CHAPITRE II
ÉTIOLOGIE
Les conditions étiologiques du mal de Pott chez le vieillard ne sont pas différentes de celles que lon invoque dans la genèse de la tuberculose osseuse en général chez les mêmes sujets.
Il convient donc d'étudier successivement les différents facteurs de cette maladie, c’est-à-dire l’âge, les antécédents, le traumatisme et enfin les causes générales qui, en affaiblissant le terrain et en dimimuant la résistance de l'individu, le prédisposent à l’mvasion tuberculeuse.
Et d’abord, l'influence de l’âge. C’est rouvrir la question de la fréquence de la tuberculose vertébrale chez les sujets âgés. Les auteurs sont loin d'être d'accord sur ce point et les statistiques sont trop divergentes pour qu’on puisse les invoquer à l’appui de telle opinion.
Cependant, en consultant celles de Bicôtre, on voit que, sur 390 décès, 18 fois la cause en revient à la tuberculose, soit 4 fois sur 100.
Les chiffres de Moret, basés sur l'examen de près de 4.000 malades, signalent une proportion de 10 pour 100 en faveur de la tuberculose osseuse.
Et.
Quoi qu’il en soit, ce que l’on peut dire, c’est que si l’âge n'est pas un facteur favorisant, il n’est pas davantage un facteur d’immunité. Si certaines conditions étiologiques disparaissent avec lui, d’autres naissent qui tendent à maintenir constante la réceptivité tuberculeuse.
Bourdelais, dans sa thèse (1876), étudie l’influence du sexe et pense que les femmes sont plus fréquemment attemtes que les hommes. Vigerie conclut à une égale fréquence de la tuberculose osseuse dans Fun et l’autre sexe. Pour nous, en ce qui concerne plus spécialement le mal de Pott, étant donné le très faible excédent de cas observés chez la femme (13 cas contre 11 chez l’homme), nous pouvons conclure, comme Vigerie, que le sexe est tout au moims indifférent.
Quelle part doit-on faire aux antécédents, tant héréditaires que personnels, dans la genèse de la tuberculose vertébrale des vieillards ? Faut-il croire à la transmission à longue échéance d’une affection qui, pendant cinquante ans au moins, n'aurait donné lieu à la momdre manifestation.
Nous pensons, avec Vigerie, qui a fait de cette question une étude très approfondie, que la notion de l’hérédité, primordiale chez l’enfant, perd beaucoup de son importance dans le diagnostic de la tuberculose osseuse dans un âge avancé. Dans les observations que nous avons recueillies touchant cette maladie, il n'est pas tenu compte de cette notion. Les observateurs semblent l'avoir méconnue. Il faut dire, d’ailleurs, que, souvent, tout antécédent tuberculeux manque et cette absence n’a pas peu contribué, dans
it bien des cas, à égarer complètement le diagnostic.
D'une manière générale, l’hérédité joue un rôle bien moims important dans la tuberculose chirurgicale que dans la tuberculose viscérale. Bourdelais, Latouche contestent son influence et pensent que la tuberculose sénile est le plus souvent primitive. C'est ce que tendrait à prouver la lecture de nos observations qui sont muettes ou négatives à ce sujet.
En est-il de même des antécédents personnels et dans quelle mesure faut-il leur rapporter un mal de Pott survenu tardivement ?
Widal, rapportant au Congrès de la Tuberculose, à Paris, en 1898, dix observations de tuberculose osseuse sénile s’exprime ainsi :
« L’anamnèse ne permettait de déceler. chez quelques-uns de nos malades, aucun antécédent tuberculeux personnel. À l’autopsie de deux d’entre eux, âgés l’un de soixante-quatorze ans, l’autre de soixanteseize ans, nous avons constaté cependant, au sommet des poumons, des cicatrices fibreuses, reliquats d’anciennes lésions tuberculeuses.
