‹ Du microscope et des injections dans leur applications à l'anatomie et à la pathologie, suivi d'une classification des sciences fondamentales, de celle de la biologie et de l'anatomie en particulier [electronic resource]Chapitre 13 sur 77 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DÈS CONDITIONS A REMPLIR RELATIVES AUX INSTRUMENTS ET AUX MATIÈRES A EMPLOYER POUR FAIRE LES INJECTIONS.

Art. I. — Instruments principaux.

7. En fait d'inslruments à injections, les plus simples sont les meilleurs ; aussi à part les cas où il est nécessaire de faire usage d'une pression lente, continuée pendant un jour au plus, il ne faut pas en employer d'autres que les seringues.

Les circonstances spéciales signalées plus haut se rapportent surtout aux glandes, comme le testicule,

le rein, la prostate, etc., dans les conduits desquels on a besoin de faire pénétrer du mercure ou de l'essence de térébenthine colorée.

Si c'est du mercure que l'on veut injecter, on emploiera l'appareil ordinaire pour l'injection des lymphatiques. Si c'est de l'essence colorée, on se sert d'un flacon à deux tubulures (fig. 1), à l'une desquelles est luté avec soin un tube de verre coudé a, qui enfonce très peu dans le flacon ; il porte lui-même un robinet de cuivre r fixé à l'aide d'un tube en caoutchouc b, ou d'un morceau de sonde élastique. Ce robinet est destiné à recevoir les canules c par simple frottement, après qu'on a lié sur elles le conduit à remplir. L'autre tubulure

Fig. I.

reçoit un tube d d en verre d'une longueur proportionnée à la pression sous laquelle on veut que l'injection se fasse , et pouvant se dévisser en deux parties par le milieu. Il descend jusqu'au fond du vase, et, le flacon étant plein de matière à injection , l'on remplit le tube de mercure jusqu'à la hauteur voulue. Le métal s'accumule dans le flacon m, à mesure que l'injection sort, et la soulève en même temps qu'il la presse plus ou moins, suivant la hauteur de la colonne mercurielledu tube qui a rarement besoin de dépasser 76 centimètres.

8. La plupart des injections nécessaires en anatomie générale doivent être faites à la main; on n'a par conséquent besoin que de petites seringues. La condition principale à remplir, en fait d'instruments de ce genre et de tout autre, c'est d'en employer le moins possible et qu'ilssoient aussi simplifiés qu'on le peut. Ce sont les seuls perfectionnements que l'on soit amené à leur faire subir quand on s'en sert beaucoup; aussi les inventions d'instruments compliqués indiquent toujours un opérateur qui commence. Du reste, en cela chacun ne peut conseiller que ce qu'il emploie habituellement, et chacun aussi failsubir quelques modifications auxinslruments, suivant ses habitudes et le but qu'il se propose.

Les seringues à main sont les seringues qui portent, chez Charrièrc, les numéros 0, 1, 2 et 5, c'est-à-dire d'une capacité de 30, 60, i20 et 200 grammes d'eau. Les plus utiles sont les numéros 1 et 2. Elles se composent (pl. I, Gg. 1 ) du corps a, du porte-canule b , de la virole c, et du piston d.

l°Le corps doitêlreen laiton ou en maillechorl ; il doit être tout à fait uni, si ce n'est vers le tiers supérieur

8 DES MOYENS lMiXI'LOUATlON EN AKATOMIE GENEHALE.

où il doit porter une oreille circulaire, unie ou à six pans, e e, qui sert de point d'appui à l'index et au médius, quand on est obligé de remplir la seringue d'une seule main, ce qui arrive souvent, pendant que le pouce, passé dans l'anneau du manche du piston, le tire en arrière. Elle sert aussi quand le piston , arrivé presque au fond de la seringue, ne laisse plus assez de force aux doigts trop rapprochés pour exercer une forte pression ; on porte alors l'index et le médius derrière cette oreille.

