.îi.OOO.OCO 1 5G
13 — L'animal meurt.
Le fait intéressant de cette expérience est l'augmentation énorme des globules qui s'est produite passagèrement au moment où l'animal a été pris de diarrhée; il s'est produit là ce que M. Malassez a constaté après les purgatifs et dans la cholérine, ce que M. Potain, MM. Kelsch et J. Ronaut, et moi-même, avons vu dans le choléra : une concentration du sang par perte de liquide, d'où augmentation apparente du nombre de globules rouges.
Lors donc que le mercure est donné à ces doses, les effets que nous avons signalés à propos des petites doses, ou bien ne sont pas produits, ou du moins sont masqués par ceux qui résultent des troubles gastro intestinaux.
Expérience n° 3. — Voulant voir si le mercure donné par une autre voie produirait des effets analogues, j'ai, sur le même lapin que celui de l'expérience n° 1, fait des injections sous-cutanées d une solution de sublimé corrosif.
Cet animal, après avoir été laissé en repos à la suite de l'expérience n° 1, et avoir repris un bon état de santé, avait 4.948,400 globules rouges par millimètre cube de sang, et pesait 1 -kil. 985 gr.
Je lui fais chaque jour des injections sous-cutanées de 1 milligramme.
Quatre jours après le début de l expéricnce :
Globules. Poids.
9 avril - J^. 680. 000 lk.875
L'animal avait été pris ce jour-là d'une diarrhée assez considérable; les injections sont cependant continuées. Le lendemain, il était mort.
A l'autopsie, j'ai trouvé dans les points où les injections avaient été faites, sur une largeur d'une pièce de 5 francs en argent, le tissu cellulaire d'un blanc mat légèrement jaunâtre, très résistant et autour un œdème considérable et de la congestion des vaisseaux. Le foie était volumineux, congestionné. Dans l'estomac, il y ava«t des aliments, l'intestin était légèrement injecté. Cœur en systole; les poumons étaient sains, les reins un peu congestionnés, la vessie pleine d'urine.
Nous voyons que les injections mercurielles sous-cutances ont eu les mêmes effets que le calomel pris par le tube digestif ; tout d'abord, une diminution du nombre des globules telle que, du 5 au 9, elle a été de 67,100 par jour en moyenne ; cette perte n'a probablement pas été régulière, il est probable qu'elle allait s'accroissant de jour en jour; nous voyons par exemple, que du 9 au 10, elle a été de 480,000 par millimètre cube. Nous voyons encore, chose curieuse ! que le médicament, s'accumulant, est arrivé à produire de la diarrhée comme lorsqu'il a été administré par le tube disgestif; et alors les globules ont encore montré une augmentation de nombre, non réelle, bien entendu, mais apparente seulement.
Expérience n° 4. — Cette expérience a été faite dans le but de vérifier la précédente, sur un lapin qui n'avait pas, comme ce dernier, pris antérieurement du mercure par le tube digestif. Il avait 4,484,800 globules par millimètre cube de sang, et pesoit 2 kil. 120 grammes. Je lui fais chaque jour une injection de 1 milligramme de sublimé.
Après trois jours d'expérience :
Globules. Poids.
8 mai Zt. 200. 000 2k.010
îl — A. 000. 000 ■ 1 880
12 — 5.202.AOO 1 870
L'animal est trouvé avec une diarrhée abondante qui, probablement avait commencé la veille, d'où la cessation de l'hypoglobulie.
Lo traitement est supprimé jusqu'à ce que la diarrhée cesse, puis il est repris.
Globules. Poids.
15 mai 3.363.800 lk.736
J'augmente alors progressivement les doses :
Nombre
do Poids.
* globules.
17 mai. Injection de 0.002 3.U0.000 lk.668
21 — — 0.005 2.700.000 1 hhO
22 — Mort de l'animal.
Mêmes lésions que dans le lapin de l'expérience précédente. Au niveau des points injectés en dernier lieu il y avait, outre les quelques plaques blanchâtres décrites plus haut, un commencement manifeste de gangrène. Nous constatons donc encore ce que nous avait appris l'expérience précédente, une diminution progressive du nombre des globules rouges et une production de diarrhée au bout de quelques jours, fait intéressant, car cet animal n'avait pas pris de mercure par le tube digestif.
On peut remarquer aussi que l'augmentation des doses a produit une augmentation dans la perte des globules ; du 5 au 8 mai, l'animal a perdu en moyenne 9i,900 globules rouges par jour, ce .qui • n'est que la 'i5® partie du chiffre des globules qu'il avait le 5 mai, tandis que du 17 au 21, il n'a perdu que 88,000 globules par jour, ce qui est la 35® partie du chiffre du 17 mai ; la perte relative a donc été plus forte (1,28 fois); la perte absolue a été moindre, il est vrai, mais elle avait lieu à un moment où le chiffre des globules était beaucoup plus faible; le résultat est donc totalement différent suivant qu'on considère les pertes absolues ou relatives ; mais il est bien évident que ce sont les pertes relatives dont il faut tenir compte : une perte de 100 globules est moindre chez un individu qui en possède 5,000,000 que chez celui qui n'en a que 3,000,000.
