‹ Du merveilleux dans la tragédie grequeChapitre 10 sur 22 · XXIV · texte numérisé non relu

XXIV

Telle est en résumé la doctrine d'Aiistote à ce sujet , si je puis me flatter de l'avoir bien comprise. Car encore une fois, loin de traiter cette matière avec ordre et en détail , il se contente çà et là, et toujours à propos de questions plus générales, d'en toucher quelques mots d'une brièveté et d'une ambiguïté désespérantes. L'on n'aperçoit clairement qu'une chose dans ces traits à peine ébauchés, à savoir, la répugnance d'Aristote pour le merveilleux, répugnance fondée sur son invraisemblance d'abord, el ensuite sur la facilité de son emploi. Nous diviserons donc les observations d'Aristote en deux catégories , répondant chacune à l'un de ces deux chefs d'accusation; et nous examinerons jusqu'à quel point ce double défaut d'art et de vraisemblance existait déjà, ou du moins se faisait déjà sentir dans le merveilleux des tragiques grecs; et, en général, quelles sont les beautés que leur génie leur a fait rencontrer, et les fautes, les unes réelles, les autres apparentes, où ils sont tombés en l'absence de ces règles établies longtemps après eux.

Mais avant de rapprocher la théorie de la pratique, il est nécessaire de bien nous entendre sur la signification et la nature de ce rapprochement. On a déjà observé que la poétique d'Aristote n'avait pas été faite sur le modèle de la tragédie grecque : nous nous en apercevrons à plus d'une contradiction dans cette matière. Mais ces coîitradictions n'impliquent pas toujours erreur de part ou d'autre; et souvent, au lieu de condamner les règles par les exemples, ou les exemples par les règles , nous devons nous

conleiiter de signaler des diverj^ences aisées à juslifier par la diversité des temps. C'est seulement en procédant avec cette réserve que nous éviterons de tomber dans la faute de certains critiques , qui , en pareil cas, ont pris parti soit pour Aristote, soit poulies tragiques, avec une égale injustice. Commençons par la question de vraisemblance.

Page 1