‹ Du microscope et des injections dans leur applications à l'anatomie et à la pathologie, suivi d'une classification des sciences fondamentales, de celle de la biologie et de l'anatomie en particulier [electronic resource]Chapitre 57 sur 77 · Sous le rapport des molécules intégrantes des · texte numérisé non relu

Sous le rapport des molécules intégrantes des

principes immédiats des corps organisés et des lois qui régissent leurs combinaisons, il n'y a pas de différences absolue* à établirent™ les corps bruis el les corps vivnnls.

Plus la chimie progresse, plus sa division artificielle en chimie minérale el en chimie organique disparaît.

Il serait irrationnel, dans une étude quelconque, d'oublier l'harmonie nécessaire entre la nature des questions scientifiques et l'ensemble des questions indispensables à leur élude. Quand les sciences sont vaguement classées, d'après des principes arbilraires, les Iransposilions de l'une à l'autre, l'envahissement d'une parlie de l'une par l'autre , peuvent paraîlre avoir un faible inconvénient. Mais quand la hiérarchie des sciences est une fois directement fondée sur la comparaison rationnelle des différents ordres de phénomènes, de manière à correspondre à l'ensemble du développement de notre intelligence, les questions d'attributions scientifiques prennent une grande importance. Leur solution détermine aussitôt l'esprit général des recherches et la nature des moyens à employer; d'où une influence capitale sur leurs progrès effectifs.

Ces principes doivent toujours être présents à l'esprit dans l'élude chimique des êtres organisés , afin de prévenir l'envahissement d'abord inaperçu de la biologie par la chimie , mais qui se montre bientôt lorsque les progrès de celle-ci viennent renverser de nombreux travaux qui n'étaient pas basés sur des notions exactes de physiologie.

Or, que fait ici la chimie? Elle retire des corps organisés des substances de plus en plus simples, comme elle le fait des masses minérales: rien de plus. Cela fait, elle étudie les propriétés de chacune de ces su b-

stances, et cherche à intervenir d'après cette connaissance plus précise sur ces corps complexes, pour les niodilier au profit de l'homme. C'est là tout ce qu'elle peut faire, c'est le seul rôle auquel elle puisse prétendre.

En procédant de la sorte, elle est arrivée naturellement à bien connaître, en premier lieu , les produits de l'organisme, comme les résines , les huiles ; les alcalis organiques, comme la quinine, la morphine, etc.; les acides citrique, acétique, oxalique, cyan hydrique, etc., pour les végétaux; les graisses et huiles sécrétées, l'urée, l'acide u ri que, hippurique, etc., chez les animaux. Pour tous ces produits et leurs nombreux dérivés, on est arrivé à reconnaître qu'ils suivent dans leurs combinaisons les mêmes lois que tous les corps inorganiques, et sont représentés par des formules analogues aux leurs. Ces formules peuvent toutes se dédoubler en formules plus simples, représentant analogiquement chacune un composé semblable à ceux tirés du règne minéral. Ces formules sont toutes binaires, degré de simplicité auquel peuvent être ramenées toutes les substances chimiques tirées de ce règne, et c'est par la combinaison de plusieurs de ces corps à formules binaires qu'est constituée celte substance organique complexe.

De plus, dans les cas où il s'agit d'une substance organique ternaire, on peut (en faisant entrer dans ce corps, par substitution à l'un de ses éléments, une combinaison binaire d'un autre élément qui ne change rien au fond de la formule) s'assurer que: de même que dans les substances minérales, il s'agit ici de la combinaison, deux à deux, de deux substances binaires ayant un élément commun. Des faits analogues se reproduisent pour les substances quaternaires ou plus complexes encore.

78. L'analyse ùesproduits de l'organisme dont il vient d'être question appartient réellement à la chimie, et l'opportunité de l'application de cette science à l'étude de ces corps se manifeste par l'importance même des résultats auxquels on est conduit.