2° Le porte-canule b doit être continu avec le corps et tout à fait dépourvu de cannelures ou de moletles saillantes à sa jonction à ce dernier, b', contrairement à ce qui existe dans presque toutes les seringues afin de les rendre élégantes. En effet, les saillies gênent quand il s'agit de placer la seringue profondément dans l'intérieur d'un animal, ou d'injecter un vaisseau adhérent à un os, à la colonne vertébrale d'un petit animal, etc. De plus, souvent dans ces circonstances, il suffit d'un très petit mouvement pour rompre le vaisseau, desserrer la ligature de la canule ou faire sortir celle-ci du vaisseau, etc.

Comme il faut qu'on puisse sortir et faire entrer facilement la seringue sur la canule fixée, le porte-canule doit jouer à frottement sur celle-ci sans tour de vis. En s'aidant de pinces ou des doigts, on peut rendre l'adhérence toujours assez forte par ce moyen très simple qui évite plus les dérangements de la canule que les porte-canules à baïonnette ou à vis.

Les vis sur le porte-canule sont nécessaires pour les seringues plus grosses que les précédentes et qui exigent l'emploi des deux mains; mais à l'aide de rondelles de

cuir on fait en sorte qu'il n'y ait besoin que d'un demitour ou d'un tour seul pour fixer la seringue sur la canule. Pour ces seringues aussi le robinet du portecanule se fixe sur lui de la même manière ; et à son lour, il s'adapte aux canules comme il vient d'être dit, afin de pouvoir être laissé attaché à volonté sur la canule ou sur la seringue. Pour les premières dont nous avons parlé, le robinet (pl I, Gg. 0) se fixe et se détache de la même manière, mais par le frottement seul, l'une de ses extrémilés se plaçant sur le porte-canule, et l'autre semblable à celui-ci pénètre dans les canules. Mais le robinet ne doit pas être fixé à la seringue ; car alors il gêne souvent, surtout quand il s'agit d'injecter de petits animaux, ou profondément dans la cavité abdominale.

3° La virole c doit être pourvue d'une oreille circulaire à six ou huit pans, destinée à servir de point d'appui à la seringue, sur le médius et l'index, quand le pouce presse sur le piston. Si elle ne porte pas d'oreille , les doigts glissent sur elle, surtout quand ils sont mouillés ; si l'oreille n'est pas taillée à pans, elle laisse rouler la seringue dès qu'on ne la place pas sur un plan horizontal.

4° Le piston d est formé d'une tige ou manche cylindrique qui glisse exactement dans l'orifice central de la virole ; son extrémité libre porte un anneau f, qui doit, pour toutes les seringues, permettre l'entrée du pouce, de manière à ce que ce doigt trouve là un solide point d'appui. Un simple boulon , quelle que soit sa forme, est toujours insuffisant , parce qu'il laisse glisser les doigts, qui sont toujours gras ou mouillés. Dans les seringues volumineuses, qui ne peuvent être employées

à la main , c'est un large boulon en bois qui permet de pousser avec la poitrine, les deux mains fixant la se* ringue. Les seringues de 200 grammes de capacité ont ordinairement un bouton de ce genre; mais, comme elles sont encore assez courtes pour être employées à la main , je l'ai fait remplacer, chez M. Charrière , par un anneau, parce qu'il est toujours imporlant d'avoir une main libre. Le manche, dans celle dernière surtout, doit être aussi court que possible , afin que la main n'ait pas besoin d'être trop étendue pour atteindre l'anneau.

La partie la plus importante est le piston proprement dit (pl. I, fig. 2 et 3) ,qui doit glisser en remplissant exactement le corps de la seringue. Les pistons à parachute, tels que M. Charrière en a introduit l'usage, remplissent toutes les conditions nécessaires, et «ne fois qu'on s'en est servi, on ne peut plus en employer d'autres. Ils sont formés de deux rondelles de cuir «a, fixées au milieu du piston à l'aide des deux pièces qui constituent la charpente de celui-ci, et se vissent l'une sur l'autre (pl. I, lig. 5, b et c) ; ces deux rondelles sont rabattues, l'une en haut, l'autre en bas (pl. I, fig. 3 et 4). Comme elles tendent toujours à s'écarler de la lige, elles remplissent immédiatement le moindre vide qui se présente dans le corps, dû soit à un défaut dans le poli, soit à une. rayure accidentelle ou à un défaut de calibrage.

