‹ Du microscope et des injections dans leur applications à l'anatomie et à la pathologie, suivi d'une classification des sciences fondamentales, de celle de la biologie et de l'anatomie en particulier [electronic resource]Chapitre 14 sur 77 · CONDITIONS ANATOMIQUES A REMPLIR POUR FAIRE LES INJECTIONS · texte numérisé non relu

CONDITIONS ANATOMIQUES A REMPLIR POUR FAIRE LES INJECTIONS

25. Il faut, pour que les injections réussissent bien, que le sujet ne soit pas mort depuis trop peu de temps : les vaisseaux contractés, revenus sur eux-mêmes, ne se laissent pas distendre et les capillaires se remplissent difiicilement. Ce fait, que J. Hunier avait déjà fait remarquer, tient très probablement à la contractilité des vaisseaux (artériels surtout), qui reviennent lentement sur eux-mêmes, et approprient ainsi leur calibre àla quantité de sang qu'ils renferment.

Aussi les injections réussissent-elles mieux vingtquatre ou quarante-huit heures après la mort, en été, et trois jours en hiver, que plus tôt; probablement parce que, après ce temps écoulé, toute propriété contractile ayant cessé dans les vaisseaux, ils se laissent distendre et pénétrer facilement.

Les globules du sang que renferment les vaisseaux ne gênent pas autant qu'on pourrait le croire au premier abord. L'injection chasse devant elle le liquide qu'Hi contiennent , en laissant appliqués contre leur face interne les caillots ou la matière colorante qui s'est déposée. Lorsqu'on pousse ensuite l'injection par l'ordre de vaisseaux opposés au premier, le sérum comprimé Iranssude au travers des parois vasculaircs; comme lorsqu'on injecte de l'eau ou de la géla-

"M DES MOYENS d' EX L1 L0 H AT 1 0 iS EN ANATOMI E (iÉNEHALE.

line on voil ces substituées s'infiltrer dans les lissussans rupture des tuniques.

Les globules sanguins ou leurs détritus tenus en suspension dans ce liquide, reslenl appliqués conlre la face interne des vaisseaux mêmes des capillaires et n'empêchent pas 1 injection de passer et de les remplir.

Il se renconlre cependant presque toujours quelques points, quelquefois assez étendus, où les parties solides du sang s'accumulent et empêchent l'injection de pénétrer. On observe ce fait constamment dans les tumeurs cancéreuses et épidermiques , dans diverses altérations des muqueuses, etc., où le sang, coagulé déjà pendant la vie dans les capillaires, et même dans des vaisseaux non capillaires , empêche l'injection de pénétrer ; mais il y a toujours des parties injectées dans le voisinage de celles-ci. L'élude des injections à la loupe ou au mi< oscope fait constater tous ces laits.

24. Si les injecl "éussissenl mieux quand l'animal est mort dep- certain temps, cl en été surtout, il faut cepeiulu.. ndre garde que l'altération des tissus ne soit déjà trop avancée. On ne peut pas donner de signes précis du degré nécessaire d'altération qu'il faut éviter d'attendre pour satisfaire à toutes les conditions; car elle varie trop suivant la température, l'humidité, les espèces animales et les divers organes. L'habitude seule peut servir de guide à cet égard.

C'est lorsque les tissus sont trop altérés que l'on voil les lymphatiques de l'organe s'injecter 1res facilement par les artères ou pur les veines, par ces dernières principalement. Quand ou injecte les conduits des

glandes ou les bronches, les lymphatiques se remplissent du véhicule de la matière colorante, le suif par exemple, ou la gélatine, sans que toujours la couleur les pénètre elle-même; mais c'est par un mécanisme différent du précédent. Ici c'est une transsudation du suif ou de la gélatine au travers de la muqueuse du conduit, et cette substance pénètre plus facilement dans les lymphatiques que dans les vaisseaux sanguins, sans qu'on sache pourquoi. C'est probablement par un mécanisme analogue à celui de la transsudation de la gélatine au travers des parois artérielles dont nous avons parlé plus haut. Peut-être passe-t-elle plutôt dans les lymphatiques que dans les capillaires sanguins , parce qu'ils ont leurs parois bien plus minces que celles de ces derniers, et parce qu'ils sont plus superficiels.

