‹ Du microscope et des injections dans leur applications à l'anatomie et à la pathologie, suivi d'une classification des sciences fondamentales, de celle de la biologie et de l'anatomie en particulier [electronic resource]Chapitre 52 sur 77 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

EXPOSITION PARTICULIÈRE DES CONSIDÉRATIONS PRINCIPALES SUR LES- QUELLES REPOSE CETTE CLASSIFICATION DES SCIENCES J DE SES PROPRIÉTÉS AU POINT DE VUE DE LA DOCTRINE ET DE LA MÉTHODE ; •DE SON INFLUENCE SUR LE MODE D'EXPOSITION DOGMATIQUE OU HISTORIQUE.

Art. I. — Considérations sur lesquelles repose cette classiâcation

des sciences.

30. La mathématique est, depuis Descartes et Newton, la vraie base fondamentale de toute la philosophie naturelle plutôt qu'une de ses parties constituantes proprement dites , ou plus exactement elles sont à la fois l'une et l'autre.

La science mathématique, malgré les connaissances très réelles et très importantes qu'elle donne et qui la composent directement, est certainement moins utile, a certainement moins de valeur parle fait de ces connaissances , que parce qu'elle constitue l'instrument le plus puissant que l'homme mette en usage dans la recherche des lois des phénomènes de l'univers.

C'est, en effet, dans la mathématique qu'on doit chercher à connaître d'une manière nette et précise la méthode générale que l'esprit humain emploie dans ses recherches positives , parce que dans aucune autre science les questions ne sont résolues d'une manière aussi complète, et les déductions prolongées aussi loin avec une sévérité aussi rigoureuse. Toute éducation scientifique qui ne commence pas par l'étude de cette science pèche par sa base.

Toute science consiste dans la coordination des faits; si les diverses observations restaient entièrement iso-

lées, il n'y aurail pas de science. On peut même dire, d'une manière générale, que la science est destinée à dispenser, autant que possible, à un degré variable suivant la nature simple ou complexe des phénomènes, de toute observation direcle, en permettant de déduire du plus petit nombre possible, de donner le plus grand nombre possible de résultats. C'est là l'usage réel , au point de vue théorique comme dans la pratique, des lois que nous parvenons à découvrir entre les phénomènes naturels. La science mathématique ne fait d'après cela que pousser au plus haut degré possible sur les sujets véritablement de son ressort, le même genre de recherches que poursuit, à des degrés inférieurs, chaque science dans sa sphère propre. C'est donc par l'étude de la mathématique, et seulement par elle, que l'on peut se faire une idée juste et approfondie de ce que c'est qu'une science (1).

51. La mathématique se divise en deux grandes sciences dont le caractère est bien distinct : 1° mathématique abstraite ou calcul , en prenant ce mot dans sa plus grande extension (arithmétique, algèbre); 2° mathématique concrète, qui se compose, d'une part, de la géométrie générale, d'autre part, de la mécanique ration nelle.

La partie concrète est fondée sur la partie abstraite, et devient à son tour la base directe de toute la philosophie naturelle, en considérant autant que possible tous les phénomènes deFunivers comme géométriques ou comme mécaniques.

La partie abstraite, n'étant autre chose qu'une immense et admirable extension de la logique naturelle à

(1) Comte, loc. cil., t. T, p. 112 et 130.

un certain ordre de déductions , est la seule qui soit purement instrumentale. La géométrie et la mécanique sont au contraire de véritables sciences naturelles , fondées sur l'observation comme toutes les autres, mais qui , par l'extrême simplicité de leurs pbénomènes , comportent un degré de perfection bien plus grand. Elles ont cela de particulier, quelles sont et seront toujours davantage employées comme méthode que comme doctrine.

Les phénomènes géométriques et mécaniques sont de tous les plus généraux , les plus simples , les plus abstraits , les plus irréductibles, les plus indépendants de tous les autres , dont ils sont au contraire la base. C'est donc la science mathématique qui doit, être placée à la tête des sciences , et doit constituer le point de départ de toute éducation scientifique , suivant l'usage universellement répandu, quoiqu'il ait été d'abord empirique et fondé sur la plus grande ancienneté de cette science (1).

%%. Les phénomènes de l'univers, considérés dans leur ensemble, se divisent d'abord en deux grandes classes principales ; la première renferme tous les phénomènes des corps bruts , la seconde tous ceux des corps organisés.