Quant à l'élude chimique des tissus, proprement dits, et des liquides, comme le sang, la lymphe, assujettis à des variations continuelles, n'étant presque toujours que de simples mélanges, leur élude ne saurait appartenir à la chimie ; ils rentrent dans le domaine de la biologie , qui les étudie à l'aide des données fournies par cette science. Celle-ci borne ses efforts à rechercher quels sont les principes immédiats qui sont mélangés ou combinés pour former ces substances; comme, par exemple, M. Chevreul l'a fait à l'égard des matières grasses du tissu adipeux , le plus simple dès tissus , celui qui se rapproche le plus des produits sécrétés; étude qui laisse désormais peu dé chose à faire.

Mais . quant aux autres matières , comme la cellulose, comme la fibrine retirée des muscles, celle retirée du sang, l'albumine du sang, etc., la gélatine, la chondrine, etc., l'élude est bien moins avancée que pour plusieurs des matières d'origine organique énumérées tout à l'heure. Telles qu'elles sont extraites , c'est seulement pour le physiologiste qu'elles peuvent avoir quelque intérêt; leur élude lui appartient. C'est à lui de les préparer, de les séparer l'une de l'autre , dans chaque tissu ou liquide, à l'aide de procédés chimiques qu'il aura modifiés d'une manière appropriée à la nature de chaque solide ou liquide dont il a étudié l'organisation, et de les présenter ensuite âu chimiste

comme un minerai dont il faut séparer les uns des autres les nombreux principes jininédia s. De celle manière seulement, les chimistes pourront recevoir ces substances isolées et non mélangées d'autres d'une organisation différente. Sans ces précautions, il donnera, comme analyse d'une seule substance, ce qui appartient à plusieurs substances mélangées.

Ce n'est guère que pour la fibrine et l'albumine du sang que ces conditions ont été remplies, et encore pour celui du bras seulement, el non pour celui des différents viscères.

79. Néanmoins les travaux des chimistes, à cet égard, n'ont pas encore conduit aux mêmes résultats que pour les produits el leurs dérivés. De là vient qu'on admet encore que les molécules intégrantes des principes immédiats de chaque substance constituante des tissus organisés sont directement ternaires, quaternaires, etc., formées par le groupement direct de 3 , 4 , 5 atomes ou plus encore, el, par conséquent, ne suivent pas les mêmes lois que les aulres corps, celles des combinaisons en proportions binaires.

Mais tout porte à croire que ces substances (albumine, fibrine, cellulose, etc.) sont, comme les graisses, un mélange ou une combinaison de plusieurs aulres combinaisons, en nombre plus complexe que dans les produits et les matières grasses. Peu à peu on parviendra à les dédoubler successivement en plusieurs substances crislallisables directement binaires, ou ternaires, quaternaires, etc., mais pouvant être représentées par la combinaison de plusieurs corps binaires déjà connus (ou même simplement possibles) , comme dans les corps inorganiques

On pourra dès lors, au point de vue de la mécanique chimique, se représenter les molécules intégrantes de ces substances sous la forme de cristaux infiniment pelils, appartenant à la forme primitive du type des cristaux formés, et désigner toutes les substances d'origine organique, par des formules analogues à celles des corps d'origine minérale.

En résumé on voil, par conséquent, que les différences qui existent encore entre les principes immédiats minéraux et une partie de ceux des êlres organisés, sous le rapport des lois de combinaison pour la formation des molécules intégrantes, disparaissent chaque jour davantage. Si elles peuvent servir actuellement à différencier les deux classes de corps, cela tient uniquement à des difficultés d'analyse qui diminuent peu à peu , et non à une différence réelle des lois de combinaison.

80. Quant à la question de savoir si les substances que nous lirons des corps organisés ne sont pas altérées par les procédés d'extraction, si nous les avons bien dans l'état où elles se trouvent dans les tissus, elle ne doit réellement être posée qu'à propos de la cellulose , fibrine, gélatine, albumine, etc., ou de toute autre substance tirée des tissus musculaires, nerveux, etc., peut-être aussi pour quelques produits; car les autres, comme les acides oxalique, cyanhydrique , l'urée, etc., peuvent être faits de toute pièce, ayant toutes leurs propriétés caractéristiques.

