‹ Du microscope, et de son application à l'étude des êtres organisés et en particulier à celle de l'utricule végétale et des globules du sangChapitre 5 sur 7 · STRUCTURE DE L’UTRICULE VÉGÉTALE · texte numérisé non relu

STRUCTURE DE L’UTRICULE VÉGÉTALE

L’utricule végétale se présente souvent isolée dans la nature. Incolore, el le forme les végétaux dugenre Cryptococcus , Kuntzing(l); Protosphceria^ Turpin (2). Colorée, ceux des genres Protococcus et Hœmatococcus. On trouve aussi dans les végétaux des amas d’utricules isolées : telles sont les grains polliniques des Phanérogames et les sporules des Acotylédones. J’examinerai successivement l’origine , la forme, la membrane d’enveloppe, les connexions, le contenu, les phénomènes physiologiques et la multiplication de l’utricule végétale; car c’est au microscope que nous devons tous les faits dont la science s’est enrichie sur ces divers sujets.

1 ° Origine de l’utricule végétale.

Nous abordons ici la question à la fois la plus difficile et la plus importante de l’Organogénésie végétale. En effet, si l’on savait comment se forme une utricule on aurait le mot de l’énigme de la vie; car, l’utricule étant donnée, tous les autres organes élémentaires s’en déduisent facilement. On a suivi deux méthodes pour arriver à la solution de ce problème ; les uns, tels que Biasoletto (3) et Kuntzing, ont

(1) Recherches sur la formation el la métamorphose des organismes inférieurs, par Kuntzing; Ann. sc. nat., 2® série, vol. ii, p. 129.

(2) Sur l’origine ou la formation primitive du tissu cellulaire; Mém. du Muséum, t. XVIII, p. 161.

(3) Di alcune Alghe microscopiche; Trieste, 1832.

voulu surprendre la nature au moment de la naissance d’un végétal nouveau. Le premier a vu le Micraloa protogenita se développer dans de l’eau distillée qui, même après la formation de cette algue, était, dit-il, aussi pure qu’auparavant. Kuntzing (/oc. cit.) n’a pas trouvé la moindre trace de végétation dans l’eau distillée renfermée dans des flacons bien bouchés et exposés à la lumière ; mais lorsqu’il versa dans des flacons semblables de l’eau distillée de sauge, de sureau ou de rose, il vit les phénomènes suivants ; 1“ au bout d’un mois à six semaines un flocon muqueux se trouvait au fond de chaque flacon; 2° l’odeur des eaux distillées avait disparu; 3° examinée au microscope cette mucosité ne présentait ni globules ni filaments; 4° plus tai’d, si elle était restée à l’ombre, elle contenait des utricules incolores [Cryptococcus], ou, si elle était exposée au soleil, des Protococcus, tels qu’ils sont définis par Agardh dans son Systema Algamm.

Les botanistes considèrent avec raison les Protococcus viridis comme l’organisme végétal le plus simple qui puisse se développer sous l’influence de la lumière et de l’eau; mais c’est à tort qu’on a fait des Protococcus nivalis le type d’un genre nouveau sous le nom ^Hœmaiococcus , si toutefois l’on a voulu dire par là que c’est un être distinct du Protococcus viridis.\ o\c\ les observations sur lesquelles je me fonde.

Lorsque nous débarquâmes au Spitzberg, le 25 juillet 1838, je m’aperçus, en traversant un champ de neige, avec mon ami M. Bravais, que l’empreinte des derniers pas que nous avions faits avant de passer de la neige sur la terre était d’une couleur verte. La surface même de la neige était blanche ; mais, à quelques centimètres au-dessous, il semblait qu’elle avait été arrosée avec l’eau résultant d’une décoction d’épinards. Nous recueillîmes cette neige, et, en fondant, elle donna une eau très-faiblement colorée. Dans une autre course je trouvai cette matière verte, semblable à une poussière répandue à la surface d’un champ de neige dont la majeure partie était couverte d’une quantité énorme de Protococcus nivalis. Au-dessous delà surface, et sur les bords du champ , la neige était aussi colorée en vert. Je recueillis la matière verte de la surface, et, au bout de quel-

que temps, elle se déposa au fond du flacon; alors je décantai la plus grande partie du liquide , qui était incolore.

