‹ Du mercureChapitre 5 sur 48 · A. FOURNIER · texte numérisé non relu

A. FOURNIER

Quel est Fauteur qui, le premier, a indiqué l'usage du mercure dans le traitement de la syphilis ? Fallope voulait que ce fût Berenger ue Carpi, dont les écrits remontent à 1518; Astruc le conteste; il montre que, dès lii98, Conrad Gilini, et dès Ihdl, Gaspar Torella, préconisaient ou blâmaient l'emploi des onguents mercuriels, et il ajoute : « Primus tamen qui ad debellandum trucu- » lentumhocmalum... mercuriousus est, videtur fuisse » Jo. WiDMANN, seu de Saltcet ». La plupart des auteurs se rangent à son opinion; elle n'est cependant pas exacte, car M. Bouchard a trouvé tout dernièrement (communication orale) que, dès lii95, Marcellus Cu- MANus recommandait un onguent ainsi composé :

X Argenii vivi extincti cum saliu'— cerus. loti 15 gr.

Amygd. excort. musil. in ajque ros ^5 —

Lithar. loti. lo —

» Mêlez dans un mortier, en forme de liniment, et » faites l'onction superficiellement sur la partie, renou- » velez-la souvent et le mal guérira. »

Une autre erreur a été souvent commise et doit être, relevée : on a dit que le mercure avait été d'abord exclusivement employé dans le traitement .de la syphilis par des charlatans et des vendeurs d'orviétan.

M. Després, dans son réquisitoire contre le mercure, «'approprie cette opinion et cite cà l'appui le passage «uivant de Fracastor : « Les préparations mercurielles

» furent introduites dans la thérapeutique du mal fran- » çais par de misérables empiriques. »

Pour réduire à néant l'assertion de Fracastor, il suffit de considérer que les auteurs dont nous venons de citer les noms comme ayant les premiers parlé du mercure écrivaient au moment même, pour ainsi dire, où la maladie s'est manifestée pour laprei^iière fois, et que ces auteurs n'étaient rien moins que des charlatans. Marcellus Cumanus assistait au siège de Novare (Ihdh) en qualité de médecin de l'armée vénitienne ; et JoHANNis WiDMAN cst qualifié dc clarissimus medicinarum docior. En réalité, il est probable que les onguents usités depuis longtemps dans le traitement de la Sale et connus detous, ont été essayés concurremment dans le traitement de la syphilis par les empiriques et par les médecins, timidement et avec réserve par ceuxci, brutalement par ceux-hà.

On connaît dès lors les dangers du mercure et Ion s'efforce de les éviter. On l'administre sous trois formes : les onguents, les emplâtres et les fumigations.

Frictions. — « Une ou deux fois par jour, suivant les « cas dit Jean de Yigo, on frictionne avec ledit ), on^^uent les bras et les jamlDcs du malade. On continue >, ce traitement sans interruption, jusqu'à ce que les » dents commencent à s'agacer et à devenir doulou- » reuses, symptôme qui sert- d'indice pour suspendre

» l'emploi du remède. . ' ' , v

» Il se produit à ce moment un écoulement de pi uite » qui sort des gencives et des tissus avoisinants. l ar- » fois aussi il se développe dans la bouche, sous 1 in- » fluence de cette salivation alDondante, des ulcérations „ véritables qui communiquent à l'haleine une notable

— lA —

» fétidité. Ces derniers symptômes réclament de la » part du médecin une surveillance attentive et minu- » tieuse. Tant que dure le flux pituiteux de la bouche, » il faut exiger que le malade se confine dans un milieu » à température élevée. Lorsque s'établit l'écoulement » salivaire, on aura garde de prescrire des médicaments » styptiques, dont l'action répercussive courrait risque » de refouler à l'intérieur du corps l'humeur morbide » qui tend à s'éliminer par la bouche. Gn se contentera, » pour une semaine, d'administrer des gargarismes » tempérants, adoucissants et légèrement détersifs. »

(Traduction de A. Fournier.)

J. de Vigo, conformément aux idées humorales qui régnaient de son temps, croyait que la salivation servait à éliminer l'humeur morbide, et il la considérait comme utile, tout en s'efforçant de la modérer.

Jacques de Bethencourt, dont nous devons également la traduction à la plume élégante de M. A. Fournier, entre dans des détails encore plus minutieux, relativement au traitement adjuvant de la cause :

« Le traitement parle mercure doit être institué de la manière suivante.

» Comme préparation à la cure, il faut tout d'abord évacuer l'estomac, le foie, les premières voies et les intestins. Non pas que les superfluités de ces organes soient les germes et la cause de la maJadie ; mais, sans cette précaution préalable, le traitement serait plus difficile.. Cette évacuation est surtout nécessaire dans le cas où la cause humorale de l'éruption, des tumeurs, des ulcères ou des douleurs, dérive des organes précités.

» Cda fait, le malade sera placé dans une chambre bien

défendue contre le froid, dans laquelle on enti'etiendra un feu permanent avec .des bois de bonne qualité.... Autant que possible, du reste, on aura soin de choisir pour commencer cette cure un temps doux ou légèrement chaud...