Mais c'est une question qui.au point de vue chimique , est complètement insoluble , parce qu'il n'y a aucun moyen de s'assurer du pour ni du contre. Au

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point de vue physiologique , il est évident qu'elles oui subi des changements, puisque l'albumine coagulée n« peut se redissoudre, puisque la fibrine du sang se coagule spontanément, etc. Mais dans l'un et l'autre cas, le changement des conditions physiques dans lesquelles elles se trouvaient a suffi pour amener ces modifications d'aspect et de propriétés, sans qu'il soit possible de constater un changement chimique quelconque.

On ne peut pas dire que l'impossibilité de faire la synthèse de ces corps soit un argument en faveur de ce changement chimique; car, aiusi que nous l'avons vu , tout porte à croire , par analogie avec les graisses du tissu adipeux, etc., qu'ils ne sont qu'un, mélange ou une combinaison très complexe de plusieurs composés directement binaires ou ternaires, quaternaires, etc., mais, dans ce dernier cas, réductibles eux-mêmes à deux ou plusieurs formules de corps binaires analogues à ceux d'origine inorganique. C'est donc à la recherche de ces composés que doit se borner le rôle du chimiste, et ce n'est qu'après les avoir obtenus qu'il pourra essayer la synthèse de la cellulose, fibrine, etc.

81. On voit déjà que vouloir tirer parti de l'impossibilité de faire de toutes pièces les principes extraits directement de nos tissus , pour établir une distinction entre les corps bruts et organisés, c'est s'appuyer sur un argument de peu de valeur au fond. Nous avons reconnu, en effet, que c'est aux physiologistes que revient l'élude de ces corps , que c'est à eux à les présenler aux chimistes, isolés de ceux auxquels ils peuvent êlre mélangés, pour les analyser; de la même manière que

dans le règne minéral , on se sert des minerais pour extraire les corps définis qu'ils renferment ou obtenir ceux qu'on peut créer avec leurs éléments.

Bien plus, eût-on dédoublé la fibrine, la cellulose, l'amidon, etc., en plusieurs corps définis cristallisables, comme on dédouble la graisse en acides margarique, sléarique, oléique et glycérine, et ne pût-on, avec ces principes, faire la synlhèse de la fibrine, etc. , on ne pourrait pas encore dire qu'il y eût, sous ce point de vue qui nous occupe, une différence entre les corps bruts et les corps organisés. Il faudrait, avant tout, se placer dans les conditions physiques et chimiques si complexes qui caractérisent l'état de vie de ces corps.

Les êtres organisés sont des appareils d'un effet lenl, agissant sur des matières loujours à l'état naissant, et produisant avec un très petit nombre d'éléments des combinaisons inorganiques les plus diverses qui varient ou se multiplient dès que la composition ou l'arrangement des parties vient à être modifié par une cause quelconque.

Ces êtres réalisent conséquemment, parle nombre et la variété des combinaisons du carbone et du soufre avec les éléments de l'air et de l'eau, ce qui, dans les terrains primitifs du globe , s'est produit par les combinaisons de la silice, de l'alumine , etc., avec les nombreuses bases qui s'offraient à elles. Dans les composés organiques précédents, comme dans les granits, porpbyres, etc., il y a mélange ou combinaison d'un grand nombre de corps définis réductibles à l'état binaire. Seulement un petit nombre d'éléments chimiques des substances organiques pouvant donner lieu à une foule de combinaisons, très différentes quant aux propriétés,

quoique souvenl peu différentes quant aux proportions des atonies, on se rend compte (d'après ce qu'on peut faire artificiellement au moyen de substances analogues) du nombre considérable de corps définis qui peuvent entrer dans une substance, dont la composition absolue diffère peu d'une autre qui a cependant des propriétés très éloignées de celle-là. En même temps l'analyse devient fort difficile (1).

82. S'il n'y a pas de différences réelles à établir entre les corps bruts et les corps organisés, sous le rapport des lois de combinaison, des éléments et des molécules intégrantes qui en résultent, on en trouve de très positives en étudiant la fixité des principes immédiats des tissus.