Une goutte de ce liquide fut placée sur le porte-objet d’un microscope éclairé suivant îa méthode de M. Dujardin. Cet habile observateur était présent , ainsi que M. Biot , et voici ce que nous constatâmes. L’eau était remplie d’une matière verte amorphe, au milieu de laquelle on distinguait des grains de Protococcas parfaitement sphériques. On en remarquait aussi quelques-uns d’une teinte rouge et beaucoup plus gros, enfin d’autres à peine rosés qui, pour la grandeur, étaient intermédiaires entre les deux premiers. Depuis j’ai examiné ces grains avec un microscope de M. Ch. Chevallier, et j’ai trouvé que cette neige verte était composée ( outre le détritus abondant de matière verte ) de granules variant pour la grosseur et la couleur.

Les uns paraissaient simples ; ils étaient verts ou d’un rose pâle et de 0,01 à 0,05 de millimètre de diamètre; quelques-uns rares, et d’un rouge de sang, avaient 0,02 de millimètre. D’autres globules paraissaient composés, c’est-à-dire formés d’une enveloppe renfermant des globules à l’intérieur (Microcystis , Kuntz). Leur diamètre était de 0,05 à 0,055 de millimètre de diamètre. M. Montagne voulut bien les examiner avec moi, et dessiner l’un d’entre eux sous un grossissement de 3000 fois. Il avait une paroi épaisse , et contenait cinq granules rouges. Jamais je n’ai pu voir distinctement un globule renfermant des granules verts.

Ayant examiné comparativementde la neige rouge [Protococcas nivalis) recueillie dans le voisinage de cette matière verte, nous pûmes vérifier l’identité des globules rouges de la neige verte avec ceux de la neige rouge. Cette dernière offrait de plus des chapelets plus ou moins longs, formés par des globules simples ajoutés bout à bout, et rappelant l’apparence mollniforme des espèces du genre Torula. Il est évident, d’après ce que nous venons de voir, que la neige \eriQ [Protococcas viri~ dis) , et la neige rouge [Protococcas nivalis) , sont une seule et même plante à différents états; mais il est difficile de décider quel est l’état primitif. Toutefois, en réfléchissant qu’on volt des utricules incolores

renfermant des granules rouges qui deviennent libres quand l’ulricule mère vient à se rompre , on peut supposer, avec quelque raison, que la couleur rotige est particulière au globule jaune, qui verdit ensuite sous l’influence prolongée de la lumière et de l’air. Or, on conçoit que si la neige n’est pas très-ancienne, ou si elle est balayée par les vents, comme c’est le cas le plus fréquent, le Protococcus rouge n’a pas le temps de verdir. Aussi est-ce la première fols, à ma connaissance, que ce changement de couleur du Protococcus nivalis ait été signalé, s. Toutes les Algues de la section des Floridées, et principalement

celles des genres Halymenia et Delesseria, que la mer rejette sur le rivage, passent aussi du rouge au vert sous l’influence de la lumière solaire, et M. Mirbel (1) a vu les sporules du Marchantia devenir verts, de jaunes qu’ils étaient, avant d’émettre leurs tubes germinatifs. M. Dunal (2), en examinant les Algues qui colorent en rouge certaines eaux des marais salans , est arrivé à la même conclusion : il pense que le Protococcus salinus et V Hæmatococcus salinus ne sont qu’une seule et même plante ; mais il paraît disposé à croire quelle est verte d’abord, et que la couleur rouge est l’indice d’un développement plus parfait.

D’autres savants ont procédé par une voie différente pour prendre la nature sur le fait et assister à la création d’une utricule.

