DIVISION D'APRÈS L'ORDRE DE LEUR ÉVOLUTION
sultats importants. D'une part l'élude des phénomènes de la nature sert de base à l'action de l'homme sur la nature même. Celle élude, en nous faisant connaîlre les lois de ces phénomènes , nous conduit nécessairement à nous les faire prévoir, avec plus ou inoins de précision, suivant leur nature simple ou complexe, et par suite à les modiGer, à notre avantage , les uns par les autres.
Comme nos moyens pour agir sur les corps qui nous entourent sont extrêmement faibles, il n'y a que la connaissance des lois naturelles qui nous permette d'introduire quelques éléments modificateurs parmi les circonstances déterminées sous l'influence desquelles s'accomplissenl les divers phénomènes. Quelque faibles que soient ces moyens, ils suffisent souvent pour faire tourner à la satisfaction des besoins de l'homme les résultats définitifs de l'ensemble des phénomènes qui se passent autour de lui.
Eu sorte que savoir ou science , d'où prévoyance ; prévoyance d'où action on application , telle est la formule exacte du rapport des sciences avec les arts.
23. Il faut se garder toutefois de ne considérer les sciences que comme base des arts. Quoique, suivant l'expression de Bacon , la puissance soit nécessairement proportionnée à la connaissance, et que les sciences aient rendu et rendent toujours d'immenses services à l'industrie, il est un second point de vue qui leur donne une importance à la fois plus directe et plus élevée. C'est de satisfaire au besoin si impérieux et si généralement répandu, qu'éprouve notre intelligence, de connaître les lois des phénomènes. Pour juger d'une manière à la fois juste et complète combien ce besoin
esl profond et impérieux, il su Hit de se rappeler que la sensation la plus terrible que nous puissions éprouver, et qui se renouvelle souvent depuis l'enfance, quoique avec de moins en moins d'énergie, est celle qui se produit toutes les fois qu'un phénomène nous semble s'accomplir contrairement aux lois naturelles qui nous sont familières. Il suffit, en un mot, de se reporter pour quelques instants aux phénomènes physiologiques de Yétonnement, sensation bien moins fréquente et moins énergique chez ceux qui cultivent les sciences, que chez ceux qui sont restés étrangers à leur élude.
De là ce besoin de disposer les faits dans un ordre que nous puissions concevoir avec facilité , but qui fait l'objet propre de toutes les théories scientifiques. C'est ce besoin, comme nous l'avons vu (§ 7) , qui a primitivement donné naissance inévitablement aux explications théologiques et métaphysiques; or, il est tellement inhérent à notre organisation, que si ndus ne parvenions pas à le satisfaire par des conceptions basées sur l'observation, par des conceptions positives, nous retournerions nécessairement à ces deux modes primitifs d'explication (1).
24. Il est à remarquer, avant d'aller plus loin, qu'à chaque science fondamenlalese rattachenlspécialemenl un ou plusieurs arts principaux. Ceux-ci leur empruntent, d'une manière plus spéciale qu'aux sciences voisines, la plupart des données principales sur lesquelles ils s'appuient pour agir sur les êtres de l'univers, de manière à conduire l'homme à la satisfaction réelle de ses besoins. Tels sont, par exemple, l'art nau-
(1) Comte, loc. cit., t. I, p. 6Zi.
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lique, basé sur les connaissances astronomiques; l'art médical, fondé sur" nôtre connaissance des corps organisés en général, et de l'homme en particulier, elfcl L'impulsion si énergique pour hâter les progrès naturels de la raison humaine, qui résulte des besoins de l'application, a même fait dire à beaucoup de savants que chaque science naissait d'un art correspondant. Quoiqu'exagérée, cette pensée est on ne peut plus vraie, si l'on entend dire par là que cet art a conduit à faire sortir chaque science successivement du domaine trop spéculatif où les entraînaient les philosophies théoiogiques et métaphysiques , pour les ramener à l'étude de questions plus réelles et plus accessibles à notre intelligence. Il est en réalité très vrai qu'à raison des données positives que fournissent involontairement les arts aux sciences, leur formation, comme science proprement dite, c'est-à-dire comme système de coordination des faits d'après des lois bien constatées , a été, sinon déterminée, au moins très hâtée par les arts.
Ainsi la liaison des sciences aux arts a été longtemps d'une importance capitale pour le développement des premières; elle continue même à réagir encore très utilement sur leurs progrès. Mais il est incontestable aussi que si, une fois parvenues à un certain degré d'extension, on assujettit la théorie à une trop intime connexion avec là pratique , la marche des connaissances spéculatives sera extrêmement ralentie.
Quelque limitées que soient les forces de spéculation de l'homme, elles sont néanmoins encore supérieures à sa puissance d'action, aussi ne faut-il pas chercher à astreindre la première à régler sa marche sur celle de la seconde, qui, au contraire, doit s'elîor-
cerde la suivre autant que possible. Par conséquent, si chaque science, lorsqu'elle commence à prendre un certain degré de positivité, dérive d'un art, i! est certain aussi qu'elle ne peut prendre la constitution réelle qui lui convient d'après les phénomènes qu'elle envisage, et se développer d'une manière ferme et rapide que lorsqu'elle est conçue et cultivée, abstraction faite de toute idée d'application trop directe aux arts. Ce n'est que lorsqu'elles en sont arrivées à ce point que les arts peuvent venir (comme ils doivent le faire) puiser dans leur sein les données applicables qui îeur sont nécessaires, et faire à leur tour ces progrès gigantesques et si rapides, dont l'industrie moderne, s'appuyant sur les progrès de la physique et de la chimie spéculatives, nous a fourni tant d'exemples.
2£ Laissant ici de côté les arts, qui s'éloignent trop du but de ce livre, et dont le nombre immense nous entraînerait trop loin , nous ne considérerons que les sciences. Les sciences naturelles se divisent toutes chacune en deux grands genres; \°les sciences abstraites et générales ont pour objet la découverte des lois que suivent les diverses classes de phénomènes, en considérant tous les cas qu'on peut concevoir ; 2° les sciences concrètes, particulières , spéciales, descriptives, désignées quelquefois sous le nom de sciences naturelles proprement dites, consistent dans l'application des lois découvertes par les précédentes à l'histoire réelle de chaque être existant pris en particulier.
Les premières sont fondamentales; les autres, malgré leur importance et leur indispensabililé, ne viennent qu'après, sont secondaires.
Comme exemple de celte division, et pour s'en faire