» Chaque jour, à quatre heures du matin, le malade sera frictionné doucement, sur les bras et les cuisses, avec un onguent mercuriel, et cette friction sera faite

devant le feu.

» Il déjeunera à dix ou onze heures.

» 11 dînera à cinq heures de l'après-midi. » A neuf heures du soir, il sera frictionné de nouveau, ■de la même manière et avec les mêmes précautions que la première fois.

» A la suite de chaque friction, il se couchera et -essayera de provoquer une forte sudation en s'enveloppantde couvertures. »

Les emplâtres étaient appliqués souvent sur de vastes surfaces, de manière à produire la salivation; le plus célèbre était celui de Jean de Vigo, dans lequel -entraient des grenouilles vivantes, de la graisse de vipère et une foule d'autres ingrédients, en même temps -que du mercure. Les vieux auteurs n'ignoraient pas que la plupart de ces substances étaient inertes, car l'un d'eux dit expressément : « C'est le mercure, le mercure seul qui agit. »

Les fumigations sont moins souvent prescrites par les médecins; mais il ne faut pas croire cependant -qu'elles fussent, comme on l'a dit, employées exclusivement par les empiriques, car, en 1502, Jacques Catai^ÉE, de Lacu-Marcino, egregius medicinse clocior, les recommande, et dit qu'il leur a vu produire des -effets merveilleux.

Leur* administration était des plus pénibles :

« Les parfums, dit Astruc, se composaient de même avec du mercure éteint avec la salive ou la térébenthine, ou bien avec du cinabre et d'autres choses grasses et huileuses, propres à s'enflammer, à brûler longtemps et à jeter de la fumée : 1° des résines ou des gommes, comme l'encens, le mastich, l'oliban, la myrrhe, le styrax, le benjoin, l'opoponax, la gomme de genièvre, etc. ; â° des aromates, comme la noix muscade, le macis, etc. ; 3^ des bois résineux, comme ceux d'aloès, de genièvre, dé pin, de santal, etc. Ayant pulvérisé ces différentes drogues, on les réduisait en trochisques avec la gomme adragante, ou bien on en faisait un opiat avec la térébenthine. Lorsqu'il fallait s'en servir, on plaçait le malade assis ou debout, et entièrement nu, dans un pavillon ou archet, et on l'obligeait de tenir la tête dedans, ou on lui permettait de la mettre dehors, suivant ses forces. On mettait à ses pieds un réchaud plein de charbons ardents, sur lesquels on jetait, à diverses reprises, par une fenêtre pratiquée exprès, quelques trochisques ou tablettes de parfum, et on laissait le malade exposé tout entier à la fumée qui s'en exhalait, jusqu'à ce qu'il suât abondamment, à moins qu'il ne fût en danger de tomber en défaillance. Ensuite, on le couchait dans un lit chaud et on le couvrait bien afin de le faire suer encore davantage. Une heure ou deux après, on l'essuyait et on lui donnait de la nourriture. On réitérait cette pratique pendant quelques jours de suite, jusqu'à ce que la salivation parût. »

Fracastor considère cette médication comme des plus dangereuses; il n'a jamais administré que des fumigations partielles, sur un bras, par exemple, ou sur une

jambe, pour guérir des sphacèles, des gourmes de mauvais caractère, des douleurs opiniâtres ou des ulcères rebelles, et il en a obtenu, dans ces conditions, de réels avantages, mais il proscrit formellement les fumigations

générales.

De même, Benedictus Victor :

" « Oranes enim cum experientiâ in hanc sententiam » veniunt, quod ejus fumus, quum homini assiduatur, » et aufert sensum et motum, corrumpitque visum et » auditum, nec non epilepsiam et apoplexiam, reliquos- » que cerebri morbos ob ejus ofîensionem, quam ingerit » cerebro, et nervis ab eo ortis progignit. »

Et plus loin :

« Hic enimsufîumigiipravi,etvenenosi fLmii, atque » vapores insurgunt, qui per os intrantes, attingentes- » que membra, et spirationis organa, in hisque decum- » bentes, sua vi astrictoriâ spirationem tollunt, et re- » pente patientem strangulant, pariter quoque per nares » adcerebrumpermeant, et organa atque instrumenta » facultatis animalis adeo ofîendunt, ut in multis pereant » sensus, et motus, atque facillime fiât lapsus in epi- » lepsiam, et apoplexiam, in hemoremque, et paraly- » sim ac spasmum. »

Èt Fallope (15Gii) conclut :

« Medicina hœc pro asinis et rusticis servetur atque )) a thalamo viventium hominum excludatur. «

On n'emploie pas seulement le mercure métallique et le cinabre-, en U»97, Torrella conseille les lotions de sublimé contre les douleurs et les pustules vénériennes;

IIALLOPEAU.

« Aqua decoctionis argenti sublimati multum aufert sed post lotionem lavetur cum aquâros. » (1).