Les premiers ne dépendent que des faits géométriques et mécaniques ; les seconds sont plus compliqués, plus particuliers que les précédents, et ils en dépendent ; ils sont dominés par eux, mais ne les influencent pas. D'où la nécessité d'étudier les phénomènes des êtres organisés après ceux des corps bruts.

Il est incontestable qu'on observe dans les corps vi-

(1) Comte, loc. cit., t. 1.

vants tous les phénomènes, soit mécaniques et physiques proprement dits, soit chimiques, qui se passent dans les corps bruts. Néanmoins on a constaté un ordre tout spécial de phénomènes, qui se lient aux précédents par des nuances insensibles , mais s'en distinguent par une complication bien plus grande , et par là échappent en certains points à nos méthodes ordinaires d'explications employées en physique et en chimie pures. Ce sont ceux qui tiennent à Y organisation, et sont appelés phénomènes vitaux.

Les éléments moléculaires ou chimiques , les corps simples qui constituent les êtres organisés , sont les mêmes que ceux du règne inorganique. Mais leur mode d'agrégation , de groupement , l'arrangement de leurs combinaisons, diffèrent de celui des corps bruts.

Il sera probablement prouvé un jour que toutes les substances chimiques d'origine organique peuvent être réduites, ramenées en dernière analyse, par séparation successive sans décomposition proprement dite, à l'état de corps cristallisables. Que d'après cette circonstance, en acceptant l'hypothèse de Haùy, on soit forcé d'admettre que les molécules intégrantes dè ces substances sont dans nos éléments anatomiques (fibres, tubes, cellules, etc.), sous forme de cristaux infiniment petits, comme dans les corps bruts, il n'en reste pas moins constaté par les recherches des modernes, que ces substances constituent par leur groupement spécial des corps sans analogues parmi les êtres inorganiques.

Ces corps sans analogues sont les éléments anatomiques des tissus (fibres, tubes, cellules, etc.), dernier terme de réductibililé anatomique des tissus organisés. Leur forme et tous leurs caractères statiques d'une

part, puis, d'autre part, toutes leurs propriétés dynamiques diffèrent de celles des corps bruts. Ces propriétés dynamiques des éléments anatomiques sont les seuls phénomènes élémentaires qui doivent recevoir le nom de propriétés vitales; modifiables du reste à un degré variable suivant le mode de texture ou le nombre des éléments réunis.

Alors même qu'il sera démontré d'après quelles lois mécaniques, physiques et chimiques, se passent les phénomènes physiologiques élémentaires ; dans quelles limites et de quelle manière elles sont modifiées par la composition et l'agrégation des substances qui constituent les éléments anatomiques, puis par la texture de ceux-ci, la division fondamentale établie en tête de ce paragraphe n'en subsiste pas moins. En effet , il reste toujours vrai que les phénomènes généraux doivent toujours être étudiés avant de procéder à l'examen des modifications spéciales qu'ils éprouvent dans certains êtres de l'univers , par suite d'une disposition particulière des molécules.

Du reste, il faudrait préalablement démontrer d'après quelles lois mécaniques et physiques se passent les phénomènes chimiques. Car il serait singulier d'admettre un ordre spécial de phénomènes moléculaires , appelés phénomènes chimiques, distincts des phénomènes physiques, et de ne pas vouloir considérer les phénomènes élémentaires que présentent les corps organisés ou phénomènes vitaux , comme aussi distincts (par suite de leur extrême complication) des phénomènes chimiques , que ceux-ci des phénomènes physiques. De ce que les êtres vivants nous présentent tous les phénomènes des corps bruts, ce n'est pas à dire pour cela que

tous les phénomènes qui se passent en eux soient identiques à ceux des corps inorganiques. Il y a d'abord ceux-ci, plus quelques autres plus compliqués: ce sont les phénomènes vilaux. De même les corps bruts terrestres sont soumis aux lois qui régissent les astres, possèdent un ensemble de propriétés physiques en plus, et de plus enfin un autre ordre de propriétés moléculaires distinguées sous le nom de propriétés chimiques.

Il ne s'agit pas ici d'examiner si les mélanges ou combinaisons des différentes substances composées qui sont réunies pour constituer chaque espèce d'éléments anatomiques, sont de même nature que les mélanges ou combinaisons des substances tirées des corps inorganiques. Ce serait en effet sortir du domaine de la philosophie positive, qui s'abstient de rechercher la nature intime de quelque phénomène ou de quelque corps que ce soit.