L’accroissement de tout végétal étant dû à la formation de nouvelles utricules, M. Mirbel a voulu s’assurer si ces utricules se formaient de toutes pièces ou si elles étaient engendrées par les utricules préexistantes. Déjà, en 1809, il affirmait que le cambium, véritable liquide organisé, était l’origine des nouvelles cellules qui s’y développent « Ce suc, dit- il (3), pénètre les membranes, et l’on voit paraître dans les endroits où il se produit de nouveaux tubes et de nouvelles cellules. Seraient-ce les éléments du cambium lui-même

^1) Recherches sur le Marchantia poljmorpha.

(2) Comptes rendus de V Institut, 23 octobre 1837, p. 586.

(3) Exposition de la théorie de l’organisation végétale, p. 87.

qui prendraient ces formes organisées, ou seraient-ce plutôt des germes préexistants dans les membranes qui se développeraient par la nutrition ? C’est ce que je ne tenterai pas de résoudre. Quoi qu’il en soit, les cellules se montrent d’abord comme des globules très-petits, et les tubes comme des lignes déliées. » M. Mirbel a adopté la première des deux explications qu’il propose, et des travaux récents semblent la confirmer en tous points. Guidé par l’analogie, M. A. Richard (1) [)ense que le cambium agit comme fluide nourricier à l’instar du sang, et que les nouvelles utricules sont engendrées par celles de l’aubier et du liber. M. Dujardin partage entièrement les opinions de M. Mirbel. Ses longues et patientes observations lui ont appris que tout organisme végétal ou animal commence par un liquide muqueux au milieu duquel on voit apparaître un nuage, une nébulosité qui se creuse peu à peu des cellules organisées.

Dans les Nostochs et les Ulvacées ce liquide muqueux mucus matricalis, Unger ) l’emporte sur la masse cellulaire, mais dans les végétaux supérieurs il disparaît complètement.

2" Forme des utricules,

A leur origine, les utricules sont toujours sphériques ou ovoïdes; mais les obstacles qui s’opposent à leur développement, ou les circonstances qui le favorisent, leur permettent de prendre les formes les plus variées. Dans les feuilles du Nénuphar jaune, par exemple, on a de la peine à reconnaître une sphériole dans les cellules diversement ramifiées qui composent leur face inférieure.

3" Nature de la membrane qui forme les utricules.

Les grossissements les plus forts du microscope composé ne nous apprennent rien de positif sur la structure intime de la membrane

(1) Nouveaux éléments de Botanique^ 6* édit., p. 174.

utriculaire. I^à se trouve la limite de l’observation directe, et la plupart des phytotomisîes n’ont pas été plus loin. M. Mohl (1), le premier, a dit que la membrane externe du pollen de beaucoup de plantes, telles que le Pancraliwn maritimum, \ Armeria vulgaris, le Polemonium cœriileum, le Cobœa scandens , le Jasminum officinale, était évidemment composée de cellules; il décrivit leurs connexions, et fixa leur grandeur à — Vt de ligne. La vérité de cette assertion fut contestée par M. Mirbel (2). 11 rappela que ses études sur les anthères du Potiron avaient prouvé que les membranes du pollen étaient formées d’ulricules simples emboîtées les unes dans les autres. M. Meyen (3) combattit aussi M. Mohl en démontrant que les prétendues cellules n’étaient que des saillies, des bourrelets irréguliers qui s’épaississaient et se rapprochaient dans certains points pour former un tout continu comme on peut le voir sur le pollen du Lis. Dans d’autres plantes, ces saillies engendrent les aspérités et les tubercules qui hérissent certains pollens. L’erreur de M. Mohl reposait, selon M. Meyen , sur une illusion d’optique; il avait pris les intervalles transparents qui séparent les parties plus épaisses , et par conséquent plus opaques, pour les lignes de jonction de cellules contiguës. C’est, en effet, l’apparence qu’elles présentent à un faible grossissement; mais, en le portant à six cents fois environ , on voit ces prétendues cloisons se terminer brusquement sans circonscrire un espace polygonal , comme cela aurait toujours lieu si elles appartenaient à la périphérie d’une cellule.