Jean de Vigo (1518) donne le précipité rouge à l'intérieur, mais seulement dans la colique et dans la peste (?) et non dans la vérole. Matthiole (1536) est, d'après Astruc, le premier qui ait osé prescrire cette poudre à l'intérieur; il la fait prendre en pilules dans la vérole, la peste, - la fièvre quarte opiniâtre, la maladie hypochondriaque, la colique et la passion iliaque; en 1537, Pierre de Bayro, médecin de Charles 11, duc de Savoie, donne la recette des fameuses pilules que Cheireddin, dit Barberousse, de Mitylène, roi d'Alger, capitan bâcha des Turcs sous le règne de Soliman II, avait envoyées, dit-on, à François I", son allié contre Charles-Quint; elles contenaient du mercure métallique, associé à de la rhubarbe, de l'aloès, de l'ambre, du mastic et de la myrrhe. Bientôt l'usage interne du 'mercure se répand de plus en plus sous la puissante impulsion de Paracelse : versé dans les secrets de l'alchimie, il préconise, dans un langage d'illuminé, unequantité d'arcanes cà base de mercure ; c'est de son laboratoire que sont sortis, pour la plupart, les remèdessecrets employés depuis lors parles empiriques.

Pendant toute cette période, le mercure est pavement discuté- les médecins l'administrent avec précaution; ils recommandent de ne renouveler les frictions que pendant quatre ou cinq jours (Angelus Bologninus. 1 .507) ou de les espacer, et ils s'efforcent d'atténuer la salivation : « Talis, dit Almenar, servetur ordo, ut prima et

(1) Citation de Prolcsch. Die Qaecksilbersublimatcuren gegen syphilis (Wien 1876).

» secundâ die accipiat syrupum [aliercmtcm) patiens; )> Tertià aiitera die facias ungi cum unguento inferius » describendo [cum unguento mercuriali , de quo )> mox) omnes partes domesticas [hoc est, inferiores), » tibiarum et bracliiorum, et plantas pedum et palmas » maiium, leiiiter tameii et parùm apponendo de un- » guento, et hoc quandô vadit patiens dormi tum. Et )) de manè accipiat etiam suum syrupum, ita ut in » sextâ die sint accepti sex syrupi, et sint facta? très » unctiones, et tune dabis medicinam solutivam, et hu- » mores, qui per os expelli deberent, ad inferiora di- » vertentur, et sic evitabitur nocumentum in ore. In » diebus autem sequentibus simili modo utaris, fortifi- » cando tamen aliquantulùm digestivum et etiam un- » guentem, ponendo magis de Theriacâ, et Argento » vivo. » JoHANNES Almenar (1512).

Nicolas Massa (1536) fait faire plusieurs séries de frictions et dans l'intervalle il laisse reposer ses malades :

« Sanavi, inquit, multos demarasmo laborantes, de- » biles, cuili œgritudine magna, per plures reiterationes » unctionum, et ungebam per quatuor dies omni sero, » deinde dimittebam ipsos per liebdomadam quiescere » sineunctione..., et postea iterùm ungebam per quin- » que dies in sero secundùm eorum virtutes, iterùmque » dimittebam quiescere, et sic sanitati restituti sunt. »

C'est, en principe, la méthode des traitements successifs dont A. Fournier a de nos jours posé les règles et montré les grands avantages.

On obtenait ainsi de nombreuses guérisons ; les vieux auteurs en fournissent de nombreux témoignages :

« Unguentum , dit Almenar, est propria medicina hu-

» jus morbi et ultimum et majus secretum ciuod esse B possit circa ea, quœ exterius applicantur. » BoLOGNiNUs' n'est pas moins enthousiaste : « Quam mirabilis et excellentis virtutis existât in prœ- » fata... linitione... vere non mihi si Ungua3 centum . sint, oraque centum, ferrea vox, sufficienter narrare » possem : »

Pour Antonius Musa BraSsavola, Ferrariensis , le mercure est un médicament presque divin, car il dit :

« Se rarissimes vidisse qui per inunctiones non sint » sanitati restituti. » Et « Inunctiones ita salutares )) esse ut a Diis potius quàm ab hominibus mventîe vi- » deantur. »

Mais il Y a bien des ombres au tableau, bien des voix discordantesdansce concert de louanges. Malgré lesprecautions employées par les médecins, les frictions réitérées, les emplâtres appliqués sur toute la surface du corps, les fumigations donnent lieu souvent a des accidents, et c'est bien pis encore lorsque la médication est dirigée parles empiriques, « les barbiers, les savetiers » et les charlatans ambulants », qni, dès lors, réussissaient souvent cà capter la confiance du public.

Dès lh91, Conrad Gilini exhorte les malades « ne « femerè confidant istis imperitis ut barbitonsoribus : sutoribus ac cerdonibus et maxime viatoribus qui » nostrarumcarniumsuntcarnifices. >>

Le mal de Naples, dit en 151.0 Nicoi^vs Michel (1) doyen de la Faculté de médecine de Poitiei^, « e t " traité par gens qui n'ont apris fors vuyder les bour-

(1) De l'administration du Saint Bois.