Lorsqu'après avoir rempli les capillaires sanguins par un seul ordre de vaisseaux , cl fait passer l'injection des artères dans les veines, ou quand, après avoir injecté successivement ces deux ordres de conduits , on vient à continuer trop longtemps la pression et surtout à l'exagérer, on voit apparaître ce qui a été décrit sous le nom de capillicuJes par M. Bourgery. C'est en même temps que se forment ces capillicules plus petits que les globules du sang, que s'injectent aussi les lymphatiques, et le fait se produit surtout quand on pousse l'injection par les veines, ainsi que l'a remarqué déjà M. Hirschfeld (1).

Longtemps auparavant, M. Lambolle (2) avait signalé dans les séreuses l'existence de vaisseaux plus petits que le diamètre des globules du sang. Il avait dit

(1) Thèse, Paris, 18^8.

(2) Journal Vinslilut. Paris, 1860, n° 371.

20 KES MOYENS D'BXPLOfiÀfjtfS KN ANATOM1K GÉNÉRALE.

aussi que les lymphatiques , connue les veines, se continuent avec les artères par l'intermédiaire d'un réseau commun formé de ces vaisseaux plus élroils que les globules de sang. Peu de temps après , MM. Doyère el de Quatrefages sont arrivés aux mêmes résultats, en injectant par double décomposition les artères d'un chien, etc., el ils ont obtenu ainsi des vaisseaux dont le diamètre est quatre ou cinq fois plus petit que celui des globules sanguins, el même plus (0mm, 001 à 0rara, 004) ('!).

25. Il ne faut pas croire à une contradiction entre le fait de l'injection des lymphatiques par les artères, constaté par MM. Lambolte, Doyère el de Quatrefages, el celui de l'injection des mêmes vaisseaux par les veines , que beaucoup d'analomisles ont signalé. On les injecte en effet par l'un el l'autre ordre de conduits, dès qu'on arrive à remplir ces capillaires plus petits que les globules du sang, mais plus facilement par les veines que par les artères, sans qu'on sache encore pourquoi.

Seulement il faut être prévenu que ces capillicules (en prenant le nom introduit par M. Bourgery, quoiqu'il doive être rejeté) sont dus à un accident d'injeclion et ne sont pas naturels; car on peut remplir complètement les vaisseaux des villosilés intestinales et ceux du péritoine, des muscles, du foie, du rein, du tissu cellulaire, sans que l'injection pénètre ni dans les chylifères , ni dans les lymphatiques. Et cependant on ne saurait douter que l'injection ne fût complète, puisqu'on voit le bleu el le jaune, en contact

(i) Journal VlnstituU Paris, 1841, nu 73.

DÈS INJÈCÎIONS.

dans des capillaires, variant de volume entre U^UU'Jel 0,nm, 014; et si l'on ne s'est servi que d'une seule matière colorante, on trouve qu'elle a passé des artères dans les veines.

On obtient ce. dernier effet très nettement avec la térébenthine ou l'huile colorées et avec la matière à double décomposition , pourvu qu'on ne prolonge pas trop longtemps l'opération , en raison de causes dont il sera question plus loin. Toutefois on remarque qu'avec celte dernière les capillaires, vus au microscope, sont pleins d'un précipité floconneux qui est loin de présenter la netteté des bords des autres matières à injection dont on les remplit, lorsque la pièce a été mise dans l'alcool ou a été desséchée, même incomplètement.

Aussi les dimensions prises sur ces vaisseaux ainsi injectés ne peuvent pas être mises en comparaison avec celles des capillaires injectés autrement, ou vus sans injection au microscope; car elles sont toujours plus petites. En effet, sur le chien, le lapin et le cochon d'Inde, MM. Doyère et de Quatrefages ont constaté, comme nous l'avons vu , à l'aide d'injections par double décomposition, des canaux beaucoup plus petits que le diamètre des globules du sang dans lesquels ils arrivaient avec la plus grande facilité et presqu'à coup sûr. «Les muscles en particulier ont présenté des canaux de celle nalure en nombre aussi considérable que celui des fibres musculaires elles-mêmes. M. Doyère fut le premier à tirer de ces faits la conclusion que ces canaux n'étaient autre chose que les espaces interfibrillaires , c'est-à-dire de véritables lacunes, et non point des vaisseaux capillaires proprement dits (1). »

(1) De Quatrefages , Bulletins de la Soc, philom., 1845, p. 33.

