‹ Du microscope et des injections dans leur applications à l'anatomie et à la pathologie, suivi d'une classification des sciences fondamentales, de celle de la biologie et de l'anatomie en particulier [electronic resource]Chapitre 26 sur 77 · DU. MICROSCOPE COMPOSÉ PROPREMENT DIT OU A OBSERVATION · texte numérisé non relu

DU. MICROSCOPE COMPOSÉ PROPREMENT DIT OU A OBSERVATION

Art. I. — But et limites de l'emploi du microscope.

62. Le microscope , on ne saurait trop insister sur ce point, n'est pas pour le biologiste et le médecin un instrument dont suivant sa volonté il peut indifféremment ou se servir ou se passer. C'est un instrument dont l'emploi est parfailement déterminé. II est destiné à nous faire connaître un ensemble considérable de parties appartenant aux êtres organisés ; parties dont l'étude ne peut être faite à l'œil nu, ni à l'aide d'un autre instrument.

Il est indispensable an zoologiste pour l'élude des animaux ou parties d'animaux de petit volume ; à l'anatomiste pour l'élude des éléments anatomiques des tissus et la texture de ceux-ci ; pour celle des éléments des produits et leur arrangement; pour observer les organes si petils que leur anatomie descriptive ne peut être faite à l'œil nu , etc.

En physiologie un nombre considérable de phénomènes se passant dans des organes d'un très petit volume, ou chez des êtres transparents ou invisibles à l'œil nu, exigent l'emploi du microscope. Tels sont les phénomènes du cours du sang, les mouvements des cils vibraliles, la contraction des fibres musculaires, etc.

Or, il se trouve que dans cette série si étendue d'objets à observer, il y en a un grand nombre de remarquables parleur forme, leurs couleurs, et bien d'autres caractères. Mais pour nous ce ne sont pas là des objets de simple curiosité, nous avons en vue en premier lieu leur utilité dans tel ou lel appareil, dans tel ou tel ordre de fonctions. C'est pourquoi nous devons les étudier avec ordre et chacun à la place qu'il doit occuper, comme ayant pour but de remplir une fonction déterminée.

Ainsi c'est à l'élude des éléments anatomiques des lissus et des produits, et souvent des tissus, qu'en anatomie normale nous devons limiter l'usage du microscope.

'63. Si maintenant nous arrivons à son emploi en pathologie, nous voyons qu'il est indispensable pour l'étude des altérations de toutes les parties envisagées précédemment à l'état normal. Mais il n'a d'utilité réelle et durable qu'autant que, la disposition des organes à

74 l)liS MOYENS l>'liXl'I.OUAT10N IÎN ANATOMIIS UKNÉllALIS.

l'étal normal csl déjà bien connue, autrement il conduit inévitablement à des déductions erronées ou illusoires.

Une l'ois des connaissances positives acquises à l'aido de cet instrument, les applications relatives à l'art médical se présenteront en grand nombre. Déjà les recherches sur l'urine, le pus, le lait, le sperme, et d'autres liquides, dont la constitution plus facile à étudier est la mieux connue, ont conduit MM. Donné (1), Rayer, Lallemand, et plusieurs savants français ou étrangers, à des applications directes à la pratique médicale qui ont été utiles plus d'une fois.

Mais il est souvent difficile au savant de dire d'une manière précise aux praticiens de quelle nature peuvent être ces applications ; il doit, au contraire, les abandonnera eux, car elles varient à l'infini, suivant le génie de chacun. C'est à eux de se servir des données fournies par la science d'une manière appropriée à leurs besoins , comme d'un instrument. En médecine légale, un grand nombre d'applications en a été fait ou peut encore cil être fait, dans diverses circonstances encore indéterminées.

Akt. II. — Des propriétés générales des corps que nous fait connaître le microscope, et des erreurs qui ont régné ou régnent encore à cet égard.

64. Les limites de l'emploi du microscope étant ainsi posées d'une manière générale, il y a quelques erreurs qu'il faut prévenir.

En premier lieu, il faut reconnaître que si l'élude des éléments anatomiques et en partie celle des tissus ne peuvent être faites qu'à l'aide du microscope, l'emploi

(1) Cours de microscopie, Paris, tUliU, in-8 et allas.

DU MlCUOSCOl'K COMPOSÉ. 75

de cet instrument ne conslilue pas pour cela une branche distincte de l'analomie devant en recevoir le nom. C'est pourtant une erreur encore répandue et consacrée même par plusieurs auteurs qui ont fait de l'emploi du microscope une spécialité, à laquelle ils croient donner le rang de science, par les noms de micrographie, d'anatomie microscopique, etc.

Si dans le principe il a été indispensable que quelques hommes employassent une partie de leur vie à vulgariser un instrument dont, vu son imperfection, l'emploi était difficile et encore mal limité , et suivissent en cela l'exemple de Ruysch relativement à l'art des injections, il n'en est plus de même aujourd'hui. Aussi les mots précédents n'onl-ils jamais eu un sens précis, et ils n'en ont plus aucun au point de vue scientifique ; car il faut le répéter, le microscope est un instrument destiné à perfectionner la vision, mais voilà tout. Il nous permet alors de constater sur les corps de très petit volume tous les caractères, toutes les propriétés statiques ou dynamiques, déjà étudiés dans les corps visibles à l'œil nu ; mais il ne nous fait pas connaître un ordre nouveau de caractères particuliers et distincts des autres. Il n'y a de plus qu'à l'ordinaire qu'un instrument placé entre l'œil et l'objet.

Si l'on voulait continuer de raisonner ainsi , à côté de l'anatomie microscopique, il faudrait ajouter la physiologie, la zoologie microscopiques; à côté des fibres musculaires, des tubes nerveux de l'homme ou du cheval, il faudrait étudier les cordons du grand sympathique de la musaraigne, etc., qui, aussi bien les uns que les autres, nécessitent l'emploi du microscope.

B5. Une lois un élément analomique placé sous le

76' DES MOYENS n'EXI'KOHATION EN ANATOMIE GENERALE.

microscope, nous ne faisons qu'étudier sur lui les caractères généraux que nous présentent les autres corps, et ces caractères comparés les uns aux autres nous montrent des différences qui distinguent ces éléments, d'une part, des corps quelconques, et d'autre pari, les font ranger en plusieurs espèces.

Ainsi dans les objets que nous étudierons à l'aide de cet instrument, nous aurons à envisager, en premier lieu, leur forme, leur volume, leur couleur, la régularité ou l'irrégularité de leurs bords, leur netteté ou les caractères de leurs dentelures.

Il faut ensuite étudier la masse limitée par ces bords, appelée aussi, contenu, des éléments anatomiques, d'une manière générale, parce que dans les cellules proprement dites, les bords indiquent l'existence d'une paroi qui entoure réellement un contenu d'une nature différente du contenant. Le corpuscule étudié peut être homogène, il faut alors noter sa teinte générale, sa manière de réfracter la lumière. Il peut, au contraire, contenir des granulations plus ou moins serrées , un ou plusieurs noyaux, ceux-ci un nucléole, et en outre, des granulations ou n'en pas avoir. Il peut se faire qu'une de ces parties existe à l'exclusion des autres, etc.

A leur tour, les noyaux, nucléoles et granulations doivent être étudiés sous le rapport de la forme, du volume , des granulations et de leur masse , comme le corps tout entier.