En résumé, nous voyons d'après ces expériences :
1° Qu'aux doses où le mercure a été donné chez les lapins, ce médicament a toujours été un hypoglobulisant ;
2° Que les doses restant constantes, l'hypoglobulio a toujours été progressive, comme si le médicament s'accumulait dans l'économie;
3° Que les doses augmentant, l'hypoglobulio a augmente, mais
en proportion plus considérable que l'ausïmentation des doses, ce qui semble bien prouver encore que le mercure s'accumulait ; 4° Que, le traitem^ent cessant, l'hypoglobulie cesse aussi.
Les expériences souvent citées et plus anciennes de M. Polotebnow (18G5) ont beaucoup moins de valeur. Cet auteur, en ellet, a fait agir directement sur le sang une solution de sublimé dans du sérum de cheval, à la dose de 0,001Ji pour mille. On ne peut évidemment conclure des résultats qu'il a obtenus à ce qui se passe chez l'homme ; jamais, en effet, dans le mercurialisme, le sel métallique ne se trouve mélangé au sang en aussi grande proportion que dans ces expériences. Que l'on suppose une intoxication produite par iïngestion quotidienne de 0,0A centigrammes de sublimé, pris nécessairement en plusieurs fois, et que l'on calcule la quantité qui pourra se trouver dans chaque centimètre cube de sang, et l'on arrivera à des chiffres extrêmement faibles, surtout si l'on considère que le sel s'élimine rapidement, qu'au bout de deux heures les urines en ont déjà entraîné une partie, et qu'au bout de vingt-quatre heures la première dose absorbée est presque entièrement éliminée.
Nous donnerons néanmoins, à titre de renseli^nement, le résumé de ces expériences; nous l'empruntons à M. • Constantin Paul :
Le docteur Polotebnow, pour avoir un réactif mercuriel convenable, a pris du sérum de cheval, auquel il ajoute par chaque centimètre cube, 0.00 l'j à 0.0015 (environ 1 milligramme et demi) de sublime. Il a obtenu ainsi une sorte dalbuminat mercuriel transparent et incolore, à réaction alcaline, et pouvant se conserver intact pendant plusieurs semaines. Cette solution a été mêlée à du sang de chien délibriné, en même temps que, pour terme de comparaison, on répétait les mêmes épreuves avec du sérum de cheval donné à la même dose que la solution mercurielle. On a pu constater les résultats suivants :
Le sérum du sang de cheval, ajouté au sang de chien défibriné, ne
donna qu'un mélange instable; au bout de quinze minutes, le liquide se sépara en deux couches, les globules sanguins allèrent au fond et il resta au-dessus un liquide trouble.
L'albuminat mercuriel ajouté au sang lui donna une couleur plus claire, presque artérielle, et ce mélange parut bien intime. Ce n'est qu'au bout de vingl-quatre heures que les globules commencèrent à se séparer, la couche supérieure restant rouge cerise. Le docteur Polotebnow, faisant ensuite l'analyse chimique et microscopique comparée des deux mélanges, arriva aux conclusions suivantes :
1° Les globules rouges du sang de chien défibrinés, traités par le sérum seul, se détruisent lentement et d'autant plus lentement qu'on a mis moins de sérum, ils ne perdent que peu à peu leur hématine.
2* Sous l'intluence d'une solution saturée de sublimé, presque tous les globules deviennent sphériques et ne peuvent revenir à leur forme première, sans doute par la perte de l'élasticité de leurs enveloppes. Ils sont, en outre, promptement détruits et d'autant plus vite que l'on ajoute davantage de la solution mercuriellc. Si l'on agite longtemps le mélange ou qu'on le porte pendant trente à quarante minutes à 37° ou 38°, la destruction est encore plus rapide. Les globules perdent aussi leur pigmônt, proportionnellement à la quanti té de sublimé. Les globules blancs s'altèrent moins, leur noyau seul se trouble. Nous dirons enfin que l'analyse quantitative a fourni les données suivantes :
L'hématine, perdue par les globules s'est retrouvée dans la couche supérieure, au bout de trois jours, dans les proportions suivantes :
Sang défîbriné. Albuminat. Hématine.
Inexpérience.. 10 c. cubes 5 c. cubes Ogr. 85 pour 100 c. cube
l," — 10 0 (sérum seul) 0 005 —
On peut donc résumer ainsi l'action du sublimé sur le sang; destruction des globules caractérisée par leur déformation et la perte de leurs principes constituants, hématine et pigment.
Ces résultats sont tout à lait d'accord avec ceux qu'avait observés M. Bretonneau, en soumettant des animaux à l'intoxication mercuriclle, ainsi qu'à ceux qu'on observe chez les malades qu'on vient à saigner pendant qu'ils sont soumis à la saturation mercuriellc.