» ses et opérant sans art, gensincogneuset estrangiers, » recueillant grand profit de ce qu'ils ignorent, et après

» sont en admiration tels monstres Tant d'abuz,

» mes frères, ont été commis en la cure décernai qu'on » est injurié estre appelé panseur de grosse vérole... » Pour les abus qu'ont commis tels intoxiquateurs qui » par doux langage envenimaient premier les aureilles, » puis les bourses, finalement le corps. »

Le chevalier Ulrich de Hutten (151.9) nous a laissé le lamentable récit des souffrances que lui ont causées la vérole et le traitement mercuriel ; il rapporte qu'il a lutté neuf ans contre la maladie, et que, pendant ces neuf ans, il s'est soumis onze fois au traitement mercuriel : « Ità ut vix credere liceat cpias torturas, quot sup- » plicia suis chirurgicis exliauserit, quas cruces tulerit, » quantum illi virium ex medicorum inscitiâ deperie- » rit. »

La citation suivante, dont nous empruntons la traduction à AsTRUG, montrera jusqu'où l'on poussait alors l'abus du mercure :

« Ils faisaient (1), dit-il, avec un Uniment composé » de différentes drogues, des onctions sur les jointures » des bras et des jambes. Quelques-uns en faisaient sur » l'épine du dos et sur le cou, quelques autres sur les » tempes et sur le nombril ; d'autres sur tout le corps... » On tenait les malades pendant vingt ou trente jours, » et quelquefois davantage, enfermés dans une étuve, » où l'on entretenait continuellement une très-grande » clialeur. Après les avoir frottés d'onguent, on les

(1) De morbi Gallici curatione per administration em lignl Guaiaci, cap. U.

)> mettait au lit, et, les ayar t bien couverts, on les fai- >) .sait suer. Pour lui, à pbuie eut-il été frotté deux fois ), qu'il tomba dans une langueur extrême. L'onguent ), opérait avec tant de force, que le mal, qui occupait „ la surface du corps, était repoussé sur l'estomac, d ou » il se portait au cerveau et causait une si abondante « salivation, qu'on était en danger de perdre les dents, « si l'on n'avait pas attention de prévenir ces accidents. » Le gosier, la langue et le palais s'ulcéraient ; les gen- » cives s'enflaient, les dents branlaient; il coulait de la « bouche, sans relâche, une bave très-puante, capable » d'infecter tout ce qu'elle touchait et qui produisait » des ulcères dans le dedans des lèvres et des joues. » Toute la maison se ressentait de la mauvaise odeur. « Et cette manière de traiter la vérole était si cruelle. » que plusieurs aimaient mieux en mourir cpie de gue- « rir par ce moyen. Ce n'est pas que beaucoup fussent . .ueris : à peine de cent y en avait-il un -, encore re- « tombait-illeplus souvent au bout de quelques jours . Ce qu'il y avait de plus déplorable dans 1 usage des : f;icUons,'continue le même auteur, c'est que ceux c^i . les employaient ne savaient point la -edecme. C. « n'étaient pas se^ilement des ^^"f «'^^.^^.f .^J;^. . mêlaient, mais des gens dont tout le ^-^f^J^^^l « effronterie sans borne, et qui empl^^--" f^J, . sorte de science ce qu'ils avaient vu

» sur d'autres malades, ou ce qu'ils ---^fj^ ^e

^/^f. Tic QP servaient cl un même ^1 nlover sur eux-mêmes, lis se beivcti^

!l?uenrpour tous les malades et en faisaient, comme ondi , une selle àtous chevaux. S'il survena.tquelque accident, ils ne savaient comment y --«d- ^ „ public était asse^ aveuglé et les medecms as.ez fai . Mes pour laisser ces scélérats dans la possession d en-

y> treprenclre tout ce qu'ils voulaient. Ainsi, n'obser- » vant point d'autre règle que celle de tourmenter » impitoyablement les malades, ils les traitaient tous » indifféremment de la même façon, sans aucun égard )) ni à l'âge, ni au tempérament. Ces prétendus gué- » risseurs ne s'embarrassaient pas d'évacuer par les )) selles l'humeur vérolique et n'avaient aucun soin » d'assujettir à un régime convenable.

» Les choses en venaient enfin à ce point que les » malades, ayant les dents ébranlées, ne pouvaient plus » s'en servir. Comme leur bouche n'était qu'un ulcère » puant, et que leur estomac était affaibli, ils n'avaient » point d'appétit; et quoiqu'ils fussent tourmentés » d'une soif intolérable, leur estomac ne pouvait s'ac- » commoder d'aucune sorte de boisson. Plusieurs étaient » attaqués de vertiges, quelques-uns de folie. Ils étaient » saisis d'un tremblement aux mains, aux pieds, et » par tout le corps, et ils étaient exposés à un bégaie- » ment quelquefois incurable. J'en ai vu mourir plu- » sieurs au milieu du traitement ; et je sais que trois » paysans malades, ayant été enfermés par un de ces )) empiriques dans une étuve fort chaude, où ils de- » meurèrent néanmoins patiemment dans l'espérance » d'être guéris, périrent misérablement par la violence » de la chaleur, qui les épuisa peu à peu. J'en ai vu » d'autres sufïbqués par le gonflement de la gorge, et » d'autres qui ont péri par une difficulté d'uriner. Très » peu ont recouvré leur santé ; encore ce n'a été qu'a- » près les dangers, les souffrances et les maux dont » j'ai parlé. »

