C. Théorie du doublet
52. Les doublets sont construits d'après les principes suivants, démontrés expérimentalement et théoriquement en physique. On sait, en effet, que pour des lentilles de même longueur focale, l'aberration de sphé-
ricilé est plus grande, et par conséquent la largeur du champ de vision distincte moindre pour une lentille biconvexe que pour une lentille plan convexe, recevant par sa face plane un faisceau de rayons parallèles. On a reconnu , d'autre part, que deux lentilles superposées produisent une aberration de sphéricité beaucoup moindre qu'une seule lentille dont la longueur focale est égale à celle de l'assemblage des deux premières.
On peut voir (fig. 9) que, quel que soit le nombre des lentilles qu'on aurait superposées pour diminuer l'aberration de sphéricité, elles agissent, quant au pouvoir amplifiant et à la formation de l'image, comme une loupe ou microscope simple (fig. 7) formé d'une seule lentille, dont la longueur focale serait égale à celle du système de ces lentilles agissant toutes ensemble. Le doublet n'est par conséquent encore, à proprement parler, qu'un microscope simple.
En effet (fig. 9), l'objet i i examiné avec la loupe eq Fig- 9- seule donnerait un angle
optique co'v limitant une image c v reportée à une certaine distance avec la grandeur a' b\ Mais si au lieu de laisser les rayons réfractés par celle loupe se croiser en o\ on les reçoit avant cet entrecroisement en g h, à l'aide d'une autre loupe d'un foyer plus court que la première, on forcera les rayons à converger beaucoup plus encore qu'auparavant. Ils s'entrecroiseront en o, de ma-
1IBS MICROSOOl'KS A DISSECTION. 05
nière à aller former sur la rétine une image rs beaucoup plus grande que c v, el reportée à une certaine dislance dans le prolongement des rayons r o et s o, de manière à former l'image virtuelle a6> a b' qu'aurait donnée la lentille unique e. La théorie du doublet s'applique aussi aux loupes qui , fixées au nombre de deux ou trois à un manche en corne, peuvent être employées seules ou superposées.
55. Plus on augmente la courbure des lentilles employées, plus le pouvoir amplifiant devient considérable; mais plus aussi on perd de lumière, el le champ du microscope se rétrécit comme dans les loupes. Néanmoins, comme on l'a vu plus haut, ces doublets el leur monturesonl bien préférables aux microscopes Raspail, dont les lentilles sont simples et biconvexes, ce qui entraîne beaucoup d'aberration de sphéricité et en limite considérablement l'emploi. L'usage des doublets de 5 millimètres de longueur focale, et au delà, est encore très commode; mais au-dessus ils deviennent très fatigants pour les yeux.
On peut, pour les doublets comme pour les loupes simples, calculer très approximativement le pouvoir amplifiant, en cherchant combien de fois leur longueur focale est contenue dans la dislance de la vision distincte. Mais le chiffre obtenu de celte manière est trop considérable, en vertu d'un phénomène visuel qui sera exposé au chapitre du microscope composé proprement dit.
Art. II. — Des microscopes composes à dissection.
54. Les loupes montées el les doublets ont le désavantage d'obliger de teniiTœil appliqué très près de la
loupe et la têle continuellement baissée, ce qui est très fatigant pour l'observateur. Ils ont, en outre, une longueur focale si courte, qu'ils deviennent très difficiles à employer dès qu'on arrive à des grossissements un peu considérables. Si l'on excepte ceux dont le pied est tel que celui que nous venons de décrire, ils forcent à tenir les mains élevées au-dessus de la table sur laquelle on travaille ; aussi elles tremblent dès que survient un peu de lassitude, ce qui gêne beaucoup pendant les dissections. Enfin, dès quelatempérature est au-dessous de la moyenne, l'haleine vient se condenser sur les lentilles et les rendre ternes à chaque instant.