Lorsque, par l'emploi d'injection trop chaude, le cuir s'est ratatiné , on écarte les rondelles de cuir , et l'on enveloppe la partie correspondante delà charpente du piston ( pl. I, fig. 5, e e) avec un peu de fil ou de chanvre, de manière à maintenir récartemènt

nécessaire à un frottement suffisant à la face interne du corps. On emploie le même moyen quand le piston glisse Irop facilement ; mais alors souvent il suffit dê relever un peu les bords des rondelles de cuir. Pour changer les rondelles, quand elles sont altérées, il suffit de dévisser la pièce b (pl. I, fig. 3) et d'inlroduirede nouvelles plaques de cuir à la place des premières.

9. Canules. Elles ne doivent pas être coniques depuis leur base jusqu'à la pointe, telles qu'on les fait généralement, mais être formées de deux pièces, l'une conique (pl. I, fig. 4 et 5, a), qui ne varie jamais de volume , destinée à s'adapter à frottement sur le portecanule, l'autre cylindrique b, ou à peine plus mince au sommet qu'à là base. Il faut avoir ainsi une série de canules dont cette dernière pièce varie de calibre , depuis celui du porte-canule qu'il n'est pas utile de dépasser, jusqu'au volume le plus mince qu'on puisse faire , afin de pouvoir les adapter aux vaisseaux de tout calibre qu'on peut avoir à injecjer. Lorsqu'elles sont, coniques, elles glissent souvent el s'échappent au moment où on serre le fil. sans être plus faciles à introduire que celles-ci. De plus si l'on vient à les pousser dans un sens ou dans l'autre, ce qui arrive souvent pendant l'injection, on distend la ligature, on comprime le vaisseau, de telle sorte que bientôt la matière injectée fuit autour de la canule.

Art. II. — Instruments accessoires.

10. Parmi les instruments accessoires les plus utiles il faut ranger des aiguilles d'acier, les unes volumineuses, les autres minces el très effilées, destinées a déboucher les canules, quand on a laissé solidifier la

12 DES MOYENS d'eXI'LOHATION EN ANA.TOM1E GÉNÉRALE.

matière à injection dans leur tube , ou quand un corps étranger s'y est arrêté. Cet accident arrive quelquefois pendant l'injection , surtout pour les plus petites canules, quand on n'a pas mis assez de soin à préparer la niasse; on peut alors, lorsque c'est une substance liquide, ou si la pièce plonge dans l'eau tiède, débarrasser la canule pendant l'opération, à l'aide de ces aiguilles.

11. Il faut en outre avoir des aiguilles à suture courbes et demi-courbes, pour passer le fil au-dessous des vaisseaux qu'on injecte , dans lesquels on veut placer la canule. Dans d'autres circonstances, pour les gros vaisseaux principalement , c'est de l'aiguille de Deschamps ou de celle de Desault qu'on a besoin ; il faut ordinairement avoir soin de les prendre aussi étroites que possible , et un peu plus aiguës que celles employées en chirurgie.

12. Lorsque pendant l'injection il survient des fuites par rupture, ou par un vaisseau qu'on n'a pu lier, lorsqu'il s'agit d'injections partielles, on se sert de pinces à pression continue , susceptibles, par l'épaisseur de leurs branches, d'exercer une forte pression sur la partie que l'on saisit à leur aide. Il faut en avoir de deux sortes, les unes volumineuses, pour pincer les gros vaisseaux ou une grande épaisseur de tissus , ayant leur extrémité droite ( fig. 2, a), ou courbe (iïg. 2, b), de manière à saisir à la fois sur une

Fig. 2.

plus grande étendue en se servant de leur convexité. Les autres sont plus petites et sont employées lorsqu'il faut saisir un capillaire ou une ruiner membrane que les grosses pourraientrompre (fig. 2, c). Dans les injections partielles, on est souvent obligé d'en employer cinq ou six de chaque espèce.

13. Si les fuites ont lieu par des capillaires sur une surface un peu étendue , ou dans une dépression trop profonde, il faut cautériser à l'aide du fer rouge, comme on le fait en chirurgie. On devra donc avoir parmi les instruments accessoires deux ou trois cautères actuels de différentes formes, qu'on tient toujours au rouge blanc pendant qu'on pratique l'injection , dans le fourneau qui sert à fondre la masse.

