, d importantes modifications ; le magnétiseur peut à son gré communiquer à son fluide des qualités diverses et même opposées, attirer ou repousser, échauffer ou rafraîchir, calmer

ou exciter, etc.

D'autres magnétistes, ne voyant pas la nécessité d'un fluide, expliquent tous les phénomènes par la seule force de la volonté, au moyen de laquelle le magnétiseur agit sur les corps extérieurs de la même manière qu'il agit sur ses propres organes.

Puis sont venus les spiritualistes et les démonolàtres, qui ont prétendu que les prodiges du magnétisme dépassant les forces humaines, ne pouvaient être produits que par l'action d'êtres supérieurs. Les uns ont fait intervenir de bons génies, -les autres ont préféré les diables.

Enfin, dès le début du magnétisme, les commissaires chargés de l'examiner ont pensé que rien ne justifiait l'existence du fluide allégué par Mesmer, et que tous les effets du magnétisme n'étaient dus qu'à l'imagination. Cette dernière hypothèse est la plus simple; voyons si elle est suffisamment justifiée.

En 1784, le gouvernement a nommé une commission composée de médecins de la Faculté de Paris et de membres de l'Académie des sciences, à l'effet d'examiner le magnétisme animal et d'en rendre compte; au nombre des commissaires se trouvaient des savants illustres, Franklin, Lavoisier, Darcet, Bailly : ce fut ce dernier qui fit le rapport qui est une des pièces les plus importantes de l'histoire du magnétisme. Après avoir assisté à diverses expériences et avoir examiné les sujets présentés par Deslon, disciple et collaborateur de Mesmer, les commissaires procédèrent à

l'égard des sujets à une double épreuve. L'une consiste à leur faire croire qu'on les magnétise, quoiqu'il n'en soit rien, et l'autre à les magnétiser sans qu'ils s'en doutent. Dans le premier cas, les sujets ont éprouvé tous les effets magnétiques qu'ils avaient présentés sous l'action de leur magnétiseur; dans le second cas, ignorant qu'on les magnétisât, ils n'ont rien éprouvé du tout. Tel est, en peu de mots, le résumé de nombreuses expériences d'où les commissaires ont conclu que l'imagination était la cause unique de tous les effets appelés magnétiques. Il est bon de rappeler quelquesunes de ces expériences.

Une malade, présentée par le docteur Jumelin, était très sensible à l'action magnétique : quand le magnétiseur dirigeait ses doigts vers quelque partie de son corps, elle y ressentait aussitôt une très vive chaleur. On lui a bandé les yeux et on lui a fait croire que Jumelin la magnétisait : « Les effets ont été les mêmes, quoiqu'on n'agît pas sur elle, ni de près ni de loin ; elle éprouvait la même chaleur, la même douleur dans les yeux et clans les oreilles. Au bout d'un quart d'heure, on a fait signe à Jumelin de la magnétiser à l'estomac, elle n'a rien senti ; au dos, de même. Les sensations ont diminué au lieu d'augmenter. Les douleurs de la tête sont restées, la chaleur du dos et des reins a cessé. » Plusieurs autres sujets ayant la vue bandée, ont donné des résultats exactement semblables, éprouvant des effets lorsqu'on n'agissait pas, et n'éprouvant rien quand on agissait.

« APassy, dans le jardin de Franklin, Deslon magnétisa un arbre dont le contact devait faire tomber en crise un jeune homme très sensible. On s'y prit de manière que celui-ci ne pût connaître d'avance quel était l'arbre magnétisé et qu'aucune intelligence ne pût exister entre lui et Deslon. Le jeune homme avait la vue bandée, et Deslon dirigeait sa canne vers l'objet magnétisé pour en augmenter l'action. Le sujet fut amené successivement à quatre arbres qui n'étaient pas ma-

gnétisés, il les embrassa chacun pendant deux minutes, d'après ce qui avait été réglé par Deslon.

?Au premier arbre, le jeune homme interroge au bout d'une minute, a déclaré qu'il suait à grosses gouttes; il a toussé, craché, et il a dit sentir une petite douleur sur la tète; la distance à l'arbre magnétisé était d environ 27 pied,. Au second arbre, il se sent étourdi; même douleur sur la tête; la distance était de 36 pieds. Au troisième arbre l'étourdissement redouble ainsi que le mal de tète; il dit qu'il croit approcher de l'arbre magnétisé; il en était alors environ à 38 pieds. Enfin, au quatrième arbre non magnétise et à 2& pieds environ de distance de l'arbre qui l'avait ete, le jeune homme est tombé en crise; il a perdu connaissance, ses membres se sont roidis et on l'a porté sur un gazon voisin, où Deslon lui a donné des secours et l'a fait revenir. »

Une femme, sujet de Deslon, et signalée comme très sensible, a été amenée devant les commissaires qui lui ont appliqué un bandeau sur les yeux et lui ont fait croire que Deslon était venu pour la magnétiser. « Le silence était recommandé, trois commissaires étaient présents, l'un pour interroger, l'autre pour écrire, le troisième pour représenter Deslon. On a eu l'air d'adresser la parole à Deslon en le priant de commencer, mais on n'a point magnétisé la femme; les trois commissaires sont restés tranquilles, occupés seulement à observer ce qui allait se passer. Au bout de trois minutes, la malade a commencé à sentir un frisson nerveux ; puis successivement elle a senti une douleur derrière la tête, dans les bras, un fourmillement dans les mains, c'est son expression ; elle se roidissait, frappait dans ses mains, se levait de son siège, frappait des pieds -, la crise a été bien caracté-

risée.