« Un de nos malades avait eu des hémoptysies à l’âge de vingt ans et, depuis cette époque, n'avait souflert d’aucune autre manifestation tuberculeuse. Deux autres vieillards, âgés de soixante-dix-huit ans, avaient souffert d’adénite sous-maxillaire tuberculeuse rapidement guérie ; l’un à l’âge de huit ans, l’autre à l’äge de dix ans. Cette longue trève de soixantedix ans montre combien longtemps, chez le même sujet, la tuberculose peut demeurer latente. Elle nous apprend combien il faut toujours en redouter les
retours, même chez des imdividus âgés guéris depuis longtemps d’une tuberculose atténuée.
€ Chez quelques-uns de nos malades, on constatait une sorte d’hérédité rétrograde ; leurs enfants avaient été frappés de tuberculose, avant que Pon ait pu constater chez eux la première manifestation tuberculeuse apparente. L’un de nos malades avait perdu deux enfants de tuberculose pulmonaire avant lapparition chez lui de la première manifestation tuberculeuse. »
Cette proportion de trois malades sur dix ayant présenté dans le jeune âge des accidents tuberculeux montre qu’il faut accorder une certaine importance aux antécédents dans l’étiologie de toute tuberculose osseuse et si, à eux seuls, 1ls ne suffisent pas à expliquer la genèse d’un mal de Pott survenu après cinquante ans, du moins peuvent-ils, dans une classification des tuberculoses osseuses, justifier une classe spéciale qui comprendrait tous les cas où la maladie est secondaire à une manifestation tuberculeuse dans le jeune âge.
in ce qui nous concerne, toutes nos observations ne mentionnent pas les antécédents héréditaires, mais cependant, chez trois malades, nous avons trouvé des accidents tuberculeux antérieurs sous forme de pleurésie ou de crachements de sang.
Il nous reste encore à étudier quelques autres facteurs, dont l’un surtout a été l’objet de controverses animées : le traumatisme.
À lVheure actuelle, en dépit des fameuses expériences de Max Schuller (1880) et d’Ollier (1881),
io
la tendance est de restreindre de plus en plus le rôle de ce facteur dans l’étiologie des tuberculoses osseuses.
Lesrecherchesrécentes de Lannelongue et d’Achard, Friedrich et Honsell, concordent toutes à prouver que l'importance du traumatisme dans la production des lésions osseuses du mal de Pott en particulier, a été beaucoup exagérée. Dans leur rapport au Conorès international de la tuberculose (Paris, octobre 1905) Villemim et Friedlander ont adopté les mêmes conclusions et, la même année, au Congrès médical international des Accidents du travail à Liège, Cunéo et Jeanbrau insistaient sur le rôle secondaire du traumatisme dans les tuberculoses osseuses.
Dans les observations que nous avons recueillies, nous n'avons trouvé que très rarement ce facteur à l’origine d’un mal de Pott, et c’est, en tout cas, avec une grande circonspection qu’il faut ajouter foi au dire des malades qui sont trop souvent portés à invoquer un accident comme cause de leur mal.
Plus importants, à notre avis, sont les causes générales, excès, privations, misère morale et misère physiologique.
Moret, qui a observé les malades de la maison de Nanterre et auquel nous empruntons quelques-unes de nos observations, s’exprime ainsi :
« Ce sont à peu près tous des alcooliques imvétérés. Ils ont connu toutes les privations. Beaucoup, pour ne pas dire la majorité, ont fait dans les prisons des stages plus ou moins longs. Ils arrivent à la maison, déprimés, surmenés, et ce n’est pas le régime
nr hospitalier auquel 1ls sont soumis qui peut les aider à se remonter.
« Nourris insuffisamment, enfermés le jour dans des ateliers mal ventilés, et surtout la nuit, dans des dortoirs beaucoup trop petits, ceux qui étaient en puissance de bacille de Koch, ne tardent pas à voir éclater les premiers symptômes. »
Les malades que nous avons observés appartiennent, pour la plupart, à la clientèle des asiles que décrit Moret. Ce sont les mêmes tares, les mêmes misères, la même diathèse alcoolique (sur onze hommes examinés, nous en avons Cinq Cas), toutes causes qui, réunies chez un même imdividu, en font une proie toute désignée à la tuberculisation.
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