‹ Du merveilleux dans la tragédie grequeChapitre 9 sur 22 · XIV, I · texte numérisé non relu

XIV, I

à alli'ibuer une caL>«e surnaturelle. Aristole en donne pour exeniple la chute de la statue de Mitys sur son meurtrier (i). Ajoutez-y, dans Théocrile, la chute de la statue de l'Amour sur un jeune contempteur de ce dieu (2), et dans Euripide, Capanée frappé de la foudre (3\ Ce sont là des faits réels ou possibles, dont la cause seule est contestable. Le poêle les explique par un miracle, et il fait aisément accepter cette explication à son auditoire, en vertu du sophisme : Ciirn hoc^ ergo propter hoc.

Mais, à côté de ce merveilleux des causes divines, il en est un autre moins équivoque, qui ne se compose que de phénomènes moraux, pour ainsi dire, comme les songes, les oracles , les prophéties. Aristote ne pouvait reprocher à ceux-là de produire leur effet parle spectacle; car ils se passent de machines. Pourquoi donc n'a-t-il pas fait d'exception en faveur de cette classe de phénomènes? C'est qu'il n'y apercevait aucune trace de merveilleux. Lui-même avait écrit sur les songes un traité 011 il en r-econ naissait de véritables, et où il attribuait aux fous le don de prophétie; et, en général, ces fables, à force de se multiplier et de se répandre, avaient pris rang parmi les faits les plus ordinaires et les plus vraisemblables. De cette façon , il n'y avait donc pour Aristote qu'une sorte de merveilleux, le merveilleux à machine, pour lequel on conçoit sans peine son éloignement.

La liberté beaucoup plus grande qu'Aristote ac-

{%) Idyll. , win.

[!i) P/iœ//isx., I <H(.

', 5? ) corde aux poêles épiques, sous le rapport du merveilleux, eu se fondant sur la différence du récit à l'action, nousauloriseégalementà croire que, s'il eût eu le temps d'étendre ses préceptes à cet égard , il eût permis aux poètes tragiques de mettre en récit beaucoup de prodiges qu'il ne tolère pas en action. Il est vrai que, comme il dit : oXoyov (ayi^èv elvat év toîç Trpàyixaciv (i), il dit aussi dans un autre chapitre : toùç Xoyouç (xvi^èv e/eiv oXopv (2). Mais, outre qu'il faut peutêtre, avec Victorius, entendre ici par Xoyouç le corps de la fable, aXoyov, en cet endroit, signifie évidemment d'après les exemples qu'il en donne, non pas une chose merveilleuse en particulier, mais une. chosç déraisonnable, quelle que soit du reste sa nature.

Enfin, Âristote est loin de prétendre poser au génie des limites invariables. Il va, au contraire, jusqu'à lui permettre l'absurde, à la condition qu'il en tirera des beautés capables de le racheter : Âv ^è çaivnrai eùTioywxepov , èv^eyeGÔat xat aroTCOv (3) : latitude dont peut abuser la médiocrité, mais qui, de la part d'un critique ordinairement si sévère, marque la confiance que le génie accorde au génie, parla conscience de sa propre force.

Mais, par exemple, ne lui alléguez pas la nécessité pour justifier l'emploi du merveilleux. Vous excitei'iez sa risée : To >.éy£iv ôxi àvr'pyiTo àv [xOOoç, yeXotov 8^ àpyrç yàp O'j ^eî <Ti»vi<TTa<y6at toioutouç (4).

(Oxv, 7 (a) XXIV, 8.

('i) XXIV, 8.

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