Art. III. — Des matières à injection.

14. Nous avons déjà dit que toutes les masses à injection étaient à peu près également bonnes; il est par conséquent inutile de donner celte longue énuméralion de formules plus ou moins compliquées qu'on trouve dans la plupart des ouvrages, et que peu d'anatomistes se donnent la peine de suivre à la létlre , avec grande raison.

Il faut, en anatoinie générale, avant tout remplir les capillaires, et cherchera faire les injections de manière à ce qu'on puisse voir les deux ordres de matières, poussées dans les artères et dans les veines, se toucher et plus ou moins mélangés dans les réseaux les plus fins.

Pour arriver à ce but, il faut , ou bien pousser des matières liquides à la température ordinaire et susceptibles de se solidifier au moins à demi au bout d'un cer-

tain temps, ou bien des corps gras colorés solides à ta température ordinaire et que l'on injecte chaud». M«us alors il faut tenir l'animal dans de l'eau assez chaude pour que la solidilicalion ne se fasse que très lentement, et le placer dans celle eau longtemps avant l'injection pour qu'il prenne une température égale dans l'épaisseur des tissus et à l'extérieur.

15. Parmi les matières liquides à la température ordinaire, les meilleures sont les couleurs Unes pour les peintres, broyées à l'huile, délayées ensuite dans l'essence de térébenthine, et la cire d'Espagne colorée dissoute dans l'alcool jusqu'à la plus grande saturation possible. On conserve ces substances dans des flacons à large ouverture bouchés à l'émeri, pour les garantir de la poussière et de l evaporalion de l'essence pour les premières, et de l'alcool pour les secondes. Il est très important qu'elles soient dépourvues de toute impureté pour prévenir l'engorgement des canules qui peut quelquefois faire manquer l'injection lorsqu'on ne parvient pas à les déboucher avec les aiguilles, ainsi qu'il a été dit plus haut.

Ces matières doivent avoir à peu près la consistance de la crème au moment où on les injecte; alors une fois que les capillaires en son pleins, ils ne se vident pas, lors même qu'on coupe le tissu, parce que la substance est retenue par capillarité. Du reste, au bout de quelque temps, si c'est une pièce sèche, le liquide s'évaporant, la matière colorante reste dans les capillaires et ne tend plus à couler. Je me sers principalement des couleurs à l'huile délayées dans l'essence, parce que, soit qu'on fasse sécher les pièces, soit qu'on les conserve dans l'alcool, l'huile et l'essence se solidi-

tient à demi et finissent par ne plus couler; les capillaires et même les vaisseaux d'un demi-millimèire s'affaissent sur eux-mêmes et s'aplatissent à peine. De plus, l'huile des couleurs broyées préserve les matières colorantes contre l'action des acides, quand on est obligé de faire macérer une pièce dans l'acide nitrique par exemple. Pour certaines préparations, le jaune de chrome seul blanchit un peu, mais ce changement de teinle ne gêne pas l'observation.

Cette matière présente cependant un inconvénient, c'est que, lors même qu'on a poussé une matière solidifiable dans les gros vaisseaux derrière la couleur liquide, il s'échappe toujours des goulles de celte dernière, soit des gros vaisseaux que le suif n'a pas remplis, soit des capillaires coupés pendant la dissection. Ces goulles viennent s'élaler à la surface de l'eau sous laquelle est la pièce, et l'huile produit des teintes irisées qui gênent l'observation. Il faut alors changer assez souvent l'eau du baquet à dissection; mais la pièce le dégorge bientôt, et cet inconvénient diminue beaucoup ou disparaît après quelques lavages. Il ne se reproduit que rarement quand la pièce a séjourné quelque temps dans un liquide conservateur et que la couleur s'est solidifiée à demi.

16. Les couleurs que l'on doit avoir ainsi toutes prêtes pour les injecter dès qu'on a besoin de le faire, sont les suivantes : 1° le vermillpn. 29 le bleu de Prusse, 3° le jaune chrome, 4° le blanc d'argent.