Nous avons vu comment il était facile de concevoir que le charbon, le soufre, le phosphore, l'air et l'eau, mis en rapport sous tant de formes et dans des appareils si variés, pussent, dans la nature organique, produire des combinaisons si diverses. Car, en effet, en chimie minérale , les produits se multiplient et se compliquent à mesure qu'on multiplie les conditions dans lesquelles se font les combinaisons, et en même temps ils sont moins fixes.

Ce petit nombre d'éléments donne une foule de produits définis ; mais ils sont peu stables et se modifient avec une su prenante facilité, ce qui donne souvent à ces corps un air de famille quand on ne se reporte pas tout de suile aux corps complexes formés des mêmes éléments en chimie minérale. C'est ce fait, joint a ce que

(1) Voyez Dumas, Traité de chimie, Paris, 1835, t. V, p. 72; et Comte, loc. cit., Paris! 1835, t. III, p. 227.

Ja complication de ces corps est telle, que les lois des combinaisons minérales n'ont pu encore rendre compte des faits observés, qui fait maintenir encore la division de La chimie en deux, l'une organique, l'autre inorganique.

Néanmoins, celle instabilité des corps d'origine organique pouvait, en quelque sorte, être soupçonnée, en voyant que leurs éléments se prêtent à une multitude de combinaisons, fait qui se reproduit en chimie minérale, quoique à un degré bien moins prononcé. Celles-ci ne renferment jamais assez d'oxygène pour brûler l'hydrogène et le carbone qui l'accompagnent, d'où leur tendance à en emprunter à tous les corps qui peuvent en céder.

Plus les substances minérales sont complexes, moins elles sont stables aussi; mais sauf un petit nombre formées des mêmes éléments que les premières, elles se laissent dédoubler en combinaisons de plus en plus simples, et aussi de plus en plus fixes, jusqu'à l'état de composés binaires. C'est l'étal où elles ont satisfait aux affinités les plus énergiques, d'où une plus grande résistance à la décomposition. On dit alors que le corps est le plus complètement brûlé possible, parce que, en effet, il ne peut plus être oxydé davantage en présentant des phénomènes de combustion. Quand on élève sa température au contact de l'air, on le place dans d'autres conditions favorables à l'oxydation.

85. Les produits de l'organisme, comme l'acide oxalique, l'acide cyanhydrique, l'urée, l'acide fornique, etc., présentent beaucoup plus de fixité que les principes immédiats des tissus, et se rapprochent beaucoup des substances d'origine minérale ; ce sont aussi les seuls

qu'on ait, jusqu'à présent, pu faire dé toutes pièces. Leur analyse montre qu'ils sont moins complexes et renferment beaucoup plus d'oxygène que les autres, ils sont brûlés davantage. Ils représentent la partie des principes de nos tissus qui a satisfait à sa tendance à l'oxydation, et par là est devenue trop fixe pour continuer le mouvement décomposition et de décomposition sous les faibles influences chimiques caractéristiques de la vie. Ils sont devenus étrangers aux corps vivants et, en conséquence, sont rejetés pnr sécrétion.

Ce qui nous manque encore pour arriver à connaître la véritable constilulion des substances, comme la fibrine, la cellulose, etc., formées d'un mélange considérable de corps définis, peu stables, avides d'oxygène, et étant pour ainsi dire constamment voisins de l'étal naissant, c'est de connaître les produits de leur combustion, intermédiaires entre le produit définitif, par exemple, l'urée, etc., et la substance à l'état de fibrine, etc., qui en est le point de départ.

84. Quoi qu'il en soit, en résume, nous commençons à trouver dans ce parallèle, comme différence entre les corps organisés et les corps bruts, la facilité de combustion des substances extraites des uns à côté de la difficulté d'oxyder les autres ; avec une facilité de synthèse en un sens inverse. De là , comme point de départ , la stabilité de ceux-ci et le peu de fixité, la facile destruction des autres, dont les éléments, ainsi que leurs dérivés , étant gazeux , sauf le carbone, le phosphore et le soufre, donnent naissance à des produits volatils et binaires dès que le mouvement vital moléculaire continu vient à cesser. L'oxygène se joint au carbone pour faire de l'acide carbonique , à l'hydrogène pour faire de

l'eau ; celui-ci à l'azote pour l'aire de l'ammoniaque; au carbone, au soufre, au phosphore, pour faire des hydrogènes carboné, sulfuré, etc., etc., etc.