On ne saurait s'étonner en présence de pareils excès que plusieurs médecins aient formellement condamné

— ey* —

le mercure ; et l'on ne doit pas s'étonner de la faveur inouïe avec laquelle les bois sudorifiques, le §aïac, la squine, la salsepareille et le sassafras , récemment importés d'Amérique, ont été accueillis : « C'étaient, d'ailleurs, des remèdes nouveaux, dit Astruc , et la nouveauté a un attrait merveilleux pour la plupart de& hommes, qui tous se laissent entraîner par les applaudissements du public. »

Parmi eux le gaïac surtout fut opposé au mercure et ses vertus furent exaltées par une multitude d'admirateurs enthousiastes ; les écrits du temps nous ont conservé l'histoire des luttes homériques qui eurent lieu alors entre les deux médicaments ; nous citerons seulement, pour en donner une idée, le passage suivant de- Jacques de Bethencourt : le mercure et le gaïac sont en présence et exposent leurs vertus et leurs prétentions, rivales à la guérison du mal vénérien ;

Le Gaïac. - « Avoue donc plutôt. que tous les médecins s'accordent à te considérer comme une drogue vénéneuse, corrosive et malfaisante... Quant a moi, je vais te dire qui je suis et ce que je vaux. . .

« A l'époque où il n'existait encore aucun remède qui pût être efficacement opposé aux terribles ™s du mal vénérien, je suis descendu du ciel pour le salu de l'humanité... Ne m'accuse pas de P^'^^«77^:y. dis de moi que ce qu'en dit tout le monde. D ail^eu s 3'ài fait mes preuves, et je suis en honneur chez touteses nations pour mes vertus divines... Ces vertu ne dérivent ni d'un métal, ni d'un poison ; elles sont conformes et appropriées à la nature de 1 hoimne. Je pui^ dans ma substance les éléments d'une action sur le mal vénérien. Je divise les humeurs épaisses , je

déterge les humeurs visqueuses ; j'ouvre les pores , j'évacue les humeurs malignes par leurs émonctoires naturels, et cela sans violence et sans danger ; je préserve de toute souillure les parties saines de l'organisme; l'assure l'intégrité des. viscères essentiels à la vie ; je modifie les plaies de mauvais caractère, je les dessèche et je les cicatrise... J'impose seulement cà mes malades, pour seconder mes efforts , l'obligation d'une diète sévère ; car dans le mal vénérien l'économie est gorgée d'humeurs malsaines , et , comme le dit Hippocrate, « plus vous fournissez d'aliments à un corps impur, )) plus vous en nourrissezj'impureté... (1). »

Gaspar Torrella accuse le mercure d'avoir causé la mort d'Alphonse et de Jean de Borgia :

« Nostri etiamhomicidaî, dit Johannes Vochs de Co- » logne (1507), qui ungunt corpora in morbo Francia^ » in vestuariis calidissimis, sicut carnifices in igne adu- » runt et torquent, infinitos occidunt, licet aliqui bene » fortunati ex his tormentis évadant. »

Johannes-Baptista Montanus,Veronensis(1550), est également un antimercurialistedes plus décidés. On peut en juger par cette citation :

« Argentum vivum, quocumque modo adhibeatur, >, nullam contra morbum proprietatem habere; immo » esse pessimum venenum et exterminandum a toto usu » médicinal, pra)cipue in pilulas prœparatum, quod li- » cet videatur curare, tamen non curât. »

Cet auteur indique ici et développe explicitement

(1) Traduction do A. Fùurnier {Colleclion des anciens Syphiliographes. Paris, 1871).

une théorie dont nos antimercurialistes modernes ont fait grand bruit il y a peu de temps et d'après laquelle la syphilis, atténuée momentanément dans ses manifestations par l'action du mercure, reparaîtrait plus grave après la cessation du traitement: « Redibat postea dete- » rior affectio priore. » Il accuse d'ailleurs le mercure de produire Tépilepsie, et il s'étonne que tous ceux qui en ont pris n'arrivent pas à l'ulcération des poumons; ceux qui y échappent le doivent à la vigueur de leur tempérament.

Un des plus illustres et des derniers antimercurialistes de cette .période est Fernel, qui enseigne « hy- » drarg^^rum luis non esse antidotum, sed empirico- » rumlnventum neque a viris bonis et Reipublicse stu- » diosis tam fallacem, incertam atque adeo crudelem » curationemmiquam tentari debere. »

Pendant la dernière moitié du seizième siècle, les attaques contre le mercure diminuent de plus en plus; ceux même qui en redoutent ie plus les conséquences fâcheuses reconnaissent qu'il peut rendre des services; Fallope (156/i), après avoir formellement condamné le mercure, dit qu'il y a recours dans les cas rebelles ; Anto- Nius Fracantinius, parlant des onctions mercurielles , dit qu'on les avait abandonnées comme un remède trop violent et trop dangereux, mais que beaucoup de médecins avaient été obligés d y revenir. « Ceux qui con- » damnent si fort l'usage du mercure, dit Antoine Chaumette (156J4), ne l'ont jamais employé ou ne l'ont pas employé comme il faut. » Guillaume Rondelet (1565) n'est pas moins catégorique; pour lui, « le mer- )) cure est le véritable antidote et le meilleur remède