Il faut toujours prendre des couleurs de première qualité, parce que les teintes sont plus vives, ce qui est important pourl'élude au microscope. Le bleu de Prusse étant beaucoup trop foncé pour être employé pur, et co-

loranl beaucoup, il faut le mêler de blanc d'argent dans les proportions en poids d'une partie de bleu pour cinq de blanc; sans cela il ne réfléchit pas assez la lumière pour que les capillaires soient vus facilement sous le microscope. Le vermillon demande aussi qu'on y ajoute un peu de blanc, ce qui rend sa teinte plus éclatante; mais celte précaution n'est pas indispensable.

Pour le jaune chrome, il faut prendre parties égales de deux teintes les plus claires, désignées par les numéros 1 et 2. Le numéro 5 est trop foncé, trop rougeâlre; le numéro 2 seul également, à moins d'y ajouter du blanc; le numéro 1 est trop clair, le mélange des deux donne une teinte satisfaisante; il vaut mieux cependant que ce soit le plus clair que le numéro 2 qui domine dans le mélange.

17. Ces couleurs servent chacune pour les ordres de vaisseaux suivants. Le bleu, pour les artères ; le jaune, pour les veines; le rouge, pour les veines portes hépatique ou rénale, ou des conduits excréteurs quand il n'y a pas trois ordres de vaisseaux sanguins, et le blanc pour les conduits hépatiques ou urinifères.

Ce changement, dans les usages habituels, est nécessaire en anatomie générale, parce qu'il faut que les injections soient assez bien faites pour que les matières se trouvent en contact dans les capillaires. Or, le rouge et le bleu, habituellementemployés, donnent une couleur brune roussâlre, pâle, qui réfléchit mal la lumière et empêche de voir facilement les vaisseaux sous le microscope. Cet inconvénient se montre surtout lorsqu'ils ne sont pas tout à fait superficiels el. que des tissus peu transparents ne les laissent apercevoir qu'à demi. Mais le jaune et le bleu, tels qu'ils sont employés, donnent une belle

teinieverle qui réfléchit bien la lumière et se distingue immédiatement de la couleur de tous les tissus. Vues isolément, sans mélange, dans les parties assez éloignées du point de conlact pour qu'il n'ait plus pu se l'aire, elles présentent les mêmes avantages; le jaune surtout.

Lorsqu'on emploie le rouge et le jaune, le mélange dans les capillaires est d'une couleur orangée qui n'est pas aussi vive ni aussi Irancliée que le vert, et qui prend une teinte rougeâtre quand elle est vue au Iravers des tissus par demi-transparence. Néanmoins elle peut, dans un grand nombre de circonstances , être utilisée aussi bien que le bleu qu'elle doit remplacer ; mais on ne doit pas les employer ensemble.

18. Le bleu ne doit pas être injecté dans les veines par les raisons suivantes : l'étude des injections fait reconnaître que les divisions des dernières branches artérielles, formant presque des réseaux capillaires et se continuant avec eux, se distinguent des veines correspondantes qui parlent immédiatement des réseaux veineux, par une forme spéciale de leurs ramifications, de leurs flexuosités, de leurs contours, qui sont plus nets et réguliers, et surtout par un moindre volume et par un nombre moins considérable. En même temps les réseaux capillaires, proprement dits, intermédiaires aux précédents, s'injectent en général plus facilement par les veines que par les artères, du moins là où il y a de véritables surfaces de réseaux, comme dans les muqueuses, les vésicules closes de la thyroïde, etc., et constituent un véritable système capillaire bien net (il existe dans les autres organes comme ici, mais le mode de texture fait qu'il est moins caractérisé).

1" PARTIR. o

18 DES MOYENS n'RXPLOKATION EN ANATOMIE GÉNÉRALE.

Il résulte de là que, lorsqu'on pousse le bleu dans les veines, on a de plus grandes surfaces couvertes de celle leinle que du jaune, et que sous le microscope on a un* niasse bleue noirâtre qui absorbe la lumière, rend l'observalion très difficile et empêche de distinguer les autres organes. Si l'on pousse le jaune dans les veines au contraire, comme celles-ci sont à la fois plus nombreuses

et plus grosses, la lumière est réfléchie en grande quantité, et les artères remplies de bleu se dessinent nettement avec leur petit volume et leur régularité sur les veines à la surface desquelles elles semblent ramper.