En résumé, ce que l'on sait de positif relativement aux altérations du sang dans l'intoxication mercuriellc intense, peut se résumer dans les termes suivants :
HALLOPEAU. 7
1 ° Le plasma renferme une certaine quantité d'oxyde de mercure en combinaison soluble avec de l'albumine et du chlorure de sodium; SΰIes globules se détruisent rapidement. Ces deux modifications sont probablement la cause prochaine des phlogoses, des hypercrinies et des troubles nutritifs que nous devons étudier maintenant dans la plupart des viscères. Les désordres fonctionnels qui en résultent n'éclatent pas immédiatement. M. le professeur Gubler a montré que leur apparition est précédée par une période où l'intoxication reste latente; cette période, généralement assez courte, a été méconnue ou négligée pai* la presque universalité des auteurs
§ h. — Action sur r appareil digestif.
Nous avons indiqué déjà les modes d'introduction du mercure qui donnent lieu surtout à la stomatite. Ce sont principalement l'administration du calomel à doses réfractées, les frictions et les inhalations de vapeurs mercurielles. ^
Nous avons indiqué également l'importance de l'idiosyncrasie, et nous ne saurions trop insister sur ce point.
Quelle que soit la cause de la stomatite, la rapidité de son apparition et son intensité dépendent de la sensibilité plus ou moins grande des sujets. Ici, il suffit pour la produire, d'une seule friction ou de 50 centigr. de calomel ; là, il faut un contact plus prolongé ou des doses plus fortes. On l'observe quelquefois dès le début de l'intoxication; d'autres fois, elle n'apparaît qu'au bout de deux ou trois mois, ou elle manque complètement.
Certains ouvriers sont rapidement atteints de cet ac-
cident, après une séance de six ou sept heures, par exemple, dans une mine ; d'autres résistent plus longtemps ou indéfiniment. A Almaden, on a remarqué son développement rapide chez les nouveaux arrivants.
Les hommes sont, d'une façon générale, moins susceptibles que les femmes. Parmi ces dernières, les femmes grosses paraissent plus prédisposées que les autres.
La présence des dents semble presque indispensable au développement de la stomatite. Non-seulement elle est très rare chez les petits enfants, mais elle manque également chez les adultes qui ont perdu leurs dents; le fait est des plus frappants à Almaden et à Idria.
Au contraire la carie dentaire, les maladies des gencives et l'évolution de la dent de sagesse doivent être considérées, d'après Ricord, comme des causes prédisposantes auxquelles il faut ajouter l'action du froid humide, les fatigues", les excès et un mauvais état de l'estomac.
Les soins de propreté sont importants pour éviter l'apparition de la stomatite ; les ouvriers qui se lavent la bouche sont moins exposés que ceux cjrii négligent les lotions, et c'est là également une règle d'hygiène que l'on doit moins que jamais enfreindre lorsque l'on prend du mercure.
Par quel mécanisme l'intoxication mercurielle donnet-elle lieu à la stomatite? La question a été souvent posée et résolue en sens différents par des auteurs également recommandables. Suivant les uns, il y a stomatite parce qu'il y a salivation ; le mercure s'élimine par les glandes salivaires, il se trouve ainsi en contact avec la muqueuse buccale, et il en provoque la phlegmasie ; ils invoquent surtout à l'appui de leur manière de voir la présence maintes et maintes fois constatée du mercure
dans la salive, révoquant en doute l'exactitude des faits donnés comme négatifs ; les autres répondent : sans doute, on a trouvé souvent du mercure dans la salive, mais d'autres fois des observateurs autorisés l'y ont cherché én vain alors que la stomatite était intense; l'inflammation'des gencives est le fait primitif; le flux salivaire ne vient qu'après; bien plus, il peut manquer complètement.
Il semble bien avéré aujourd'hui que le point de départ de la stomatite n'est pas l'élimination du mercure par la salive, et que le fait initial est une lésion de la muqueuse buccale, ou plutôt du périoste alvéolo-dentaire, car dès le début de la maladie, on peut, par la pression, faire sourdre de la sertissure des dents, derrière la gencive imperceptiblement décollée un liquide franchement purulent. (A. Fournier.) La salivation est le plus souvent un phénomène secondaire, la muqueuse buccale enflammée devient plus sensible à l'action des excitants et elle provoque plus facilement l'excitation réflexe des glandes salivaires ;il semble, en outre, que l'on doive admettre, parallèlement pour ainsi dire, une action directe du poison sur les glandes salivaires ou sur leurs nerfs, car la salivation peut être primordiale (Gubler) et se manifester quelques heures après l'inhalation de vapeurs. M. Fournier a plusieurs fois constaté, d'une manière positive, que la salivation pouvait se produire indépendamment de toute phlogose buccale, et il nous en a cité (communication orale) un exemple des plus démonstratifs : chez un malade traité par les frictions pour des accidents de syphilis cérébrale, il a vu se produire deux fois, à cinq jours d'intervalle, un flux salivaire considérable (environ un litre dans les vingt-quatre heures), et pourtant les gencives examinées.
matin et soir avec le plus grand soin, ne présentaient aucune trace d'inflammation.