Les muscles sont, à la vérité, très vasculaires ; le nombre de leurs vaisseaux , comme ou j 1 cul le voir sur des pièces fraîches ou sèches coupées eu travers , est à peu près le double de celui des faisceaux primitifs striés, dits libres striées. Ces capillaires, ainsi qu'où peut le constater sur les muscles non injectés ou injectés de tous les vertébrés, ont un diamètre de 0 n,m,008 au moins à 0mm,014 et au delà, quand apparaît une seconde paroi ; car ils possèdent tous la membrane caractéristique des capillaires. Ces dimensions sont de cinq à huit fois plus petites que les vaisseaux primitifs striés, mais plus grosses que les globules sanguins, dont quelques uns se voient presque toujours dans leur cavité. Par conséquent, si les diamètres donnés par les auteurs précédents ont été pris sur les capillaires si nombreux des muscles, ces vaisseaux n'étaient certainement pas remplis complètement, ou bien étaient desséchés et revenus sur eux-mêmes.

26. Si ces vaisseaux étaient réellement des espaces inlerfibrillaires et non des capillaires incomplètement pleins, il faudrait les ranger avec ces produits d'un accident d'injection décrits par M. Bourgery (1) sous le nom de capillicules , comme formant un ordre de vaisseaux bien plus petits que les globules sanguins et distincts des capillaires.

On peut, en effet, obtenir des injections de ce genre distinctes des capillaires dans tous les tissus , et par tous les procédés d'injection. Cependant je n'en ai jamais pu faire dans le cerveau, les aponévroses et autres tissus cités tout à l'heure. Ces capillicules sont

(1) Comptes rendus de V Académie des sciences, 1848.

des conduits lins ayant, de 0"'"\002 à 0""'\004 «le diamètre, et dans certains points beaucoup plus, de manière à être vus facilement à l'œil nu, tandis que les globules de sang ont de 0""",007 à 0mm,008. Leurs bords ne sont pas aussi nets que ceux des capillaires proprement dits, qui ont toujours au moins un diamètre de 0n,m,007; car ce sont là les plus petits, et ordinairement ils ont davantage aussi bien dans le cerveau que dans les séreuses, la peau, les muqueuses, le poumon, etc. Ce sont ces capillaires, les plus petits n'étant pas plus larges que les globules du sang, qui, à cause de l'épaisseur de leurs parois qu'il faut déduire de ce diamètre, se trouvent avoir un calibre moyen plus petit que le diamètre des globules du sang, et alors forcent ceux-ci à s'étirer un peu pour les traverser quand ils y pénètrent ; ainsi qu'on le voit quelquefois lorsqu'on étudie la circulation sur des animaux vivants.

L'aspectdes bords de ces traînées les fait facilement reconnaître pour des conduits sans parois propres. Elles forment des réseaux à mailles régulières, en général à angles aigus, variant de forme suivant les tissus, toujours très élégantes. Mais elles peuvent, quand on a déjà étudié les vaisseaux des mêmes tissus, sans produire ces capillicules, être distinguées des capillaires proprement dits; quoique cependant ces derniers forment des réseaux dont les mailles partagent les caractères généraux de direction propres à la texture des libres de chaque tissu. En examinant au microscope, à dissection surtout, il ne peut rester de doutes sur la nature des uns el des autres. Les contours arrondis, les caractères des ramifications des capillaires et de leurs fiexuosilés surtout, dans chaque tissu, comparés aux

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contours moins réguliers, parfois aux traces * * ■ p;t n cli o menl el aux différences de volume déjà signalées, feront distinguer les premiers des traînées précédantes qui peuvent simuler un étal normal.

Enfin, il faul rappeler que l'élude des vaisseaux, indépendamment des aulres éléments de chaque tissu el de leur arrangement réciproque, ne mène à rien, el expose à de nombreuses erreurs dont il serait facile de signaler beaucoup d'exemples. Dans l'étude de la texture d'un parenchyme ou d'un tissu proprement dit, celle de la vascularilé est la dernière à faire el forme le complément des autres sans lesquelles elle devient presque inutile.