On a disposé dans un appartement deux pièces contiguès et unies par une sorte de communication. On avait en-

28 HU MAGNÉTIS1UE.

levé la porte, et on lui avait substitué un châssis couvert et tendu d'un double papier. Dans lune de ces pièces était un des commissaires pour écrire tout ce qui se passerait, et une dame annoncée pour être de province et pour avoir du linge à faire travailler. On avait mandé la demoiselle B..., ouvrière en linge, déjà employée dans les expériences de Passy, et dont on connaissait la sensibilité au magnétisme. Lorsqu'elle est arrivée, tout était arrangé de manière qu'il n'y avait qu'un seul siège où elle pût s'asseoir, et ce siège était placé dans l'embrasure de la porte de communication où elle s'est trouvée comme dans une niche. Les commissaires étaient dans l'autre pièce, et l'un d'eux, médecin exercé à magnétiser et ayant déjà produit des effets, a été chargé de magnétiser la demoiselle B... à travers le châssis de papier. C'est un principe de la théorie du magnétisme, que cet agent passe à travers les portes de bois, les murs, etc. Un châssis de papier ne pouvait lui faire obstacle ; d'ailleurs Deslon a établi positivement que le magnétisme passe à travers le papier, et la demoiselle B... était magnétisée comme si elle eût été à découvert et en sa présence. Elle l'a été en effet, pendant une demi-heure, à un pied et demi de distance, à pôles opposés, en suivant toutes les règles enseignées par Deslon, et que les commissaires ont vu pratiquer chez lui. Pendant tout ce temps, la demoiselle B... a fait gaiement la conversation; interrogée sur sa santé, elle a répondu librement qu'elle se portait bien : à Passy, elle est tombée en crise au bout de trois minutes; ici elle a supporté le magnétisme sans aucun effet pendant trente minutes. C'est qu'ici elle ignorait être magnétisée, et qu'à Passy elle croyait l'être. On voit donc que l'imagination seule produit tous les effets attribués au magnétisme ; et lorsque l'imagination n'agit pas, il n'y a plus d'effet. On aurait pu objecter à cette expérience que la demoiselle B... pouvait être mal disposée et se trouver moins sensible dans ce moment au magnétisme. Les commissaires ont prévu l'ob-

jection et ont fait en conséquence l'expérience suivante. Aussitôt qu'on a magnétisé à travers la porte, le môme médecin commissaire a passé dans l'autre pièce; il lui a été facile d'engager la demoiselle B... à se laisser magnétiser. Alors il a commencé à la magnétiser, en observant, comme dans l'expérience précédente, de se tenir à un pied et demi de distance, de n'employer que des gestes et les mouvements du doigt index et de la baguette de fer. La seule différence qu'il y a eu entre ces deux expériences, c'est que dans k première il a magnétisé à pôles opposés en suivant les règles, au lieu que dans la seconde il a magnétisé à pôles directs et à contre-sens. En agissant ainsi, on ne devait produire aucun effet, suivant les théories du magnétisme. Cependant, après trois minutes, la demoiselle B... a senti un malaise, de l'étouffement ; il est survenu successivement un hoquet entrecoupé, un claquement de dents, un serrement à la gorge, un grand mal de tête ; elle s'est agitée avec inquiétude sur sa chaise; elle s'est plainte des reins, elle frappait quelquefois prestement de son pied sur le parquet; puis elle étendait ses bras derrière le dos en les tordant fortement comme à Passy ; en un mot, la crise convulsive a été complète et parfaitement caractérisée. Elle a eu tous ces accidents en douze minutes, tandis que le même traitement employé pendant trente minutes l'a trouvée insensible. Il n'y a de plus ici que l'imagination, c'est donc à elle que ses effets appartiennent (1) . »

Les autres expériences auxquelles a procédé la commission de 178Zi, ont donné constamment les mêmes résultats que celles que nous venons de rapporter; et la commission, après l'examen de ces faits, a été conduite à en conclure que l'imagination sans le magnétisme produisait tous les effets magnétiques, et que le magnétisme sans l'imagination ne produisait

(l) Extrait du rapport de Bailly.

rien, et que par conséquent l'imagination était la seule cause des effets magnétiques , qu'elle suffisait pour en rendre raison, tandis que rien ne prouvait l'existence d'un agent particulier.

Ces conclusions sont parfaitement motivées, et en lisant le rapport, il est impossible de ne pas reconnaître que les commissaires ont sainement et logiquement apprécié les faits. Cet arrêt a jeté une vive irritation parmi les défenseurs du magnétisme, qui depuis n'ont cessé d'en décliner l'autorité et de prôner chaleureusement l'existence du fluide. Pour infirmer la décision des corps savants, ils n'avaient qu'une marche à suivre, se livrer à de nouvelles études et se mettre en mesure d'offrir de nouveaux faits auxquels on ne pût appliquer l'appréciation des commissaires, c'est-à-dire présenter des effets que l'imagination ne pût produire, et obtenus de sujets chez lesquels l'imagination ne joue aucun rôle, ce qui exige qu'ils ignorent même qu'on les magnétise. Mais très peu de magnélistessont entrés dans cette voie : presque tous, en attaquant le rapport dont il s'agit, se sont bornés à des déclamations, sans aborder le point capital de la discussion, et ont continué à chercher des effets curieux sans doute, mais auxquels s'applique dans toute sa force l'objection académique.

Nous devons néanmoins faire mention de quelques expériences par lesquelles on a cherché à y répondre.