Nous résumerons cette discussion en disant : le point de départ de la stomatite mercurielle est une périostite alvéolo-dentaire ; la salivation est liabituellement liée à la stomatite, mais elle peut aussi se produire isolément.
L'inflammation buccale débute constamment derrière la dernière molaire, du côté où le malade dort; puis elle s'étend graduellement. Ce fait, indiqué par Ricord, a été vérifié par Fournier des centaines de fois. Bientôt les gencives se gonflent, deviennent chaudes, douloureuses, saignantes ; le collet des dents s'entoure d'un cercle rouge vif; l'haleine prend une odeur forte, fétide, caractéristique (haleine mercurielle). Les malades accusent une sensation désagréable de sécheresse buccale et de goût métallique ainsi que des douleurs au niveau de l'angle de la mâchoire et dans les mâchoires ellesmêmes ; les dents vacillent, et il semble aux malades qu'elles se soient allongées.
La muqueuse buccale ne tarde pas à rougir et à se tuméfier dans toute son étendue ; des gencives, l'infiltration gagne les lèvres, la langue, les joues. Ces surfaces se recouvrent d'un enduit blanchâtre et limoneux dont l'épaisseur est surtout marquée aux gencives et à la langue. Celle-ci porte l'empreinte des dents, qui dépriment également la face interne des joues et y laissent des traces permanentes.
Si le mal s'aggrave, on voit se creuser sur les parties malades des ulcérations recouvertes d'une couche grisâtre pseudo-membraneuse ; puis ces ulcérations augmenter rapidement, mais plus en étendue qu'en profondeur et quelquefois se confondre les unes avec les autres; le gonflement des parties est alors considérable ; la
— lOti, —
langue fait saillie au dehors, et son extrémité se dessèche ; la bouche, entr'ouverte, s'emplit continuellement d'un liquide filant, quelquefois mêlé à du sang, qui s'écoule spontanément au dehors et diffère complètement de la salive normale par sa composition, ainsi que le montre nettement l'analyse suivante, empruntée à Thompson :
Albumine coagulablc 0.â57
Mucus 0.367
Chlorure de sodium 0.090
Eau 99.286
Son abondance peut être extrême ; on a vu des malades en perdre jusqu'à 20 ou 25 litres dans les vingtquatre heures. A cette période, la fétidité de l'haleine est épouvantable, les dents ébranlées se déchaussent et parfois finissent par tomber. Le gonflement s'étend à la face et au cou, les malades ne peuvent ni mâcher, ni avaler, ni parler, et leur respiration est quelquefois considérablement gênée; leur physionomie exprime l'anxiété et le découragement. Il est exceptionnel aujourd'hui de voir se produire des lésions plus profondes, telles que la gangrène et l'élimination de la muqueuse tombant en lambeaux, la suppuration des parotides ou des ganglions cervicaux (Gubler), le phlegmon des joues et du plancher de la bouche, la glossite parenchymateuse et gangréneuse, et à leur suite, quand les malades résistent, des cicatrices difformes. Pourtant on en voit encore quelquefois des exemples, en raison précisément de ces idiosyncrasies dont nous avons parlé. On n'est pas maître de la salivation mercurielle ; dans cor-
tains cas, elle est lancée avec une impulsion telle que malgré toutes les précautions, malgré la suppression immédiate du mercure, rien ne peut l'arrêter et elle poursuit son cours avec une violence extrême (Fournier, communication orale); c'est surtout à la suite de frictions que ces accidents s'observent encore.
De pareils désordres ne sont pas sans provoquer des phénomènes de réaction générale. La stomatite, comme toutes les phlogoses mercurielles, pour peu qu'elles soient intenses, s'accompagne de fièvre. Dans les observations que nous avons eues sous les yeux, la température ne s'est guère élevée au-dessus de 39°.
Dans les cas graves, l'épuisement qui résulte de la salivation, de la fièvre et aussi de l'inanition, car souvent la déglutition devient impossible, contribuent puissamment à produire l'état d'adynamie et de marasme que nous décrivons plus loin comme la conséquence de toutes les phlogoses aiguës du mercurialisme.
La mort peut donc être la conséquence de la stomatite mercurielle. Dans les cas d'intensité moyenne, les désordres ne se réparent que lentement, la tuméfaction diminue peu à peu ainsi que la salivation, les ulcérations se détergent, les dents reprennent leur solidité, mais pendant longtemps la muqueuse buccale reste pour ainsi dire plus vulnérable qu'elle ne l'était auparavant, et sous l'influence d'excitations inoffensives chez la plupart des sujets, telles que la fumée du tabac, les condiments et les mets de haut goût, il se produit de nouveau quelques signes de stomatite et particulièrement une sensation de chaleur pénible avec cuisson et légère fétidité de l'haleine.