M. Meyen (4), tout en combattant les idées de M. Mohl sur la composition de la membrane externe du pollen , regarde l’utricule végétale comme formée par une fibre élémentaire roulée en spirale sur ellemême : c’est dans une plante découverte par lui, le SteHs gracilis, que

(1) Mohl, Ueber den Bau und die Formen der Pollenkoerner, 1834, p. 15.

(2) Annales des sciences naturelles , 2® série, vol. iv, p. 1.

(3) Neues System der Pflanzen-Physiologie , t. l, p. 163.

(4) Pflanzen-Physiologie , t. i , p. 45.

cette disposition est visible avec un grossissement de 540 fois. 11 a fait la même observation sur les racines aériennes des Orchidées parasites du ^e.nve' Epidendron. De son côté, M. R. Brown a constaté que les poils sans cloisons du Renanthera coccina , des Melocactas , des Mamillaria, et les cellules situées sous lepérisperme des graines de Casuarina et de Colommia étaient formées de fibres enroulées. Hedwig (1) ef J.-P. Moldenhawer (2) avaient déjà reconnu l’existence de cette fibre spirale dans les cellules de la feuille du Sphagnum palustre , et M. Meyen (3) a pu, sur le porte-objet d’un microscope simple, séparer cette fibre de la paroi interne des grandes cellules cylindriques qu’on trouve à la circonférence de la tige du même Sphagnum. M. Slack (4) n’a réussi à l’isolerqu’en déchirant l’utricule. Les cellules fibreuses des anthères décrites d’abord par Purkinje , dans sa dissertation De cellulis antherarum Jibrosis , et figurées depuis par M. Mirbel dans ses Recherches sur le Marchantia polymorpha , fig. 93 et 94, ainsi que les élatères de cette hépatique, fig. 73, sont des organes du même genre, mais dans lesquels les tours de spire sont très-visibles et complètement séparés. I.,a fibre spirale des cellules parenchymateuses qui en sont pourvue» forme-t-elle par la soudure de ses tours de spire l’enveloppe propre de ces cellules , ou est-elle placée à l’intérieur ou à l’extérieur d’une enveloppe particulière ? C’est ee qu’on ne saurait encore décider, ni pour les organes qui nous occupent, ni pour les vaisseaux spiraux. Quelques mierographes, entre autres M. Hartig (5), ont cru voir que l’enveloppe des cellules se composait de petites vésicules aplaties dans le sens perpendiculaire à la paroi, et encore visibles dans les angles des cellules

(1) Theoria generationis , tab. xxvi , fig. 5.

(2) Beitraege zur Anatomie der Pflanzen, p. 117.

(3) PJlanzen-Phjrsiologie , l. i, p. 56.

(4) Ann. SC. nat., 2® série, t. i, p. 194.

(5) Abhandlung über die Penvandlung der polj-cot) ledonischen PJIanzenzelle in Pilz und Schcvamm-Gebilde ; BerMn, 1833.

polyedrales, mais il paraît qu’il a pris pour des vésicules des portions épaissies de la paroi même.

La membrane des cellules n’a pas une structure uniforme sur toute sa surface. Certaines CQ\\\i\e8[cellulœ porosœ , Link ) présentent des points assez transparents semblables à des bulles ; d’autres (ce//«/te punclatœ) o^îveni des points opaques. Quelle est la nature de ces ponctuations? Hill (1), qui paraît les avoir aperçues le premier, les regarda comme des saillies percées d’un trou à leur sommet ; J. -D. Moldenhaw'er (2) , comme des trous simples ; M. Mirbel (3)

