‹ Du mécanisme des échanges gazeux chez les plantes aquatiquesChapitre 26 sur 29 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

EXTENSION DES RÉSULTATS ACQUIS POUR LES PLANTES AQUATIQUES A L'ENSEMBLE DU RÈGNE VÉGÉTAL

Par leurs cellules les plus extérieures les plantes submergées étudiées sont entièrement aquatiques; par leurs cellules les plus internes au contraire, elles sont absolument aériennes. Est-il permis d'étendre à la fois aux plantes aquatiques sans lacunes internes, et aux plantes franchement aériennes, les résultats acquis pour nos plantes, puisqu'elles tiennent le milieu entre les deux manières de vivre? Une semblable généralisation est très hardie, et pourtant elle m’a semblé permise dans de très larges limites, à cause des considérations suivantes.

Pour les Algues et autres plantes aquatiques submergées

ÉCHANGES GAZEUX DES PLANTES AQUATIQUES. 175 sans lacunes, le milieu externe est le même ; le protoplasma ne diffère très probablement pas d’une manière notable au point de vue de la solubilité des gaz dans sa substance, car les réactions physico-chimiques du protoplasma paraissent être les mêmes pour tous les êtres; il ne reste plus alors que la membrane, etil est certain que cette membrane est le plus souvent très analogue à celles des plantes que nous avons étudiées, sinon même plus favorable encore aux échanges gazeux. Pour ces diverses raisons il me semble qu'aucune démarcation réelle ne peut être tracée entre les cellules externes des plantes submergées à lacunes et les cellules constituant le corps des plantes submergées sans lacunes.

Pour les plantes aériennes, les parties extérieures seules diffèrent profondément des parties similaires des plantes aquatiques, du moins en nous plaçant au point de vue des échanges gazeux; dès que nous pénétrons dans l’intérieur, nous trouvons des cellules dont la membrane est généralement de la cellulose pure, quand elles sont vivantes; cette membrane est mince et renferme un protoplasma qui doit avoir les mêmes propriétés dissolvantes que celui des plantes aquatiques; des lacunes pleines d’air sont répandues avec une profusion analogue à celle qui existe chez les plantes aquatiques, et donnent à chaque cellule une atmosphère interne saturée de vapeur d’eau comme chez les plantes submergées. Il est vrai que la pression totale de l’air y parait être plus faible qu’à lextérieur, mais ceci n'introduit qu’une donnée particulière à ces plantes, et nous pouvons dire qu’ici encore il n'existe aucune démarcation tranchée entre les cellules internes des plantes aquatiques submergées et les cellules internes des plantes aériennes. Il semble même, par les expériences de Boëhm, que la rentrée des gaz par diffusion transversale directe se produise chez ces dernières comme chez les plantes aquatiques, quoique beaucoup moins vite à cause de l’épaisseur et de la nature chimique des tissus.

Le rapprochement actuel est surtout exact pour wne cellule prise en particulier; toute cellule végétale vivante semble

être entourée de membranes saturées d’eau (les cellules épidermiques des plantes aériennes sont elles-mêmes dans ce cas par la portion interne de leur surface). Le protoplasma luimême est pénétré d’une grande quantité d’eau, de sorte que la cellule tout entière, et l'élément protoplasmique, sont imbibés d’eau de toutes parts. La vie a pour théâtre universel, en dernière analyse, cette eau même qui imprègne tout ce qui vit: « tous les êtres vivants sont aquatiques » (Claude Bernard).

Aussi les diverses conclusions que nous avons données successivement pour les plantes aquatiques, s’'appliquent-elles à peu près mot pour mot pour les plantes aériennes, et pour les Algues: la diffusion des gaz s'opère à travers la membrane et le protoplasma comme à travers les lames liquides, en suivant la loi d'Exner. La pression absolue des gaz dans l’intérieur de la plupart des cellules est en général peu différente de ce qu’elle est en dehors de la cellule, sauf dans le cas de forte assimilation. La respiration ou l'assimilation produisent des variations de pression trente fois plus fortes pour l'oxygène que pour le gaz carbonique, et ces gaz cheminent alors suivant la loi de la racine carrée des densités, etc.

Quant aux différences notables et nombreuses qui distinguent ces plantes, surtout les plantes aquatiques d'avec les plantes aériennes, elles portent bien plus sur l’aération générale de la plante et sur l’apport et la distribution de l’eau dans toutes ses parties, que sur les cellules elles-mêmes qui changent assez peu leurs propriétés diffusantes, tant du moins qu’elles sont vivantes.

Remarque. — On a dit quelquefois que l’atmosphère intime des éléments vivants est riche en gaz carbonique et pauvre en oxygène; nous pouvons affirmer d’après nos études que la pression du gaz carbonique est toujours très faible à l’intérieur de la cellule même {au moins chez les plantes que nous avons étudiées); elle ne se chiffre probablement que par dix-millièmes d’atmosphère, comme dans l'air libre. Ce qui a induit en erreur, c’est que l’on a considéré le plus souvent la proportion

ÉCHANGES GAZEUX DES PLANTES AQUATIQUES. 177 de ce gaz dans la totalité des gaz extraits de la plante, et non pas sa pression propre (voy. 53); cette proportion est en effet normalement assez considérable, mais elle est rendue bien plus grande encore par la condensation très fréquente d’une certaine quantité de gaz carbonique à l’intérieur de la plante, d’une manière analogue à ce qui se produit avec les bicarbonates; dans ce cas la proportion de gaz carbonique doit paraître plus grande encore, tandis que la pression réellement libre est toujours très faible.

Enfin il arrive souvent que l’eau baignant les plantes aquatiques contient une proportion de gaz carbonique assez considérable, pour que la pression propre de ce gaz y soit jusqu’à dix et quinze fois ce qu’elle est dans l'atmosphère.

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