Ce n'est pas à dire qu'on ne puisse, en chimie minérale, faire des produits très combustibles, peu stables ; mais ce fait que tous les corps extraits des êtres organisés sont formés d'éléments à combinaisons nombreuses, peu saturées d'oxygène et avides de ce corps, doit être pris en considération.

85. 5° C'est surtout le mode de groupement des principes immédiats , d'où résultent les éléments anatomiques dans les corps organisés et la forme primitive de chaque type cristallin ou ses dérivés , qui dislingue les corps bruts des corps organisés.

Jusque là nous n'avions fait qu'emprunter à la chimie des notions, sur les corps simples extraits des corps organisés, sur les lois des combinaisons des corps définis, crislallisables, qu'ils forment dans ces êtres; sur leur fixité ou leur tendance à se combiner à l'oxygène. Nous sommes insensiblement arrivés jusqu'à celles qui sont si complexes, qu'actuellement même on ne peut pas encore les obtenir toutes cristallisées ou exemptes de mélange, soit à cause de l'imperfection de nos méthodes, soit parce qu'il faul pour cela se placer dans des conditions si compliquées qu'on n'a pas encore pu les remplir. Mais pour celles-là même, nous avons trouvé plus de ressemblances que de différences , et surtout nous avons constaté que ces différences disparaissent de plus eu plus à mesure des progrès de la chimie.

Nous abordons actuellement le point où commence à proprement parler, le domaine de la physiologie.

IllU DE LA BIOLOGIE EN GENÉltAL.

C'est celai où par suite du mélange ou des combinaisons de ces principes immédiats résultent des corps dont la complexité est telle, qu'ils ne peuvent être étudiés directement par la chimie. Il se manifeste, au contraire, des propriétés nouvelles qui s'éloignent des propriétés physiques et chimiques proprement dites, en raison directe de cette complexité même.

86. Définition des éléments anatomiques ou organiques (Bichat).

La différence entre les corps vivants et les minéraux devient frappante du moment où l'on arrive aux éléments anatomiques ou organiques.

On entend par là des Corps très petits, ayant tous une composition chimique peu stable et très complexe, résultant du mélange ou de la combinaison de plusieurs substances définies, appelées principes immédiats; et présentant un ensemble de caractères physiques qui , quoique très variables de l'un à l'autre, n'appartiennent cependant qu'à eux, leur sont tout à fait propres.

Ils constituent le premier mode du groupement des principes immédiats empruntés par les êtres vivants aux milieux qui les environnent, eau, air, sels, etc.

Sous un autre point de vue, ce sont les derniers corps nettement déterminés auxquels on peut ramener les tissus organisés par séparation mécanique ou isolement successif des tissus qui les constituent. C'est, en effet, par leur réunion, leur enchevêtrement en nombre plus ou moins considérable que sont constitués nos tissus ; c'est, comme le fait remarquer Bichat, à eux seulement, et non aux tissus proprement dits, et aux organes, que peut s'appliquer l'idée de vie.

On remarque en eux une forme, une couleur, une

DES GORrS ORGANISÉS COMME INDIVIDUS. 101

consistance et un ensemble de propriétés toutes spéciales, qui n'existent chez aucun corps inorganique. Aussi veut-on reconnaître si un corps est organisé ou non, ce sont ses éléments organiques et leur arrangement réciproque, qui caractérise la texture, qu'il faut étudier.

Leur forme de fibres, de cellules , plus ou moins compliquées, de corpuscules arrondis ou ramifiés, ou de masse homogène, molle, granuleuse, ou parsemée de divers corpuscules déterminés, leur mollesse, leurs réactions diverses en contact des agents chimiques, leur décomposition, leur arrangement relatif, empêchent de les confondre avec les dernières particules des corps inertes.

