C. FORME RHUMATISMALE
Nous avons trouvé, dans nos observations, deux cas de tuberculose vertébrale, dont les symptômes furent masqués par des douleurs pseudo-rhumatis-
males. Dans l’une de ces observations, les douleurs siégeaient au pouce et au poignet droit, ainsi que dans l'articulation sterno-claviculaire du même côté (obs. X VIT). Dans la seconde observation (obs. X VID), les articulations atteintes étaient le poignet, le coude et l'épaule droite ; les genoux, les hanches, ainsi que les articulations du pied étaient également envahis. Par leur siège, par leur intensité, par les phénomènes locaux qui les accompagnaient (gonflement, rougeur et même légère fluctuation), ces douleurs présentaient le caractère de celles qui accompagnent le pseudorhumatisme infectieux.
M. le professeur Pic porta, dans le premier cas, le diagnostic de pseudo-rhumatisme imfectieux d’origine bacillaire, diagnostic qu'est venue confirmer l’inoculation au cobaye d’un fragment de l’extrémité inférieure du radius, qui amena la tuberculisation de l'animal. De plus, l’autopsie avait fait découvrir une lésion vertébrale tuberculeuse.
Dans le deuxième cas, aux douleurs articulaires vinrent s’adjoindre, dans la suite, les symptômes d’une paraplégie, signature du mal de Pott. La malade fut placée dans une gouttière et en retira le plus grand bénéfice, bien que la paralysie fût déjà très accentuée et se füt étendue aux réservoirs.
Il nous à paru Imtéressant d’atlirer l’attention sur ces deux modes de terminaison. Dans l'observaüon X VIT, le malade mourut brusquement, par compression foudroyante du bulbe, résultant d’une luxation altoïdo-axoïdienne, sans avoir présenté le moindre signe qui pût faire penser à un mal de Pott ;
TA IGY y
58m ls
dans l’observation X VIII, les troubles moteurs vinrent signaler la présence d’une lésion tuberculeuse de Ja
colonne vertébrale.
Ogservarion XVII (inédite)
(Collection de M. le professeur Pic, 1.343).
Pseudo-rhumatisme chronique d'origine infectieuse probablement bacillaire, avec prédominance au nivezu des articulations du pouce et du poignet droits et de l'articulalion sterno-claviculaire du même côté. — Fièvre continue rémittente résistant à l'antipyrine. — Athérome généralisé.
Mal de Pott sous-occipital.
C... Antoine, soixante-neuf ans, journalier, entre le 31 mars 1907 à l'Hôtel-Dieu.
Est renvoyé d’un service de chirurgie où il avait été reçu pour un durillon enflammé du pied gauche.
Parents morts d’afflection inconnue.
Quatre frères et sœurs morts d'affection inconnue.
Célibataire. Nie la syphilis. Ethylisme marqué.
Pas de maladies antérieures.
Au commencement de l'hiver dernier, eut des douleurs dans les pieds, dans les bras et dans les mains. Ces douleurs, très supportables, se sont accompagnées rapidement de déformations.
A l'examen. — Malade un peu amaigri, non cachectique. Déformations caractéristiques de rhumatisme chronique aux mains et aux pieds, surtout à la main droite.
Le poignet droit est le siège de gonflement articulaire et de gros craquements.
Au cœur : Pointe impossible à localiser. Bruits un peu sourds, mais normaux. Pas d'éclat du deuxième bruit à la
base.
ro
Pas de signe net d'athérome périphérique. Pouls : 88, un peu tendu.
Poumon : Légère obscurité. Respiration à caractère emphysémateux. Inspiration humée. Expiration prolongée.
Pas de troubles digestifs. Foie et rate normaux.
Actuellement, les phénomènes douloureux sont marqués, surtout au poignet droit et à l'épaule du même côté. De plus, au niveau de l'articulation sterno-claviculaire, on constate un gonflement assez marqué, sans rougeur nette, avec un point de fluctuation douteux, sans qu'on trouve nettement d'autres points ramollis.
8 avril 1907. — Bien que le malade ne présente pas d'are sénile, les sous-clavières sont élevées, le deuxième bruit est très légèrement clangoreux.
Bruits du cœur sont sourds.
Les artères radiales, humérales, fémorales, indurées, roulent sous le doigt.
Ce qui parait dominer le tableau clinique sont les phénomènes articulaires, du côté du pouce, du poignet droit et de l'articulation sterno-claviculaire.
Le pouce et l'index sont augmentés de volume et sont le siège de craquements. On a, à ce niveau, la sensation de fausse fluctuation.
19 avril, — Sous l'influence de l’antipyrine (2 grammes par jour), les douleurs articulaires ont diminué ainsi que le gonflement de l'articulation sterno-claviculaire.
La température a baissé également. Elle oscille autour de 37 degrés.
6 juin. — Le malade, qui se plaignait, depuis un mois environ, de douleurs de la nuque avec un peu de raideur de la colonne, est examiné ce matin à ce sujet. On constate une raideur presque absolue de la colonne cervicale, avec douleur vive dans les mouvements provoqués, douleurs surtout localisées à la partie supérieure de la colonne cervicale.
La pression, même forte, le long de la colonne cervicale est indolore.
Le malade meurt brusquement le 7 juin 1907.
A l'examen, le matin, il présentait une parésie légère des membres inférieurs avec réflexes normaux et, aux membres supérieurs, une paralysie totale des deux membres, flasque, avec abolition des réflexes.
À l'autopsie. — Rien au cœur.
Nombreuses plaques d’athérome sur l'aorte.
Poumon : Broncho-pneumonie hémorragique de la base gauche sous forme d'infiltration hémorragique du lobe inférieur.