Le placenta ne fait pas même exception ; on sait que dès avant la formation de cet organe les viUosilés du chorion sont creuses el ramifiées (I). Plus tard, lorsque l'allantoïde s'applique à sa face interne, ses vaisseaux pénètrent dans lesvillosités, qui sont alors parcourues par un double conduit sanguin, l'un artériel, l'autre veineux. Chez les animaux à placenta, elles s'atrophient bientôt partout, à l'exception de l'endroil où se forme le gâteau placentaire ; là, au contraire, elles se développent el leurs ramifications se multiplient. De leur inlrication résulte le parenchyme de cet organe ; or, quand on en porte un fragment sous le microscope sans injection préalable, on peut parfaitement reconnaître le double canal dont les viUosilés sont, parcourues, surtout quand elles sont pleines de sang coagulé. On peut reconnaître en même lemps leur inlrication, leur terminaison, en petits prolongements arrondis en doigt de gant, qui se détachent

(1) fiosie, Embryogénie comparée. Paris, 1837.

T)ES INJECTIONS. $i

cà el là des branches principales ou l'ormenl leurs extrémités-. On voit de plus qu'elles sonl formées, coinnu: le cliorion, d'une membrane dense, homogène ou fibroïde, parsemée de granulations moléculaires, jaunâtres, brillantes au centre, et de noyaux particuliers, plus abondants dans certains endroits que dans d'autres.

Tous ces faits ne peuvent plus être vus sur les placentas injectés; l'injection en est, du reste, facile et la densité de la membrane spéciale qui, à proprement parler, n'est pas vasculaire par elle-même, fait que les transsudations et les ruptures arrivent très rarement. J'ai reconnu sur une pièce, présentée à la Société de biologie par M. le docteur Désir, que les môles hydaliques sont formées par une hydropisie des villosilés creuses qui, d'espace en espace, sont distendues par des accumulations de liquides séparées l'une de l'autre par de minces filaments. Elles représentent ainsi des sortes de chapelets de petits kystes simulant des grappes de raisins. A la surface des kystes, et çà et là sur les filaments qui les unissent, on voit des terminaisons en doigt de gant qui conservent l'aspect normal. Je n'ai pu en reconnaître la structure propre à cause de l'action de l'alcool (I).

27. Ces prétendus capillicules ou lacunes ne sonl rien autre chose que les interstices des fibres de chaque

(1) J'ai retrouvé la même disposition sur une pièce fraîche, analogue à la précédente, que M. Follin a présentée à la Société de Biologie. La strucluredes parois des vésicules ou kystes hydaiiformes et fies filaments ramifiés qui les unissent entre eux , est la même que celle indiquée plus haut pour le chorion et ses villosilés ; l'aspect de leurs ramifications est reproduit par celui des grappes de kystes Ces

tissu qui ont été remplis par la matière à injection épanchée lenlenienl. Ces espaces n'existent pas primitivemenl; niais quand les capillaires (et non un gros vaisseau) viennent à se rompre, comme il faut bien que la matière qui s'échappe pelit à petit du mince conduit rompu se place quelque part, elle écarte lentement les fibres les unes des autres en glissant dans le sens de leur longueur et se creusant un canal entre elles par suite de leur écartement forcé. Lorsqu'on connaît déjà la texture du péritoine, de la plèvre, du poumon, du foie, des muscles, du tissu cellulaire, on voit ces traînées de matière colorante reproduire la direction des fibres, ou des vaisseaux primitifs des fibres et leur mode d'entrecroisement.

Aussi forment-elles des mailles entrecroisées à angles aigus dans le tissu cellulaire, la plèvre, le derme, le péritoine, etc., ou on les remplit quelquefois avec du mercure en voulant injecter les lymphatiques. Cependant au bout de peu de temps on les distingue des réseaux d'origine de ces vaisseaux, quoique, dans quelques cas, on voie le mercure partir de ces traînées pour remplir, soit des réseaux, soit des troncs lymphatiques.