Pour ceux-ci , au contraire, quel que soit le corps pris en considération, nous arrivons à trouver que les dernières particules auxquelles on puisse mécaniquement le ramener sont irrégulières, dures, à angles aigus, à arêtes tranchantes, ou, s'il est en fine poussière, la couleur des granules, vus au microscope, etc., et l'action des réactifs viennent indiquer leur différence dénature. Quelquefois même ces dernières particules sont régulièrement cristallisées, et leur forme, la nature de leurs faces, de leurs angles, indiquent à quel type cristallin le corps pris en masse doit être rattaché ; de même que, dans un grand nombre de cas, la forme des éléments anatomiques nous conduit à reconnaître si un être vivant est végétal ou animal.

Ce cristal primitif est pour les corps bruts cristallisés ce que les éléments organiques sont pour les corps vivants. Dans le cas des cristaux, l'arrangement des particules primitives a lieu dans un ordre régulièrement

mathématique , sans changer la forme de celles-ci , ce qui ne peut être comparé à l'arrangement des éléments analomiques. En outre, la forme de ces derniers varie de mille manières, autour de quelques formes principales, par suite de la pression réciproque qu'ils exercent l'un sur l'autre.

Dans les cas où il s'agit des êtres vivants les plus petits, réduits pour ainsi dire à un seul élément des êtres supérieurs, ou bien d'un de ces éléments même isolé, comme une cellule, un zoosperme, etc.; leur forme, leurs productions appendiculaires ou cils, la disposition des corpuscules qu'ils renferment (lesquels remplissent en eux le rôle d'autant d'éléments organiques), et leur manière de se comporter en présence des réactifs, ne permettent pas de confusion entre eux.

Jamais dans un corps brut, quelles que soient la complication et l'hétérogénéité du mélange de ses particules, on ne trouve rien ni dans la forme de celles-ci, ni dans leur disposition qui se rapproche de ce que présentent les êtres vivants.

87. Il faut, dans une comparaison de ce genre, éviter de prendre pour point de comparaison un type quelconque, ainsi que le fait remarquer Dugès. Il s'agit, en effet, d'arriver par la comparaison de deux ordres de corps, quels qu'ils soient, quelles que soient leurs variétés ou leur complication , à reconnaître ceux qui doivent être réunis et étudiés ensemble, et ceux qui d'autre part doivent en être séparés. Or, prendre un type pour point de départ, c'est établir d'avance les différences que l'on veut arriver à reconnaître; et cela pour un ordre de caractères choisis, propres à ce type seulement, pouvant ensuite varier ou se compliquer

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tellement, dans les nulles êtres, que les différences établies à propos de celui-là fussent inexactes pour ceux-ci.

L'individualité d'un corps est dans ce qu'il est , mais nullement dans telle partie plutôt que dans telle autre, ni même dans sa molécule intégrante pour les minéraux, pas plus que pour les êtres vivants. Les uns et les autres peuvent être très complexes , comme l'eau de mer, l'humus , et un grand nombre de roches qui n'en sont pourtant pas moins des individus, mais formés du mélange d'un grand nombre de substances ayant, chacune leurs molécules intégrantes propres. Or il faut ici avoir en vue aussi bien ces corps que tout autre.

88. Dans les corps bruts homogènes , chaque cristal primitif a la même composition chimique dans toute sa masse; il en est de même pour chacune des particules constituantes d'un corps hétérogène prise à part. Dans les corps organisés au contraire, chaque élément anatomique, premier mode de groupement de leurs principes immédiats , est une partie déjà compliquée. Chacun d'eux renferme déjà un nombre plus ou moins considérable de principes immédiats, albumine, fibrine, graisse, eau, sel, etc., mélangés ou combinés ensemble.

Le nombre, la nature de ces principes, la plupart déjà si complexes, ne sont pas encore nettement déterminés pour chaque élément anatomique. Mais le fait de leur multiplicité est démontré par l'action des réactifs, dont plusieurs appliqués successivement, d'après la nature des substances qu'ils ont la propriété de dissoudre on d'après l'ordre d'intensité de leur action, font disparaître chacun un principe ou un autre, jusqu'à

ce qu'il ne reste plus rien de l'élément étudié. Telle est par exemple l'action différente de l'acide acétique sur certaines cellules , etc., sur leur noyau , celui-ci n'étant détruit que par la potasse ou un autre réactif.

