DU DIX -HUITIÈME SIÈCLE
Des témoignages nombreux et irrécusables nous apprennent que la syphilis a été traitée par le mercure dès les premiers temps de son apparition. Sans rien préjuger relativement à l'origine ancienne ou moderne de cette maladie, on ne peut mettre en. doute qu'elle
(1) Citations empruntées à Astruc.
n'ait fait explosion en Italie, vers lh9h, lors de l'expédition de Charles VIII, et qu'elle n'ait été considéréealors comme une maladie nouvelle par tous les médecins qui l'ont observée. Il faut lire, dans le texte original, les remarquables relations que nous en ont laisséesles auteurs de ce temps ; il n'y a rien de plus attachant; on y voit, comme l'a montré M. Alfred Fournier dans la spirituelle préface qu'il a mise en tête de sa traduction de Vigo, que, dès le commencement du seizième siècle, les médecins avaient reconnu tous les caractères essentiels de la syphilis; qu'ils l'avaient nettement séparée des autres accidents vénériens; qu'ils avaient bien décrit le chancre et son induration, indiqué la période d'incubation, signalé l'apparition consécutive des accidents généraux, « accidents » aussi multiples que variés, lesquels, loin de se borner » au siège primitivement affecté, se portent sur tous » les systèmes et attestent par leur généralisation » qu'une diathèse a pris possession de l'organisme. » Ils en avaient également institué le traitement, et c'est à juste titre que M. A. Fournier met dans la bouche de Jean DE ViGo cette éloquente revendication en faveur de ses contemporains :
« De toutes les périodes de la syphiliographie, écfitr- » il d'outre-tombe, celle qui est la plus distante chro- » nologiquement de la vôtre en est la plus voisine doc- » trinalement. Les dernières années du quinzième » siècle, en effet, et les trente premières environ du » seizième composent une petite époque remarquable » entre toutes, où quelques-unes des grandes vérités » édictées et. promulguées de votre temps ont été soit » découvertes, soit entrevues, où la diversité des affecy> tions vénériennes a été comprise, où l'essentialité du.
» mal français a été reconnue, où la doctrine syphilio- » graphique, en un mot. est restée pure de toutes les » confusions, de toutes les erreurs qui s'introduisirent » plus tard dans la science. Honneur à cette époque ! » Or, cette époque est la nôtre. C'est pour rétablir et » consacrer ses droits méconnus que j'élève aujourd'hui » la voix. C'est sa cause que je suis venu plaider de- » vaut vous —
» De notre temps, nous lisions les anciens; nous ne » les lisions même que trop, et notre initiative, notre in- » dividualité scientifique ont eu souvent à souffrir d'un » respect exagéré pour la médecine grecque, latine ou » arabe. Votre travers, à vous, aujourd'hui, est préci- » sèment inverse. Avides du nouveau, que vous con- » fondez parfois avec le progrès, vous oubliez les an- » ciens, et il suffit à un auteur d'avoir vieilli de quel- » ques siècles pour ne plus jouir près de vous que d'une » considération modérée, pour ne plus compter dans » vos bibliothèques que de rares et indifPérents lec- » teurs. (( Place aux jeunes ! » dites-vous. Et pour » mieux laisser à ceux-ci le champ libre, vous sacri- » fiez, parfois vous oubliez les travaux des anciens. » Comme si la science trouvait son compte à perdre en » arrière ce qu'elle peut gagner en avant! Comme si le » progrès, le véritable progrès, n'impliquait pas à la » fois et l'acquisition de vérités nouvelles et la sauve- » garde des vérités anciennes ! . Mais je m'arrête, et je » me résume en vous disant : « Place aux jeunes » , sans » doute ; votre devise est excellente, mais elle serait » meilleure encore peut-être avec l'addition de « Respect » aux vieux »; car les vieux ont du bon parfois, comme » je vous l'ai montré, du bon que l'on oublie souvent ou
». même qu'on leur emprunte en certain cas... sans le j) savoir... »
Jean de Vigo.
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