leur donna le nom de pores , et les décrivit comme des trous environnés d’un bourrelet saillant ; K. Sprengel (4) s’éleva contre cette manière de voir, et déclara que ces prétendus pores n’étaient que des vésicules que l’on voyait par transparence à travers la membrane utriculaire. M. L. Treviranus(5), et, après lui, M. Link(6), contribuèrent à propager cette doctrine. Cependant, J.-P. Moldenhawer (7) avait été ramené à l’opinion de Hill par l’examen des cellules de la moelle du sureau et celles du Cycas revoluta qu’il avait fait macérer préalablement dans l’eau. Enfin, en 1828, M. Mohl(8) concilia pour quelque temps les opinions Jivergentes des anatomistes. Selon lui, les apparences de ponctuations proviennent de ce que, dans certains points, la membrane utrieulaireest plus mince que dans d’autres; ces points paraissent transparents, simulent des pores, mais sont réellement des canaux qui se corres-

(1) Construction of timber; London, 1770, p. 16.

(2) De vasis plantarum, 1779, p. 2L

(3) Histoire naturelle, générale et particulière des plantes^ 1800, p. 57,

(4) Hnleitung zur Kennlniss der Gewaechse ^ 1802, p. 99.

(5) Pom inurendigen Bau der Gewaechse, 1806, p. 130.

(6) Elementa philosophiœ botanicce , edit. prim.

(7) Beitraege zur Hnatomie der PJlanzen, 1812, p. 111,

(8) Ueber die Poren des Pflanzen-Zellgewebes.

pondent dans deux utricules ou deux vaisseaux contigus. M. Meyen(lj A, Richard (2) , Valentin (3), Unger(4)et Decaisne (5) confirmèrent ces faits par leurs observations. Le dernier retrouva ces enfoncements sur les vaisseaux delà tige du. Bubia tinctorum; les autres étudièrent leur disposition sui- les cellules allongées des Conifères. Dans cette famille , ils sont de la dernière évidence, et, avec un fort grossissement, il m’a .‘‘‘emblé que le fond de la cavité était convexe et bombé en dehors, l’outefois, l’opinion de M. Mirbel ne doit point être abandonnée tout à fait. Des pores existent sur la paroi de beaucoup de cellules, et dernièrement M. Rœper (6) s’est assuré que celles des feuilles du Sphag/nim obtusifoUmn étaient perforées. Il écrasa dans l’eau l’albumen farineux du Nénuphar, puis trempa dans cette émulsion lès feuilles d’un Sphagnam. Il les plaça ensuite sous le microscope et reconnut que les grains de fécule avaient pénétré dans chaque cellule et s’étaient déposés sur la paroi inférieure. Une gouttelette d’iode mise sur le porte-objet les colora en bleu. Il vit aussi des animalcules microscopiques sortir par les pores des cellules. Ainsi donc, on peut admettre qiic les utricules sont tantôt percées de trous, tantôt seulement creu- .sées de petites cavités. ^

L’épaisseur de la paroi des cellules n’est ni constante, ni uniforme; de nouvelles couches se déposent sans cesse à leur intérieur, et ce sont les points où ce dépôt ne se fait pas qui paraissent transparents. C’est dans les cellules du Cactus aJatus , de X E riophcmni vaginatum (7), èt dans celles des poires d’hiver qui deviennent pierreuses (8), que ce

(1) PJlanzen-Phfsiologie, 1. i, p. 36, et tab. i, fig. 3 et 4.

(2) Nouveaux éUments de Botanique, 6® édit., p. 43 et pl. 2, fig. 10.

(3) Bepertorium für Jnatomie und Physiologie, t. i, p. 85.

(4) Flora, 1832, 7 octob.

(5) Recherches anatomiques et physiologiques sur la Garance, pl. 9.

(6) Ann. SC. nat., novembre 1838, p. 314.

(7) Moyen, PJlanzen- Physiologie , 1. 1, p. 33.

(8) 'V\.\r\nu, Mémoire sur la différence qu offrent les tissus de la pomme et delà poire.

phénomène est le plus évident. Suivant Meyen, le dépôt de nouvelles couches se ferait uniquement^ long de la fibre spirale, et non dans les intervalles de ses tours. 11 explique de cette manière la dsspo.sition hélicoïde des ponctuations,

4° Connexion des utricules.