Comme ce sont des corps très petits vus par transparence, ils ont un aspect qui diffère de celui des objets que nous avons habituellement sous les yeux. Aussi faut-il étudier longtemps avant de prendre l'habitude de tenir compte d'une manière complète et exacte de ca-

raclères d'un volume aussi petit, mais constant, et pouvant être comparés les uns aux autres-

66. D'autres caractères encore tendent à donner un cachet spécial à chaque élément anatomique des tissus ; ils sont tirés principalement de la manière dont les corps réfractent la lumière. Tantôt ils jouissent d'un pouvoir réfringent très fort, ce qui les rend brillants au. centre, foncés sur les bords lorsqu'ils sont au foyer de l'objectif, et vice versa, lorsqu'ils n'y sont pas: tels sont les corps gras et d'autres encore d'une nature indéterminée. Souvent le pouvoir réfringent du corps n'a rien de particulier, mais ses bords peuvent être pâles ou foncés, noirâtres, nets, étroits ou élargis, moins nettement limités, etc.

Souvent il faut, par pression des verres entre lesquels est placé l'objet ou par addition d'un liquide, faire rouler le corpuscule pour voir s'il est plat ou arrondi, si c'est de champ ou de face qu'on le voit, ou bien pour mieux en observer le contenu ou la surface, etc. Ce moyen est un des plus importants.

67. Enfin, comme le microscope ne montre nettement que les objets qui se trouvent au plan à peu près mathématique de son foyer, ceux qui sont au-dessus ou audessous peuvent, dans les commencements, causer quelque incertitude, parce qu'on ne les voit pas d'une manière précise. Mais on prend bientôt l'habitude de faire, à l'aide d'une vis appropriée à cet usage, monter et descendre continuellement l'objectif; il en résulte qu'on dissèque en quelque sorte, par autant de tranches successives qu'on le veut, l'épaisseur de la préparation.

On se rend compte, par des mouvements inverses de l'objectif, des divers aspects qu'on obtient ainsi lors-

7!{ DES MOYENS n'EXÏ'LOHATION EN ANATOM1E GÉNÉRALE.

qu'on ne les comprend pas de suite; l'on peut en même temps s'aider, suivant les circonstances de pression, avec l'ongle ou une aiguille sur les plaques de verre. Ces divers moyens sont souvent utiles pour faire connaître l'arrangement réciproque des éléments, leur texture, eu un mol. On parvient de la sorte à s'en faire une idée très exacte, qu'il faut compléter par l'élude des vaisseaux injectés, vus par réflexion de la lumière, à l'aide du microscope à dissection.

G8. Les caractères physiques observés, il faut recourir à l'emploi des réactifs chimiques, tels que l'eau, les acides acétique, citrique, nitrique, sulfurique, chlorhydrique; la potasse, la soude, l'ammoniaqee , l'alcool, l'éther, l'essence de térébenthine, et surtout la teinture aqueuse ou alcoolique d'iode qui colore en jaune brun foncé les substances azotées.

Il n'est pas nécessaire de les employer tous dans lous les cas, parce qu'après quelque temps d'étude on finit par reconnaître quels son'l ceux qui sont caractéristiques pour tel ou tel ordre de corps; mais il esl souvent très utile de faire agir successivement deux ou trois réactifs sur le même élément. Tels sont les globules blancs du sang sur lesquels l'action successive de l'eau et de l'acide acétique diffère de la même action sur les globules du pus, etc. L'action des agents chimiques demande surtout à être suivie avec soin pendant plusieurs minutes sans cesser de l'observer. Du reste, tous les éléments ne sont pas dans ce cas, et toutes ces particularités seront indiquées à propos de l'histoire de chaque corps.

Il n'y a, comme on le voit, dans ce qui précède, rien de plus que ce que nous éludions dans les autres corps, ce sonl les mêmes caractères, les mêmes propriétés; il

nli Mir.nnsr.oPR composk. ?9

n'y a do nouveau que la manière de les observer, qui n'esl elle-même qu'une modification de nos moyens ordinaires d'observalion appropriée à leur petit volume.

(>9. Nous venons de voir d'une manière générale ce que nous enseigne le microscope, son but et son utilité en analomie générale, etc. Nous avons reconnu par là de combien il faut réduire les prétentions des anatomistes qui ont cru voir dans l'emploi de cet instrument la source d'une science nouvelle et lui en donner le nom, au lieu d'y reconnaître un simple moyen de perfectionnement du sens de la vue.

Mais il est d'autres erreurs générales qui régnent encore dans quelques esprits, qui exagèrent en sens inverse. Nous ne nous arrêterons pas à combattre ceux qui nient l'utilité du microscope ou se vantent de ne pas croire aux résultats qu'il donne, non seulement parce qu'on est autorisé par ce fait même à ne pas croire ce qu'ils avancent comme opposé aux résultats fournis par cet instrument, mais encore parce qu'il n'en est plus guère besoin. Toutes les fois que quelque fait nouveau est mis en avant on se contente d'abord de nier le résultat, puis on cbercbe à montrer qu'il n'a rien de plus utile que ce qu'on savait déjà, ou bien que depuis longtemps il élait connu ; sans songer que toute découverte vient, suivant sa généralité, ou renverser ou modifier plus ou moins les théories existantes sur lesquelles sont basées toutes nos déductions pratiques.

Cette première période est à peu près passée en France, et depuis longtemps à l'étranger. L'exposition simple el exacte d'observations laborieuses, publiées à Paris par MM. Donné el Lebert, a fait cesser la défiance

exagérée inspirée par les hypothèses souvent hasardées des premiers auteurs qui se sont occupés de ce sujet; auteurs dont quelques uns ont cru, à l'aide d'un instrument nouveau, pouvoir dire le pourquoi de phénomènes qu'il faut savoir se contenter de décrire et de grouper d'après leurs relations de similitude et de succession.

70. Quant à ceux qui disent « qu'avec le miscroscope on voit tout ce qu'on veut, » ces mots seuls montrent que c'est là tout leur savoir en cette matière. En effet, tous les analomistes qui ont l'ait des recherches d'anatomie générale ont remarqué depuis longtemps que les figures et les descriptions des mêmes objets, faites à l'aide du microscope dans les mêmes conditions, depuis Leeuwenoeck jusqu'à nos jours, sont toutes semblables, à part les différences du grossissement employé. Il n'y a de différentes que les théories fondées sur ces observations ou les hypothèses auxquelles elles ont donné lieu; hypothèses qui varient nécessairement suivant la généralité ou la spécialité des connaissances de l'auteur, suivant qu'il tiendra compte des modifications d'un élément dans un seul ou dans un grand nombre d'êtres.

«Et d'abord, ces contradictions sont plus apparentes que réelles : elles portent sur l'interprétation plutôt que sur la forme des éléments hislologiques ; de plus, elles sont rares et n'existent que dans quelques détails accessoires. Est-il un observateur, même médiocre, qui nie aujourd'hui l'existence des globules de sang, de lymphe, de pus, celle des animalcules spermatiques , celle des corpuscules osseux ? Non. Seulement on a pu se demander si les spermatozoïdes sont ou ne sont pas des animaux, si les globules de lymphe se changent ou non en globules de sang, si les corpuscules osseux sont ou non

611 MICHOSCOPK COMPOSÉ. M

en communication avec- les grands eanaliculcs vaseulaii'cs par l'intermédiaire des petits canalicnles ciileaires. Mais, je le demande, est-il un point de la plus grossière analomie sur lequel on n'ait discuté plus longuement encore?