28. Pour tous ceux qui ont vu, dans tous les tissus quels qu'ils soient de tous les vertébrés, et même des Céphalopodes , que les capillaires sont constitués de la môme manière, c'est-à-dire par une membrane homogène, in-

parois, les granulations et noyaux dont elles sont parsemées , sont insolubles dans l'acide acétique. Le liquide contenu est une sérosité renfermant quelques cellules épithéliales libres à divers degrés de développement, des noyaux libres semblables à ceux de ces cellules, et quelques granulations moléculaires.

solnble dans l'acide acétique, ayant \ on 2 millièmes de millimètre d'épaisseur pour les capillaires les pins fins, qui n'ont jamais au-dessous de 0""", 008 de diamètre total chez l'homme, ce qui est le diamètre des glohules du sang, il serait inutile d'insister sur l'impossibilité où se trouve quelque poussière que ce soit de sortir des vaisseaux. Je ne l'aurais pas fait s'il n'était nécessaire de prévenir de cet accident ceux qui se proposent de faire les injeclions, et si l'on ne voyait encore ces erreurs être admises et se propager sans examen.

Henle (1) fait déjà remarquer que nulle part on ne voit d'orifices aux parois des capillaires, et s'il y en avait on le verrait bien, puisqu'on aperçoit dans leur épaisseur des granulations moléculaires qui ont à peine 1 ou 2 dix-millièmes de millimètre.

On a déjà vu plus haut que cette injection des interstices fibrillaires se produit quand on pousse l'injection outre mesure, et principalement avec beaucoup de facilité quand les tissus sont trop altérés ; il est alors presque impossible de l'éviter. D'autre part, en se plaçant dans d'autres conditions, cet accident ne se montre pas; on peut faire les injections les plus riches dans lesquelles on voit les matières en contact au milieu de tous les réseauxcapillaires sans que ces inlerslicessoient remplis, non plus que les lymphatiques. Les faits précédents sont simplement des faits d'observation.

Il faut ajouter encore que l'opérateur peut voir quelquefois ce mode particulier d'épanchemenl se produire brusquement sous ses yeux dans un point du tissu qu'on injecte, et se propager peu à peu par places plus

(1) Traité d'analomie générale. Paris, 1843, t. H.

ou moins étendues, suivant J'éjat <ie la pièce cl la force de la pression.

En tenant compte'de tous ces faits, et lorsqu'on les a vus avoir lieu ou manquer un grand nombre de fois , constamment dans telles ou telles circonstances, on ne peut s'empêcher de reconnaître que les capillaires déjà altérés se rompent plus facilement que ceux qui sont encore frais et laissent infiltrer la matière à injection. C'est alors aussi que les lymphatiques s'injectent facilement par les vaisseaux sanguins, connue lorsqu'on pique dans le tissu cellulaire avec le tube à mercure.

29. La méthode à injection par double décomposition, qui consiste à injecter d'abord de l'acétate de plomb, puis du chromale de potasse, ce qui donne un précipité jaune de chromale de plomb, est susceptible aussi de donner lieu à quelques erreurs. Sachant que l'eau, la gélatine, le suif même, poussés dans les vaisseaux, transsudent au travers des parois sans les rompre, comme le sérum du sang lui-même transsude continuellement au travers des mêmes parois pendant la vie ; sachant que ces substances infiltrent les tissus, en écartent les fibres, comme sur un sujet légèrement œdémalié, il ne faut pas être étonné de voir les solutions plombiques et chromiques transsuder de la même manière, et précipiter aussi bien au dehors que dans les capillaires.

Je me suis assuré, en effet, qu'avec l'une et l'aulre de ces solutions on produit un œdème artificiel aussi facilement qu'en injectant avec de l'eau; ce liquide surabondant se trouvant nécessairement enlre les fibres qu'il maintient écartées, le précipité qui résulte de

DES INJECTIONS. 'u)

l'ailtlilion d'une autre dissolution ne peut pas occuper une autre place, les libres des tissus n'étant pas creuses. C'est aussi ce que montre le microscope, car on obtient ainsi les mêmes formes de réseaux que par la rupture des capillaires dont il a été question à propos de l'injection des matières colorantes; et il est impossible qu'il en soit autrement, puisqu'elles dépendent de la texture du tissu. Il se forme aussi un précipité tout le long des capillaires, et les traînées interfibrillaires de chromale de plomb qui sont en communication avec lui font croire, souvent à s'y méprendre, qu'elles communiquent avec les capillaires eux-mêmes. Les tissus très serrés et vasculaires , comme' le périoste, ou très serrés et peu vasculaires, comme les tendons, ligaments, aponévroses , ne présentent , du reste, jamais cet accident; ce sont seulement les tissus fibrilleux à texture peu serrée.

