Sous le rapport de la forme extérieure et du
DES COUPS ORGANISÉS COtyMK INDIVIDUS. 1U.)
volume dans les deux classes de corps, on observe que les corps bruts n'ont que rarement une forme déterminée, et un volume que l'on puisse trouver constamment le mêmeouvariable dans des limites peu étendues. Quand ils ont une forme limitée, comme les minéraux proprement dits, par exemple, ce sont des faces planes qui circonscrivent le corps, d'où résultent des lignes droites, des angles solides, des contours anguleux, en un mot, un solide géométrique et complètement commensurable.
Le volume des corps vivants ne varie que dans des limites assez étroites ; leur forme est circonscrite par des faces courbes, soit dans un , soit dans deux sens à la fois , d'où résultent des contours onduleux, ou une forme plus ou moins arrondie.
Le volume et la forme se transmettent dans les générations successives sans s'écarter des limites déterminées, tandis qu'elles peuvent varier considérablement dans les corps bruts.
Enfin, les corps bruts ne présentent pas des appendices de diverses sortes, suivant les espèces, qui donnent à ia plupart des corps vivants un cachet tout spécial.
94. b. Comparaison des êtres vivants et des corps bruts au point de vue dynamique.
D'après ce que nous venons de dire, on voit que sous le point de vue statique seul on peut déjà établir par comparaison des différences nettement tranchées entre les êtres organisés et les êtres inorganiques.
Mais ici, comme en quoi que ce fût, il ne faudrait pas croire qu'un seul des deux ordres de caractères statiques ou dynamiques puisse toujours suffire d'une ma-
nière absolue à établir une distinction entre des corps, quels qu'ils soient. Si, en effet, quelques végétaux cl animaux infusoires extrêmement petits nous présentent une homogénéité qui n'est peut-être qtfapparentë et due à l'imperfection de nos moyens d'observation, ou une uniformité d'imbibilion des liquides qui les rapprochent sous quelques rapports des corps bruts, les propriétés dynamiques des uns et des autres achèvent de les différencier.
Sous le point de vue dynamique, nous avons vu qu'il fallait étudier : l°Le mode de formation ou de naissance des corps ; 2° leur mode de composition ou d'accroissement; 5° le mode de décomposition, de décaissement ou de mort.
95. 1° Mode de formation de génération ou de naissance des corps.
Il faut reconnaître, avec M. de Blainville, qu'il y a formation ou naissance dans le règne minéral comme parmi les corps vivants. Mais il faut en cela distinguer avec soin, comme précédemment, la molécule intégrante des minéraux, du minéral proprement dit, ou cristal, et celui-ci des masses minérales et des roches. La molécule intégrante esl simple ou formée d'une combinaison déterminée de plusieurs équivalents ou atomes. Le cristal est un assemblage d'un certain nombre de ces molécules, affectant une iorme déterminée, la forme définitive ou celles qui en dérivent. La masse minérale esl un assemblage de molécules intégrantes de même sorte, mais n'all'eclanl plus de forme fixe. Enfin, les roches sont un assemblage de masses minérales ou de cristaux assez gros le plus souvent pour être discernés.
96. Il y a réellement formation ou naissance régulière des molécules intégrantes , quand un certain nombre d'atomes ou équivalents de substances simples ou composées se joignent réciproquement, et se disposent entre eux de manière à présenter une forme déterminée.
Il y a réellement quelque chose de la vie dans le moment où les équivalents agissent les uns sur les autres pour former la molécule intégrante ; mais cela n'a lieu que pendant le moment extrêmement court où celte attraction a lieu. Dès que la combinaison est faite, la molécule intégrante minérale est définitivement formée d'une manière invariable; c'est un corps brut, c'est-à-dire sans trace aucune de mouvement moléculaire intime (1).
97. La formation du cristal est analogue, mais elle est bien plus complètement mécanique. Il naît tout simplement par assemblage d'un certain nombre de molécules intégrantes, dont on peut, dans bien des cas, analyser les divers modes de groupement, suivant les conditions dans lesquelles le phénomène a lieu (alun, chlorure de sodium, etc.).
La formation des masses minérales et des roches n'a plus rien de régulier; ce n'est qu'une agrégation très variable et irrégulière de molécules intégrantes ou de cristaux. Elle est complètement accidentelle, et la masse peut s'accroître indéfiniment.
911. Dans les corps organisés, la formation qui a reçu le nom de naissance n'est pas une évolution de choses existantes, pas plus que la formation des molécules in-
(1) De Blainville, loc. cit., Introduction, p. xv.
l\l DE LA W01.0G1E EN liKUfilUL.
légranles el des formes cristallines primitives. Toute formation, tonte naissance est une réunion de molécules intégralités des principes immédiats, qui se réunissent entre elles de manière à former un corps doué de caractères particuliers et susceptible d'évolution plus étendue.