» Sans parler des luttes entre Vésale et les galénistes ; sans rappeler les glandes articulaires, les conduits hépalo-cystiques, le canal de Coebwilz, et tant d'autres mystifications anatoiniques ; sans opposer Sabalier qui donne à l'urètre un pied de longueur, à M. Malgaigne qui ne lui accorde pas six pouces, trouverons-nous seulement deux anatomistes qui s'entendent sur les aponévroses de l'aine ou du périnée? Peut-on exiger des études microscopiques une précision supérieure à celle de l'analomie visible à l'oeil nu? N'est-il pas plus qu'évident que le microscope est aussi innocent des erreurs des micrographes, que le scalpel de celles des anatomistes? C'est une réflexion qu'on ne fait pas généralement, surtout lorsqu'on acquiert la preuve qu'on s'est trompé, parce qu'on aime mieux accuser un instrument que de s'accuser soi-même (î). »

Pour montrer, du reste, que l'image des objets que nous l'ait voir le microscope ne se peint pas sur notre rétine autrement que celle des corps vus sans cet instrument, il suffit de prendre des cristaux cubiques de sel marin , ou des octaèdres d'oxalate de ebaux, on les corpuscules ganglionnaires des nerfs des poissons déjà visibles à l'œil nu, etc.; en les examinant ensuite sue- '•«■ssivcmenl à la loupe, puis à tous les grossissements

1 Paul Bioca, De la propagation de l'inflammation. Quelques propositions sur les tumeurs dites canrë,reuses'.T)îb&e, in-/, » (;o

lre PARTIE.

152 DBS MOYENS iVlîXPI.OIUTION EN ANATOMIE GBNÉBALE.

do microscope, on reconnaîtra sans peine qu'on ne voit que des cubes, des octaèdres, ou des corps ovoïdes on arrondis, et nullement tonte autre chose (pie l'on voudrait voir. Seulement à chaque nouveau grossissement plus fort, on aperçoit de nouveaux détails restés jusqu'alors invisibles ou peu distincts.

71. Il ne faudrait pas croire non plus que le microscope peut donner brutalement la solution de toute question de structure, comme par exemple celle de savoir si tel fragment de tissu est ou n'est pas une muqueuse on un produit morbide, sans avoir préalablement étudié avec soin ce qui caractérise ces tissus. À cet égard, les médecins qui oublient trop que l'analomie normale est un sujet très complexe, que sans elle l'analomie pathologique, bien plus complexe encore, est impossible, prennent en quelque sorte le microscope pour un instrument de divination.

Or il faut avant tout pouvoir constater non seulement la présence des éléments caractéristiques du tissu, mais encore leur arrangement réciproque qui a quelque chose de spécial pour chacun d'eux, et dont la comparaison avec la texture des antres tissus doit toujours être faite par l'anatomisle; comparaison qui le guide dans les cas difficiles où il s'agit de tissus différents formés parles mêmes éléments analomiques.

72. Du reste, il faut reconnaître que les médecins ne se servent que de l'aspect extérieur pour distinguer les diverses altérations des tissus dont la structure leur est généralement inconnue. Mais en dehors de cela ils négligent tous les caractères précédents tirés soit des éléments du tissu, soit de la texture. Il n'est pourtant rien de plus varié que les nombreux aspects que peut

nil MICROSCOPE COMPOSÉ. {•">

prendre un même lissu sous des influences peu diflérenlesau fond, mais pouvant présenter des degrés très divers dont chacun est la cause d'un aspect différent. Ainsi, par exemple, la seule différence de vascularité d'un lissu, sans qu'interviennent des changements dans les autres éléments, peut déjà modifier à elle seule à l'infini l'aspect d'un organe, d'une membrane.

Les modifications se compliquent bien davantage quand plusieurs de ces corpuscules augmentent de quantité ou diminuent, comme dans le foie et les autres parenchymes qui renferment un si grand nombre d'éléments divers. Les changements d'aspect, de volume, de consistance, de vascularité , etc., sont encore bien plus variés quand aux particules propres du lissu vient s'ajouter un élément héléromorphe , comme le cancer, le tubercule, etc., etc., dont le chirurgien ne peut jamais tenir compte d'une manière certaine à cause de leur petit volume.

Or tant que leur présence n'est pas constatée, il serait impossible déjuger de la nature d'un lissu morbide, parce qu'il est reconnu que l'aspect extérieur qu'ils présentent quand ils sont réunis en masse se rencontre souvent d'une manière plus ou moins approchée dans des tissus formés par d'autres éléments. Réciproquement, des tumeurs qui en renferment peuvent ressembler beaucoup à celles qui n'en contiennent pas.

73. Habitués à juger par les seuls caractères extérieurs, les palhologistesnedoiventdoncpasêîrc étonnés de voir beaucoup des résultats qu'ils obtiennent ainsi renversés par le microscope qui vient prêter à noire jugement deux points d'appui entièrement nouveaux: en premier lien par la connaissance des éléments

IM DUS MOYENS n'rcXl'LOUATION EN ANATOMIE BÔNÉBALB.

analomiques , en second lien par celle de leur texture. Aussi quelle que puisse êlrc d'autre pari la valeur des objections qu'on a voulu tirer contre les déterminations faites à l'aide du microscope, de la marche de la maladie, de ses symptômes qui n'ont jamais été en contradiction réelle avec des observations bien faites, ces arguments seront toujours incomplets, puisque la nature des éléments qui composaient le tissu n'a pas été déterminée.

Du reste, y eût-il contradiction entre les déterminations du microscope de telle tumeur comme cancéreuse ou tuberculeuse, et les symptômes attribués antérieurement à ces produits morbides, ceci indiquerait seulement que la nature de ces tissus n'ayant pu être déterminée d'une manière positive (puisqu'on n'en connaissait ni les éléments ni la texture), on a bien [tu attribuer à des tumeurs cancéreuses , etc., des symptômes qui ne leur appartiennent pas, et réciproquement.

Aussi, loin de croire que la faute vient des connaissances nouvelles ajoutées aux autres par le microscope, et qu'il faut les rejeter en ce qu'elles ont de contradictoireavecles notions acquises antérieurement , ce sont celles-ci qu'il faut modifier; c'est l'histoire des maladies qu'il faut reprendre et reviser, en partant des notions nouvelles et beaucoup plus précises sur les tissus que nous fournit l'anatomie générale.

Du reste, il faut remarquer que la présence d'un élément analomique nouveau dans un tissu entraînant toujours un changement d'aspect, il en résulte que le microscope habitue le plus souvent à voir coïncider avec un élémenl spécial certains caractères extérieurs

OU MIcliuscul'K COMPOSÉ. 8)5

(loulou ne tenait pas toujours compte. On arrive ainsi quelquefois à constater déjà à l'œil nu des différences entre les tissus homœomorphes et les tissus héléromorplies qu'on ne prenait pas en considération., faute d'en connaître la valeur.

Art. IIL — Du microscope comme instrument.

74. Le microscope est composé essentiellement, de deux parties, la partie optique et la partie mécanique. La première, est fondamentale, invariable dans sa construction au point de vue théorique; c'est principalement de sa perfection que résulte la bonté du microscope. L'autre, quoique secondaire, pouvant variera l'infini, doit pourtant remplir un certain nombre de conditions de solidité et de précision qui facilitent beaucoup l'observation , et dont il sera question plus loin.

A. Partie optique du microscope.

75. Elle se compose de deux appareils distincts : \° l'objectif (p\.lll el IV, fig. 1 et 2, x) qui est tourné du côté de l'abjel ;„et %p ïaculaire contre lequel esl appliqué l'œil de l'observateur (pl. III et IV, lig. I et 2, et pl. III, fig. 5, 6c).