En 1820, le docteur Husson fit à l'Hôtel-Dieu de Paris des essais de magnétisme sur quelques malades et appela pour y concourir M. le baron Du Potet qui, jeune alors, faisait ses premières armes, et qui est devenu depuis le chef et en quelque sorte le patriarche de la secte magnétique. Une malade nommée mademoiselle Samson fut mise par M. Du Potet en état de somnambulisme, déclara voir l'intérieur de son corps et en fit la description. Les médecins qui assistaient à l'expérience, voulant s'assurer qu'il n'y avait pas de connivence

entre le magnétiseur el la somnambule, enfermèrent M. Du Potet dans un cabinet noir, séparé par une cloison de la chambre où l'on avait l'habitude d'amener mademoiselle Samson. Celle-ci, en arrivant dans cette chambre, ne vit donc pas M. Du Potet et ne pouvait avoir aucune connaissance des précautions prises. Les médecins firent semblant d'être mécontents du retard de M. Du Potet, et l'un d'eux simulant un mouvement de colère, jeta avec force une paire de ciseaux sur la table. C'était le signal convenu entre les médecins et M. Du Potet qui, entendant ce bruit, se mit à magnétiser. Au bout de quelques secondes, la demoiselle Samson était tombée en somnambulisme. Le docteur Bertrand fit observer que la malade, amenée dans un lieu où elle avait coutume d'être endormie chaque malin, entourée des mêmes personnes, à la même heure, assise sur le même siège où elle devait supposer qu'on ne l'avait placée que pour la soumettre à une expérience, pourrait fort bien s'endormir sans qu'on fût en droit de rien en conclure en faveur de l'agent magnétique. On voulut donc établir autrement Fe? périence, et sur la demande de Bertrand, il fut convenu qu'elle aurait lieu, non-seulement à l'insu de la malade, mais encore à une heure où elle ne devait pas s'attendre qu'on chercherait à agir sur elle; qu'on s'introduirait le soir dans la salle, à l'heure où tout le monde était couché, pour la magnétiser de loin et surtout à son insu. M. Du Potet affirme que toutes ces précautions ayant été rigoureusement prises, le succès fut complet, et que la demoiselle Samson qui n'avait aucune connaissance ni de sa présence, ni de l'intention qu'on avait de la magnétiser, a été somnambulisée par son action à distance (voir sa brochure intitulée : Expériences à l' Hôtel- Dieu). Voici, d'un autre côté, comment le fait est rapporté par deux adversaires du magnétisme, MM. Burdin et Dubois (Histoire académique du magnétisme animal, p. 260): « D'abord M. Husson arrivant ainsi inopinément dans la salle,

i2- DU MAGNÉTISME.

à sept heures du soir, événement inouï dans les habitudes d'un chef de service aussi exact, aussi ponctuel ; M. Husson ne se cache pas, il va droit au lit de la demoiselle Samson, et pour la dérouter (comme si dérouter une somnambule était chose facile!), il s'adresse à sa voisine et lui dit : C'est pour vous que je suis venu ce soir; vous m'aviez inquiété ce matin; mais je vous trouve mieux; tranquillisez-vous , cela ira bien. C'était la somnambule qui devait se dire à ellemême : Cela ira bien; car la voilà prévenue. Mais ce n'est pas tout. On place fort adroitement encore le magnétiseur à un lit d'intervalle de son sujet; une lampe, dit Bertrand, éclairait la salle et se trouvait placée derrière ledit magnétiseur, en sorte qu'il pouvait se dessiner comme une ombre chinoise; et M. Husson, à peu de dislance aussi, avait les yeux fixés sur elle; ne voilà-t-il pas une expérience bien instiLuée?... Aussi qu'arrive-t-il ? C'est que la demoiselle, une fois tous ces préparatifs terminés, dit à haute voix pour l'édification des expérimentateurs : C'est étonnant comme j'ai mal aux yeux ; je tombe de sommeil ! Et la voilà endormie. » — Bertrand, dans son Traité du magnétisme (p. 261 à 263), signale les inexactitudes de la relation de M. Du Potet et l'insuffisance des précaulions prises, et en définitive regarde l'expérience comme non concluante.

On voit que Bertrand et M. Du Potet ne sont pas d'accord sur les circonstances essentielles, c'est-à-dire sur les précautions prises pour que le sujet ne pût soupçonner l'action exercée sur lui; un tel fait demeuré douteux est donc loin de suffire pour résoudre une question aussi épineuse.

En 1825, l'Académie de médecine, sur la demande de M. Foissac, décida qu'une commission nommée par elle se livrerait à un nouvel examen du magnétisme. M. Husson, au nom de cette commission, a fait à l'Académie un rapport très favorable au magnétisme. Nous en extrayons le récit des faits les plus importants quant à la question actuelle : « A

EXPLICATIONS DU MAGNÉTISME. — L'iMAGlNATION. 33

sept heures du soir, la commission se réunit chez M. Itard pour continuer ses expériences sur Cazot. Ce dernier était dans le cabinet où la conversation s'est engagée et a été entretenue avec lui jusqu'à sept heures et demie, moment auquel M. Foissac, arrivé depuis lui et resté dans l'antichambre séparée de lui par deux portes fermées à une distance de douze pieds, commença à le magnétiser. Trois minutes après, Cazot dit : « Je crois que M. Foissac est là, car je me sens abasourdi. » Au bout de huit minutes il était complètement endormi. — Le 6 octobre, la commission se réunit dans le cabinet de M. Bourdois, à midi, heure à laquelle Cazot y arriva avec son enfant. M. Foissac avait été invité à s'y rendre à midi et demi, il arriva à l'heure dite, à l'insu de Cazot, et resta dans le salon, sans aucune communication avec nous. On alla cependant lui dire par une porte dérobée, que Cazot était assis sur un canapé éloigné de dix pieds d'une porte fermée, et que la commission désirait qu'il l'endormît et l'éveillât à cette distance, lui restant dans le salon et Cazot dans le cabinet. A midi trente-sept minutes, pendant que Cazot est occupé à la conversation à laquelle nous nous livrions, et examine les tableaux qui ornent le cabinet, M. Foissac, placé dans la pièce voisine, commence ses manœuvres magnétiques, et nous remarquons qu'au bout de quatre minutes, Cazot clignote légèrement les yeux, qu'il a un air inquiet, et qu'enfin il s'endort en neuf minutes. » Husson croit que la commission en procédant comme nous venons de le rapporter, s'est suffisamment mise à l'abri de toute espèce de connivence, à moins (dit-il) qu'on ne suppose qu'unhomme (Foissac) que nous avons toujours vu probe et loyal, voulût s'entendre avec un homme sans éducation, sans intelligence, pour nous tromper; « nous avouons, ajoute-t-il, que nous n'avons fait ni à l'un ni à l'autre cette injure. »