Cet inconvénient, qui est des plus graves, quoique pouvant être évité, doit faire rejeter cetle mélbode d'injection; elle ne peut être employée que pour faire une étude préliminaire des vaisseaux, et il ne faut pas pousser longtemps, ni fort, afin d'éviter la transsudation. Elle a fait croire, dans beaucoup de cas, à des lacunes là où il n'y en a pas, d'autant plus facilement, que le précipité hors des vaisseaux a lieu sans rupture de ceux-ci et en conservant toutes les apparences de l'état normal à la préparation, vu la régularité de l'arrangement des fibres des tissus. En outre, le précipité floconneux de jaune de chrome obtenu ainsi diminue beaucoup de volume quand la pièce se dessèche, ou seulement quand elle perd son eau dans l'alcool ou autre liquide conservateur. Les parois des capillaires

56 DRS MOYENS DEXPL01UTION EN A.NA.TOMIE GÉNÉRALE.

revienfirhl en même temps sur elles-mêmes, s'appliquent plus ou moins exactement sur ce précipité ; en sorte que les dimensions des vaisseaux prises sur ces pièces sont nécessairement inférieures au diamètre réel des capillaires, tel qu'on l'obtient sur les préparations injectées autrement, et sur les capillaires qu'on a isolés sans injection el portés sous le microscope.

30. On sait que lorsque l'estomac contient des aliments, le suc gastrique sécrété pour les digérer attaque après la mort les parois de l'estomac aussi bien que son contenu. Cette action est générale; mais chez les poissons, elle est tellement énergique (chez les cartilagineux en particulier), que les parois de l'estomac, dans toute leur épaisseur et une partie de celle des parois abdominales, sont altérées en quarante-huit heures, au point de faire manquer toute injection. Le même fait a lieu , mais moins énergiquemenl , dans le cœcum ou dans la partie correspondante de l'intestin chez les animaux qui n'en ont pas : telle est l'extrémité inférieure de l'intestin à valvule spirale des plagioslomes.

Comme immédiatement au-dessous de l'épilhélïum , .les muqueuses sont couvertes d'un réseau très serré, il est le premier attaqué, et l'on a une fuite à toute la surface interne du viscère.

Cet inconvénient se produit dans l'intestin grêle et le gros intestin lorsqu'il renferme des matières alimentaires, mais d'une manière moins prononcée ; de sorte qu'on a plus de chance d'y voir réussir l'injection. Du reste, dans tous les cas, pour bien injecter d'assez grandes surfaces, il est rare qu'on ne soit pas obligé de pousser au point de déterminer quelque rupture

des capillaires, sans que pour cela l'injection soit toujours manquée.

C'est celle pluie d'injection qui a lieu par une infinité de petits orifices quand la muqueuse est digérée ou déjà trop altérée qui a fait croire et fait croire encore, à quelques anatomislcs, que les capillaires ont des orifices à la surface des villosités ou ailleurs ; mais lorsqu'elle a lieu, l'élude de la muqueuse, faite au microscope, montre des orifices ou ruptures par lesquelles on voit toujours une petite gouttelette faire saillie. Lorsqu'au contraire il n'y a pas de fuite ou qu'elle ne se produit que par places, on n'observe rien de semblable, et l'on peut constater l'intégrité des parois et la netteté des contours des capillaires. Alors seulement l'injection est bien réussie, les réseaux bien remplis; ce qui n'est pas dans l'autre cas, aussi bien dans l'intestin grêle où il y a des villosités, que dans l'estomac et le gros intestin qui en manquent.

51. 11 faut tirer parti des faits do.nl nous venons de parler pour prendre les précautions suivantes, auxquelles j'ai été amené par l'expérience. C'est que cbez les animaux dont on veut faire une injection artérielle fine et générale, et qui ont l'intestin rempli, il faut lier les troncs intestinaux., autrement ou aura des fuites qui feront manquer l'injection. Leur tube digestif ne peut recevoir alors qu'une injection grossière. Lorsque ses parois sont digérées dans une certaine épaisseur, on voit le liquide, injecté par les artères, revenir par les veines, ou vice versa , dès qu'il est arrivé à des vaisseaux d'un demi-millimètre de diamètre. Ceci a lieu surtout chez les poissons et les reptiles, mais ne se présente pas quand on prend un animal dont l'intestin

38 MHS MOYENS o'kxI'LUHATION EN ANA.'l OM1E GÉNÉRALE.

est vide, condition à laquelle il faut se conforniei1 pour faire une bonne injection des artères el des veines , à inoins d'injecter peu d'heures après la mort.