1° L'objectif (fig. \ , a, et 2, x) est composé d'une seule lentille pour les faibles grossissements et de deux ou trois placées à peu près au foyer l'une de l'autre poulies grossissements supérieurs. On l'appelle alors quelquefois indifféremment jeu de lentille ou objectif. Chaque lentille de l'objectif est achromatique , cl pour cela formée de deux verres différents collés ensemble a l'aide de térébenthine sèche L'un est- piano-concave, en tlinl-glass; l'autre biconvexe, en crown-glass, à moi-

DUS MOYENS D'EXPLORATION BIS A NATO Mit GÉNÉRALE.

lié enfoncé dans la concavité de l'autre. Il en résulte une lentille piano-convexe dont la l'ace plane doit être tournée vers l'objet. Chacune d'elles est portée par une moulure séparée, qui dans les objectifs composés se visse avec celle des autres.

2° L'oculaire (pl. IV, fig. 2, h o) est toujours composé de deux lentilles simples piano-convexes, à convexité tournée vers l'objectif, et plus ou moins écartées l'une de l'autre. La lentille inférieure la plus éloignée de l'œil reçoit le nom de verre de champ (pl. III et IV, c). La lentille supérieure la plus rapprochée de l'œil reçoit le nom de verre oculaire ou supérieur, ou encore de verre de l'œil et de loupe de Voculaire. Chacune d'elles a une monture séparée, formée d'un anneau de laiton noirci.

76. L'objectif est vissé sur une pièce conique, appelée le cône (pl. IV, fig. l,o', et 2), fixée elle-même à l'extrémité inférieure d'un tube cylindrique en laiton, qui porte le nom de corps du microscope (fig. I et 2, o o). L'objectif se dévisse facilement du cône avec les doigls, afin de pouvoir être remplacé à volonté par un autre. Dans quelques microscopes c'est le cône lui-même qui se dévisse du corps ; il y a alors autant de cônes que de jeux de lentilles ou objectifs.

77. L'oculaire est formé d'un tube cylindrique en laiton qui entre exactement dans l'extrémité supérieure du corps du microscope , mais sans frollement , de manière à pouvoir être remplacé par un autre avec facilité et sans rien déranger. Le verre de champ est fixé à son extrémité inférieure à l'aide des vis de sa monture qu'on peut dévisser au besoin afin de le nettoyer. Le verre supérieur, ou oculaire, est fixe, et peut être enlevé de la même manière ; seulement sa monture est plus large

IIU MICROSCOPE COMPOSÉ. B 7

que le lube du corps pour empêcher l'oculaire de descendre trop avant (fig. 1 el2, b).

L'intérieur des tubes du corps et de l'oculaire doit être enduit d'une couleur noire ou garni de velours, pour éviter la réflexion de la lumière qui les traverse, ce qui fatiguerait l'œil et nuirait à la netteté de l'image.

78. Un objet assez petit pour être examiné, étant placé au-dessous de l'objectif, la lumière réfléchie par les nuages ou celle d'une loupe est concentrée sur lui de bas en haut à l'aide d'un miroir concave (fig. 1 et 2, m). Ce faisceau de lumière traverse l'objet et la série des lentilles de l'objectif et de l'oculaire, et arrive dans l'œil après avoir éprouvé une suite de convergences et de divergences qui ont pour résultat de peindre sutla rétine une ombre de l'objet, qui peut être huit cents lois plus grande que celle qui se peindrait dans un œil assez sensible pour le voir directement.

Un objet ainsi examiné n'est aperçu que parce que la lumière qui passe autour de lui n'étant arrêtée par rien, vient impressionner vivement la réline, autour de la portion de cette membrane qui reçoit les rayons moins nombreux qu'il a laissés passer. Si le corps est opaque, on ne distingue que les bords , et sa masse se peint en noir; s'il est transparent, on voit dans son intérieur toutes les parties qui ont une densité cl une puissance réfringente autres que celles de la masse du corps.

<*. Usa/jes des différentes parties optiques du microscope

composé.

70. Si l'objet était au foyer même, les rayons, après avoir traversé l'objectif, sortiraient parallèlement, ou ils divergeraient s'il était entre l'objectif et le foyer, et

(lil DUS MOYENS O'-KXI'WUUTIHN K.\ AN.VTOMIK CKMCUALK.

l'image serai! indéfinie. Il et! par conséquent placé peu au delà du loyer (pl. IV, hg. 2, i i). Alors les rayons lumineux qui le traversent quand il esl vu par réllexion, sont rendus convergents par les lenlillesde l'objeoiii; et s'enlrecroisenl presque iinniédialenienl au-dessus de lui, de manière à ee que ceux de droile passent a gauche, el réciproquement.

En recevant sur un verre dépoli le faisceau lumineux au-dessus du croisement des rayons, on aurait une image renversée de l'objet (pl. IV, 1 /, fîg. 2) , et d'autant plus . grandie qu'on la recevrait plus loin au-dessus de l'objectif. Mais comme celle image serait très vague el irisée sur les bords (parce que l'entrecroisement de tous les rayons ne se fait pas précisément au même point), un premier diaphragme (pl. IV, fig. 2 > Z) D) esl placé au niveau de la jonction du corps et du cône du microscope, et arrête les rayons les plus divergents.

80. Le. verre de champ (pl. IV, lig. 2, c) de l'oculaire a pour but de recueillir les rayons divergents les plus centraux que laisse passer ce premier diaphragme, el qui sans lui viendraient former une image en / /.Il les rapproche el les fait entrecroiser plus tôl, ce qui rend le grossissement deux ou trois fois moins considérable ; mais du rapprochement des faisceaux el de la concentration de la lumière qui en résulte, l'image devient beaucoup plus lumineuse et plus nette. En môme temps ces faisceaux, devenus convergents, peuvent arriver à l'œil en beaucoup plus grand nombre, et par conséquent faire voir une plus grande étendue de la préparation à la fois, puisque, au lieu d'êlre abandonnés isolément a eux-mêmes, si l'on peut ainsi dire , ils sont rassemblés d'une grande surface el rendus convergents vers l'œil.

m Mie, uoM'.oi'ic coMl'osi';. 89

Le champ de la vision est donc agrandi par celle lentille , do là le nom de verre de champ.

81. Lorsqu'on efîet on supprime le verre de champ, cl qu'on lienl l'œil près du verre supérieur, on ne voil de la préparation qu'une étendue très petite el circulaire, qui est limitée par l'ouverture de la pupille. En outre , à chaque mouvement de la tète ou de l'œil, ce point éclairé se déplace dans le même sons que la pupille; de sorte qu'il est impossible de fixer, même pendant un temps assez limité , le même point de la préparalion qu'on étudie. Si au lieu de tenir l'œil près de l'oculaire, on l'éloigné peu à peu, le champ s'agrandit jusqu'à ce qu'il soit limité par le diaphragme, parce que les rayons qui sont reçus dans l'œil étant de plus on plus divergents , limitent un angle optique plus grand. Les objets vus ainsi paraissent bien plus grands, mais leur image est bien moins nette; ses bords sont diffus et irisés, el en outre les faisceaux de lumière n'étant pas rassemblés, l'image est peu éclairée.

Comme le^cbamp est d'autant plus restreint que le pouvoir amplifiant obtenu à l'aide des objectifs est plus considérable (parce qu'en ne voit alors qu'à l'aide dos rayons passant très près de l'axe), il en résulte qu'un oculaire dépourvu de verre de champ ne pourrait être utile que pour des grossissements très faibles.

