‹ Du marasme dramatique, en 1829Chapitre 7 sur 12 · THÉÂTRES SECONDAIRES · texte numérisé non relu

THÉÂTRES SECONDAIRES

Les théâtres secondaires n'ont pas échappé au marasme qui tourmente les théâtres royaux, et cette maladie est chez eux plus sensible, caria liste civile n'est

( »«> ) pas là pouf combler lés déficits cfe leur caisse ; ils s'administrent à leurs risques et périls , et le ministre de l'intérieur sous la juridiction duquel ils sont placés se borne à les encourager de ses vœux et à leur souhaiter beaucoup de prospérité, il faut au moins lui en savoir gré : son prédécesseur n'en faisait pas autant , il lirait même une sorte de vanité à n'avoir pas mis les pieds dans un tliéàtre depuis 2 5 ans.

Ces théâtres sont au nombre de huit ; le théâtre de Madame, le Vaudeville , les Nouveautés , les Variétés , la Porte-Saint-Martin, Y .Ambigu-Comique ,\& Gaîté et le Cirque-Olympique 5 et par un vice d'organisation bien déplorable , ces huit théâtres ne jouent que deux genres , les quatre premiers le vaudeville , et les quatre derniers le mélodrame ; le Cirque y joint seulement les exercices de chevaux. Je ne pense pas qu'il faille aller chercher ailleurs les causes de leur mal-aise ; cependant cet état de langueur est moins sensible chez quelques-uns que chez quelques -autres ; ainsi, par exemple, le théâtre de Madame fait en général de meilleures recettes que les autres théâtres du même genre , et le Cirque-'Olympique attire la foule par la variété et l'éclat de son spectacle ; la Porte-Saint- Martin a même obtenu souvent des succès de vogue ; mais tous ces théâtres , je n'en excepte pas un , sont écrasés par leurs frais. Les appointemens et les feux ont triplé les dépenses du personnel dans les premiers emplois. Les plus forts appointemens du Vaudeville sous la direction de M. Barré étaient de six mille francs, ils s'élèvent aujourd'hui à plus de 20 mille. Potier est arrivé à Paris engagé pour trois ans à /^ooo fr. , son engagement aux Nouveautés lui rapporte plus de 5o mille

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francs , Mlle Jeimy-Vertpré , en débutant à la Porte - Saint-Martin avec le succès de la Pie, recevait 200 fr. par mois de M. de Saint- ri omain ; elle gagne aujourd'hui chez M. Poirson plus de 20 mille francs par an. Les appointemens de Frédéric et de madame Borval s'élèvent à plus de i5 mille francs , ceux de Gobert approchent de bien près cette somme. Enfin toutes les notabilités dramatiques sont très-largement rétribuées *, Odry , Vernet , Legrand? ont aujourd'hui des appointemens qui dépassent de beaucoup les belles parts de la Comédie-Française , aussi tous les acteurs s'enrichissent et la plupart des directeurs se ruinent.

Corse , en quelques années , fit une fortune de plus de 800 mille francs , madame Bourguignon en a laissé une presque aussi considérable , et il y a vingt ans que les cinq directeurs des Variétés se partagèrent , dans une année, près de 3oo mille francs de bénéfices. Ces temps-là sont loin de nous : à cette époque , Tiercelin gagnait 5 mille francs , et l'administration n'avait payé que 24 mille francs de droits d'auteur -, aujourd'hui , avec la même recette, ce théâtre en aurait payé 84 mille ; alors Désaugiers , qui faisait faire chaque soir 3,5oo fr. de recette avec la Chatte et les Trois Étages, touchait 24 fr- dans sa soirée-, aujourd'hui, M. Scribe gagne 122,000 fr. dans un an.

L'augmentation prodigieuse des frais d'administration date de l'ouverture du Gymnase 5 M. Poirson, qui est sans contredit le plus habile , le plus fin et le plus heureux des directeurs de France , calcula fort bien qu'un théâtre qui commence et qui n'a pas de répertoire, a besoin de bons acteurs, et, sans lésiner sur les. frais , il dégagea et engagea à tout prix tous les talena.

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qui lui tombèrent sous la main. Cette espèce d' embauchage lui réussit à merveille , mais il servit à faire connaître aux acteurs ce qu'ils valaient , ou , pour mieux dire , le prix qu'on y attachait , et le premier coup fut porté aux entreprises dramatiques. M. Poirson ne s'en tint pas là-, il devina la vogue qui allait s'attacher au nom de M. Scribe, et il s'empressa de mettre son théâtre sous la protection de ce spirituel auteur : ce fut le théâtre de Scribe, le théâtre des Barbistes, le théâtre des salons , et enfin, le théâtre de Madame ; et dès ce moment , le vent de la prospérité n'a cessé de souffler sur lui. Tous les autres théâtres ont eu la sotte idée de se trainer à la suite de son genre et de ses succès , et nous ne voyons plus , depuis cinq ans , que des pièces de M. Scribe , ou à la manière de M. Scribe*

Les autres théâtres sont loin de ces chances de bonheur, et peut-être cherchent-ils les causes de leur mauvaise fortune ailleurs que là où elles sont •, il m'est démontré que la principale est la confusion des genres. Le système des actions qui a réussi il y a quarante ans au Vaudeville , et qui a failli ruiner le Gymnase , est aussi une des causes du mal-aise de la plupart des théâtres secondaires. Ce mode d'administration offre , il est vrai , des ressources d'abord -, mais il entraîne avec lui de graves inconvéniens , dont les procès et les tracasseries ne sont pas les moindres ; les Nouveautés , V Ambigu } le Cirque ont dépensé plus de deux millions pour bâtir leur salle , ces sociétés en commandite , payent 5 p. o/o à leurs actionnaires ; il faut donc prélever ioo mille francs sur les recettes; c'est payer trop cher l'honneur ou le plaisir d'être logé chez soi. Il n'entre ni dans mon plan , ni dans mes idées de

îaire le bilan de chaque théâtre ; je le pourrais, je connais à merveille leurs charges et leurs ressources ; mais ce travail ne serait ni opportun , ni décent ; mon but est d'écrire sur des généralités , sans blesser les intérêts de personne } mon désir , au contraire , est de soumettre au public et à F autorité quelques vues que je crois utiles pour amener la restauration de Fart dramatique.

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