» de la vérole, puisque, de quelque façon qu'on l'em- » ploie, il guérit cette maladie. «

Citons enfin notre grand Paré (1575) (1) : « Pour le » dire en un mot, on peut voir la vérole compliquée de » toutes espèces et différences de maladies, lesquelles » ne se peuvent guarir sans ablution du virus véroli- » que, avec son alexipharmaque, qui est le vif-argent » que Von peut comparer à un furet, faisant sortir le » connin hors de son terrier. »

Depuis ce temps-là," suivant la remarque d'AsTRUc, tous les médecins de l'Europe ont regardé le mercure et. toutes les préparations mercurielles comme des remèdes sûrs pour extirper la vérole -, nous ne mentionnerons que pour mémoire les protestations isolées et quelquefois peut-être intéressées de Bernardinus Tomitanus (1563), de JoHANNÈs Crato (1580), de Pierre Paulmier (1596),

^d'AuRELIOS MlNADOtiS (1^6). ^ ^

Au dix-septième et au dix-huitième siècle, il n y a plus de résistance ; le mercure est employé par tous les médecins comme le remède héroïque de la vérole.

Les méthodes d'administration varient peu ; c'est toujours aux frictions mieux réglées et employées avec mesure que l'on a surtout recours. Il yen a de deux sortes, les unes fortes qui se donnent en plus grande dose, plus souvent et jusqu'à ce que la salivation paraisse ; les autres lé-ères qui se donnent en moindre dose et plus rarement et qui n'excitent que peu ou point de salivation. « S'il y a >, dans quelque endroit particulier du corps des exostoses, » des douleurs, des tumeurs gommeiises, des nodus, ou quelque autre mal local, on aura soin de faire sur cet y, endroit des frictions particulières tous les jours si le

(1) Edition Malgaigne. Paris, 18WJ. Tome II , p. 528.

» flux de la- bouche est modéré ». (Astruc, t. III, p. 126). Les frictions légères non suivies de salivation, sont préconisées surtout, au dix-huitième siècle, par Henri Haguenot (173/4), dont le traitement devint célèbre dans toute l'Europe sous le nom de méthode de Montpellier. 11 veut qu'on entremêle les frictions avec les bains et qu'on ne fasse frotter le malade que tous les deux ou trois jours. Il déclare la salivation inutile et dangereuse.

L'usage interne du médicament s'est cependant graduellement étendu. Au temps d' Astruc, on emploie d'assez nombreuses préparations dont le mercure métallique, l'oxyde de mercure (mercure sublimé doux), les sulfures (ethiops, turbith minéral) et le sublimé corrosif forment les bases; un peu plus tard, Samuel Hah- NEMANN recommande son mercure soluble, et Van SwiETEN, frappé des inconvénients des frictions, s'efforce de les remplacer par l'administration à l'intérieur de la solution de sublimé que Wisemann avait déjà prescrite cent ans plutôt (1676), mais dont l'emploi était néanmoins resté très-restreint.

En 1780, CiRiLLo, redoutant l'action du sublimé sur les voies digestives, l'incorpore dans un onguent et " l'emploie en "frictions de la manière suivante :

Après avoir préparé ses malades par les bains, les lavements, le petit lait, la décoction de chiendent ou de salsepareille, le médecm nnpolitain fait commencer les onctions avec un gros de pommade dont on se frictionne, le soir seulement, les plantes des pieds, lieu ou 1 anatomienous apprend que naissent un grand nombre de vaisseauxabsorbants. Il désigne celte partie de préférence, parce que toutes les autres régions de la peau seraient irritées et même excoriées par la force du médicament. Les frictions se renouvellent les deux jours suivants et au même endroit. Le quatrième, on fait baigner le malade pour ne reprendre les frictions que le lendemain, mais à la dose d'un gros et demi. Il faut poursuivre ainsi jusqu'à guérison complète, en conti-

nuant une boisson délayante quelconque, et en intercalant un bain tous les trois ou quatre jours. Jamais on ne doit porter la quantité de pommade au delà de deux gros.

Le mercure n'était pas employé exclusivement dans la syphilis ; ses préparations constituaient des remèdes populaires contre les parasites ; on continuait à s'en servir contre différentes maladies de la peau.

En 1575, Ambroise Paré prescrit l'onguent contre la teigne, d'après une recette empruntée à Jean de Vigo, contre les poux et les cirons. Il conseille les lotions de sublimé pour les dartres du visage.

En 1725, TuBNER cite, sous le nom de lèpre des Grecs, un cas d'iclithyose traité avec avantage par les préparations mercurielles.

En 1767, Raymond (de Lausanne) propose les mercuriaux à l'intérieur contre la lèpre ; il emploie l'ethiops minéral avec une petite quantité de sublimé, ou bien le cinabre associé à l'antimoine.

Schilling, en 1778, répudie les mercuriaux dans la lèpre (?).