MM. Burdin et Dubois ont parfaitement raison de critiquer cette relation et de reprocher à la commission cet excès de

3/i DU MAGNÉTISME.

délicatesse qui l'empêche de prendre ses mesures pour que tout concert entre le magnétiseur et le sujet soit radicalement impossible. D'après la manière dont les choses sont présentées, nous ne pouvons savoir si Foissac n'a pas prévenu Cazot de l'heure où il le magnétiserait; nous n'accusons point la loyauté de Foissac, dont nous n'avons rien à dire, et qui aurait dû être laissée en dehors de la question à vérilier. En pareille matière, il faut l'aire abstraction des personnes et combiner les choses de manière que le résultat soit indépendant de la moralité des acteurs. On est fondé à reprocher à la commission d'avoir négligé des précautions indispensables : le magnétiseur (dont nous ne sommes pas obligé de vérifier la moralité) a pu s'entendre avec Cazot ; bien plus, il a pu, sans intention frauduleuse, par inadvertance ou légèreté, lui laisser deviner à quelle heure il devrait être magnétisé. Dès qu'il y a eu possibilité de cette entente qui rie suppose pas nécessairement la déloyauté des deux acteurs, l'expérience perd toute sa valeur. La commission de 1784, expérimentant à Passy, sur des sujets de Deslon, avait mieux compris les conditions d'une bonne observation, et s'y était prise de manière h rendre impossible tout concert entre le magnétiseur et ses sujets; le rapporteur déclare avec raison que « ces précautions, dans une expérience qui doit être authentique, sont indispensables sans être offensantes. »

Il serait superflu de rechercher minutieusement les moindres circonstances des trois faits que nous venons de rapporter. Nous en avons cité tout au long les relations parce que ce sont les seuls faits authentiques qu'on puisse citer en faveur de l'existence d'un agent magnétique distinct de l'imagination. Mais il est évidentque ces trois faits ne peuvent avoir aucune portée. En effet, il y a deux choses à y considérer, les phénomènes qui se sont produits, puis l'absence de toute circonstance propre à frapper l'imagination du sujet et à l'informer qu'il allait être magnétisé. Quant au premier

EXPLICATIONS DU MAGNÉTISME. — L'iMAGINATION. 35

point, la constatation est facile ; mais il n'en est pas de môme du second, parce qu'alors il s'agit de faits négatifs ; les observateurs peuvent bien certifier, par exemple, que, quand l'action magnétique s'est manifestée, le sujet était hors d'état devoir les gestes du magnétiseur; mais cela ne suffit pas, il faut de plus s'assurer que le sujet n'a pu, par un moyen quelconque, être au courant de ce qui se passait ; il faut être bien certain qu'un mot, un regard, un geste n'ont pas trahi le secret qui devait être gardé envers lui. Sans doute, il n'est pas impossible de réaliser un ensemble de précautions irréprochable ; mais nous voyons que dans les expériences plus haut rapportées, de MM. Du Potet et Foissac, il est resté quelque chose à désirer. Et quand des faits aussi rares sont en contradiction avec une masse immense d'observations , il faut croire, ou qu'on aura négligé quelque précaution, quand même nous ne pourrions pas la signaler, ou même qu'une rencontre fortuite a amené les manifestations attribuées à l'action magnétique.

Si cette action avait une efficacité propre, indépendante de l'imagination du sujet, on ne serait pas réduit, pour en prouver l'existence, cà discuter péniblement deux ou trois faits éloignés ; rien ne serait plus facile que de répéter journellement l'expérience. Mais les magnétiseurs , tout en acceptant comme un article de foi l'existence de leur fluide, ne s'occupent que de produire des phénomènes sans chercher à s'éclairer sur la nature de la cause ; et quand un observateur attentif veut séparer l'action magnétique et l'imagination, il arrive toujours que l'imagination sans l'action magnétique produit tous les phénomènes magnétiques sans exception, et que Faction magnétique sans l'imagination ne produit rien du tout, d'où il suit que l'imagination est la seule cause des effets appelés magnétiques.

Quelques faits qui me sont personnels vont achever de compléter cette démonstration. Le plus souvent, dans les

3(5 DU MACNKTISME.

réunions consacrées aux expériences magnétiques, il se trouve un magnétiseur renommé par sa puissance et accompagné d'un sujet qu'il vante comme très remarquable. Je fais alors l'un ou l'autre de ces deux essais. J'emmène le magnétiseur dans une pièce voisine en disant tout haut que je vais me concerter avec lui sur l'ordre des expériences. Quelques instants après que nous sommes sortis, une personne qui s'est entendue avec moi, vient dire au sujet que son magnétiseur va l'actionner delà pièce voisine et qu'on va calculer, montre en main, combien il faudra de temps pour que l'action se produise. Au bout de quelques minutes et parfois même de quelques secondes, le sujet passe à l'état de somnambulisme et en présente tous les caractères, tels que l'insensibilité, l'isolement, la convulsion du globe de l'œil, etc. Et pourtant ni le magnétiseur, ni personne n'a agi magnétiquement; il a suffi, pour que le phénomène se produisît, que le sujet se figurât qu'on le magnétisait. L'imagination a donc tout fait. — D'autres fois, j'annonce qu'on attend une personne pour commencer les expériences, et j'emmène sous un prétexte quelconque le magnétiseur dans une pièce voisine, et là je l'invite à magnétiser son sujet. Il agit de toutes ses forces, en gesticulant comme d'habitude, et s'efforce de lancer des torrents de fluide dans la direction du sujet : mais celui-ci, persuadé que le moment n'est pas encore venu, n'éprouve absolument rien. On voit donc que, quand l'imagination fait défaut, l'action magnétique est nulle; cette action est donc imaginaire.