Il est du reste surabondamment prouvé depuis longtemps que les corps organisés sont formés des mêmes substances simples que les corps bruts. De plus il n'est aucunement indispensable de considérer les corps bruts et les corps vivants comme étant d'une nature essentiellement différente, pour reconnaître la nécessilé de là séparation de leurs études. Il suffit pour cela d'une modification très spéciale dans les phénomènes, coïncidant avec une disposition statique toute spéciale aussi des corps étudiés, ce qui est le cas ici.

Ainsi il est reconnu en principe , que logiquement il faut séparer la physique inorganique de la physique organique, et qu'il ne faut procéder à l'étude de celleci qu'après avoir établi les lois générales de la première.

55. Les phénomènes des corps inorganiques, ou physique inorganique, envisagés d'après leur ordrè de généralité el de dépendance, se divisent à leur tour en deux sections distinctes. L'une comprend les phénomènes généraux de l'univers ou célestes; l'autre, les phénomènes des corps terrestres. La première contilue la physique céleste ou astronomie , soit géométrique, soit mécanique; l'autre la physique terrestre.

Les phénomènes astronomiques sont les plus généraux, les plus simples, les plus abstraits de tous; c'est donc par leur étude que doit commencer la philosophie naturelle. En effet, les lois auxquelles ils sont assujettis influent sur celles de tous les autres phénomènes, dont elles sont au contraire absolument indépendantes. Ainsi, par exemple , dans tous les phénomènes de la physique terrestre, on observe d'abord les phénomènes généraux de la gravitation universelle , mais de plus quelques autres effets qui leur sont propres : d'où il résulte que tout phénomène terrestre, même le plus simple, chimique ou mécanique, est toujours plus complexe que le phénomène astronomique le plus compliqué. Il s'ensuit qu'il est indispensable de séparer nettement la physique terrestre de la physique céleste, et qu'il ne faut procéder à l'étude de la première qu'après avoir étudié celle-ci, qui en est la base rationnelle et fondamentale.

54. La physique terrestre doit, d'après les mêmes principes , être subdivisée en deux branches distinctes, suivant qu'elle étudie les corps sous le point de vue mécanique ou sous le point de vue chimique. Elle constitue ainsi, d'une part, la physique proprement dite ; d'autre part, la chimie.

Celle dernière, pour être envisagée d'une manière méthodique, suppose évidemment la connaissance préalable de l'autre. En effet, les phénomènes chimiques sont nécessairement plus compliqués que les phénomènes physiques; ils en dépendent et pourtant n'influent pas sur eux. Ainsi, par exemple, toute action chimique est soumise en premier lieu à l'influence de la pesanteur, de la chaleur, de l'électricité; mais de plus elle présente quelque chose de spécial qui modifie l'action des agents précédents.

On voit par là qu'évidemment la chimie ne peut marcher qu'après la physique ; en même temps, on reconnaît qu'elle doit constituer une science distincte. Voulût-on ne considérer dans les affinités chimiques que des modifications de la gravitation générale déterminées par la figure et la disposition mutuelle des atomes, ainsi qu'on peut le concevoir, il n'en demeure pas moins incontestable qu'il faut continuellement avoir égard à ces conditions spéciales ; ce qui ne permettrait pas de traiter de la chimie comme d'un simple appendice de la physique. Dans tous les cas, on serait obligé, ne fût-ce que pour faciliter les études, de maintenir la division et l'enchaînement qui est encore aujourd'hui considéré comme tenant à une hétérogénéité des phénomènes.

35. Prenant actuellement les corps organisés séparés précédemment des corps bruts , nous trouvons qu'ils présentent deux sortes de phénomènes bien distincts : 1° Ceux relatifs à l'individu ; 2° ceux qui concernent l'espèce, surtout quand elle est susceptible de se réunir et de vivre en société, ce qui est principalement le fait de l'homme. Ces derniers ne doivent pas être réunis aux

précédents, parce qu'ils diffèrent évidemment des phénomènes propres à l'individu pris isolément. Quoique exécutés par des individus, ils ne le sont pas par un individu isolé ; quoique de même nature au fond que ceux de l'individu, ils sont évidemment modifiés par le fait de sa réunion en société, et varient suivant l'organisation de cette société. Ces phénomènes sont donc plus compliqués, plus particuliers que les premiers ; ils en dépendent et, à proprement parler, n'influent pas sur eux. De là deux sections : la physique organique ou biologie, et la physique sociale, sociologie, ou science des phénomènes sociaux.