Tous les auteurs sont d’accord pour admettre qu’il existe entre les cellules des espaces libres remplis de sucs, et désignés sous le nom de méats intercellalaires. M. Mohl (I) a émis récemment l’opinion qu’ils étaient remplis par une substance intercellulaire organisée. Dans les Algues, les Nostochs, on ne saurait nier son existence; elle n’est autre chose que le mucus matricalis dont nous avons parlé; mais aucun observateur ne l’avait encore aperçue dans les végétaux phanérogames. M. Mohl la signale entre les cellules allongées du bois, et de l’écorce de beaucoup de végétaux, et dans l’intervalle des grandes utricules qui composent les feuilles du Neriiim oleander ; suivant lui, la cuticule épidermique décrite parM. Ad. Brongniart(2) ne serait rien autre chose que de la substance intercellulaire endurcie et concentrée. Mais, s’il faut en croire M. Meyen (3), cette prétendue substance intercellulaire n’existe pas, et M. Mohl aurait pris des parois de cellules épaissies et contiguës pour un tissu nouveau.

5° Des matières contenues dans les utricules.

Les substances que le microscope a fait découvrir dans l’intérieur des cellules sont tellement nombreuses et variées, qu’on est obligé de les classer méthodiquement. Nous les diviserons en liquides, fluides, aériformes , et produits solides, organiques ou inorganiques.

1" Liquides. — Toutes les cellules vivantes contiennent un liquide

(1) Ueber die Verhindung der PJlanzenzellen unter elnander; 1835. (2j ^nn. SC. natur., 2® série, 1. 1, p. 65.

^3) Pflanzen-Physiologie l. i, p. 162- 178.

le plus souvent aqueux, mais rarement incolore. Tantôt il est coloré par ui-méme : ainsi les grandes cellules (j|^ feuilles de la garance [Rubia tinctorurn) renferment un liquide rose; celles de la jeune racine, un liquide jaune, qui passe au rouge par son exposition à l’air (1). La couleur rouge des feuilles du Dracœna terminalis,V. ferniginea, la teinte bleue des fleurs du Muscari botryoides , sont dues à la même cause. D’autres fois le suc n’est pas coloré par lui-même, mais par les matières qu’il tient en suspension, par la chlorophylle en particulier. A l’œil nu, toutes les cellides d’une feuille ou d’un pétale semblent de la même couleur ; mais le microscope en fait découvrir un grand nombre qui sont incolores, ou colorées différemment.

Le liquide contenu dans les cellules est quelquefois huileux; tel est celui qui remplit le péricarde de l’olive ou l’albumen des Crucifères. Des gouttes d’huile isolées se trouvent ^ussi en suspension dans un grand nombre de pollens.

2“ Fluides aériformes. — Les cellules de l’épiderme de la moelle et de l’écorce qui sont privées de vie, renferment de l’air. Sous le microscope, elles sont incolores, transparentes au milieu, et la bulle d’air est circonscrite par un bord foncé ; celles qui contiennent un liquide offrent, au contraire, une transparence à peu près égale dans toute leur étendue. Suivant M. Dutrochet, c’est à la présence de l’air dans l’intérieur de leurs cellules qu’il faut attribuer la couleur blanche d’un grand nombre de pétales.

3“ Solides.