Ces inconvénients n'existent pas dans le microscope pancralique de Georges Oberhaueser, qui est un microscope composé, dans lequel l'image est redressée par un deuxième objectif ajouté au premier. On peut obtenir avec cet instrument des grossissements divers, depuis cinq fois jusqu'à environ quatre-vingts ou cent, par la seule variation des distances focales des objectifs et en conservant une distance assez considérable entre l'objectif et le corps à disséquer. Mais la perte de netteté des images, et surtout la lumière, est telle, qu'il est presque impossible de l'employer, et depuis longtemps j'ai renoncé à son emploi pour quelque genre de travail que ce soit.
A. Microscope à prismes redresseurs , de Nachet.
55. J'ai été conduit par la nécessité d'étudier la disposition des réseaux vasculaires des muqueuses et des autres tissus, de disséquer des glandes, des helminthes et d'autres animaux de petit volume, à imaginer un microscope qui ne présente pas ces inconvénients. Il répond
à peu près à tous les besoins des anatomistes, et depuis je ne me sers plus même des doublets. Il a été construit par M. Nacbel,qui l'a exécuté d'une manière bien plus parfaite, au point de vue de la longueur focale, de la largeur du champ et de la quantité de lumière nécessaire à de bonnes observations, que je ne le croyais possible. Depuis que je l'ai montré à quelques anatomistes et zoologistes, il a été adopté par plusieurs. Cet instrument (pl. III, fig. 1) peut, en effet , s'appliquer aussi bien à l'élude de la forme des organes extérieurs des petits insectes, arachnides, ou des ovules et des organes des végétaux, qu'à l'anatomie proprement dite, et surtout à la dissection des embryons.
56. C'est un microscope composé , mais dont l'image est redressée à l'aide de deux prismes disposés à angle droit. L'objectif est formé de quatre lentilles d'un pouvoir amplifiant faible, et variant pour chacune d'elles, de telle sorte qu'on peut les employer séparément, ou deux à deux, ou toutes les quatre ensemble. On a ainsi un grand nombre de grossissements qui varient entre 6 ou 8 et 40 diamètres, avec une longueur focale qui est encore de 1 centimètre dans ce dernier cas, et de 4 ou 5 pour les faibles grossissements.
Dans le tube ou corps du microscope (pl. III, fig. 2, a), se trouve un premier prisme qui redresse l'image dans un seul sens. L'autre prisme a été ingénieusement disposé par M. Nachel fils , de manière à former le verre oculaire ou supérieur de l'oculaire (fig. 2, b, et 3,6). La nécessité d'incliner ce prisme sous un angle de 45o environ (fig. 3, b) est devenue un moyen de facir Hier l'emploi de ce microscope. Au lieu d'avoir besoin de pencher la tête sur l'oculaire, c'est le prisme qui
(J6 DES MOYRNS IHCM'I.UHATION UN A NATO. M I U GÉNÉRALE.
disposé de manière à en former la lentille supérieure , est dirigé vers l'observateur.
Le verre de ehamp ( Bg. 2 el 5 , c ) ayant concenlré un peu les rayons lumineux comme dans l'oculaire des microscopes composés ordinaires (pl. IV), ceux-ci éprouvent dans le prisme b le môme effet qu'en a; ce qui n'a pu être figuré ici. Ceci achève de redresser l'image. Les rayuns rencontrant la face inclinée du prisme en d , sont réfléchis, et vont former dans l'œil une image qui est reportée à une certaine dislance dans la direction des rayons do, en e f par exemple. La lumière n'a par conséquent à traverser de plus que dans les autres microscopes que les deux surfaces du prisme a placé entre l'objectif et le verre de champ de l'oculaire.
Aussi on n'en perd qu'une petite quantité, et les forts grossissements sont les seuls qui nécessitent l'emploi de la lentille destinée à concentrer la lumière.
Le champ de ce microscope est assez large pour permettre de voir une assez grande étendue de l'objet qu'on dissèque el des instruments qu'on emploie. Sous ce rapport il l'emporte déjà de beaucoup sur les doublets, dont pourtant l'usage ne présente pas de difficulté à cet égard.
