‹ Du microscope et des injections dans leur applications à l'anatomie et à la pathologie, suivi d'une classification des sciences fondamentales, de celle de la biologie et de l'anatomie en particulier [electronic resource]Chapitre 48 sur 77 · DIVISION D'APRÈS L'ORDRE DE LEUR ÉVOLUTION · texte numérisé non relu

DIVISION D'APRÈS L'ORDRE DE LEUR ÉVOLUTION

nier terme des conceptions humaines sur l'ensemble des phénomènes de l'univers (1).

18. Quoique toutes ces sciences fondamentales, en tête desquelles nous placerons plus loin les mathématiques, n'inspirent pas à certains esprits un égal intérêt, il n'en est aucune qui doive être absolument négligée. Quant à leur importance et leur utilité à l'espèce humaine, elles sont certainement équivalentes quand on les examine d'une manière approfondie. Celles qui , au premier abord , présentent un moindre intérêt pratique, se recommandent, soit par un plus grand perfectionnement de leur méthode, soit comme étant le fondement indispensable de toutes les autres.

19. La grande division nécessaire du travail intellectuel, qui, pendant un certain temps, est la base des progrès de chaque science , a cependant des inconvénients des plus graves et faciles à concevoir. C'est de l'extrême particularité et de l'étroilesse des idées qui absorbent alors trop exclusivement chaque individu qu'il s'agit. Aussi voyons-nous la plupart des savants , à mesure qu'ils avancent en âge, reconnaître ce principe ouvertement ou implicitement, parleur tendance à donner plus d'extension , plus de généralité à leurs travaux.

Pourtant les divisions établies entre les différentes branches de la philosophie naturelle sont finalement artificielles , et n'ont été faites que pour arriver à une plus grande perfection de nos recherches. La supériorité des anciens sur nous , au point de vue de la généralité des connaissances, ne tenant qu'au peu de développement des sciences à cette époque, on ne saurait

(1) Comte, loc. cit., t. I, p. 20, et t. IV.

guère éviter d'une manière absolue les effets pernicieux de la spécialité exagérée à laquelle nous tendons de plus en plus.

Néanmoins on peut arrêter cette influence délétère en utilisant la division même du travail intellectuel en la perfectionnant. Pour cela, il faudrait faire de l'étude des généralités scientifiques une section distincte du grand travail intellectuel, une grande spécialité de plus. Tant que les différentes sciences étaient peu développées, leurs relations mutuelles n'avaient pas assez d'importance pour donner lieu d'une manière permanente à une classe particulière de travaux, et cette nouvelle étude était bien moins nécessaire. Mais actuellement chaque science a pris assez d'extension pour que ces travaux deviennent nécessaires afin de prévenir la dispersion trop grande des conceptions humaines.

Qu'une classe nouvelle de savants préparés par une éducation convenable, sans se livrer à la culture spéciale d'aucune branche particulière de la philosophie naturelle, s'occupe uniquement à considérer les diverses sciences positives dans leur elat actuel, à déterminer exactement l'esprit de chacune d'elles , à découvrir leurs relations et leur enchaînement, à résumer, s'il est possible, tous leurs principes propres en un moindre nombre de principes communs, en se conformant sans cesse aux maximes fondamentales de la méthode positive. Qu'en même temps les autres savants, avant de se livrer à leurs spécialités respectives, soient rendus aptes désormais par une éducation portant sur l'ensemble des connaissances précédentes, à profiler immédiatement des lumières répandues par ces savants

division d'après l'ordre de leur évolution. 27

voués à l'élude des généralités, et réciproquement à rectifier leurs résultats, état de chose dont, se rapprochent visiblement de jour en jour les savants actuels. Ces deux grandes conditions une fois remplies, et il est évident qu'elles peuvent l'être, la division du travail dans les sciences sera poussée, sans aucun danger, aussi loin que le développement des divers ordres de connaissances l'exigera. Cette classe distincte étant incessamment contrôlée par toutes les autres, ayant pour fonction propre et permanente de lier chaque nouvelle découverte particulière au système général , on n'aura plus à craindre qu'une trop grande attention donnée aux détails empêche jamais d'apercevoir l'ensemble. En un mot, l'organisation moderne du monde savant sera dès lors complètement fondée , et 11'aura qu'à se développer indéfiniment en conservant toujours le même caractère (1).

Art. H. — Classification des sciences.

20. Nous avons vu précédemment dans quel ordre et d'après quelles raisons les diverses sciences fondamentales se sont séparées successivement du tronc unique qu'elles formaient dans l'origine, et dont les principes généraux constituaient la philosophie des anciens. Nous devons actuellement les classer dans un ordre méthodique.

Ce sont les travaux philosophiques des botanistes et des zoologistes qui ont mis le mieux en évidence le véritable principe fondamental de l'art de classer, qui n'avait pas été nettement conçu jusqu'alors. Ce prin-

(1) Comte, loc. cit., t. I, p. 30.

cipe consiste en ce que lonle classification doit se déduire de la connaissance exacte, de l'étude même df>s objets à classer; elle doit être déterminée par les affinités réelles et l'enchaînement naturel que présentent ces objets, de telle sorte que cette classification ne soit autre chose que l'expression exacte du fait le plus général, démontré par leur co nparaison approfondie.

Les sciences que nous avons à classer doivent donc être rangées d'après leur dépendance mutuelle; et celle-ci ne peut résulter elle-même que de la dépendance relative des phénomènes qu'elles embrassent.

21. La division la plus générale de nos connaissances réelles consiste à les distinguer en connaissances théoriques ou spéculatives et en connaissances pratiques, d'ACTION OU d' APPLICATION.

Les premières ont pour but d'envisager les phénomènes sous tous leurs points de vue , de les relier entre eux de manière à en préparer et faciliter l'application à nos besoins. Les secondes s'emparent de ces faits, tels qu'ils sont présentés par les premiers, et les utilisent au profit de l'espèce humaine.

Les premières sont plus générales, plus simples, plus indépendantes que les secondes ; elles en constituent les bases fondamentales indispensables. Toutefois celle indépendance n'est pas absolue; les secondes sont nécessaires aux premières, mais seulement pour l'exploration, pour l'observation des phénomènes; elles leur fournissent les moyens d'observer, elles leur servent d'instrument. En un mot, les premières constituent les sciences, les secondes sont les arts, en prenant ces mots dans leur acception totale.

Page 1