Lorry, en 1777, signale l'action insecticide du mercure métallique ; il conseillel'onguent napolitain dans la phthiriase et les frictions mercurielles contre la gale; il reconnaît les propriétés vermicides du sublimé, et il applique localement le mercure pour les ulcères sanieux Dans le traitement interne des eczémas et autres éruptions chroniques, il donne le mercure métallique, ou le calomel des Anglais, ou encore le sublimé corrosif déjà préconisé.en Angleterre par Brisbane.

Jean de Vigo et Matthiole l'avaient employé dans le traitement de la colique, de la passion iliaque et de

la peste ; Baillou , dans celui de la fièvre quarte ; Antonids Musa Beassavolus, Musitanus, et, plus tard, Ploenck, le prescrivent contre les vers intestinaux ; enfin de Haen et Zwingen le donnent dans l'ileus, a l'instar des anciens.

Nous sommes arrivé au terme de la seconde période que nous avons distinguée dans l'histoire du mercure : après avoir régné pendant plus de deux siècles en souverain absolu, notre médicament v^ subir de terribles assauts, plus redoutables peut-être que «^x auxquels il a résisté déjà; mais, avant d'aborder cette partie de son histoire, nous devons faire un pas en arrière et montrer quelles notions on avait acquises pendant les temps dont nous venons de parler relativement a son action physiologique.

Rhazbs (850) connaissait déjà l'action caustique du

sublimé.

Un autre Arabe, Albugeeig, que cite Kûssmaul, d après SÉBArioN, sans indiquer exactement à q"«U^;P° . ue il vivait, considère le mercure comme un grand Ce,™ du s'ystème neigeux, et il l'ac-- f P-f ^ la paralysie du mouvement et du sentiment, ainsi quo la perte de la vue et de l'ouie.

CoNST ANTiNUsAEBicANUs signale la fétidité de 1 haleine les sueurs, le tremW.ement et la paralysie parm. les effets du mercure.

Ï'« Ip emier, — voiries choses de plus qu Avicenne, it p , funestes effets du mercure; près, s est convamcu des lunestcb env^to

Théodoric parle de la salivation.

Guy de Ciiauliac, cité par Gaspar Torrella, l'indique également dans le passage suivant : « Argentum » vivum nocet membris principalibus, dentibus et gen- » civis, operatio istiusunguenti esteducere superlluita- » tes per os bavando et per subascellas resudando. » L'observation est exacte, mais quel latin!

Au seizième siècle quand l'emploi du mercure se généralise, ses effets sur la bouche deviennent de connaissance vulgaire; bien plus, on considère la salivation comme utile, car l'on s'imagine qu'elle amène l'expulsion des humeurs altérées, du principe même du mal. Fracastor expose cette théorie sous une forme saisissante, dans ces vers bien connus :

« ... Liquefacta mali excrementa videbis )) Assidue sputo immundo fluitare per ora » Et largum ante pedes tabi mirabere flumen. » Ora tamen fœda erodent ulcuscula. »

On a.pu voir, dans notre citation d'Ulric de Hutten, qu'il signalait, outre la salivation, les ulcérations du gosier, de la langue et du palais, le gonflement des gencives, l'ébranlement des dents, l'horrible fétidité de i'haleine, la perte de l'appétit, les vertiges, le tremblement tantôt local, tantôt général, le bégaiement et même Vamiriô, pénétrant ainsi une cause de mort dont la réalité ne devait être démontrée qu'en 1873, par

M. Bouchard.

La description de Hutten est d'une exactitude d'autant plus remarquable que cet auteur n'était pas médecin, ïl n'attribue au mercure que les effets qu'il peut réellement produire; bien plus, malgré ses rancunes bien légitimes contre ce médicament, il proteste contre ceux qui l'accusent de causer les tumeurs et les nœuds

syphilitiques, car il a vu ces accidents sun emr chez des personnes qui n'avaient jamais été traitées par les frictions et, en particulier, chez son propre pere. foes contemporains sont loin d'être tous aussi clairvoyants; les uns; véritables précurseurs de nos antimercurialistes contemporains, rapportant au mercure des acciden s qui ne lui sont pas imputables, tels que la lolie et Pépilepsie, ou des lésions syphilitiques (Andbeas Ma - \ZZy, elles que la carie des os (Fal ope rapporte î s exostôses au traitement-, il prétend même avoir recueUli le métal dans leur épaisseur); d'autres au conteU-e dans leur enthousiasme pour le médicament TeXt l'innocenter de tout méfait ^^^'^^ aue les ulcérations des gencives et la fétidité de 1 ha Sue ne doivent pas être imputées au mercure, ina,s bien aux humeurs corrompues qu'il entrame.

Lerpropriétés purgatives des préparations mercurielles sont nettement indiquées ^'^î^ f

Au dix-huitième siècle, Astruc étudie la stomatite

Tn^STstciens avaient vu du mercurialisnic En résume, le» altérations des éléments

ce qu'ils pouvaient en ™'^' !?^ ^^j^j^; ^ des humeurs histologiqueset lesmodiflca ions c^^^^^ devant nécessairement leur echa^^^ ^ ^^^^^^^ d'investigation ; leius desc p ^ ^^ chercherait en vain en sommcpeu ades^iei e , ^^^^^^

rétrêSt^rn 5 Men loW.

