DIVISION D'APRÈS LORDRE DE LEUR ÉVOLUTION
de chaque nouveau travail publié, quel qu'il soit. On ne peut pas même en excepter ceux dont les auteurs, se proposant ce but inaccessible, s'épuisent en vain en détails minutieux et souvent stériles.
16. Dans l'état primitif des connaissances humaines il n'existait aucune division régulière des travaux intellectuels; les mêmes hommes cultivaient simultanément toutes les sciences. Il ne pouvait pas en être autrement à une époque où les faits observés et recueillis étaient encore en petit nombre. Mais, à mesure que les divers ordres de conceptions se développent, par une loi nécessaire , chaque branche de nos recherches se sépare insensiblement du tronc, lorsqu'ayant pris assez d'accroissemenl , elle occupe à elle seule l'activité entière de quelques hommes et exige ainsi une culture isolée. C'est à cette division du travail intellectuel, perfectionnée de plus en plus, età cetterépartilion desdiverses sortes de recherches entre différents ordres de savants, que nous sommes redevables du développement si étendu des connaissances humaines, qui rend complètement impossible chez les modernes celte universalité de recherches spéciales , si facile et propre à tous les anciens philosophes.
17. Les différentes sciences n'ont pas pu se séparer les unes des autres simultanément, car elles n'ont pas dû parcourir d'une vitesse égale les trois grandes p.hases de leur développement indiquées au chapitre Ier (art. II). Elles ont, dans cette progression, suivi un ordre invariable et nécessaire, dont la considération exacte est le complément indispensable de la loi précédente. Cet ordre est déterminé par les degrés : 1° de généralité ; "1° de simplicité; 5° d'indépendance
de chaque science par rapport aux autres. Cet ordre est conforme à la nature simple ou complexe des phénomènes dont traite chacune d'elles. Ces trois considérations, bien que distinctes, concourent au même but, qui est de séparer chaque science des autres et en même temps de les ranger dans l'ordre de leur enchaînement rationnel. Ainsi, parmi les phénomènes de l'univers, les phénomènes astronomiques d'abord, qui sont les plus généraux , les plus simples et les plus indépendants de tous; puis successivement par les mêmes raisons, les phénomènes de la physique proprement dite, ceux de la chimie et ceux que présentent les corps organisés , se sont successivement séparés les uns des autres. C'est dans cet ordre aussi que, dans ces sciences, le raisonnement s'est affranchi des entités théologiques et métaphysiques.
Enlin, comme dernière science, il faut placer celle qui s'occupe non plus des corps organisés considérés comme individus , mais qui traite des phénomènes des êtres réunis en société , la science sociale, en un mot, ou sociologie , la moins simple et la moins générale de toutes quant aux faits qui en font le sujet, et la moins indépendante de toutes celles qui la précèdent. Sa grande complication, ses phénomènes particuliers, peu généraux, leur dépendance de tous les autres, montrent qu'elle a dû par cela seul se perfectionner plus lentement que les précédentes. Ils nous expliquent pourquoi elle n'est pas encore nettement envisagée et nettement conçue par tous les esprits; pourquoi ce n'est que dans ces derniers temps qu'elle a été considérée d'une manière à la fois philosophique et systématique comme formant un corps de science distinct des autres; le der-