L'action phlogogène du mercure ne s'exerce pas seulement sur l'entrée des voies digestives; nous avons mentionné dc'jà les trouljles gastro-intestinaux qui se ma-
— lo;. —
infestent surtout chez certains sujets lorsque Ton prolonge trop longtemps l'administration du mercure et qui consistent en de la dyspepsie, des douleurs épigas triques, quelquefois des vomissements et souvent de la diarrhée. Quelquefois sous l'influence d'une faute d'hygiène ces troubles prennent tout d'un coup, un caractère d'acuité : Fournier a vu chez un malade soumis à un traitement par les frictions l'ingestion d'huîtres déterminer à deux reprises une diarrhée très considérable.
Dans le mercurialisme aigu, le catarrhe aigu de l'intestin avec évacuations extrêmement abondantes est un des accidents qui surviennent le plus souvent; il est mentionné par la plupart des expérimentateurs qui ont étudié chez les animaux les effets toxiques du mercure. Rosenbach constate chez un lapin auquel il a fait une injection sous-cutanée de bichlorure une hypérémie de l'intestin ; Kaloman Balogh voit survenir dans une expérience analogue d'abondantes évacuations ; de même Saikowsky injecte en un jour environ 0,06 centigr. sous la peau d'un lapin, l'animal meurt au bout de trois jours après avoir eu constamment de la diarrhée; on constate à l'autopsie une vive injection de la muqueuse digestive avec foyers hémorrhagiques ; l'injection souscutanée de 5 gr. de calomel en trois jours donne lieu aux mêmes altérations. On a prétendu (Dieterich) que cette diarrhée mercurielle n'était qu'une salivation pancréatique; il serait bien facile de vérifier cette hypothèse, mais alors même que l'on verrait les mercuriaux provoquer un accroissement de la sécrétion du pancréas, il n'en resterait pas moins nettement établi .que l'hydrargyrismê aigu compte parmi ses manifestations les plus fréquentes un catarrhe aigu de l'intestin.
§0. — Action sur V appareil hépatique.
C'est là un des points les plus controversés de l'histoire du mercurialisme ; pendant longtemps tout le monde a cru que le çalomel était le médicament cliolagogue par excellence, et dans cette idée on le dormait avec prédilection dans les affections hépatiques et chaque fois qu'il paraissait indiqué d'activer la sécrétion biliaire. Cette action cholagogue des mercuriaux est aujourd'hui bien controversée. M. Fraser a résumé clairement l'état de la question dans un mémoire, en 1871 , à la Société médico-chirurgicale d'Edimbourg. Voici, d'après une analyse d'E. Labbée, quels en sont les points essentiels :
Quatre opinions distinctes ont été émises relativement à l'action cholagogue du mercure.
1^ Le mercure augmente simplement le flux biliaire dans l'intestin ;
2° Il produit une hypersécrétion biliaire en éloignant les condirtions morbides qui entra \-aient la fonction de sécrétion du foie ;
3° Il accroît la formation de la bile par une action indirecte sur le foie ;
4° Le mercure, enfin, a une action directe et primitive sur le foie d'où résulte une formation exagérée de bile.
Telles sont les théories régnantes ; on pourrait leur j oindre une cinquième, à savoir celle qui dénie au mercure toute action cholagogue.
Fraser passe en revue chacune de ces opinions.
jre THÉORIE. — Le mercure augmente simplement le flux biliaire
dans l'intestin.
1° Beaucoup de médecins, Annesley, Graves. Ilarley, Sidney- Ringer, Hamilton, prescrivent eflicacement le calomel toutes les fois que l'aspect décoloré et argileux des selles vient révéler un obstacle au cours de la bile. D'autres auteurs recommandent le mercure dans des affections diverses, où le cours de la bile paraît entravé: congestion hépatique (Murchison). dysenteries (Morehead), parésie du foie chez les enfants (West), hépatite (Johnson), entérite (Williams), voyant dans le mercure un agent propre à activer le flux biliaire.
Pereira, et avec lui Stillé, Trousseau, Gublcr, Christison, Ilaspel, llamilton, Fonssagrives, Mérat et Dclens, Johnson, Murchison , Flint, attribuent au mercure la propriété d'augmenter la fonction sécrétoire du foie et de l'intestin. Malheureusement, l'analyse chimique n'est pas intervenue pour nous dire quels sont les principes de la bile qui viennent colorer les selles après l'usage du mercure. Pour Stillé, ce n'est pas la bile, mais un sous-sulfate de mercure qui occasionne la coloration noire ou verte des fèces. Les analyses de Simon et Golding-Bird font voir qu'il n'y a pas traces de mercure dans les garde-robes provoquées par le calomel. Simon y a trouvé de la graisse, de la cholestérine, de la biliverdine (extrait éthéré), plus du bilin, de l'acide bilifellinique et de la biliverdine (extrait alcoolique). Golding-Bird a trouvé un peu de bile et surtout de la biliverdine.
Les analyses précédentes n'avaient porté que sur deux cas. Michéa, reprenant la question, fît une série d'expériences : Examen des déjections alvines spontanées de six individus, adultes ou enfants bien portants. L'acide nitrique n'y fit rien découvrir.