Chacun peut réitérer cette double épreuve : le résultat en

est toujours le même.

Ayant présidé pendant deux ans les séances particulières delà Société du mesmérisme, j'ai souvent provoqué l'attention de ses membres sur la nécessité d'élucider cette grave question, et j'ai fait appel à ceux de mes collègues qui pourraient nous présenter des effets magnétiques dans la pro-

duction desquels l'imagination ne jouerait aucun rôle. Plusieurs se sont chargés de nous satisfaire et ont affirmé que journellement il leur arrivait de magnétiser efficacement des sujets qui ne s'en doutaient pas. On a nommé, pour vérifier les faits, des commissions composées de partisans très zélés du magnétisme et qui désiraient vivement le succès des tentatives : on ne pourrait donc alléguer, comme on l'a fait contre les commissions académiques, le mauvais vouloir, le parti pris de ne pas voir. Eh hien, toutes ces tentatives n'ont abouti qu'à des déceptions. Pour donner une idée des précautions prises, je vais raconter comment nous avons procédé dans un de ces cas.

M. N... nous assurait que tous les soirs, de son domicile situé rue des Vieux-Augustins, il magnétisait et mettait en somnambulisme sa belle-fille demeurant boulevard de l'Hôpital. Cette jeune personne étant mise en somnambulisme, nous confirma cette déclaration et ajouta que quand elle était chaque soir dans cet état, elle voyait venir à elle le fluide de M. N..., qui se dirigeait en ligne droite à travers les bâtiments et parcourait en cinq minutes le trajet entre les deux domiciles (cette vitesse est, comme on voit, bien inférieure à celle de la lumière et de l'électricité). La commission se divisa en deux sections qui se rendirent le même jour et à la même heure, l'une chez M. N..., et l'autre chez la demoiselle. Il avait été convenu d'avance entre elles, que la première section choisirait comme bon lui semblerait les moments où elle inviterait le magnétiseur à agir, d'abord pour endormir le sujet, ensuite pour l'éveiller ; et que la seconde se bornerait à constater ce qui se passerait chez la demoiselle. Il eût été même à désirer que celle-ci ignorât qu'il s'agissait d'expériences dont elle était le sujet, mais les commissaires ont été obligés de l'informer de ce dont il s'agissait pour expliquer leur visite chez elle; et ni elle ni les commissaires qui se tenaient auprès d'elle, ne savaient à quel moment aurait lieu

la magnétisation. Seulement la demoiselle savait qu'elle allait être magnétisée. Elle prit part à la conversation avec une apparente liberté d'esprit. Au bout d'un certain temps, elle offrit les symptômes précurseurs du sommeil magnétique, et elle s'endormit. Interrogée dans cet état, elle déclara voir ce qui se passait chez M. N..., et distingua nettement le courant fluidique qui venait de lui à elle. Les commissaires restèrent neutres etinactifs 5 elle se réveilla d'elle-même, puis, uneheure après, eut un second accès de somnambulisme, et enfin elle se réveilla. On nota exactement le commencement et la fin de chaque sommeil. Pendant ce temps, M. N..., sur l'invitation de l'autre section, avait une seule fois magnétisé, puis démagnétisé pour réveiller; mais ces deux opérations avaient eu lieu précisément dans l'intervalle qui s'était écoulé entre les deux sommeils de la demoiselle. Ainsi elle s'était deux fois endormie et réveillée sans qu'on la magnétisât ; et quand on l'a réellement magnétisé, elle n'a rien ressenti. Il est donc encore évident que l'imagination a tout fait. Chaque soir, la demoiselle se sachant magnétisée, passe au somnambulisme. Lors delà visite des commissaires, elle savait qu'elle allait être magnétisée ; mais ne pouvant deviner le moment, elle s'est endormie à tout hasard. S'il n'y avait eu qu'une différence de quelques minutes, on l'aurait attribuée au trajet du fluide. Aussi recommandons-nous à ceux qui voudront faire des expériences semblables, de s'y prendre de manière que le sujet ne sache même pas qu'on

s'occupe de lui.

J'ai eu connaissance de nombreux essais en ce genre, et tous ont également donné des résultats négatifs. Le nombre des magnétiseurs est immense; obligés de soutenir une lutte des plus vives contre ceux qui nient le magnétisme, sommés d'avoir coproduire des faits qui ne puissent ni être simulés ni être attribués à l'imagination, ils n'osent relever le défi qui leur est lancé; leur impuissance est donc démontrée. Ils

prétendent, il est vrai, que des laits tels qu'on leur en demande, ont eu lieu et qu'il est facile d'en produire de semblables; mais ces faits qui, sans aucun doute, triompheraient de l'incrédulité la plus opiniâtre, n'arrivent jamais. Les magnétiseurs, tout en les promettant, se contentent d'attaquer les savants, de tonner contre l'incrédulité , à l'exemple des prédicateurs, et ils ne sont pas plus empressés que ces derniers de satisfaire les légitimes exigences de la raison.