82. Ce verre n'est pas achromatique, mais sa convexité étant tournée en bas, c'est-à-dire opposée à celle des lentilles de l'objectif, l'aberration de iV'frangibilité de celui-ci, dont l'achromatisme n'est pas parfait, se trouve corrigée par l'aberration même du verre de champ, d'après le mécanisme que nous indiquerons plus loin.

90 UPS MOYKNS U BXPLORATION EN ANAiOMIE (iÉNKHALE.

Il ne rcslc que l'aberration de sphéricité; niais elle est très diminuée par la concentration même des rayons à l'aide du verre de champ. De plus, au niveau de son loyer se trouve dans l'oculaire un diaphragme (pl. IV, lig. 2, dd) qui la réduit à peu de chose, en rétrécissant seulement un peu le champ de la vision.

33. Le pouvoir concentrateur du verre de champ varie avec chaque oculaire. Il est d'autant plus grand que le verre de l'œil grossit davantage ; pour cela on leur donne une courbure telle que la longueur focale des plus faibles oculaires est d'environ 54 millimètres ; celle des plus loris (ayant 5 centimètres de longueur, par exemple] est de 40 millimètres.

84. L'image (pl. IV, lig. 2, t't") ainsi formée est une image réelle ; ou peut la recevoir sur un verre dépoli , ce que j'ai fait souvent, et l'examiner à l'œil nu , quand elle est assez grande (comme celle obtenue avec une écaille de papillon ), et à la loupe, ainsi qu'on le fait d'un objet quelconque. Mais le grossissement n'est que de 40 à 50 diamètres pour de forts objectifs ; l'emploi du verre supérieur de V oculaire ( pl. IV, fig. 2, b), verre oculaire ou verre de l'œil, vient compléter le grossissement. Il sert, en eiïel, à grossir de 5 à 10 fois encore l'image formée dans l'intérieur du tube oculaire par l'objectif et le verre de champ.

85. Cette lentille n'est autre chose qu'une simple loupe non achromatique, qui sert daus ce cas à amplifier celle image t't", comme le fait une loupe ou microscope simple pour tout autre corps. Mais comme l'image grossie de tout objet vu à la Joupc ( lig. 13, d) est une ima"e virtuelle qu'on dit être reportée par habitude à la distance de la vision distincte (lig. 15, a b) , il en

nu micuoscote compose.

résulte qu'eu examinant un objel au microscope, c'est l'image virtuelle (/'/', pl. IV, fig. 2) de son image réelle V ï que nous avons sous les yeux.

|3. De la distance à laquelle est reportée limage d'un objet vu au microscope,

86. Cette image étant vue avec la loupe ou verre supérieur de l'ocu- Fig. 13.

laire , se trouve reportée par les centres nerveux à une certaine distance (en /'/', par exemple) qu'on dit être] celle delà vision distincte, comme dans le cas de la loupe or dinaire (fig. 13).

87. Mais je mesois assuré, par expérience, que celle assertion n'est vraie, ni dans le cas de la loupe, ni dans celui de l'oculaire, qui n'en diffère pas au fond.

Le fait physiologique du report de l'image vue à la loupe au delà du point où est placé l'objet déterminé est bien vrai ; mais celle distance n'est pas celle de la vision distincte.

D'uue part, elle est toujours moindre que celle de la vision distincte ordinaire, même avec les plus forts grossissements,. D'autre pari, elle varie avec chaque

1)2 l»KS MOYENS HKM'I-OIIA ThlN UN AN AT M M I B G EN EH A LE.

système optique donnant nu pouvoir amplifiant dilîérenl, soil qu'on l'obtienne en changeant les oculaires el laissant le même objectif, soil qu'on change les objectifs sans toucher à l'oculaire.

Plus le pouvoir amplifiant est considérable, plus l'image est reportée loin ; plus la distance se rapproche de celle; de la vision distincte. Plus il est faible, moins l'image est reportée loin, plus la distance diffère de celle de la vision distincte.

Pour chaque système grossissant (oculaire el objectif), la distance à laquelle l'image est reportée esl la même, quel que soit le point de la vision distincte des individus, depuis le cas de myopie ordinaire jusqu'à celui de vision distincte habituelle à 24 ou 26 centimètres. Elle est encore la même, quels que soient le volume de l'objet étudié et l'intensité de la lumière employée.

Pour faire celte expérience exactement, il faut se servir d'un oculaire micromètre (qui sera décrit plus loin) dont le verre supérieur grossit exactement dix fois, et rend par conséquent égal à 1 millimètre chacun des dixièmes de millimètre tracés sur la plaque de verre dont il esl formé. On mesure alors exactement les dimensions linéaires de l'image d'un objet déterminé, une écaille de papillon, par exemple, placée au foyer de l'objectif. Celle image ainsi mesurée esl reporlée à l'aide d'une chambre claire sur une feuille de papier que l'on place à toutes les dislances de l'œil qu'il esl nécessaire pour l'expérience.

On trouve ainsi qu'avec un pouvoir amplifiant réel de 400 diamètres, il faut que l'image soil mesurée à 13 centimètres 5(4 du prisme réflecteur, pour que ses

nU MlCUOSCni'H l'.OMl'OSK. !)."

dimensions coïncident exacte lichi avec celles de l'image du même objet mesurée au microscope. Si la distance csl moindre, l'image l'aile à la chambre claire sera plus pelite que celle vue dans l'instrument. Si elle est plus considérable, elle sera de plus en plus grande, et à 22 centimètres indiqués comme distance ordinaire de la vision distincte, on aura un dessin qui sera environ le double de l'image vue dans le microscope.

88. Voici, du resté-, le tableau des chiffres que j'ai oblenus pour chacun des objectifs de mon microscope et l'oculaire précédemment indiqué qui esl le plus fort. Les oculaires plus faibles donnaient avec les mêmes objectifs des chiffres intermédiaires.

Avec rt objectif llocttl.

Pouv.

amplifiant.

bimeiis. «Ic l'image de l'objet dans te microscope.

Dist. à laquelle elle est vue avec les mêmes dimensions à la chambre claire

Dimens de L'imng vue avec la ch claire i ;i renl

10 mill.

11 \ cenlim.

19 mill.

1 id.

2 id.

o id.

4 id.

5 id.

6 id.

7 id.

8 id.

89. Ces mesures sont susceptibles d'une assez grande précision, quand on a pris un peu l'habitude de les faire <'l qu'on y met le soin nécessaire. Mais lors même qu'en les répétant avec diverses chambres claires el des objets d autres dimensions on ne tombe pas exactement sur ies mêmes chiffres, les différences ne dépassent jamais I ou 2 millimètres. En outre, on relronve toujours que '''silice a laquelle est reporté l'objet varie avec Çhaqi^e syslème d'oculaire et d'objectif, et que plus le

04 DES MOYENS d' EXPLORATION EN ANATOM1E GÉNÉRALE.

pouvoir amplifiant csl considérable, plus l'image est reportée loin , et vice versa.

C'est là un fait physiologique expérimental curieux qui démontre que l'hypothèse qui veut que l'image virtuelle d'un objet vu à la loupe soit reportée à la distance de la vision distincte, ne se vériQepas par l'expérience, et que par conséquent elle doit être rejetée.

Il explique pourquoi les dessins faits à la chambre claire, à la distance de la vision distincte, sont toujours à peu près deux fois plus grands que l'image vue directement dans le microscope.

