CHAPITRE II
DIVISION DES SCIENCES d' APRÈS L'ORDRE DE LEUR ÉVOLUTION ET LE
degré de complication croissante des phénomènes dont elles s'occupent.
Art. I. — Séparation successive des sciences du corps unique qu'elles formaient primitivement.
14. Il n'est personne qui, dans l'étude des sciences, n'éprouve le besoin d'une théorie susceptible de rattacher les uns aux autres, d'une manière rationnelle et complète, celte immense quantité de traités spéciaux qui paraissent chaque jour et sont présentés comme autant de sciences particulières, et conséquemment reçoivent chacune leur nom. Cependant, quels que soient les ouvrages qui dans leurs préliminaires traitent de ce sujet, il n'en est pas deux qui s'accordent sous ce rapport. Les traités de physique mêmes, dans lesquels on s'attend à trouver plus de rigueur sur ce point, ne sont pas plus satisfaisants que les ouvrages qui traitent des
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sciences organiques. Il est résulté de là une sorte de répulsion contre toute tentative de ce genre, et la plupart des auteurs s'abstiennent maintenant d'un tel ordre de considérations. Ils se bornent à traiter du sujet qui les occupe , sans faire ressortir ses relations avec les autres branches des connaissances humaines et la place qu'il doit occuper parmi elles ; sans montrer quelle est son importance relative , sans faire voir s'il s'agit d'un ordre d'idées plus simples ou plus complexes que celui des sciences voisines.
Il résulte de cela une tendance de la part de chaque auteur à considérer son sujet comme dominant tous les autres, et à le poursuivre d'une manière immodérée sous chaque point de vue. Aussi à chaque pas il empiète sur les sciences voisines et tend à les absorber plus ou moins complètement; comme, par exemple, la chimie organique qui tend à absorber une grande partie de la physiologie, tandis qu'elle ne doit être pour le physiologiste qu'un instrument, indispensable , il est vrai, mais qui pourtant ne peut marcher sans l'anatomie.
Aussi, comme conséquence nécessaire de cette vicieuse distribution du travail scientifique, on voit bientôt les progrès réels de la science envahie, rendre presque complètement inutiles un nombre considérable de travaux consciencieux en eux-mêmes , dont la lecture ne peut plus servir qu'aux historiens de la science. Au milieu des exemples sans nombre qu'on pourrait citer à cet égard, il suffit de signaler l'influence de ce genre exercée, par les remarquables découvertes de M. Cl. Bernard, sur un grand nombre de travaux trop exclusivement chimiques relatifs surtout aux liquides de l'économie animale.
Il CLASSIFICATION DUS SCIENCES PONDAMENTA L li S .
15. Il est incontestable ijue, quellesque soient les divisions que nous établissions dans l'ensemble de nos connaissances, elles s'enchaînent l'une a l'autre d'une manière régulière et mélhodique. Il est de la dernière importance de déterminer que! est eet ordre sons un grfjod, nombre de rapports. En premier lieu, c'est le seul moyen d'éviter l'inconvénient cilé plus baut. Cet ordre est, en oui re, la base de toute méthode dans l'élude des sciences; méthode qui doit nous conduire , d'une pari, à ne rien laisser échapper tant parmi les détails anatomiques, que parmi les phénomènes qui se passent sous nos yeux ; d'autre part , à donner à chacun de ces faits l'importance qu'il mérite par rapport aux autres.
C'est par conséquent le seul moyen qui puisse nous éviter de tomber dans des détails descriptifs trop oiseux, et de poursuivre outre mesure des recherches de minime importance, relative ou absolue. Car il y a autant de sagacité à savoir s'arrêter dans un ordre d'investigalions quelconques poussées à un certain point, qu'à reconnaître, quelle est la partie d'une science qui doit de préférence attirer notre attention et faire le but de nos recherches.
La nolion exacte du développement corrélatif de l'ensemble des sciences, celle des phases par lesquelles elles passent successivement, déjà mentionnées (§4 elsuiv.), et celle de leur enchaînement réciproque peuvent seules nous conduire à reconnaître qu'un sujet quel qu'il soit ne peut jamais être traité complètement, et re fini (suivant le langage reçu) d'une manière définitive et absolue. Cependant c'est ce que Ton entend journellement déplorer à l'occasion de chaque ouvrage,