2* Les évacuations vertes rendues par trois malades atteints d'entérite simple renfermaient dans un seul cas du pigment biliaire, mais le patient vomissait beaucoup ; et, quand ses vomissements furent calmés, les selles n'offrirent plus trace de bile.
3° On donna le calomel à 8 sujets bien portants : 5 hommes et 3 femmes; 4 eurent des selles vertes, toujours on y constata la présence de la bile.
On administra à 5 personnes des purgatifs salins ou résineux , presque jamais les selles ne furent vertes, et l'acide nitrique n'y décela pas la présence du pigment biliaire. Michéa conclut : le calomel agit sur le foie et occasionne des déjections alvines d'une coloration particulière due à un excès de bile.
Sans contester la valeur de ces expériences, Fraser ne les trouve pas démonstratives. Elles ne prouvent pas que le mercure augmente la proportion de bile dans les fèces.
On a encore invoqué comme preuve de l'action cholagogue du mercure son action curative sur les obstacles an cours de la bile dans le duodénum: catarrhe, spasmes, inflammation des conduits bouchon muqueux, duodénite, épaississement de la bile. Mais ces arguments ne reposent pas sur des bases solides. Aussi peut-on se demander si le mercure n'agit pas en dissolvant les exsudats inflammatoiros, ou bien en rendant plus, fluides les mucosités qui oblitèrent le canal cholédoque.
L'effet hypercrinique n'est donc rien moins que démontré.
Bencc Jones pense que les sels de mercure irritent la membrane
muqueuse stomacale et déterminent par action réflexe l'afflux de la bile dans l'intestin. M. Fraser passe alors en revue les différentes théories proposées pour expliquer l'issue de la bile dans l'intestin pendant la digestion, et déclare, après discussion, que la seule admissible est celle qui attribue l'écoulement de la bile à l'action stimulante du chyme sur la muqueuse duodénale. Or, on sait, par les expériences de Murray, que le calomel augmente la vascularité de la muqueuse gastro-intestinale. Celle-ci peut être comparée ;\ l'excitation produite par le chyme ; on peut donc admettre que le calomel provoque l'excrétion biliaire de la même façon que le chyme, par action réflexe, en dehors de toute condition pathologique et indépendamment d'un effet direct ou indirect sur la fonction sécrétoire du foie.
2® THÉORIE. — Le mercure produit une hypersécrétion biliaire, en éloignant les conditions morbides qui entravent la fonction de sécrétion du foie.
Ici pas d'expériences directes à l'appui, mais seulement déductions cliniques. Dans l'hépatite, le mercure combat l'inflammation et rétablit la sécrétion, etc.
3® THÉORIE. — Le mercure accroît la formation de la bile par une
action indirecte sur le foie.
Trousseau et Barbier pensent que le mercure, comme tous les cholagogues, agissent en irritant le duodénum, irritation qui, par sympathie, réagit sur les fonctions vitales du foie, lequel, devenu turgescent, sécrète la bile plus abondamment. Ce sont là des vues théoriques, sans preuves à l'appui.
4* THÉORIE. — Le mercure a une action directe et primitive sur le foie, d'où résulte une sécrétion biliaire.
Soutenue par Budd et lleadland, qui, outre une action indirecte sur le duodénum, admettent sans preuves une action cholagogue directe, en supposant que le mercure s'éliminepar le foie. — D'autres écrivains se contentent d'énoncer l'hypérémie du foie sans chercher à l'interpréter : Pereira, Fraser, etc. — Bien que cette théorie n'occupe qu'un rang secondaire dans la littérature médicale, et qu'elle ne soit pas nécessaire pour expliquer l'action du mercure, rien no s'oppose à ce qu'on la considère comme légitimée jusqu'à preuve du contraire.
En résumé, on doit considérer le mercure comme cholagogue ;
mais bornons-nous à admettre l'exagération du flux biliaire dans l'intestin, en laissant de côté le mécanisme de cette action.
JMurchison a prétendu que, par suite de l'effet purgatif des mercuriaux, les fèces rapidement évacuées n'avaient pas le temps de subir dans l'intestin des modifications destinées à transformer la bile. Objection facile à réfuter : les diarrhées simples ou par purgatifs salins ne sont pas bilieuses. Le mercure peut procurer des selles bilieuses non diarrhéiques.
5® THÉORIE. — Le mercure n'est pas cholagoyue.
Opinion émise par Thudicum et défendue surtout par Scott et Bennett (rapportcui- de la commission d'Edimbourg). Dans les expériences de Scott et du comité d'Edimbourg, on ouvre le ventre de l'animal, on lie le canal cliolédoque et l'on détermine une fistule biliaire. La bile excrétée est recueillie et soigneusement examinée chaque jour durant quelque temps. Puis on administre le calomel. Et l'on observe que la bile est ou diminuée, ou bien non changée dans ses proportions. Fraser ne voit dans les expériences de Scott et de BennctL qu'une négation, peu concluante. Combien de conditions anormales ! Irritation constante du canal cholédoque, inilammation suppurative du foie, résorption de la bile qui n'est pas versée dans l'intestin, etc., etc.