89. Sachant que plus le nombre des substances combinées ensemble est grand , moins est stable la combinaison, on comprendra facilement comment il se fait que de la combinaison ou du mélange de plusieurs substances déjà complexes et peu fixes doivent résulter des corps beaucoup moins stables encore.

Jointe à la grande combustibilité des principes immédiats , cette non-stabilité est cause de celte facilité d'échange des matériaux sous l'influence des moindres forces. De là ce mouvement moléculaire intestin dans chaque élément anatomique en particulier , qui constitue le phénomène le plus général des êtres organisés, et caractérise la vie de nutrition, la seule absolument générale. C'est là vraiment où commence la physiologie, l'étude des phénomènes des êtres organisés. Delà aussi vient que dès que ces combinaisons et décompositions alternatives, mais continues, viennent à cesser, on dit qu'il y a mort ; et aussitôt les principes immédiats se combinent à l'oxygène : il y a fermentation , putréfaction , il se fait de l'acide carbonique, de l'eau, des gaz sulfurés, phosphorés,etc. Dans les corps bruts, au contraire, les composés plus stables se combinent difficilement à ceux qui les entourent, et, s'il y a combinaison, le phénomène s'arrête, le corps nouveau reste fixe et défini.

90. Il faut ajouter à ces différences la quantité d'eau considérable , propre à chaque élément anatomique , eau qui favorise singulièrement le mouvement molé-

culaire intime de chacun. C'est à chaque corpuscule élémentaire, à chaque élément anatomique, qu'appartient toute celle qu'on obtient de chaque être vivant par évaporation , à l'exception de l'eau contenue dans les vaisseaux ou les réservoirs. Ces éléments lui doivent leur mollesse, leur forme, leur volume, car par la simple dessiccation à l'air ou par la chaleur, ils perdent beaucoup de leur volume , ils se déforment, et l'on constate ainsi qu'ils renferment peu de matière solide proportionnellement à la quantité d'eau. Privés de cette eau, ils perdent en outre leur élasticité et toutes leurs autres propriétés physiques et dynamiques.

Celte eau est en quelque sorte pour les éléments anatomiques ce qu'est Y eau de constitution de certains sels, comme le phosphate de soude , laquelle ne peut être chassée sans que le sel se décompose et perde ses propriétés. Dans les éléments organiques on peut bien varier les proportions de l'eau , mais dans des limites assez restreintes qu'on ne peut dépasser sans voir disparaître leurs propriétés dynamiques caractéristiques, et leurs propriétés physiques.

Dans les corps inorganiques , au contraire , l'eau de cristallisation, quand elle existe, n'éxisle jamais en quantité assez grande pour être comparable à celle des êtres organisés. Dans les cas en apparence contraires, ce n'est pas de l'eau de cristallisation, c'est de l'eau retenue par capillarité, par imbibilion , et elle peut être évaporée sans détruire les propriétés du corps qui la renferme.

S'il est possible d'enlever une certaine quantité d'eau à certains animaux, comme les rotifères, les vibrions, etc., ce qu'on pourrait comparer au fait de certains sels, comme le phosphate de soude, qu'on peut

faire descendre de 25 équivalents d'eau de cristallisation à 17, sans le détruire', il faut remarquer qu'en même temps disparaissent les propriétés des éléments organiques de ces êtres } car tout phénomène vital cesse alors en eux. De plus, connue ils renferment tous des principes immédiats de propriétés analogues, pour que ces phénomènes puissent recommencer quand on rend l'eau enlevée, il faut que l'animai n'ait pas été soumis à une température de dessiccation dépassant 70°, température au-dessus de laquelle l'albumine et tous les éléments organiques commencent à se détruire.

91. 4° Différences entre les corps bruts et les corps organisés, résultant de l'arrangement réciproque ou texture des particules, cristallines ou non, chez les premiers , des éléments anatomiques chez les seconds.