19. Le vernis coloré est plus difficile à être employé que les couleurs précédentes, parce qu'il empâte les seringues et les canules, surtout quand elles sont très fines, et oblige à chaque fois de les laver dans l'alcool ou l'essence de térébenthine. De plus, pendant la dissection des pièces sous le microscope, il s'attache quelquefois avec plus de persistance que les autres matières à la pointe des instruments. Il pénètre aussi certainement avec moins de facilité dans les derniers capillaires. L'huile, chargée directement, par broiement dans un mortier, de couleurs en poudre avec addition d'un pou de térébenthine molle de Venise (Hischfeld, thèse 1348), pénètre plus facilement que le vernis; mais elle ne pénètre pas mieux que les couleurs broyées délayées dans l'essence de térébenthine, et pendant la dissection elle présente très exagérés les inconvénients de celles-ci.

Gomme, pour injecter les très petits animaux , tels que les insectes, les vers intestinaux, etc., etc., on est obligé d'employer des canules excessivement fines qui s'engorgent facilement, on laisse reposer la couleur délayée dans l'essence de térébenthine avant d'en remplir

la seringue, et on fait celle sorte d'émulsion toujours 1res claire. Souvent on peut se contenter de couleurs à l'aquarelle délayées dans un godet avec de l'eau en quantité voulue connue pour dessiner, ce qui est ordinairement suffisant pour colorer et rendre bien distincts les vaisseaux de ces petits animaux.

20. Les substances qui ne sont liquides qu'à une température élevée sont la gélatine ou les matières grasses.

La gélatine s'emploie dissoute dans l'eau chaude en telles proportions qu'elle puisse prendre une consistance assez grande par le refroidissement. On la colore en y délayant avec soin des couleurs en poudre. Mais cette matière ne peut servir que pour des pièces devant servir a l'étude ; car dans tous les liquides conservateurs, même l'alcool, la gélatine se ramollit, se dissout, et les vaisseaux s'affaissent sur eux-mêmes. Lorsqu'on veut en faire des pièces sèches, ils se racornissent et se déforment. Tous ces inconvénients se manifestent même dans les capillaires. Lorsqu'on veut se servir de canules très fines, il faut avoir soin de passer la gélatine fondue dans de la flanelle pour la débarrasser des détritus de matières animales ou autres impuretés qu'elle renferme toujours.

Cette masse à injection présente encore d'autres désavantages : c'est de laisser transsuder au travers des parois vasculaires la gélatine, lorsqu'on est obligé de pousser un peu fort pendant un certain temps, même au travers des artères à parois épaisses, comme la crurale. On sait qu'on peut, en injectant de l'eau dans les vaisseaux, uMlrmalier les tissus ; il en est de même avec tout autre liquide, sans en excepter les liquides denses,

'20 DES MOYENS d'eXPLORATI'OH EN ANATOMIE GÉNÉRALE.

comme la gélatine. Les tissus ainsi empalés sont diificiles el ennuyeux à disséquer. En somme, l'emploi de la gélatine est un mauvais moyen , qui ne donne pas de plus beaux résultats que les autres procédés, offre autant de difficultés à être injectée, et présente de nombreux désavantages consécutifs.

21. On sait que la gélatine, quand elle transsude ainsi, passe incolore ou à peine teintée. Ce fait pourrait servir à démontrer, s'il en était besoin et s'il n'y avait pas d'autres arguments nombreux qui le prouvent , que les parois des vaisseaux ne peuvent laisser passer que des matières liquides, soit, par transsudation, soit par absorption. 11 montre , en outre , que les globules de sang ne peuvent sortir des vaisseaux que lorsqu'il y a rupture de ceux-ci, el quel peut être le compte qu'on doit tenir des prétendues hémorrliagies par transsudation encore admises par quelques pathologistes. Le fait est d'autant plus frappant, que les poussières colorantes employées pour faire les injections sont formées de granules microscopiques infiniment plus petits que les globules de sang.