Ce corps est l'ovule qui naît spontanément dans des conditions déterminées , mais très complexes, qui se rencontrent dans certains organes de chaque être vivant et peut-être aussi en dehors d'eux. Ces circonstances sont d'autant plus circonscrites , d'autant plus limitées, que l'on s'élève davantage dans l'échelle des deux séries qui forment le règne organique. C'est ainsi que dans les êtres les plus complexes ce groupement a lieu dans une région, dans un organe déterminé de leur corps, et ne peut subir une évolution complète sans l'action ou l'introduction de molécules produites d'une manière analogue par un autre individu. Mais dans l'un et l'autre des individus ou des organes, quand ils sont sur le même individu, la génération n'en a pas moins été spontanée, les ovules ne se sont pas moins formés de toutes pièces aux dépens des principes fournis par l'individu vivant.
Seulement cette formation spontanée demande un ensemble de conditions si complexes, qu'on n'a pu manifestement les rencontrer jusqu'à présent que dans les êtres déjà vivants, ce qui n'est pas le cas pour les êtres inorganiques dont les individus dans leur succession sont toujours indépendants les uns des autres. Toutefois cependant, on est porté à soupçonner que ces conditions peuvent se rencontrer quelquefois en dehors des êtres organisés, de manière à donner lieu à la formation
spontanée de corps vivants eux-mêmes, mais toujours des plus simples sous le point de vue du mode de formation. Ces êtres ne différeraient par conséquent des corps bruts que par la complexité des conditions qu'exige cette génération, tout en présentant les différences statiques dont il a été question plus haut, et les dynamiques dont il va être parlé.
99. 2" Mode d' accroissement des corps bruts et organisés , ou nutrition de ces derniers.
La molécule intégrante minérale une fois formée ne s'accroît plus ; elle reste ce qu'elle est, parce qu'elle ne vit pas, elle est fixe.
Le minéral proprement dit, ou cristal, s'accroît bien d'une manière déterminée et régulière; cet accroissement est bien soumis à certaines lois qui font qu'il ne dépasse pas certaines limites; ces limites semblent même souvent être déterminées par un ensemble de circonstances appréciables , mais elles sont bien autrement évidentes et manifestement mieux déterminées, plus invariables dans les corps organisés. Quant aux masses minérales, aux roches, elles s'accroissent d'une manière accidentelle, irrégulière et indéfinie, en suivant seulement les lois de l'attraction, et elles ne sont comparables en rien aux êtres vivants.
100. La forme des corps est une conséquence de l'accroissement, elle le suit. Sous ce rapport il y a d'assez grandes analogies entre les deux classes d'êtres. Les cristaux, étant limités par des surfaces planes, sont plus mesurables que les êtres vivants, quoique leur forme soit moins fixe. Cependant elle l'est assez pour que l'on ait pu découvrir les lois très simples d'après lesquelles la forme cristalline primitive est arrivée par
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un accroissement déterminé à acquérir telle ou telle forme secondaire dérivée. De plus, ces formes secondaires, véritables variétés, se trouvent toujours Jes mêmes dans des localités analogues; elles sont donc dépendantes des circonstances extérieures. Ce qui achève de le prouver, c'est qu'on peut en produire de nouvelles à volonté en les plaçant dans des conditions diverses actuellement bien étudiées.
Il y a quelque analogie avec les variétés qu'on obtient de chaque espèce d'êtres vivants. Mais c'est dans la manière dont se fait cet accroissement qu'existe la différence la plus capitale entre les deux règnes. Ce mode est absolument différent dans l'un et l'autre.
Dans les minéraux, en effet, il y a augmentation par superposition ; ce sont en quelque sorte autant de nouveaux individus, semblables à la forme cristalline primitive, qui se groupent autour de celle-ci en suivant des lois fixes, et Rappliquant successivement les unes sur les autres. Ils atteignent ainsi des dimensions qui peuvent varier considérablement.
Dans les êtres organisés il y a accroissement par intus-susception , c'est-à-dire introduction de matière , molécule à molécule , dans l'épaisseur des tissus, de manière à modifier ou multiplier leurs éléments anatomiques, jusqu'à ce qu'une augmentation comprise dans des limites bien déterminées et assez bornées soit atteinte.
Ces caractères dynamiques sont en rapport, en corrélation nécessaire avec la disposition statique des minéraux et des êtres vivants, c'est-à-dire avecla structure lamelleuse des cristaux qui en permet le clivage, et avec la texture hétérogène et complexe des corps orga-
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nisés. Car chaque élément anatomique, distinct des autres quoique enchevêtré avec eux, choisit et s'approprie les molécules qui lui sont nécessaires, s'accroît pour son propre compte. C'est là ce qui caractérise la nutrition et la sépare de la superposition.