^C:::txt:r':^- au mode d'action du

mercure, elles ont été conformes d'abord aux idées humorales et, plus tard, aux doctrines iatro-mécaniciennes. Jusqu'au dix-huitième siècle, tous les auteurs semblent d'accord pour admettre que le mercure provoque, principalement par la salivation, accessoirement par les ' sueurs et la diarrhée, l'évacuation des humeurs corrompues ; aussi faut-il provoquer ou tout au moins l'especter la salivation ; on attribue en outre au médicament des propriétés détersives et liquéfiantes.

La physiologie d'Astruc, évidemment dérivée de celle de Boerhaave, est beaucoup plus compliquée ; nous ne pouvons exposer ici dans tous ses détails le rôle complexe qu'il assigne au mercure dans l'expulsion des humeurs et le rétablissement de la circulation ; les citations suivantes suffiront à en donner une idée :

« Les gouttes mercurielles, agitées par la contraction » et la dilatation du cœur et des artères sont tellement » mêlées et confondues avec le sang, qu'elles se distri- » buent uniformément avec lui jusque dans les plus » petits rameaux artériels et dans toutes les parties où » ces rameaux vont se répandre, elles sont pousw sées dans l'aorte avec la même vitesse que lui ; » mais comme elles sont quatorze fois plus pesantes » que les gouttes de sang de même volume, la quan- » tité de leur mouvement est aussi quatorze fois plus » grande.

» Les gouttes de mercure et de sang, de même vo- » lume et de même surface, perdent, à mesuré qu'elles » circulent, une partie du mouvement qu'elles ont i^eçu » d'abord, et, comme leur superficie est égale, par la » supposition elles en perdent également. Mais les )) quantités de mouvement étant inégales des deux

IIALLOPEAU. 3

« côtés, si l'on ôte de part et d'autre les quantités égales » qu'il ' s'en perd, il arrivera que la raison de la quan- » tité de mouvement qui restera dans les gouttes mer- )) curielles, par rapport à celle qui doit rester dans . )).les gouttes de sang, augmentera successivement à » chaque instant. • ,

» Ain&i la vitesse des gouttes mercurielles, qui » d'abord était la même que celle des gouttes de sang, » doit augmenter de même à chaque instant. Ainsi » le choc des gouttes de mercure, qui, dans le premier >) instant et dans le tronc de l'aorte, n'était que quatorze )) fois plus grand que celui des gouttes de sang d un >> pareil volume , pendant que leur vitesse était la même , se trouvera plus de cent fois plus grand dans les der- « niers rameaux des artères capillaires, par la raison » que la vitesse des gouttes mercurielles qui a moms » diminué proportionnellement à chaque instant que . celle des gouttes égales de sang, se trouvera la beau- « coup plus grande que la vitesse de ces gouttes. D ou

)) il résultera : . • j

» Que les gouttes mercurielles pénétreront aussi dans

>> les vaisseaux obstrués où le sang ne saurait pénétrer; « Que les obstacles qui s'opposaient au cours du sang,

. étant par ce moyen forcés ou dissipés, tous les vais-

» seaux du corps, même les plus petits, laisseront un

^^rQ:fl'^;,lalym^^^^ les humeurs récrémen. » tienesetexcrlmentitielles, si elles sont trop epaiss s . et trop visqueuses, seront brisées et atténuées par la pesanteur des gouttes de mercure, et par la vi- « tesse avec laquelle elles se meuvent, principal ment . danslesvaisseauxcapillaires; et qu'ainsi toutes le^ li- « queurs recouvreront peu à peu leur fluidité naturelle ,

» Qu'ainsi le virus vénérien, quel qu il soit, en quel- » que quantité qu'on, le suppose dans le corps, et en » quelque endroit qu'il se trouve niché, étant atténué, » divisé et brisé par l'action réitérée des gouttes mer- » curielles, sera déraciné, détruit et chassé au dehors » par tous les conduits excrétoires. »

Et voilà pourquoi le mercure est encore maintes fois qualifié de désobstruant!

Si j'ai cité ces passages, dont l'intérêt est purement historique, c'est pour montrer où peut conduire l'application hâtive à la thérapeutique d'une physiologie qui ne repose pas sur des données rigoureusement exactes. A côté des deux théories que je viens d'exposer, il en est une troisième qui paraît avoir compté beaucoup moins d'adhérents, mais que je ne peux néanmoins m' abstenir de mentionner : c'est celle d'après laquelle le mercure serait le remède spécifique, l'antidote de la vérole . Paracelse dit que le mercure ne guérit cette maladie, ni en provoquant la salivation, ni en causant la diarrhée. Pour Guillaume Rondelet, « argentum vi- » vum est antidotum et maxime accommodatum reme- » dium ad morbum italium, quia, quocumque modo ad- » ministretur, morbum curât. » Le grand pathologiste anglais du dix-huitième siècle, John Hunter (.1786), déclare que le mercure est le vrai spécifique de la vérole ; que son action sur la constitution n'expliquant pas suffisamment ses propriétés curatives, il doit avoir en outre une vertu spécifique ; enfin , plus tard, l'on formulera plus nettement cette doctrine en disant : « Le mercure tue la vérole comme le soufre tue la gale. »

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