CHAPITRE PREMIER
Depuis que les travaux de Nœgelé ont appelé l’attention des accoucheurs sur les bassins asymétriques, la publication d'observations multiples et les recherches personnelles des auteurs ont rapidement apporté à cette étude une somme considérable de documents. Ils ont fait la lumière sur la disposition anatomo-pathologique de ces bassins, et sur les causes qui les ont déformés, mais l'accord est loin d’exister lorsqu'on veut se rendre compte du mécanisme de l’accouchement dans de semblables bassins ; on se heurte alors aux opinions les plus variées, les plus contradictoires, émises pourtant par des observateurs éminents. Bien plus, si l’on rassemble les cas publiés jusqu'alors pour en faire une statistique massive, on est surpris de voir que le résultat ne donne pas ce que l'on pouvait être en droit d'espérer. C’est pourtant un point qu’il est pour nous très important de connaître, car c’est de lui que vont découler et le pronostic et les indications thérapeutiques dans des bassins que les progrès de la science, le perfectionnement de nos moyens d’exploration nous montrent de plus en plus fréquents.
Sil'on s’en tenait rigoureusement aux mots, on pourrait
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dire que presque tous les bassins sont asymétriques. Déjà, en 1891, M. Jaboulay le montrait dans les bassins que l’on considère comme normaux ; la cause, qui est pour lui les courbures latérales normales de la colonne vertébrale, amène généralement une projection de la région cotyloïdienne droite vers l’intérieur du bassin, en même temps qu’une inclinaison de l’os iliaque en bas et en dehors et qu'un déjettement de la symphyse pubienne vers la gauche. Il en résulte qu’ordinairement le diamètre oblique droit du bassin est plus court que le diamètre gauche et que la même différence se retrouve sur les distances sacro-cotyloïdiennes; c’est cequi explique, pour lui, la fréquence de l’engagement dans le bassin normal suivant le diamètre oblique gauche et en O. I. G. A. Commandeur, dans son étude sur le détroit supérieur du bassin normal dans la région lyonnaise, a été lui aussi frappé de la fréquence de l’asvmétrie, et il n’a trouvé des bassins parfaitement symétriques que dans 5 cas sur 100. Lasymétrie parfaiteexiste-t-elle d’ailleurs dans l'organisme humain ? Faible, cette dissymétrie n’a pas d'importance clinique. Pour M.Jaboulay, elle favoriserait l'engagement suivant le diamètre oblique gauche. Il est probable pour nous qu'elle n’a qu’une influence aussi secondaire que tardive pour engager la tête suivant ce diamètre. La tête se présente souvent en O. I. G. À. alors qu'elle est encore au dessus du détroit supérieur et très mobile, absolument indépendante du bassin qui ne peut être la cause de son
orientation. En ferons-nous avec Schræœder (Traité
d'accouchement $ 43) une conséquence de l'influence de
la pesanteur ? La cause n’en est-elle pas plutôt dans la
disposition de l’utérus lui-même : la paroi utérine à
Ne
gauche est plus longue que du côté droit ; la situation la plus favorable pour le fœtus sera donc de placer son dos à gauche ; son développement se fera plus facilement.
Les êtres nés dans ces conditions, plus forts, sont restés plus nombreux dans l’espèce humaine, conformément aux lois de l'évolution et la présentation en O. I. G. A. est devenue la plus fréquente parce qu’elle donnait des individus plus résistants. Et ce phénomène d'évolution se trouve favorisé par la disposition du bassin qui se prête plus facilement à l'accouchement en O.I. G. A. Ces deux phénomènes coïincident et se renforcent ; le second n’est pas la cause du premier.
En tout cas, quelles que soient les conséquences de cette asymétrie faible, elle mérite d’être signalée ; elle n'a pas d'importance ici à cause des dimensions générales du bassin ; mais ne sera-t-elle pas un danger dans un bassin rétréci qui permet déjà difficilement le passage d’une tête fœtale ?
Plus forte, l’asvymétrie a droit à une étude plus approfondie et c’est d’elle que nous nous occuperons ici. Tantôt elle compliquera d'autres lésions pelviennes, tantôt elle sera assez considérable pour constituer la lésion prédominante. Dans tous les cas, elle agit surtout sur le détroit supérieur, laissant l'excavation ordinairement intacte, mais amenant parfois au détroit inférieur une déformation en sens inverse; cette dernière lésion est toujours assez faible et c'est pourquoi il y a lieu d'étudier surtout la disposition nouvelle que produit l’asymétrie du détroit supérieur. La connaissance topographique de cette région sera la première condition de l’étude du mécanisme de
l’engagement.