Il explique aussi pourquoi, en divisant le chiffre 20 ou 22 centimètres donné comme élant celui de la vision distincte, par la longueur focale d'une loupe, afin d'en obtenir le pouvoir amplifiant, on obtient un chiffre qui est plus fort au moins d'un tiers (plus ou moins) que le pouvoir amplifiant indiqué par la comparaison directe d'un objet d'une grandeur connue (et grossi avec cette loupe) àl mètre divisé exactement en millimètres.

Ainsi ce procédé est inexact, et appliqué au microscope il a causé des erreurs analogues, et comme nous le verrons, il doit être abandonné dans ce cas comme dans l'autre, et à bien plus forte raison.

y. Théorie des avantages du verre de champ.

90. C'est à Huygèns qu'on doit le perfectionnement des oculaires, qui consiste à leur ajouter un verre de champ et, depuis cette époque, on les appelle quelquefois oculaires de Huygens. Il avait ajouté le verre de champ dans le but d'augmenter le champ de la vision et de diminuer l'aberration de sphéricité en produisant les réfractions des deux verres au lieu d'un

Fis. 14.

DU MICHOSr.OPK COMPOSÉ. 95

spal, Mais Hnygeiis ne reconnut pas lonle la valeur de cet oculaire : ce fui le savant jésuite de Uaguse, Boscowich,qui démontra le premier que par celle importante disposition des deux verres de l'oculaire, il avait, sans le savoir, corrigé une grande partie de l'aberration de réfrangïbilité.

91. Nous savons déjà que l'aberration de sphéricité est diminuée beaucoup par le fait du rapprochement des rayons lu mi neux vers l'axe du microscope par le verre de champ, ce que prévoyait Hnygens,etenfin par le diaphragme qui supprime les rayons les plus divergents.

Quant à l'aclion du verre de champ sur l'aberration de réfrangibililé, elle est plus compliquée. Soit (fig.

H), un oculaire formé de deux

verres plans convexes L E, C.N, séparés par un (lia-

!Mi DBS MOYENS lùiXL'I-olt ATIon EN A!S ATOMlK GÉNÉRALE.

plil'âgttVéet placés à une dislance l'un de l'autre qui égale la moitié de leurs longueurs locales; avant leurs plans tournés vers l'œil et leur convexité vers un objectif non achromatique ou non parfaitement achromatique , ce qui est le cas ordinaire.

Si le verre de champ manquait, les rayons extrêmes partis des bords et du centre de l'objet viendraient de r r en vv former une image colorée, composée d'autant d'images qu'il y a de couleurs dans la lumière blanche et sous-lendant tous l'angle o. Les couleurs les moins rélïangibles, comme le rouge, sont les plus extérieure-, rr ; les plus réfrangibles, comme le violet, sont au contraire les plus intérieures vv.

Il faut remarquer, en outre, que les images rr et rr sont courbées en sens inverse, de ce qu'il faudrait pour être vues distinctement par le verre convexe LE.

Or l'action du verre de champ CN est précisément de modifier la disposition des images de manière à ce que les couleurs rr et vv sous-lendent l'angle visuel )'aV, ouvert en sens inverse de l'angle ror, et soient enveloppées par lui en R V, RV, de telle sorte, que les rayons rouges rr, au lieu d'être placés en dehors des violets vv, soient au contraire en dedans, en un mol qu'on ail RR < VV.

L'œil se trouve alors au sommet d'un cône qui ■enveloppe toutes les images, ce qui n'a pas lieu quand le verre de champ manque, ainsi que le montrent les angles ra r > » a v ; d'où r r > v v ne seraient pas superposés, et les rayons rouges se trouveraient en dehors des ravnns violets formant ainsi des annenux efi-neentriques diversement colorés.

Enliu, en même temps que le verre de champ fiait

converger les rayons or, or' en oir, oir \ il renverse aussi la courbure des images rr et vv pour leur donner la forme rV et v'v\ C'est la courbure nécessaire pour qu'elles soient vues nettement avec le verre de l'œil LE, à l'aide duquel on obtient les images virtuelles à peu près droites iSi?, VV, sous-lendant, comme nous l'avons dit, toutes les couleurs dans le même angle VaV. Les images rouges et bleues ont été aussi amenées très près l'une de l'autre en rr, vv' par le verre de champ, ce qui tend encore à les faire passer presque incolores par le verre de l'œil.

Ainsi les faisceaux de rayons ffo partis d'un objet concourent, après leur réfraction dans un objectif non achromatique ou incomplètement achromatique , vers des images colorées placées entre le foyer conjugué r situé sur l'axe o a, correspondant aux rayons rouges, et le foyer v des rayons violets ; toutes ces images , ainsi que l'objet/sous-tendentle même angle au centre optique o. La lentille CN reçoit en U les faisceaux réfractés par l'objectif avant leur concours en r r; les nouvelles réfractions qu'elle leur fait subir déterminent la forma lion d'autres images rV et vy v\ plus petites et plus rapprochées de l'objet que rr et «v;ehaque image r ouv sous-tendle même angle au centre optique/» du verre de champ que l'image r ou v correspondante. Mais cet angle p varie d'une couleur à l'autre; il est plus grand pour les rayons les plus réfrangibles, qui sont les rayons violets.

D'après cela, quoique l'image rrsoit plus grande que la nouvelle image rV qui sous-tend le petit angle npr' peut devenir plus petite que y' v' , qui sous-tend 1,1 ^nd angle m p r', et sous-tendre conséqueininenl, lr

PARTIR. - n

DES MOYENS n'EXPLOItATlON EN ANATOMIE GÉNÉRALE.

même angle que celle dernière au centre optique a de l'oculaire LE; en sorte que les images virtuelles RR, V V soient vues sous le même angle et reportées à une certaine distance de l'œil de l'observateur.

92. Nous venons de voir quelles sont les modifications que le verre de champ fait subir à la direction des faisceaux lumineux qui, en traversant l'objectif, ont subi une dispersion plus ou moins considérable, et se sont colorés. Il nous reste avoir comment l'action dispersive du verre de champ, qui n'est pas achromatique, Fig. i5. se Irouve corrigée par

le verre de l'œil, qui lui-même n'est pas achromatique (fig. 15).

C'est là le progrès que Boscowich a fait faire à la théorie du perfectionnement de l'oculaire par le verre de

champ.

Les rayons E' qui vont frapper le verre de champ en Ce s'y décomposent,car ce verre I n'est pas achroinali- I que; les rayons rouges se dirigent en dehors 'en C E et C a, les violets plus en dedans c e et c t. Or, si les rayons n'étaient pas ainsi séparés en différentes couleurs à leur arrivée au verre de l'œil L L, celui-ci n'étant pas achromatique non pins, ils se chromaliseraient, et sortiraient

en direction non parallèle, de manière h aller produire sur la réline des images colorées. Mais la séparation même, effectuée par le verre de champ, fail que les rayons ponctués violets C e et c e tombent plus près du centre du verre oculaire que les rouges CE et c a. Or, comme le pouvoir réfringent de cette lentille, à cause de sa courbe sphérique, est plus petit vers le centre qu'au bord, et que les rayons violets sont justement les plus réfrangibles, il en résulte : que l'action du verre de l'œil compense exactement la dispersion produite par le verre de champ, et que les rayons E et e, a et e' sortent sensiblement parallèles. Ils peuvent conséquemment rencontrer tous l'axe optique a o très près l'un de l'autre, et agissent sur la réline comme un seul point lumineux. Ce qui se passe ici pour un seul faisceau et les couleurs extrêmes rouge et violet se passe aussi de la même manière pour les faisceaux et les couleurs intermédiaires.