Répétons encore que dans tous les phénomènes sociaux on observe d'abord l'influence des lois physiologiques de l'individu ; mais, de plus, quelque chose de particulier qui en modifie les effets et tient à l'action des individus les uns sur les autres : action qui s'est surtout singulièrement compliquée dans l'espèce humaine par la propriété de chaque individu d'être plus perfectible , plus modifiable qu'aucun des autres animaux; d'où l'aetion considérable de chaque génération sur celle qui la suit. Par conséquent pour étudier convenablement les phénomènes sociaux , il faut d'abord connaître les lois de la vie individuelle.

Enfin il ne faut pas voir dans la science sociale un simple appendice de la physiologie, car les pbénomènes ne sont pas identiques, car il ne s'agit plus de phénomènes individuels, mais des pbénomènes produits par l'individu réuni à d'autres individus. Ainsi il serait impossible de traiter de l'étude collective de l'espèce, comme d'une pure déduction de l'élude de l'individu, puisqu'il s'agit ici d'étudier spécialement, d'une part,

les conditions sociales qui modifient les lois physiologiques, et, d'autre part, ces modifications elles-mêmes. Il faut donc fonder cette science sur un ensemble direct d'observations qui lui soit propre, en tenant un compte convenable de son intime relation avec la physiologie.

36. Si au point de vue descriptif concret il est très important de séparer la physiologie végétale de la physiologie animale , au point de vue général et abstrait cette distinction ne doit pas être établie. En effet, la connaissance des lois générales de la vie exige la considération simultanée de toute la série organique sans distinction d'animaux et de végétaux ; distinction qui s'efface de jour en jour, à mesure que l'étude des lois de l'organisation est plus approfondie, et vient nous montrer que les phénomènes primitifs relatifs aux deux ordres de fonctions communes aux végétaux et aux animaux (reproduction et nutrition) sont analogues dans ces deux divisions des êtres vivants.

37. Par ce qui précède, nous voyons que l'ensemble des conceptions humaines, basées sur les phénomènes de la nature, donnent lieu à la création de six sciences fondamentales, dont cinq traitent spécialement de l'étude directe de ces phénomènes. La première, quoique n'envisageant pas ces phénomènes d'une manière directe, n'est pourtant autre chose qu'une immense et admirable extension à un certain ordre de déductions de la logique naturelle qui préside spontanément à l'élude de tout phénomène quelconque.

Ces sciences, ainsi envisagées, forment le tableau synoptique suivant.

EXPOSITION DE LA DOOTKINE ET DE LA MÉTHODE. Al

Connaissances humaines ayant pour but l'étude

\o De la mesure indirecte des grandeurs les unes par les autres, d'après les relations précises qui existent

entre elles , ' ' li '. ' ' ' '

■ Universels ou célestes. . . .

la. Au point de vue I mécanique ou Ceux que \ physique propreprésenterït ] ment dit. . . .

les corps <

terrestres ) b. Au point de vue envisagés I des phénomènes " moléculaires ou \ chimiques. . .

Des phénomènes de l'univers

Que présentent

les corps bruts ,

Que présentent les corps organisés

a. Etudiés isolément et comme individus. . .

b. Etudiés réunis et modifiés par l'état de société

Sciences.

i° Mathématique.

2<> Astronomie.

Physique.

4° Chimie.

;5° Biologie.

6° Physiquesociale, science sociale , ou des phénomènes sociaux , ou sociologie.

L'astronomie, la première des sciences d'observation proprement dite, considère les phénomènes les plus généraux, les plus simples, les plus abstraitset les plus éloignés de l'humanité; ils influent et dominent sur tous les autres sans être dominés par eux. A partir de celle-ci, les degrés de spécialité, de complication et de personnalité vont graduellement en augmentant, ainsi que leur dépendance successive de ceux qui les précèdent jusqu'aux phénomènes considérés par la dernière, qui sont les plus particuliers, les plus compliqués, les moins abstraits et les plus directement intéressants pour l'homme. Ils dépendent à un degré variable de tous les précédents, sans exercer sur eux aucune influence.

Art. II. — Propriétés de cette classification au point de vue de la doctrine et de la méthode.

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