57. Le pied du microscope est une large plaque de enivre (pl. III, fig. 4 , g) dont le poids donne beaucoup de solidité à l'instrument , et permet de disséquer dans les baquets à fond de liège ou de cire, tout en laissant le poignet reposer sur la table ou sur ce pied lui-même, ce qui prévient toute fatigue. Cette plaque a 18 centimètres de long sur 16 de large; à l'une de ses extrémités (fig. I, h) est fixée une forte colonne de cuivre, haute de 12 centimètres, et coudée à angle droit à son
DBS MICROSCOPES A DISSECTION. 1)7
sommet. Celle portion ooudée s'avance horizonlaleîuent (fig. 1 , k) jusqu'au centre de la plaque. Elle porle à co niveau un anneau (fig. 1 , rrr) dans lequel on fait monter et descendre un tube mobile (fig. 1, t), à l'aide d'une crémaillère dont il est pourvu (fig. 1 , m), et qui est. engrenée dans une roue dentée qu'on tourne à l'aide d'un pignon n. Ce tube mobile i reçoit le corps ou tube du microscope o qu'on y fait glisser par frottement doux, et dont on peut ainsi tourner en lout sens le prisme oculaire oblique b.
Du centre de la plaque g à la colonne verticale h on compte 8 centimètres, et autant en hauteur de la branche horizontale k à la plaque g. Ceci permet de se servir de baquets de 16 centimètres de diamètre sur 8 de hauteur, et de disséquer ainsi sous l'eau de grandes pièces ou d'en étudier les injections. Le peu d'élévation du pied laisse concentrer la lumière à l'aide d'une lentille, bien plus facilement qu'avec lout autre microscope à dissection.
58. Lorsqu'il s'agit d'étudier un objet par transparence, on enlève le corps du microscope du tube mobile où il est placé par glissement, et on le porle sur un autre pied qui ne diffère du précédent que parce qu'il est disposé comme celui des autres microscopes. Il est formé d'un tambour cylindrique renfermant un miroir qui réfléchit la lumière, el éclaire l'objet par transparence au travers d'un large trou circulaire percé au centre de la platine qui recouvre le tambour. On peut aussi se servir de ce pied pour disséquer les corps opaques, mais l'élévation du tambour rend la dissection et l'éclairage plus difficiles.
Comme du reste les cas de ce genre sont rares, que
8tt DES MOYENS D'EXPLORATION EN ANATOMIE GÉNEIULE.
le plus souvent il s'agit alors d'observer des corps transparents sans être obligé de les disséquer, le microscope composé, qui ne redresse pas les objets, est suffisant; aussi , quand on ne veut pas acheter les deux sorles de pieds du microscope à dissection, c'est le premier qu'il faut choisir.
Le pied, formé d'une plaque quadrilatère (pl. III), peut être remplacé par un pied à trois branches (fig. 10,
Fig. 10.
g g g) imaginé par M. Lacaze , au centre duquel est fixée la colonne verticale h, de telle sorte qu'elle peut tourner sur son axe , et porter ainsi le corps du microscope audessus de plusieurs baquets placés entre chaque branche du pied, sans être obligé de déranger celui-ci. Les baquets sont aussi plus immobiles avec ce pied qu'avec les autres. Les seuls inconvénients de ce pied sont d'être difficile à mettre dans une boîte lorsqu'on veut le transporter en voyage. Comme une des branches du pied est
toujours tournée vers l'observateur, il force de pencher le corps en avant pour placer l'œil contre l'oculaire, ce qui le rend un peu plus fatigant à employer que l'autre.
59. Lorsqu'on n'a pas encore fait usage de cet instrument , il semble toujours que le champ n'en est pas assez large. Il n'est pas d'essai qu'on ne veuille tenter à cet égard et de questions dont on n'accable les opticiens. Pourtant, lorsqu'on arrive à s'en servir, on reconnaît, bientôt que le champ a une étendue en général plus que suffisante , et lors même qu'il serait plus grand , on ne se servirait jamais que de sa partie centrale. En effet, le point qu'on dissèque n'est jamais aussi large que le champ du microscope , et lorsqu'il se trouve hors du centre ou à peu près, on l'y ramène toujours instinctivement à l'aide d'un léger glissement imprimé au baquet à dissection. Aussi, quand on a disséqué à l'aide d'instruments grossissants, on reconnaît aux plaintes ou aux désirs relativement à l'étendue du champ du microscope, que ceux qui les émettent n'en ont pas encore fait usage ou ne font que commencer à s'en servir.