Après une étude approfondie de la matière, après avoir pratiqué le magnétisme et observé un très grand nombre de faits, je n'hésite pas à reconnaître que l'imagination suffit pour rendre compte de tous les effets magnétiques et doit en être regardée comme la cause unique; l'hypothèse d'un agent particulier ne me semble nullement justifiée : ce jugement sera de plus en plus confirmé dans la suite de cet ouvrage.

L'imagination peut amener dans le moral et dans le physique de l'homme des perturbations incalculables. « On a toujours observé, dit Bailly dans son rapport, que les affections de l'âme portent leur première impression sur le centre nerveux, ce qui fait dire communément qu'on a un poids sur l'estomac et qu'on se sent suffoqué. Le diaphragme entre en jeu, d'où les soupirs, les pleurs, les ris. On éprouve alors une réaction sur les viscères du bas-ventre; et c'est ainsi que l'on peut rendre raison des désordres physiques produits par l'imagination. Le saisissement occasionne la colique, la frayeur cause la diarrhée, le chagrin donne la jaunisse. L'histoire de la médecine renferme une infinité d'exemples du pouvoir de l'imagination et des affections de l'âme. La crainte du feu, un désir violent, une espérance ferme et soutenue, un accès de colère, rendent l'usage des jambes à un goutteux perclus, à un paralytique; une joie vive et inopinée dissipe une fièvre quarte de deux mois; une forte attention arrête le hoquet; des muets par accident recouvrent

la parole à la suite d'une vive émotion de l'âme. L'histoire montre que cette émotion suffît pour faire recouvrer la parole, et les commissaires ont vu que l'imagination frappée avait suffi pour en suspendre l'usage. L'action et la réaction du physique sur le moral et du moral sur le physique sont démontrées depuis que l'on observe en médecine, c'est-à-dire depuis son origine. »

L'imagination suffit pour donner et pour enlever des maladies. Des individus ayant pris des substances inoffensives qu'on leur disait être des poisons, ont été saisis de douleurs atroces, ont présenté les caractères d'un véritable empoisonnement et n'ont été délivrés de leur mal qu'en apprenant qu'ils avaient été abusés. D'autres ayant été mordus par des chiens qu'ils croyaient à tort enragés, sont devenus réellement enragés et sont morts en offrant tous les symptômes de la rage.

Les effets salutaires de l'imagination sont très communs. C'est grâce à cette puissance, que Corvisart guérissait certains malades avec des pilules de mie de pain. Il arrive tous les jours qu'un individu ayant des maux de dents très intenses, mais redoutant énormément l'extraction, se décide à aller trouver un dentiste pour subir l'opération, et arrivé chez lui, ne souffre plus : la crainte a suffi pour dissiper la douleur physique. — Bailly rapporte le fait suivant : « Mademoiselle G..., demeurant aux Petites-Écuries du roi, portait au sein droit deux glandes qui l'inquiétaient beaucoup ; un chirurgien lui conseilla l'eau du Peintre comme un excellent fondant, lui annonçant que si ce remède ne réussissait pas dans un mois, il faudrait extirper les glandes. La demoiselle effrayée consulta M. Sallin qui jugea que les glandes étaient susceptibles de résolution; M. Bouvart consulté ensuite porta le même jugement. Avant de commencer les remèdes, on lui conseilla la dissipation; quinze jours après, elle fut prise à l'Opéra d'une toux violente et d'une expectoration si abon-

EXPLICATIONS DU MAGNÉTISME. — l/lMAGlNATION. Al

dante, qu'on fut obligé de la ramener chez elle; elle cracha, dans Fespacede vingt quatre heures, environ trois pintes d'une lymphe glaireuse; une heure après, M. Sallin examina le sein, il n'y trouva plus aucun vestige de glande. M. Bouvart appelé le lendemain constata l'heureux effet de cette crise naturelle. » — On lit dans le Siècle du 21 janvier 1858, qu'une dame sujette à des attaques d'épilepsie, se tenant près de sa cheminée, fut saisie tout cà coup de son mal et tomba dans le feu. Au bruit de sa chute, on vint à son secours; elle avait la figure horriblement blessée par les brûlures, et elle resta pour toujours défigurée ; mais cet événement l'a guérie de l'épilepsie ; elle a dû sa guérison à la frayeur.

Il n'y a personne qui n'ait éprouvé par soi-même ou observé chez autrui combien l'imagination peut apporter de modifications dans notre organisme. On conçoit donc bien qu'une telle puissance produise les effets magnétiques. Tout le monde n'est pas susceptible d'être magnétisé , parce que tout le monde n'est pas également apte' à être impressionné par l'imagination. Les individus chez lesquels elle exerce le plus d'empire, ressentent une émotion plus ou moins vive à la pensée qu'ils vont avoir affaire à une puissance mystérieuse dont on dit tant de merveilles et qui semble se relier à cette magie charmante et terrible tout à la fois dont on a bercé notre enfance. La bizarrerie des gestes, l'appareil solennel, la physionomie du magnétiseur, l'attente des personnes présentes, le silence, le prolongement d'une situation monotone, dans certains cas la manie imitative, tout contribue à apporter un trouble dans l'esprit et amène ainsi dans l'organisme des effets quelquefois peu importants, souvent très graves. Il s'opère une véritable fascination, et le sujet éprouve le plus souvent ce qu'il a vu éprouver par d'autres, ou ce qu'il a entendu dire que l'on éprouvait en pareil cas, par exemple des crises quand elles étaient de mode, le sommeil quand le somnambulisme est plus en vogue, ou bien encore ce qu'an-

nonce d'avance le magnétiseur par une suggestion implicite ou explicite.