L'articulation du poignet est ouverte et on constate un état spécial, fongueux, des os radius et cubitus, scaphoide et semi-lunaire, qui sont augmentés de volume, comme soufflés.
Au niveau de la moelle cervicale, on constate que celle-ci, à sa partie tout à fait supérieure, est aplatie considérablement par le corps de l’atlas subluxé en avant sur l’axis.
Les corps vertébraux, à ce niveau, de l’atlas, de l’axis et de la 3° cervicale, sont très friables, d'aspect fongueux et les tissus périarticulaires, sans contenir véritablement du pus, sont mous, œdémateux, comme infiltrés.
Inoculation au cobaye, le 9 juin, d'un fragment de l'extrémité inférieure du radius.
L'autopsie, deux mois après, montre une tuberculose ganglionnaire hépatique, splénique, assez confluente.
Orservarion XVIIT (inédite)
(Collection de M. le professeur Pie, 1525).
Douleurs pseudo-rhumatismales au niveau des membres inférieurs. — Douleurs en ceinture. — Paraplégie spasmodique, symptomatique, très probablement, d’un mal de Pott dorso-lombaire.
P... Marie, cinquante-trois ans, ménagère, entre au Per-
PA nee
ron le 19 décembre 1906. La malade vient à l'hôpital pour des douleurs périarticulaires.
Rien de particulier dans ses antécédents tant héréditaires que personnels.
récemment, restée plusieurs mois, dans une maison neuve et humide. C'est à la suite de ce séjour qu’elle a ressenti des douleurs articulaires qui se sont accentuées au point d'empêcher la malade de marcher et de se servir de ses mains.
A l'examen, la malade paraît robuste, mais de petite taille. Douleurs et impotence fonctionnelle surtout du côté droit.
Les articulations des doigts des deux côtés, du poignet, du coude et de l'épaule du côté droit, des genoux et des hanches sont envahies ainsi que les articulations des pieds.
De plus, il semble que tout mouvement du côté de la colonne vertébrale soit douloureux.
Presque toutes les articulations sont donc plus ou moins prises, mais à aucune on ne trouve de fluxion nette, de rougeur, ni de chaleur, exception faite toutefois pour la main droite et le genou du même côté où ces phénomènes existent légers.
Rien de particulier au cœur et aux poumons.
Système nerveux. — La malade dit être très nerveuse.
© Grosse exagération des réflexes rotuliens. Clonus de la rotule très marqué des deux côtés. Pourtant pas de trépidation épileptoïde nette. Réflexe plantaire peu net. Paraït se faire en extension au moins pour les orteils.
Légère exagération des réflexes tendineux aux membres supérieurs. Troubles légers de la sensibilité consistant en hyperesthésie généralisée.
Réflexe pharyngien très diminué. Réflexé conjonctival normal.
19 janvier 1907. — Les phénomènes de parésie spasmodique s'accentuent de plus en plus. La malade qui n'a plus de fluxion articulaire appréciable est étendue dans son lit dans le décubitus dorsal, les membres inférieurs en exten-
En rs sion et contracturés. La flexion est impossible sans vives douleurs.
L'exagération des réflexes rotuliens est de plus en plus considérable, surtout à droite. La trépidation épileptoïde est bilatérale et pour ainsi dire indifférente. Le clonus de la rotule est très net.
Les troubles de la sensibilité consistent en un léger degré de dysesthésie dans les membres inférieurs.
Les réflexes plantaires, peu marqués, se font en flexion.
Troubles sphinctériens sous forme de constipation et de difficulté des mictions.
Enfin, il existe nettement, au niveau des trois dernières vertèbres dorsales, une zone douloureuse, soit à la pression, soit à la percussion, soit au passage de l'éponge chaude.
En résumé, la malade, après s'être présentée comme une rhumatisante, apparaît de plus en plus comme une parétique spasmodique avec douleurs soit au niveau de la colonne, soit irradiées en ceinture.
5 février 1907. — Les phénomènes de paraplégie spasmodique s’accentuent. Il s’agit actuellement de rigidité des deux membres en extension. La flexion est difficile et provoque une contracture douloureuse. Le soulèvement du membre au-dessus du plan du lit est possible sans douleur: Trépidation épileptoïde nette ainsi que clonus de la rotule.
Réflexes rotuliens exagérés, brusques.
Babinski fruste des deux côtés.
Douleurs lancinantes au niveau des membres inférieurs et soubresauts musculaires très pénibles.
Les douleurs articulaires n'existent plus qu'au niveau des articulations interphalangiennes.
Douleur au niveau de la colonne vertébrale, nette depuis la 11° dorsale à la 4° lombaire. Ni gibbosité, ni abcès par congestion.
Les troubles sphinctériens s'accentuent. Il existe maintenant de l’incontinence.
To
5 mars 1907. — Enlèvement de la gouttière où la malade est restée quinze jours.
Elle souffre beaucoup moins dans les membres inférieurs.
L'hyperesthésie à ce niveau a disparu. Elle peut remuer un peu les jambes et soulève le talon au-dessus du plan du lit, ce qu'elle ne pouvait faire auparavant. Il persiste cependant de l’exagération des réflexes. Elle peut également s'asseoir sur son lit, sans trop de douleurs.
En somme, la malade a eu une légère amélioration par le fait de son séjour dans la gouttière.
24 avril 1907. — Très rapidement la malade a recouvré l'usage de ses jambes et marche depuis quinze jours. C’est une démarche paréto-spasmodique à petits pas. Exagération des réflexes rotuliens. Trépidation épileptoïde. Pas de clonus de la rotule. Persistance de la contracture ainsi que de l'exagération des réflexes aux membres supérieurs. Troubles sphinctériens disparus ainsi que les douleurs aux
membres supérieurs.