Conclusion. — Le mercure exerce sur le foie une action cholagogue incontestable ; les faits cliniques le démontrent ; profitonsen, bien que nous ignorions comment il agit.
§ G. — Action sur la peau.
Les affections des téguments externes sont bien moins fréquentes dans le mercurialisme aigu que ne le sont les affections de la muqueuse digestive. M. Bazin n'a observé que trois fois l'hydrargyrie de cause interne, et Klissmaul paraît douter que les éruptions observées chez les sujets mercurialisés aient un caractère spécial. C'est là une grosse erreur, et l'hydrai^gyrie porte si bien le cachet de sa cause spéciale qu'un dermatologiste exercé peut, d'après les seuls caractères objectifs de cette affection, en reconnaître immédiatement la na-
ture. M. A. Founiier nous a dit qu'il avait fait maintes et maintes fois ce diagnostic et que constamment il avait pu en contrôler Fexactitude.
Chez les sujets qui font des frictions, on voit quelquefois survenir des sueurs abondantes; on peut donc se poser la même question que nous avons discutée à projDos de la salivation : les sueurs sont-elles dues à l'élimination du mercure par les glandes de la peau? Et si la question est résolue par l'affirmative, faut-il attribuer la production de la phlogose cutanée à l'action irritante des sueurs mercurielles?
On a positivement constaté, dans certains cas, l'élimination du mercure par la peau. Sans jDarler du fait contestable de Salmeron (page 62), nous trouvons dans la science une observation tout à fait démonstrative; elle appartient à M. Bordier : ini homme, atteint d'intoxication mercurielle, est placé dans une baignoire en bois remjDlie d'eau acidulée; les deux pôles d'une série d'éléments de Bunsen sont mis en communication avec lui, et l'on ne tarde pas à voir une plaque de cuivre disposée au pôle positif se recouvrir d'un dépôt de mercure.
Cependant la sueur ne paraît servir que très accessoirement à l'élimination du mercure; M. Byassonn'en a pu trouver trace dans ce liquide alors que l'urine en contenait une notable proportion; et quand même il en contiendrait, comment la quantité extrêmement minime de mercure qui se trouverait en pareil cas en contact avec la peaji pourrait-elle produire directement une irritation que la solution de van Swieten incomparablement plus chargée ne provoque que très exceptionnellement ? On n'a pas noté d'ailleurs que l'hydrargyrie ait été généralement accompagnée ou précédée de sueurs abondantes.
Ici, comme pour la stomatite, nous devons encore revenir sur l'importance de lïdiosyncrasie. M. Fournier nous en fournit un bel exemple.
HYDRARGYRIE SCARLATINIFORME .
M. X..., à la suite d'une seule onction mercurielle a eu autrefois une première éruption scarlatiniforme; le même accident s'est reproduit après un bain dans lequel on avait versé une bouteille de solution de sublimé.
Le 3 février 1850, il vient consulter M. Fournier pour une ulcération à base un peu dure située dans la rigole du frein ; il a bientôt des ganglions dans l'aine droite. La cicatrisation se fait et l'indura^ tion du frein reste longtemps très marquée ; le pourtour du méat est également très induré.
Le 6 mai, érosion de l'amygdale, la dureté du frein persiste.
Le 16, céphalalgie très vive, continue. M. Fournier conseille au malade de prendre chaque jour une pilule de protoiodure 0,05.
Le lendemain du jour, où la première pilule a été prise, M. X... s'aperçoit que ses mains sont gonflées ; il se produit une éruption scarlatinoïde.
Le 22, tout le corps est couvert d'une éruption identique à celle de la scarlatine, violacée, confluente en nappe sur les bras, les cuisses, les jambes ; moindre sur le tronc. Les oreilles et le bout du nez sont le siège d'une légère desquamation.
Les extrémités sont gonflées.
Le 25, la desquamation est devenue très abondante, elle est purpuracée, farineuse, sur les reins, les jambes, l'oreille, etc. L'œdème a disparu. •
Le 30, la desquamation continue avec la même abondance et le même caractère purpuracé sur tout le corps. Quand on ôte la chemise du malade, on voit comme un nuage de son. Cette desquamation est bien plus abondante que celle d'une scarlatine vulgaire.
Elle est achevée le 10 juin.
A ce moment, M. Fournier cautérise le malade avec le nitrate acide de mercure.
Le lendemain, les mains sont gonflées et rouges; bientôt elles desquament; et au bout de quinze jours, la desquamation n'est pas encore terminée.
Le 25 juillet, 1 pilule de Dupuytren tous les jours, puis 2 pilules le 29.
Le 8 août, les mains se tuméfient et deviennent rouges; et, cette
fois encore, il se fait à la suite une dcsquainatiou de la paume des mains et de la face antérieure des doigts.
M. Bazin, dont nous suivrons la description, admet avec Alley, que cette éruption peut se présenter à l'observation sous trois fomies distinctes :
1° Hydrargyria mitis.