La matière la plus grossière est le jaune de chrome; même broyé à l'huile, il est formé de petits cristaux allongés en aiguille, ayant 7 à 8 dix-millièmes de millimètre de large, sur 3 ou 4 millièmes de millimètre de long. Ces cristaux les plus volumineux ne sont pas les plus abondants; la plupart sont bien plus petits, et beaucoup sont en poussière si fine , qu'on ne peut pas en mesurer les granules, même à l'aide des plus forls grossissements du microscope.

Le blanc de plomb ou le blanc d'argent (carbonate de plomb, deuxième el première qualité) viennent en-

IiliS INJECTIONS. 21

suite avec le vermillon et le bleu de Prusse. Les deux premiers sont formés de petits grains spliériques, ou à peu près, ayant au plus 6 dix-millièmes de millimètre, et le reste est formé d'une poussière d'une finesse incommensurable au microscope et dont il est difficile de se faire une idée. Le bleu de Prusse est peut-être encore plus fin que les substances précédentes ; les plus gros corpuscules qui le forment sont plutôt allongés que spliériques, et leur plus grand diamètre ne dépasse pas celui indiqué pour le vermillon et la céruse. Avec ces grains se voit aussi celte poussière tellement impalpable, qu'on s'aperçoit de son existence sous le microscope, plutôt par la teinte donnée au liquide que par la vue de granules moléculaires colorants.

Il est probable que, dans les cas où les matières à injection transsiulenl au travers des vaisseaux légèrement teintés sans qu'il y ait rupture de capillaires, c'est cette poussière , impalpable même à l'œil aidé de l'objectif le plus fort, qui est entraînée. Lorsque dans le bleu, le blanc et le rouge on trouve des grain^ plus volumineux que ceux indiqués plus haut, on peut s'assurer, en pressant les lames de verre entre lesquelles ils sont placés sous le microscope, que ce sont des amas dus à l'agglomération de plusieurs fins granules de poussière colorante.

22. Derrière l'injection liquide , après avoir laissé se vider les gros troncs par la canule, il faut toujours pousser une matière colorée comme celle-là, mais chaude et solidifiable. Celte masse peut servir également à remplir les réseaux quand on fait plonger l'animal dans l'eau tiède, ou. à remplir les gros troncs et leurs bran-

22 nUS MOYENS D'EXPLORATION ÉN ANATOM1E GÉNÉRALE. "

clies quand ou ne veut injecter que celles-ci ; alors il est inutile de se servir d'eau tiède.

11 Sllffit pour cela d'injecter du suif ramolli et rendu inoins cassant, par addition d'un tiers ou de moitié d'axonge, suivant qu'on fait l'injection en été ou eu hiver. On peut quelquefois se contenter de le ramollir avec de l'essence de térébenthine ou en ajouter avec l'axonge. Ce dernier corps est la niasse qui offre le plus de liant et qui est la plus pénétrante. En hiver on peut l'injecter seule; mais il faut cependant y ajouter du suif, parce que si l'on conserve les préparations jusqu'à l'été, elles se ramollissent trop pour permettre une dissection facile à celle époque. Cet inconvénient se montre surtout quand on la pousse derrière une niasse liquide à l'huile ou à l'essence, parce que le mélange de ces substances au corps gras solidiliable le rend plus mou ; dans ces circonstances, il faut ajouter moins d'axonge au suif que dans le cas contraire.

Du reste, les proportions des unes et des autres varient suivant les usages et les habitudes, sans qu'on puisse rien donner de précis; d'autant plus que pour bien colorer le suif ou l'axonge, il faut mettre préalablement en suspension dans la térébenthine la couleuv en poudre et l'ajouter ensuite, ou mieux les colorer avec la matière même qu'on veut injecter liquide à froid. On arrive par tâtonnements à voir si la masse est assez chargée de couleur, en étant prévenu que les quantités indiquées dans les livres comme nécessaires sont en général beaucoup trop considérables.

Il faut chauffer les injections solides au bain-marie , autrement la température du suif monte trop haut, et

le vernii lion devient noirâtre oit brun , le bleu de Prusse grisâtre, et le jaune de chrome prend une teinte jaune rougeâlre sale.

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