95. Dans tout ce que nous avons vu jusqu'à présent, relativement au microscope composé , on a pu' reconnaître que l'image se peint renversée dans l'œil (p| IV fip. 2), telle qu'on peut la recevoir au-dessus de l'objectif. Tous les mouvements qu'on vent faire exécuter dans une direclion donnée à l'image vue dans le microscope ne sont par conséquent obtenus que par un mouvement en sens inverse de l'objet lui-même, ce qui offre du reste peu d'inconvénients , car on en prend vile I habitude. Pourla redresser, il faudrait employer deux pnsmes croisés à angle droit ou deux objectifs super Posés; moyens déjà indiqués à propos des microscopes a dissection, mais qui entraînent une perle de lumière ^lle que Instrument ne pourrait plus rerevoir ,le forts

100 DES MOYENS d'kXL'LOUATION EN ANATOM1E GÉNÉRALE.

objectifs, en sorte qu'il est impossible de les employer.

B. Partie mécanique du microscope.

94. C'est surtoulsous le point de vue mécanique qu'on voit les microscopes varier à l'infini, sous le rapport de la forme, du volume, de la solidité, de l'élégance , etc. C'est surtout à cet égard que chacun vante au détriment des autres instruments celui auquel il est habitué. On peut en général regarder ce fait comme indiquant peu d'habitude du microscope, ou au moins des habitudes restreintes au seul instrument dont on parle, car rien ne vient justifier d'une manière bien frappante ces éloges ou ces reproches exagérés. On reconnaît bientôt qu'ils ne sont basés que sur la nécessité de s'accoutumer à tenir les mains dans une position un peu différente de celle à laquelle on est habitué, ou à les porter à une vis placée dans un autre endroit, etc.

95. On ne saurait contester qu'en anatomie les plus simples microscopes et les plus solides sont les meilleurs; ce sont même là des conditions indispensables. Il faut en outre que le poignet puisse être appuyé sur la table où est placé l'instrument, afin de pouvoir travailler longtemps sans fatigue, pendant que les doigts reposent sur la platine du microscope et y exécutent divers mouvements.

Une certaine pesanteur du pied destinée à lui donner de la solidité , tout en laissant ses dimensions limitées à 10 ou à 12 centimètres de diamètre, sont encore des conditions nécessaires au microscope de l'analomisle qui ^st obligé de le porter dans un laboratoire, ou en voyage, sans qu'il occupe trop de place et qu'il risque d'rlie

nu mhuioscoimo coMrdsÉ. 101

ébranlé, faille d'une table disposée exprès. Il est encore indispensable que la plaline soit horizontale et en verre noir dépoli, inattaquable à l'eau de mer et aux réactifs acides dont à chaque instant il faut se servir, ce qu'on ne peut faire sans en répandre sur elle.

Il est incontestable aussi que ceux qui remplissent ces conditions nécessaires pour l'étude de l'anatomie son t également propres à tous les autres genres d'études, soit botanique, anatomie végétale, zoologie, physiologie, etc., qui en général sont bien plus simples, demandent l'emploi de moins de réactifs et de moins de manœuvres que les études d'anatomie animale.

9G. Ces divers motifs doivent décider à repousser l'emploi de ces grands microscopes qui demandent souvent une table faite exprès, soit à cause de leur hauteur, soit à cause de leur complication. Ceux qui se vissent sur la boîte qui doit les renfermer, dont le volume est toujours gênant, sans parler de la hauteur et du peu de solidité de leur platine, doivent aussi être laissés de côté. Ceux dont la platine est oblique ne doivent pas nous arrêter non plus, parce que, dès qu'on est obligé de mettre l'objet à examiner dans une quantité de liquide un peu considérable, ce qui esta chaque instant indispensable, la plaque de verre supérieureglisse sur loutre et la préparation se perd. Ceux-là ne sont guère bons que pour les préparations sèches La complication de ces microscopes en traîne beaucoup d'autres inconvénients qu'il estinulile d'énumérer, sans qu'il y ait compensation réelle par d'autres avantages.

On trouvera la description de ces instruments et de beaucoup d'autres accessoires de toute espèce, dans les traités du microscope de MM. Chevalier, Dujardin,

102 DES MOYENS d'exI'LOHATION EN ANATOM1E (JEINÉllALE.

Mundl, Queketl, etc., où ils sont longuement décrits. Je ne parlerai pas de tous ces accessoires, parce que le plus souvent ils ont été inventés théoriquement sans jamais avoir été mis en pratique , soit à cause de leur inutilité, soit à cause de l'existence de moyens plus simples. D'autres ne sont utiles que dans certains cas spéciaux , dans lesquels il est ordinairement plus vile et mieux fait d'inventer ou fabriquer soi -même un appareil directement approprié au cas dont il s'agit. Dans ces cas-là il sera bon de consulter les ouvrages de F. Dujardin (1), de Quekelt (2), et les préliminaires du Traité d'anatomie comparative de Straus (5).

«. Description des différentes pièces du microscope.

97. La description qui suit se rapporte aux grand et moyen modèles des microscopes de Charles Chevalier, de George Oberhaueser et de Nachet , qui ont été imités par beaucoup d'autres opticiens, mais ordinairement avec des modifications nuisibles. La longueur du corps rend moins commode des microscopes d'un modèle analogue qui se font en Allemagne. Il sera question plus loin des objectifs séparément.

98. Le pied du microscope se compose d'une base circulaire de 10 centimètres environ de diamètre (pl. IV, lig. \,g), épaisse de 2 centimètres; elle est en laiton creux, et du plomb coulé dans sa cavité lui donne le poids auquel est due en partie sa grande solidité. Une

(1) Manuel de l'observateur au microscope. Paris, 1843. 1 vol. in-18, avec fig.

(2) Quekelt , Praclical treatise on ihe tise of the microscope. Londres et Paris, I8Z18, in-8, avec figures.

(3) Traité d'anatomie comparative. Paris, 1842, 2 vol. in-8.

lame de cuir esl collée en dessous, afin d'empêcher l'instrument de glisser.

La base est surmontée d'un tambour cylindrique haut de 6 ou 7 centimètres (fig. 2, t), qui présente une ouverture quadrilatère pour laisser arriver la lumière sur un miroir (fig. 2, m). La monture de celui-ci esl fixée dans le tambour à l'aide de deux vis , dont les pignons saillants en dehors servent à faire varier son inclinaison à volonté pour éclairer l'objectif (fig. 2, i).

Celle monlure doit porter sur une de ses faces uu miroir m, concave, destiné à concenl rer la lumière, et un miroir plan sur l'autre face. Ce dernier sera employé dans les cas où l'on se sert de faibles grossissements , ayant un champ trop vasle pour que les rayons réunis par le miroir concave puissent l'éclairer en entier.

Le tambour esl fermé en haut parla platine (fig. 2, p), formée d'une plaque circulaire de verre noir dépoli, enchâssé exactement dans une épaisse plaque. de cuivre, dont les bords sonl percés de deux ou quatre trous (fig. 2, vv), dans lesquels on engage de petits chevalets (fig. 2, v) en laiton, destinés à fixer le porte-objet à une place déterminée.

La platine peut être fixe ou à tourbillon. Elle est dite à tourbillon quand elle peut, à l'aide d'un mécanisme particulier, tourner en tout sens autour de son centre. Ce moyen est très utile pour placer un objet que Ton veut dessiner dans un sens déterminé, sans être obligé détourner la plaque qui porte la préparation, ce qui souvent dérange celle-ci. Cette platine est encore utile dans beaucoup d'autres circonstances, et peut être regardée comme indispensable en analomie et encore plus en zoologie.

