ADHÉSION. — FORMATIONS PLASTIQUES. — ORGANISATION DU CAL
Parmi les produits morbides épanchés dans nos tissus sous l’influence de l’inflammation, il en est un qui a spécialement fixé l’attention des chirurgiens, à cause des transformations diverses qu’il subit; on l’a désigné sous le nom de lymphe plastique ou coagulable. Ce liquide, qui n est autre chose que la liqueur du sang, s’épanche dans les interstices des tissus enflammés et s’y organise , en constituant d’abord un blastème amorphe , puis des globules destinés à subir des transformations ultérieures.
L’existence constante de ces épanchements de lymphe
plastique sur les limites des parties qui sont le siège d’une inflammation de bonne nature , de même que l’analogie évidente qui existe entre ces organisations nouvelles et celles qui ont lieu entre les lèvres d’une plaie, ou à la surface des membranes séreuses enflammées, ont fait croire, à tort, que ces phénomènes étaient nécessairement liés à une inflammation co-existante ou antécédente ; de là est née la dénomination inexacte d ’ inflammation adhcsive.
Ce terme consacre une erreur; car, ainsi que je l’ai rappelé longuement dans un autre travail 1 , l’inflammation et la plasticité sont deux choses fort distinctes , quoique se montrant souvent l’une à côté de l’autre. On en voit la preuve dans la réunion immédiate des plaies, qui ne s’opère jamais mieux que lorsque l’inflammation fait complètement défaut. On sait de plus que la cornée divisée se réunit avec une grande rapidité , et cependant le microscope nous a appris que cet organe ne pouvait s’enflammer.
Quoi qu’il en soit, Y adhésion ou plasticité constituant un acte ou procédé morbide , nous devons rechercher jusqu’à quel point le microscope en a éclairé le mécanisme.
D’après tous les auteurs, la lymphe plastique peut être épanchée dans l’interstice des tissus , entre les lèvres d’une plaie, ou à la surface des membranes séreuses ou muqueuses . La manière dont elle se comporte dans chacune de ces circonstances, étant dans le fond toujours la même, nous donnerons plus particulièrement les résultats obtenus par l’examen des fausses membranes.
1 L. Saurel ; Des fluxions au point de vue chirurgical. Montpellier, 1855, pag. 25 et G5.
Au début du phénomène, le liquide exhalé n’est encore que de la sérosité incapable de s’organiser , et dans laquelle on trouve, d’après M. Lebert, des globules granuleux. Plus tard le liquide épanché devient plus consistant et se dépose à la surface de la membrane, sous forme de points floconneux, grisâtres et demi-transparents, qui sont disséminés sur le trajet des vaisseaux. Au microscope , on y reconnaît une trame irrégulière de fibres peu distinctes , formant un réseau, et une substance hyaline finement granuleuse. La membrane prenant de la consistance , des vaisseaux ne tardent pas à s’y former.
Celte production de vaisseaux sanguins dans un tissu de nouvelle formation, est certainement un fait plein d’intérêt, sur lequel on serait désireux d’être bien renseigné. Malheureusement, les micrographes ne sont pas d’accord à cet égard , car les uns les regardent comme une simple prolongation des vaisseaux déjà existants, et telle est l’opinion de Laënnec et de M. Lebert ; au lieu que d’autres, avec Béclard, Yogel et MM. Bérard et Denonvilliers 1 pensent que les vaisseaux des fausses membranes se développent spontanément dans leur épaisseur.
«Des exsudations fort analogues à celles que nous venons de décrire se forment dans la guérison des plaies par première intention. Une matière fibrino-albumineuse est épanchée entre les bords de la plaie ; par sa viscosité et sa coagulabilité, elle colle provisoirement les parties séparées,
1 A. Bérard et C. Denonvilliers; Compendium dechirurgiepratique, etc. Paris, 1840, tom. I, pag. 171 .
et la réunion y devient définitive par les nouveaux vaisseaux d’anastomose qui la traversent bientôt , se formant d’après le mécanisme que nous avons indiqué plus haut '.»
A cela se réduisent les notions principales qui nous ont été fournies par le microscope , sur les phénomènes si remarquables de l’adhésion et des formations pseudo-membraneuses. Voyons maintenant quels sont les renseignements qu’il nous a donnés sur la formation du cal. Les détails qui vont suivre sont empruntés au beau Mémoire de M. Lebert, où cette question se trouve largement traitée 2.
L’épanchement des éléments du sang , qui suit immédiatement la fracture , n’a rien à faire avec la sécrétion spéciale du cal. La première période de cette dernière ne. commence que lorsque la réaction inflammatoire est passée. Celle-ci toutefois n’est pas sans utilité pour le cal , car elle réunit par une exsudation granuleuse et gluante les parties qui entourent la fracture. La première période du cal proprement dit débute par une exsudation provenant essentiellement des vaisseaux nourriciers de l’os. Cette exsudation, d’abord liquide, ensuite gélatineuse, est le vrai sarcode du cal, l’élément qui , par son origine et son développement ultérieur, montre qu’il renferme déjà virtuellement les éléments de l’os nouveau.
La deuxième période est l’organisation cartilagineuse de cette exsudation liquide, que M. Lebert appelle ostéoplastique. La matière liquide devient solide, compacte, s’organise de plus en plus et passe à l’état de cartilage.
1 Lebert; Physiologie pathol. , tom. I, pag. 35.
2 Lebert; loc. cit., tom. II, pag. 435.
Dans la troisième période, celle de l’ossification ducal, on voit de nombreux îlots de substance ossifiante. Le cal , provenant de l’espace entre le périoste détaché et l’os dénudé, fourni par les vaisseaux de ces deux parties, procède de dehors en dedans. Il atteint d’abord l’espace entre les fragments , et finit par combler des deux côtés le canal médullaire dans une certaine étendue.
La quatrième période commence par l’ossification complète de l’exsudation ostéoplastique ; elle se termine par la disparition d’une grande partie de sa masse, et par le rétablissement du canal médullaire.
Le cal diminue à mesure qu’il devient plus solide ; la substance cartilagineuse y disparaît tout à fait ; les aréoles se développent davantage ; la circulation y devient plus facile et plus continue , soit en dehors du côté du périoste , soit en dedans du côté de la membrane médullaire.
La formation du cal est donc, en résumé, d’après M. Lebert , une régénération fœtale de l’os lésé.