Il en est aussi de même pour ce qui concerne les forts grossissements, et quoique l'on puisse disséquer avec ceux qui grossissent trente l'ois, il est extrêmement rare d'être obligé d'employer ceux qui dépassent 40 à 18 diamètres. La plupart des dissections de filets nerveux, de capillaires les plus fins , de vers intestinaux et d'insectes même les plus petits, etc., se font avec un grossissement de 8 à 12 diamètres, sans qu'on cherche jamais à les grossir davantage. Ainsi l'expérience montre bientôt que, sous le point de vue de la largeur du champ, de la longueur de la dislance focale
7(J ItKS M0Y8WB D'iiXlM.dllA TtOIN EN ANATOM1E GENERALE.
cl du grossissement, les microscopes lels que nous les avons remplissent toutes les conditions nécessaires aux observations zoologiques et aux dissections, toutes les l'ois qu'on veut y mettre la patience que nécessitent tous ces travaux.
Plus on se sert de ces instruments, plus on s'aperçoit que les modifications qu'on avait crues nécessaires dans les commencements n'ont pas les avantages qu'on supposait ou sont inutiles. On peut par Conséquent les employer lels que nous les avons sans trop se préoccuper de perfectionnements qu'on croit indispensables par hypothèse ; car ceux qu'on peut avoir à l'aire exécuter suivant certaines circonstances spéciales ne sont jamais ce qu'on avait supposé d'abord.
B. Instruments accessoires.
60. Avec ce microscope il faut, pour étudier les tissus, des aiguilles d'acier fortes et inflexibles, droites et courbes, une paire de chaque, dites aiguilles de Slraus ou de Lebert, à manche hexagone (pl. I , fig. 8 et 9) ; d'autres minces etflexibles,à manche rond, comme celles qui accompagnent les microscopes tels que les livrent les opticiens. Souvent on a besoin d'une aiguille à cataracte droite et d'une autre courbe sur le plat; un ou deux petits scalpels très fins, deux ou trois l'ois plus gros que les aiguilles à cataracte, les uns aigus et droits , les autres courbés en serpette.
Il faut en même temps une paire ou deux des pinces suivantes: pinces ordinaires fines et très fines, droites et courbes (fig. 11); pinces à dents de ral; deux paires de pinces à pointes lisses et effilées , aiguë*
IfBB MlGltOSCOl'liS A DISSECTION. 71
presque comme des aiguilles (% 12, a), mais aplatie»
Fig. n.
Figj 12.
en dedans, el d'autres à branches fortes, à pointes aiguës prismatiques, dites pinces de Slraus, les unes droites , les autres courbes (fig. 12, b et c). Il faut encore une paire ou deux de petits ciseaux droits et courbes, eu général à poinles fines; et enfin un microlome de Slraus , tel qu'on le trouve, ainsi que les aiguilles cidessus et autres instruments , chez M. Charrière, exécutés d'après les dessins et les conseils de l'inventeur (pl. I, lig. 10). Le microtome est utile dans la plupart des dissections délicates qui demandent une grande assurance de la main.
La plupart de ces instruments sont nécessaires pour tel préparations destinées à être étudiées au microscope composé proprement dit, dont il va élre question , et
quelquefois doivent être modifiés, suivant le genre d'études ou les habitudes de l'observateur
61. Les dissections et les observations qu'on fait à l'aide du microscope à dissection doivent être toujours pratiquées sous l'eau, qui maintient les organes soulevés et empêche chaque saillie de l'objet de réfléchir la lumière en tout sens; ce qui empêcherait de rien voir nettement. Pour cela on emploie des baquets de verre au fond desquels on fixe une plaque de liège couverte de drap noir, ou bien en coulant tout autour du liège de la cire noire, rendue moins cassante par addition de 1/5° environ d'axonge. On noircit la cire avec du noir de fumée ; il faut en verser jusqu'à ce que le liège soit recouvert d'une couche de 5 ou 4 millimètres : celte couche facilite la pénétration, dans la plaque, de liège sous-jacenle, des épingles fines dont on se sert pour fixer les objets à disséquer.