KM DES MOYENS Ii'eXI'MMIATION EN ANATOM1K GÉNÉRALE.

Au centre de la platine se trouve un orilice circulaire que traverse la lumière, et au-dessus duquel on amène l'objet à étudier. Dans ce trou (fig. 2, a) glisse verticalement, au moyen d'un genou articulé et d'un manche qui fait saillie hors du tambour par une fente pratiquée à son côté gauche (Qg. 2, l), un petit lube destiné à recevoir des diaphragmes, à ouvertures de diverses grandeurs. Ces diaphragmes à mouvement vertical peuvent être rapprochés plus ou moins de l'objet, et sont surtout utiles lorsqu'on observe à l'aide de la lumière artificielle.

La plaque de cuivre de la platine porte sur un point de la circonférence une oreille (Gg. 2, e) à laquelle est fixée solidement, à l'aide de trois vis-, une colonne de laiton ou de bronze, haute de quelques centimètres (fig. %-z) ; elle est entièrement cachée par un tube de laiton (fig. 2, h) qui glisse exactement sur elle. Celui-ci porte à son extrémité une branche horizontale, carrée, épaisse (fig. 2, k), qui s'avance jusqu'au niveau du centre de la platine. Là cette brancbe est munie d'un tube vertical rrr dans lequel" glisse à frottement doux le corps du microscope o o, qu'on peut ainsi enlever et replacer à volonté.

La colonne de bronze est traversée dans toute sa longueur par une vis micrométrique en acier, qui s'engage dans un écrou dont est pourvu le sommet du lube de laiton qui la recouvre. Cette vis est entièrement cachée; elle peut être mise en mouvement à l'aide d'un pignon (fig. 2,w) que porte son extrémité inférieure, et qui se trouve au-dessous de l'oreille de la platine. Chaque lourde cette vis fait monter ou descendre, d'une très petite quantité à la fois, le 'lube qui glisse sur la

I)U MICHOSOOl'li COMl'OSÉ. 105

colonne, ainsi que La branche horizontale qu'il porte à son sommet.

Comme à son lour le corps du microscope est placé dans l'anneau de la branche horizontale, il monte et descend avec elle. Un ressort élastique, placé dans le tube, sert à rendre uniformes les mouvements déterminés par la vis ; il tend surtout à faciliter les mouvements d'ascension par la pression continue qu'ii exerce de bas en haut.

99. L'axe du miroir réflecteur, le centre du trou de la platine et les diaphragmes qu'on y met, les objectifs, le corps du microscope et les verres de l'oculaire sont tous exactement centrés les uns par rapport aux autres.

C'est là une condition indispensable pour que les observations soient possibles et que le champ soit uniformément éclairé. Par conséquent, il faut éviter de porter le microscope par le support vertical, de peur que quelques unes de ses parties ne soient faussées par le poids du pied, qui est considérable, et, par suite, n'amène une décenlration : c'est par le tambour qu'il faut le saisir.

p. Des mouvements que ion fait exécuter aux diverses parties du microscope , et des précautions quils nécessitent.

100. Il y a, comme on le voit, deux moyens d'éloigner ou de rapprocher l'objectif du porte-objet : l'un dans lequel on ne fait que glisser le corps du microscope dans l'anneau de la branche horizontale. Il n'est employé que pour exécuter les grands mouvements qu'exigent les faibles objectifs, ou pour mettre les forts approximativement au point de vision nette, ou au foyer. Quelquefois

100 l)LS MOYENS OEXPLOKATION EN ANATOM1K tiÉNÉUALE.

un prend l'habitude d'employer ce moyen seul dans tous les cas.

L'antre moyen consiste dans l'emploi de la vis micrométrique. Elle sert à mettre d'une manière précise l'objectif au point, quand, par glissement du corps du microscope, ce dernier a déjà élé rapproché de manière à n'avoir que quelques tours de vis à exécuter.

On doit, pendant l'examen , avoir toujours la main au pignon de cette vis, afin de mettre ainsi au point successivement toutes les parties de chaque objet qui se trouve dans le champ du microscope.

L'expérience a montré que le moyen de mettre les objets au foyer, qui consiste à faire mouvoir le corps du microscope avec les branches qui le supportent, est bien plus précis et moins sujet à dérangement que celui qui consiste à monter ou à descendre la platine. Les platines mobiles ne sont jamais assez solides pour rester fixes sous le poids de la main, et elles ne peuvent pas être faites de matière inattaquable aux acides , ni à tourbillon. Avec les platines mobiles, dès que la main vient à s'appuyer sur elles , on voit qu'elles fléchissent , et l'objet cessé dès lors de se trouver au foyer de l'objectif, ce qui gêne beaucoup pendant l'observation, surtout avec les grossissements un peu forts.

101. Le microscope que nous venons de décrire est vertical; sa hauteur est de 30 centimètres environ, de sorte que placé sur une table de hauteur ordinaire, telles qu'on les trouve partout (70 à 75 cenlim.) , son oculaire est situé à la hauteur de l'œil d'une personne assise. Il suffit d'incliner un peu la tète, comme on la tient pour lire ou écrire , pour que la lumière qui traverse le microscope vienne frapper la rétine. Aussi les

DU MICttpSCOPK COMPOSÉ. i(|7

reproches qu'on lui fait de l'aligner, de donner mal à la tèle n'ont certainement jamais élé faits par ceux qui s'en servent et sont complètement dénués de fondement.

Après avoir travaillé huit à douze heures par jour à cet instrument, on n'est pas fatigué plus que par quelque travail que ce soit. Si après deux ou trois heures d'attention continue ou souffre de la tête, il est facile de remarquer que c'est le même genre de fatigue que l'on éprouve après un temps égal ou même moindre de lecture attentive ou de tout autre travail intellectuel. Ainsi ce qui fatigue dans les éludes microscopiques, c'est la grande attention souvent continue qu'on est obligé d'y mettre, mais nullement la situation delà tête.

J 02. Les microscopes horizontaux demandent certain nemenl plusse temps pour s'habituer à s'en servir sans laligue, parce qu'ils forcent de tenir la tête un peu redressée, d'où résulte bientôt une lassitude marquée et pénible des muscles du cou. De plus étant coudés parle milieu, leur hauteur est diminuée de près de moitié , ce qui exige qu'on les place sur une table élevée ou sur un support qui les élève, ou bien que leur pied soit très élevé, ce qui les complique et rend leur emploi diflicile.

On peut, du reste, à l'aide de la chambre claire du microscope de G. Oberhaueser, rendre horizontaux les microscopes qu'il fabrique, si on le veut; mais on les rend de la sorte très incommodes. Le corps de ceux de Nachet peut être dévissé par le milieu et recevoir un prisme qui le rend oblique cl dirige l'oculaire vers 1 œil : celle forme n'est pas fatigante du tout, et c'est certainement la plus commode de toutes ces modilical'ons , après la forme verticale. Le prisme qu'on emploie

10H 1>ES MOYENS d'eXPLOUATION EN ANATOM1E GENERALE*

pour rcnilrc les microscopes horizontaux OU obliques , allongeant un peu le corps de l'instrument, grossit de quinze à vingl lois les objets; mais en même temps il l'ait perdre un peu de lumière et de netteté, à cause des deux surfaces nouvelles que rencontre la lumière.

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