â° — febrilis.
3° — maligna.
1° La forme bénigne n'est qu'une légère efllorescence localisée à certaines régions, et particulièrement à la face interne des cuisses, au scrotum, aux aines, à l'abdomen. Sur cet éry thème se dessinent des vésicules très petites, avec démangeaison et cuisson.
Jamais de réaction fébrile.
â° Uhydrargyrie fébrile succède le plus souvent à la forme précédente. Elle débute à la face interne des cuisses et au scrotum pour s'étendre au reste du corps et envahir la face en dernier lieu , La rougeur est plus intense; les vésicules, qui apparaissent le quatrième jour, sont plus grandes, elles s'entourent d'une auréole rouge et se remplissent de pus, puis elles se rompent et il se forme des croûtes humides et jaunâtres. Le prurit est intolérable. Souvent, il y a concurremment de l'anoine et de la stomatite. On constate l'existence d'une réaction fébrile.
3° l^liijdrargyrie maligne ne s'observe guère que dans les cas où l'on continue l'emploi du mercure après l'apparition des premières vésicules. Dans cette forme, la peau est tuméfiée et douloureuse; le visage est enflé; les paupières, gonflées, restent fermées ; l'éruption est d'une couleur rouge foncé ou pourpre.
Les vésicules présentent des dimensions plus grandes
que dans les autres variétés ; il peut même se former des bulles remplies d'un liquide acre et abondant. Le malade exhale une odeur des plus fétides, qui a été comparée à celle du poisson gâté.
La desquamation n'a lieu que vers le huitième ou dixième jour, et elle se fait comme celle de la scarlatine; à la suite, la peau peut rester dure et écailleuse. Les phénomènes généraux sont graves ; les malades, en proie à une fièvre intense, accusent de vives douleurs ; leurs forces sont prostrées ; ils respirent péniblement ; leurs nuits sont sans sommeil, et dans certains cas ils succombent dans le coma, après une période de délire ; d'autres fois, il se fait une série de poussées dont chacune est annoncée par une recrudescence des douleurs et des frissons. On voit parfois survenir, à la suite de la forme maligne des adénites, des abcès superficiels, des furoncles et des ulcérations gangréneuses, conséc[uences indirectes du mercurialisme.
§ 7. — Action sur Vappareil de VurincUion.
L'albuminurie, avec ou sans hématurie, est assez fréquemment observée dans l'hydrargyrisme aigu. Ce fait, contesté par Rayer, Frerichs et Rosenstein, a été constaté positivement *par Pavy, Overbeck et Ktissmaul.
M. le 2:)rofesseur Gubler (1) ne pense pas que ce symptôme doive être rattaché, dans tous les cas, à une lésion du parenchyme rénal ; il montre que la dyscrasie, caractérisée par l'altération des albuminoïdes et la destruction des globules est, par elle-même, une cause
(l) Leçons inédites professées à la Faculté en 1870.
puissante d'albuminurie, puisqu'elle encombre le sang de déchets protéiques, et que peut-être elle modifie le pouvoir dialysable de la serine. Mais ce n'est pas à dire pour cela que l'on ne doive pas tenir le plus grand compte des lésions rénales. M. A. Ollivier, dans un travail récent, a montré que l'albuminurie mercurielle doit être rapprochée de l'albuminurie saturnine et qu'elle est liée vraisemblablement, comme cette d(U'nière, à une stéatose rénale.
La plupart des auteurs qui, dans ces derniers temps, ont étudié chez les animaux l'intoxication mercurielle aiguë, ont également constaté qu'elle amenait une altération des reins : Balogh a trouvé ces organes tuméfiés et congestionnés; leur épithélium présentait les lésions de la dégénérescence graisseuse aiguë; Leiblinger et Saikowsky ont décrit les mêmes lésions; mais c'est dans ces derniers temps seulement que le rôle essentiel qu'elles jouent dans l'intoxication mercurielle aiguë a été complètement mis en relief par M. Bouchard, dans la belle observation que l'on va lire (1).
Clinique médicale de la Charité. — Service de M. Bouchard. Salle Saint-jQan-de-Dieu, n° 1.
Observation recueillie par M. Empereur.
X. . . , 37 ans, chaudronnier, entré le 19 mai 1873, mort le 9 juin 1873. Le malade couché au n° 1 de la salle Saint-Jean-de-Dieu, est entré à l'hôpital pour se faire soigner d'une éruption cutanée qui date déjà de quatre mois. Il n'a jamais été gravement malade, toutefois, son état de chaudronnier ne lui a pas toujours été avantageux ; il a dû, dans ses travaux, employer des sels de plomb, et trois fois il a eu des coliques de plomb ; la dernière attaque qui l a retenu un
(1) M. Bouchard a fait connaître à la Société' de Biologie, en 187.'3, les principaux faits qu'il avait consignas dans cette observation ; mais elle n'avait pas été publiée intégralement; il a bien voulu nous mettre à même de le faire ; qu'il veuille bien recevoir ici nos sincères remercîments.