A. Solides organiques.

a. Fécule. — De toutes les substances organiques qui setrouvent dans les cellules des végétaux, celle-ci semblese rapprocher le plus par sa constitution des corps réellement organisés. Je n’entrerai point dans l’examen de toutes les particularités que présentent les grains de fécule sous

(f) Decaisue, /îecAercAcj sur la Garance, pl. 11 et 12.

le point de vue de leur abondance, de leur grandeur, de leur forme, de leur structure intime. Je signalei'ai seulement les apparences qu’ils offrent lorsqu’on les étudie par l’appareil à double polarisation que nous avons décrit précédemment. Ainsi éclairé, chaque grain de fécule, gros ou petit, présente une croix noire, dont les deux branches se coupent toujours dans le point que l’on appelle le hile, et que l’on suppose être celui par lequel ces grains sont attachés à la paroi intérieure de la cellule dans laquelle ils se trouvent. Celte croix noire désigne les deux sens suivant lesquels la lumière polarisée incidente peut se transmettre à travers chaque grain sans éprouver de dérangement dans le sens primitif de sa polarisation. Les quatre segments compris entre les branches de cette croix présentent des signes de dépolarisation d’intensités diverses, et d’autant plus bnerg ques que le globule féculacé est plus volumineux. Même, dans les plus gros globules, ces effets vont jusqu’à produire des couleurs sensibles à l’œil, comme on le voit en général dans tous les corps, soit cristallisés., soit régulièrement agrégés, lorsqu’ils sont suffisamment amincis. Ces phénomènes, constants pour tous les grains des fécules quelconques, y décèlent donc une régîularité correspondante d’agrégation autour d’un axe rectiligne qui les traverse et qui passe par le hile. On ne saurait les attribuer à une simple inégalité de compression ou de densité intérieure, analogue à celles des larmes bataviques et des verres trempés par le refroidissement. Car, dans ces derniers systèmes, lorsqu’une des parties de l’ensemble est cassée et supprimée, les apparences offertes par la polarisation changent aussitôt dans toute leur étendue ; tandis que dans les globules de fécule cassés, ces apparences subsistent inaltérées dans la partie non détruite; mais elles cessent totalement quand lesglobules sont désagrégés d’une manière quelconque, mécaniquement ou chimiquement. On observe quelquefois , et souvent même, dans certaines fécules , qu’un même grain présente deux ou plusieurs croix noires et deux systèmes distincts de segments colorés ; mais alors le centre de chaque croix noire se trouve placé i-ndividuellement dans un véritable hile distinct. On en peut conclure qu’un pareil système

consiste en plusieurs globules qui se sont soudés les uns aux autres , en conservant leur structure séparée et individuelle dans les parties (jui ne sont pas en contact. Ces expériences sont dues à M. Biot, mais je ne crois pas qu’il en ait publié les détails.

h. Chlorophylle. — Le plussouventellese présente sous forme de petites masses arrondies fixées à la paroi interne de la cellule ou libresdans son intérieur; suivant M. Mohl (1) ces masses renfenment un ou plusieurs grains de fécule auxquels elles servent d’enveloppe, et qui paraissent avoir préexisté à la matière verte. Quelquefois aussi la chlorophylle est amorphe et gélatiniforme. Wahlenberg lui donne alors le nom de gluiinosum viride.

c. Nucléus. — ,M. Robert Brov\ n (2) a découvert dans les cellules de l’épiderme de la plupart des Orchidées, et d’un grand nombre de Monocotylédones , un corps convexe, granuleux. Incolore , plus opaque que le reste de la cellule, auquel il a donné le nom de nucléus. Il est presque toujours unique, situé au centre de la cellule, et adhérent à sa paroi interne. On le retrouve aussi dans les poils d’un grand nombre de Commelinées, et en particulier dans ceux du Tradescantia virginica. Suivant Meyen ce corps consiste en une masse muqueuse endurcie, distincte de la fécule et de la chlorophylle , et à laquelle les plus forts grossissements n’ont pu faire découvrir une enveloppe.

d. Produits sécrétés. — Les cellules des Aloès, de la Valériane, des Atnomum, des Curcuma renferment de petites masses de nature résineuse plus ou moins volumineuses.

e. Infusoires animaux. — Je n’entrerai pas dans une longue disciis-

(t) Recherches sur la chlorophylle ; Jnn. sc. nat., 2® série, mars 1838.