On a objecté que la magnétisation se produit chez des gens qui n'ont pas entendu parler de magnétisme et même chez ceux qui n'y croient pas. Quant aux premiers, il est assez difficile de s'assurer qu'une personne n'a jamais entendu parler du magnétisme, surtout depuis qu'il est si répandu 5 et môme auprès de ceux qui l'ignoraient absolument, la fascination manquerait seulement d'un de ses éléments de succès, mais il pourrait lui en rester assez d'autres pour que le sujet fût dominé. Même parmi les personnes qui ne songent nullement au magnétisme, il arrive souvent qu'un seul regard produit un trouble, une émotion extraordinaires ; celui qui se sent ainsi atteint par une puissance dont il ne peut se rendre compte, a les yeux invinciblement attirés vers la personne qui le maîtrise peut-être à son insu, et il éprouve tantôt de l'effroi et du malaise, tantôt du charme et un sentiment de bien-être indicible. Les anciens ont représenté ce genre d'influence par le mythe de la tête de Méduse, dont l'aspect suffisait pour pétrifier. Il y a des hommes dont la physionomie, et principalement le regard ont une influence prodigieuse, et qui produisent sur tous ceux qui les approchent une fascination dont il est difficile de se défendre : tel était, dit-on, le grand Napoléon. Il y a au contraire des natures impressionnables, dociles à l'entraînement, et qui ont besoin d'être dominées ; elles subissent facilement l'ascendant d'une nature énergique. On trouve ce phénomène jusque chez les animaux, et les magnétistes eux-mêmes ont cité l'exemple des fascinations des petits oiseaux par le serpent : ces effets sont encore dus à l'imagination, c'est-à-dire à l'influence du moral sur le physique.

Si l'homme exerce sans le vouloir un tel empire sur son semblable, à plus forte raison le dominera- t-il s'il en a conçu fortement la volonté, s'il s'étudie à y réussir, si sa propre

imagination s'exalte par remploi des moyens auxquels il attache une vertu merveilleuse, si en un mot il magnétise ; et du moment où il s'est emparé de l'esprit de son sujet, il ne lui sera pas difficile de lui imprimer telle ou telle direction pour en obtenir les effets les plus variés.

Il n'est donc pas étonnant que des gens qui ne connaissent aucunement le magnétisme, en ressentent la puissance.

Quant à ceux qui ne croyant pas au magnétisme, se prêtent aux expériences, comme ils sont persuadés d'avance qu'ils n'éprouveront rien, leur imagination, loin d'aider le magnéliseur, lui est contraire; aussi est-il reconnu que ce sont en général de très mauvais sujets dont le plus souvent on ne peut rien tirer. Pourtant il s'en trouve qui finissent par être magnétisés, et un tel résultat n'est pas difficile à expliquer. D'abord il peut y avoir des individus qui ne soient pas sincères quand' ils déclarent ne pas croire au magnétisme 5 à l'égard de ceux-là il n'y a pas même de difficulté. Quant à ceux qui sont de bonne foi, il y en a qui ne savent pas au juste cequ'ils croient; ils se sont prononcés contre le magnétisme sans avoir suffisamment étudié la question, ou peut-être parce que dans une certaine circonstance ils ont été frappés des arguments qu'ilsontentendu exposer contre son existence; mais il y a loin de là à une conviction ferme, raisonnée, inébranlable : quand ils s'exposent ensuite à l'action magnétique, ce n'est plus de raisonnements qu'il s'agit, mais de sentiment ; si le magnétiseur est heureusement doué, le sujet se trouvera troublé, fasciné, quelquefois même sans qu'il ait conscience de ce qui se passe en lui, et l'influence morale amènera des effets physiques dont il pouvait même n'avoir pas d'idée, ainsi qu'il arrive lors des violentes émotions. On a vu des individus qui, subjugués, réduits par exemple à l'impuissance de mouvoir certains organes, ou ayant un membre en tétanos, disaient encore et croyaient probablement qu'ils ne ressentaient rien. Le sujet est alors dominé par une force

hh DU MAGNÉTISME.

à laquelle il ne croyait pas, mais celte force n'est autre que l'empire qu'exerce une nature supérieure sur une nature inférieure; c'est donc encore uniquement une action sur l'imagination. Cela ne veut pas dire que le sujet éprouve ce qu'il imaginait devoir éprouver, mais que le trouble de ses facultés morales, causé soit par l'ascendant du magnétiseur, soit par l'ensemble des circonstances, a déterminé chez lui des modifications physiques.

Un rapprochement fera encore mieux comprendre comment le magnétisme, peut agir sur celui qui n'y croit pas. La plupart des gens éclairés, non-seulement ne croient pas aux revenants, mais regardent même cette croyance comme une misérable superstition. Et pourtant parmi ces incrédules, il y en a beaucoup qui ne pourraient aller seuls, par une nuit bien sombre, dans un cimetière écarté. C'est qu'alors aussi l'empire du raisonnement cède à celui du sentiment : le silence, les ténèbres, l'aspect lugubre des tombeaux, toute cette scène lamentable frappe l'imagination qui aussitôt évoque le souvenir des croyances de l'enfance-, le téméraire qui a osé affronter cette épreuve, croit voir des spectres menaçants,' entendre le cliquetis des os, il est glacé d'épouvante; il peut en résulter pour lui les accidents les plus graves et même la mort... Il avait pourtant bien compté sur son incrédulité, mais il ne se connaissait pas assez (l'esprit fort n'est pas toujours un fort esprit), il ne savait pas que les croyances sont mobiles et peuvent être modifiées par l'imagination.

Les magnétistes ont fait une objection plus grave, c'est quele magnétisme, suivant eux, opère sur des gens endormis, sur de tout jeunes enfants, sur des êtres momentanément privés de raison, par exemple des hommes ivres-morts et des épileptiques pendant leurs crises, enfin sur des animaux

et des végétaux.

Nous parlerons, dans deux chapitres particuliers, des

animaux et des végétaux ; nous nous bornerons ici à déclarer qu'il n'existe en ce genre aucun fait authentique et concluant.