Plus nous avançons dans ce parallèle, plus les différences entre les deux ordres de corps deviennent évidentes, plus elles sont saillantes et faciles à cqnslaler; moins il y a de points de ressemblance à énumérer et à discuter, quoique cependant les dill'érences soient moins générales et moins caractéristiques que celles tirées des éléments organiques.

Les corps bruts sont seulement formés d'une seule substance simple, ou sont homogènes si elle est complexe ; jamais les corps vivants. Il n'y a pas de corps organisé tout gazeux, tout liquide ou tout solide, fait qui se rencontre fréquemment parmi les êtres inorganiques. Les êtres vivants sont nécessairement composés des trois ordres de substance à la fois.

Si ce fait se renconire quelquefois parmi les corps bruts, composés de substances diverses, comme l'humus, la vase, etc., alors on trouve de grandes diffé-

rences dans le mode de distribution de ces substances, chez les uns et chez les autres.

Ainsi, les parties solides sont, chez les corps bruts, ou homogènes, et alors intimement cohérentes entre elles, sans arrangement déterminé, ou en couches superposées régulièrement, comme dans les cristaux proprement dits. Chaque particule prise dans un point quelconque a la même composition chimique que les autres, et en est tout à fait indépendante. Ce fait ne se trouve pas dans le règne organique dont nous avons vu chaque individu formé de plusieurs ordres différents de particules spéciales, les éléments anatomiques qui présentent tous chacun un mode spécial d'arrangement réciproque, qui constitue la texture du corps dont il s'agit. Ou bien les parties solides du corps inorganique sont hétérogènes ; mais alors elles ne présentent pas cet arrangement spécial, celte texture, cet enchevêtrement de parties semblables ou diverses qui caractérise tous les tissus des êlres vivants; elles sont irrégulièrement distribuées , présentent un volume inégal , sans parler des différences signalées précédemment par chacune d'elles.

Si , au contraire, il s'agit d'un corps brut à la fois gazeux, liquide et solide, les parties gazeuses sont bien dissoutes dans les liquides des corps, ainsi que cela existe chez la plupart des êtres vivants (quand elles ne sont pas à l'état complètement gazeux, comme chez les phanérogames, etc.); mais ces liquides sont seulement à l'état d'imbibition , ils sont retenus par capillarité. Dans la plupart des êlres vivants, au contraire, les solides forment des réservoirs de diverses sortes dans lesquels se trouvent retenus ces liquides et où ils

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peuvent être mis en mouvement d'une manière déterminée et régulière.

92. Les corps vivants sont bien susceptibles de s'imbiber d'une quantité d'eau plus ou moins considérable, pouvant éprouver des variations assez étendues; mais ces liquides ne sont pas généralement compris dans les mailles des tissus. Ce n'est que dans certains cas de maladie que les tissus sont dans cet état d'infiltration , et laissent écouler les liquides; ce n'est qu'alors que beaucoup d'entre eux sont susceptibles de mouiller le papier brouillard, ou après la section des vaisseaux qui les renferment. Mais beaucoup de tissus ne sont pas dans ce cas : tels sont les tendons, les os, etc.

Cette propriété, signalée par Berzélius, est commune, du reste, à la plupart des corps bruts ou organisés, et ne peut par conséquent pas être mise en avant dans un parallèle qui conduit à séparer deux ordres de corps réellement dissemblables. Dire que celte eau n'est pas combinée dans les substances organiques , parce qu'elle est susceptible de diminuer par évaporalion spontanée, et qu'elle peut le faire dans de certaines limites sans que le tissu perde ses propriétés, c'est encore constater un fait qui n'est pas une différence entre les deux ordres de corps. Il se présente, en effet, chez ceux des corps bruts qui contiennent de l'eau; la plus grande différence porte sur la quantité. Mais il est plus important de remarquer que les tissus ont besoin pour remplir leurs fonctions d'un certain degré de saturation , qu'ils tendent continuellement à prendre quand on l'a fait disparaître par addition ou soustraction de liquide.

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