(2) Observations on the organs and mode of fécondation of Orchideœ and Asclepiadeœ, t83l, p. 19.

sion pour savoir si ces productions animales sont accidentelles et analogues à celles qui se développent dans toutes les macérations végétales ou si l’on doit considérer ces êtres comme des animaux essentiellement inhérents à l’existence de la plante, en un mot de véritables enthophytes.^eme contenterai de signaler le fait de leur existence dans les cellules des plantes. Un habile observateur, M. Meyen, (1) en a découvert dans le Chara, le Marchanlia, le Sphagnum acutifolium et \Hypmim argenteum avec un grossissement de 350 à 600 fois. MM. de Humboldt et .1. Müller attestent l’exactitude de ces observations. Un savant non moins consciencieux, M. J. Roeper (2), a vu dans les feuilles du Sphagnurn obtusifolhim de jeunes individus du Botifer vulgans passer d’une Cellule à l’autre.

B. Solides inorganiques cristallisés.

Depuis Malpighi , qui les a signalés le premier, jusqu’à M. Ach. Richai'd, qui les a observés en dernier lieu , tous les phytotornlstes ont porté leur attention sur ces productions remarquables dont la loupe avait fait soupçonner l’existence, et dont le microscope composé, armé de son micromètre, a permis de déterminer la forme, et de mesurer les dimensions. Quelquefois on ne trouve qu’un seul cristal dans chaque cellule [Papyrus antiquorum , Ficus bengalensis) (3) ; mais le plus souvent ils sont réunis en groupes [Canna indica , Bheum undulaüim , Maranta zebrina , Cactus, Agave, etc., etcl). Je les ai trouvés en abondance dans les jeunes cellules des radicules naissantes d’un bidbe de jacinthe. Ces cristaux peuvent affecter des formes très-variées: les uns sont hexaédriques ou octaédriques , les autres ont la forme d’un dodécaèdi’e régulier ou Irrégulier; mais la plupart sont aciculaires ( raphides. D. C.), et paraissent être des pyramides fort aiguës à trois ou quatre faces. M. Raspail (4) et Unger sont d'accord pour leur

(1) Comptes rendus de l’Institut., 3 sept. 1838.

(2) Ânn. SC. natur. , nov. 1838, p. 314.

(3) Unger, Ucber Krpstallbildungen in den P flanzenzellen,

(4) Nouveau système de chimie organique, p. 522.

assigner les dimensions suivantes : les plus grands , ceux de 17m florentina ont f de millimètre de long sur ^ de large ; ceux du Phytolacca decandra ont-^V de millimètre de long sur 3-^ de large. M. Raspail a même essayé de mesurer leurs angles au moyen d’un instrument qivil a nommé goniomètre microscopique (1). H se compose d’un cercle en gélatine divisé en 360 parties, et placé entre les deux oculaires du microscope, à peu près au foyer du premier. Un fil de cocon est tendu de 0" à 180'’; un autre fil de cocon est fixé à la monture mobile du premier oculaire.Pour mesurer l’angle dièdre que forment les deux faces d’un cristal, on amène les deux fils, en faisant tourner l’oculaire, à coïncider avec ses deux côtés : la demi-somme des divisions du limbe comprises dans les deux angles opposés est la mesure de l’angle du cristal. M. Unger conteste l’exactitude des résultats donnés par cet instrument dont le principe est fort simple, mais dont l’application présente une foule de difficultés. Je me contenterai d’en signaler une seule. Pour que la mesure ainsi obtenue soit celle de l’angle dièdre, il faut que la commune section des plans qui le comprennent soit dirigée suivant l’axe de la vision. Or, quel est l’observateur assez bardipour affirmerqu’un cristal dont il peut à peine deviner la forme se trouve placé de façon à satisfaire à cette condition mathématique?

On doit rapporter aux cristaux les aiguilles contenues dans les vésicules à deux ouvertures, auxquelles M. Turpin (2) a donné le nom de biforines,ei qu’il a découvertes dans le tissu cellulaire foliacéde plusieurs espèces du genre Caladium.

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