Quant aux personnes appartenant aux diverses catégories que nous venons d'énumérer, les magnélistes citent des faits qui leur sont personnels, dont aucun n'a été constaté avec soin, ni convenablement observé. La première condition qu'il faudrait remplir dans de semblables expériences, c'est de s'assurer que l'individu qu'il s'agit de magnétiser, est hors d'état de savoir qu'on cherche à agir sur lui ; et pour que la certitude fût parfaite, il faudrait s'y prendre de manière que l'individu, même en le supposant en possession de son intelligence, ne pût se douter de l'expérience dont il est le sujet, ce qui fait rentrer ces cas particuliers dans la règle générale des desiderata d'une véritable et sérieuse expérience magnétique.

Si l'on néglige ces précautions, on aura des résultats dont la valeur sera subordonnée à la supposition plus ou moins hasardée que l'individu ignorait qu'on agît sur lui. — Les tout jeunes enfants ont sans doute l'intelligence peu développée, mais ils comprennent certains gestes, certaines intonations; ils ont de l'imagination, ils sont susceptibles d'être repoussés par un extérieur menaçant, attirés par des sourires et des caresses, ils sont donc susceptibles de fascination. — L'homme qui dort, n'est qu'imparfaitement isolé de ce qui l'entoure; certains bruits l'agitent sans l'éveiller. Si donc un magnétiseur vient se placer près du lit d'une personne qui dort, sans prendre plus de précaution que s'il approchait d'un corps brut, s'il annonce tout haut le but qu'il se propose et se met à gesticuler, on n'aura pas de garantie qu'il n'aura pas été vu ou entendu du dormeur qui, dans de courts intervalles de demi- sommeil, a pu saisir un mot ou un geste, et une fois prévenu, subir la fascination ou même simuler les phénomènes qu'on attend de lui. — L'état intellectuel des ivres-morts et des épileptiques pendant leurs crises n'est

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pas exactement connu; s'ils paraissent étrangers à ce qui se passe autour d'eux, on ne peut en conclure rigoureusement qu'il n'en parvient pas quelque chose à leur esprit. Si donc on les magnétise sans employer les précautions convenables, on n'aura pas la certitude que les effets produits ne sont pas dus à l'imagination. Voici un exemple à l'appui de mon assertion : Je fus appelé un jour pour magnétiser une jeune personne épileptique, qui dans la nuit avait été prise d'un accès. Je me mis à opérer de mon mieux et sans contact: mais à mon grand étonnement, elle fit des gestes pour me repousser ; je persistai quelque temps, mais ses gestes indiquant la répulsion redoublèrent d'énergie. Je dus cesser, et je supposai que, comme elle étaitfort peu vêtue, un sentiment instinctif de pudeur lui faisait repousser l'approche d'un homme qui lui était inconnu. Je demeurai auprès d'elle, sans faire de nouvelle tentative de magnétisation, et alors elle ne fit plus rien qui indiquât qu'elle eût connaissance de ma présence. Quandson accès fut fini, elle ne se rappela rien, comme d'habitude, et elle fut fort étonnée quand on lui dit qu'un homme avait voulu la magnétiser et qu'elle s'y était opposée.

Les effets obtenus sur les classes de personnes énumérées plus haut, ne peuvent être concluants qu'autant qu'on aura procédé avec elles comme si elles jouissaient de leurs facultés intellectuelles.

Quand nous traiterons plus tard de la lucidité, nous verrons que certaines personnes, particulièrement en somnambulisme, jouissent parfois de la faculté extraordinaire de pénétrer la pensée d'autrui ; quand un magnétiseur produit des effets sur ces personnes sans qu'aucun geste, aucune parole, ait pu les avertir de cette action, on peut douter si les effets produits sont dus à l'agent magnétique dont l'existence est en question, ou si le sujet a été impressionné par une volonté étrangère dont la connaissance lui est parvenue sans l'emploi des moyens ordinaires de relation. Nous ne discuterons ces

EXPLICATIONS DU MAGNÉTISME. — i/lMAGINATION. kl

deux hypothèses qu'après avoir examiné la nature de la lucidité.

La théorie qui explique le magnétisme par l'imagination est déjà ancienne, puisque, comme nous l'avons vu, elle a été soutenue par la commission académique de 178A; elle a été adoptée également par un grand nombre d'écrivains, notamment par le docteur Bertrand, grand partisan du magnétisme, dont nous avons cité le concours aux expériences de l'Hôtel- Dieu. La plupart des défenseurs du magnétisme la repoussent de toutes leurs forces comme un blasphème, comme la négation de l'objet de leur culte. Les amis aussi bien que les ennemis du magnétisme se méprennent étrangement sur les conséquences de cette théorie. L'explication d'un fait lui enlève-t-il son existence, sa valeur, son utilité? Que le magnétisme soit dû à l'imagination ou qu'il soit le résultat d'un agent physique, ses phénomènes n'en sont-ils pas moins réels ; ses nombreuses applications, principalement au traitement des maladies, nous seront-elles enlevées? Non, sans doute. Un effet dû à l'imagination n'est pas pour cela imaginaire. Le malade guéri par les boulettes de mie de pain qu'il à prises pour des préparations médicamenteuses, n'en ëst pas moins bel et bien guéri. La démonstration de la théorie que nous avons exposée, ne doit donc pas détourner d'étudier le magnétisme qui intéresse à un si haut degré la physiologie et la psychologie, et qui permet d'observer la nature humaine sous de nouveaux aspects.

Nous aurons à examiner les autres explications du magnétisme, les hypothèses du fluide, de la volonté, des Esprits : mais avant de nous livrer à cette discussion, nous devons étudier les principales applications du magnétisme, afin d'être plus en état de bien juger les théories.

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