DES THÉÂTRES DE PARIS
Les théâtres de Paris sont divisés en grands théâtres ou théâtres royaux , et en théâtres secondaires . Les premiers sont sous l'administration du ministère de la
(5) Maison du Roi, ou pour mieux dire, de M. le chargé des beaux-arts , et presque au compte de la liste civile , qui arrive toujours à point, pour couvrir toutes les bévues lyriques , comiques et romantiques qui se font depuis la rue Pelletier jusqu'à l'Odéon , en passant par la rue Feydeau et la rue de Richelieu. Les 1,460,000 fr. de la subvention des Jeux, et près de 400,000 fr. donnés par le Roi , ne peuvent plus suffire au budget des cinq théâtres royaux , les arriérés les débordent de toutes parts , et chaque nouveau directeur vient ajouter un nouveau chapitre au passif de son administration. Il faut convenir que le Roi paie bien cher quelques aunes de velours bleu ou rouge , et quelques pieds de crépine d'or y dont ses loges sont entourées , et qu'il sait ce qu'il lui en coûte pour avoir des comédiens ordinaires. On dit que M. de la Bouillerie a témoigné autant d'étonnement que de noble indignation , quand il a vu tout ce qui avait été dépensé pour les théâtres royaux depuis quinze ans : on aurait splendidement terminé le Louvre , avec ce qu'on a déboursé pour bâtir le ridicule hangard de l'Opéra, pour dorer la bonbonnière de Favart, et pour construire la lourde masse du nouvel Opéra-Comique ; aussi le ministre qui débarrassera l' intendant-général de la Maison du Roi de l'administration des théâtres royaux, acquerra des droits éternels à sa reconnaissance. Il ne sera peut-être pas difficile de prouver que cette mesure est une des améliorations réclamées par l'ordre légal, et qu'elle aurait l'immense avantage de rendre M. le vicomte de La Rochefoucauld exclusivement aux soins des Gobelins et de la manufacture de Sèvres.
Encore prendrait-on son parti sur tant de millions dépensés avec profusion , si cette profusion eût tourna
au profit de l'art ; mais où en sommes-nous arrivés ? À amener l'Opéra Français à n'être qu'une triste succursale de l'Opéra Italien , et la Comédie Française une annexe de la Porte-Saint-Martin. Nous avons échangé les chants mélodieux de Gluck , de Piccini , de Méhul et de Grétry . contre la musique cuivrée de Rossini , et nous avons remplacé Armide et Œdipe par le Siège de Corinthe et Moïse ; enfin, nous avons livré le théâtre fondé par Molière aux scènes du Cid d'Andalousie , d'EmUia, du Tasse , de V Espion et de vingt autres chefs-d'œuvre du même mérite , dignes de figurer au boulevart.
Enfin , si tant d'argent a été dépensé pour les théâtres royaux , si les règles de l'art ont été violées , si tous les genres ont été confondus , du moins a-t-on obtenu pour dédommagement de contenter le public et d'enrichir les comédiens ; hélas ! non, les recettes viennent à l'appui du contraire. Avant notre régénération musicale , les affaires de l'Opéra étaient en très-bon état , et la dernière répartition de fonds que l'empereur ait faite était de 700,000 fr.; aujourd'hui , la maison du roi en donne 85o,ooo , et cette somme ne suffit pas. La Comédie Française ne recevait pas 5o,ooo fr., aujourd'hui 200,000 fr. ont peine à payer ses costumes et ses décorations -, et cependant on n'a jamais reproché à Bonaparte d'être avare et parcimonieux pour les théâtres , mais ses fonds étaient mieux employés que ceux du roi.