52. Outre les précautions précédentes à peu près le.-, seules a prendre quand on veut faire une injection générale, il en est d'autres qui concernent les injections partielles. Ainsi toutes les glandes et tout le tube digestif s'injectent mieux seuls, isolés des autres parties du corps , que lorsqu'on fait une injection générale. Cela est surtout vrai lorsqu'on veut remplir les deux ordres de vaisseaux , parce qu'on voit mieux où en est la première injection, et le moment où il faut s'arrêter pour pousser la seconde.

Pour injecter la peau, les muscles, les centres nerveux, il faut faire une injection aussi générale que possible ; néanmoins on est forcé de se borner à un membre, ou pour la tête, aux artères carotides, en liant les sousclavières et les vertébrales. Mais lorsqu'on fait une injection générale, celle de la peau ne réussit pas parfaitement, à moins de pousser très longtemps , jusqu'à ce que l'injection soit revenue d'un ordre de vaisseaux dans l'autre. En effet, le foie, l'intestin, les reins, la rate, etc., se laissant pénétrer plus facilement que la peau, les muscles, etc., ils se remplissent énormément pendant que les autres s'injectent à peine. Par conséquent, quoiqu'il soit possible, avec de l'habitude, de distinguer sous le microscope les artères des veines injectées de la même couleur , quoiqu'on ait besoin d'étudier les organes injectés uniquement, tantôt par les veines, tantôt par les artères ; comme il faut toujours en venir à les étudier avec tous les ordres de vaisseaux autant que possible également remplis, lors-

DUS INJECTIONS. OtF

qu'on voudra faire une injection de ce genre, c'est une injection partielle qu'il faut faire. Si l'on veut injecter par l'aorte, il faut tout au moins lier les troncs viscéraux pour les injecter à part.

La tête et les organes du petit bassin seuls doivent être injectés en niasse, la première par la carotide, les seconds par l'iliaque interne; quant aux veines, il faut ordinairement faire plusieurs injections successives dans diverses branches. Il faut préalablement lier toutes les branches qui ont de grosses anastomoses; celles qui, étant coupées, donneraient des fuites, et cautériser les surfaces coupées ou déchirées, pour éviter les pertes par les capillaires.

55. Pour les viscères pris séparément, il faut exprimer le sang des gros troncs, sans y faire entrer d'air , et les lier ensuite, ainsi que les branches nombreuses qui peuvent avoir été coupées à cause des anastomoses. C'est surtout l'injection de l'estomac, du duodénum et du pancréas, qui exige le plus grand nombre de ligatures et de cautérisation. Il en est de même de la thyroïde ; les veines variant beaucoup, il faut enlever le larynx, un morceau de l'œsophage et les jugulaires internes tout à la fois , fendre celle dernière veine et lier les branches thyroïdiennes à leur embouchure, sauf une ou deux principales de chaque côté et la jugulaire antérieure, qui ne reçoivent que des ligatures provisoires pour être injectées successivement.

Ces injections successives de plusieurs vaisseaux de même ordre, surtout des veines, de la thyroïde , de l'estomac, du duodénun , etc., font sentir la nécessité d'employer une injection liquide à froid , ou, dans le cas contraire, de tenir l'organe dans l'eau tiède.

40 DBS MOYENS d'ëXI'LQRATION EN ANAT0M1E GÉNÉRALE.

Les préparatifs, ligatures, çaulér'usaliou, etc., prennent toujours beaucoup de temps, ordinairement une heure ou deux, el exigeai de bien réfléchir d'abord à lous les vaisseaux de l'organe et à leurs anastomoses. Il est rare que quelque variété ou des branches inaperçues ne donnent pas lieu à des fuites ; il faut alors saisir le vaisseau à l'aide des pinces à pression continue, le cautériser s'il est très petit, ou suspendre l'injection pour faire une ligature.

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