Mode de décroissement et de diminution
On prévoit d'avance que les différences énoncées plus haut se reproduisent parallèlement ici.
La molécule intégrante du minéral ne décroît ou ne diminue qu'en se décomposant. La cause de celte décomposition n'est pas dans la molécule intégrante; c'est l'action seule des éléments d'un autre corps qui la détruit en agissant sur ses éléments propres pour former de nouvelles comhinaisons. Sa destruction n'est donc jamais ni spontanée, ni nécessaire.
Le minéral décroît souvent , comme les molécules intégrantes, par une force chimique qui seule peut agir sur lui.
D'autres fois, c'est par une force extérieure, mécanique ou physique. Il en est de même des masses minérales simples ou complexes : elles diminuent ou décroissent en se désagrégeant par une force extérieure quelconque , physique ou chimique. Comme celle-ci commence à agir par l'extérieur, la destruction marche du dehors au dedans, et jamais en sens inverse.
L'état statique dans lequel se trouvent les éléments des corps bruts, à cause de leur saturation ou combustion très avancée, l'intensité de leur cohésion, le mode de leur groupement, rendent ce décroissement plus lent et plus difficile.
102. En outre, un fait caractéristique des corps bruts, c'est que les corps simples qui les composent
n'en sortent jamais dans l'étal de combinaison où ils s'y trouvaient, de manière à pouvoir s'y réunir à d'autres molécules semblables pour former un individu similaire à celui d'où elles sortent. Elles ne se séparent de lui que sollicitées par de nouveaux éléments avec lesquels elles forment de nouvelles combinaisons ; de là vient que les corps bruts ne présentent jamais d'autre mode de génération que la génération spontanée.
105. Chez les êtres organisés, c'est dans l'intérieur des tissus, au sein même de chaque élément anatomique , que commence la décomposition par la formation de produits, nouveaux corps qui sont ou ne sont pas rejetés.
C'est un de ces nouveaux composés, un produit qui est susceptible de devenir, quand il est placé dans de certaines circonstances déterminées, un corps semblable à celui qui l'a produit, c'est-à-dire de subir une évolution organisatrice et de vivre. Mais dans tous les cas la génération de ce produit ou ovule est toujours spontanée, comme celle de tout produit quelconque. Toutes les fois qu'on a pu voir se former l'ovule mâle ou femelle, on l'a vu se former de toutes pièces , spontanément, au milieu d'un liquide tenant ou non des cellules en suspension, de la même manière qu'on constate la formation spontanée et de toutes pièces des cellules épilhéliales à la surface du derme dénudé.
Ainsi, un corps organisé décroît, puis se termine ou meurt par une désassociation bien plus facile de ses éléments que dans le corps inorganique ; mais dans le cours ou vers la fin de sa durée, une partie de ses éléments se réunissent pour former un produit spécial
qui, par une évolution particulière, constituera un être semblable à lui. Ainsi, il y a chez ces êtres, génération spontanée et évolution reproductive.
Lorsque leur décroissement commence par l'extérieur, ce qui est l'exception, elle se propage immédiatement dans le tout. Nous avons vu que dans les corps inorganiques il n'en est pas ainsi : ils se terminent, et par conséquent meurent lorsque, décomposés par l'action plus forte des corps extérieurs , leurs éléments se désassocieut pour se joindre à d'autres et former ainsi de nouvelles combinaisons, des corps nouveaux et dissemblables ; mais il n'y a pas reproduction (1).
Art. IV. — Définition des êtres organisés et vivants, du milieu, de la vie et de la science qui les étudie , ou biologie.
A. Définition des corps organisés.
104. De la comparaison qui vient d'être faite entre les corps bruts et les corps organisés, il résulte que, quoique présentant sous certains rapports des analogies incontestables, il arrive un moment où les différences deviennent manifestes et permettent d'établir entre eux une distinction très nette.
Cette étude comparative nous conduit à reconnaître que les êtres organisés sont des Corps de volume et de forme déterminés , quoique très divers, limités par des surfaces courbes; présentant un ensemble de caractères physiques qui résultent de la disposition des éléments anatomiques dont ils sont formés , et qui, bien que variables de l'un à l'autre, n'appartiennent pourtant qu'à eux;
(1) De Blaiaville, loc. cit., Introduction.
composés de principes immédiats gazeux, liquides et solides, dus à des combinaisons complexes et peu stables d'un petit nombre de substances simples.
Placés dans des conditions convena bles, les corps organisés ontla propriété d'y vivre, c'est-à-dire d'être soumis incessamment à V action des corps extérieurs, et réciproquement de réagir sur eux ; enfin, de croître, de décroître et de se reproduire par formation d'un germe dont l'évolution donne naissance à un être semblable à celui qui l'a produit.
La propriété de vivre est une conséquence de l'élat statique des corps organisés ; il n'y a pas dévie sans corps organisé, mais il y a des corps organisés sans vie. L'idée de vie ne doit donc entrer que condilionnellenient dans la définition des corps organisés, qui peuvent être vivants ou non vivants. En effet, en supprimant ou seulement en modifiant les conditions extérieures ou de milieu, la propriété disparaît, la vie cesse, mais l'organisation ne disparaît pas nécessairement.
Les corps fossiles, le bois sculpté, les coquilles desséchées, les poils ouïes fils d'un tissu, etc., sont des corps organisés ; on en reconnaît l'organisation, on l'étudié , mais ils ne vivent pas. Quand on peut les replacer dans dans des conditions convenables , comme certaines plantes desséchées dans un herbier, ou les vibrions de Spallanzani, ils recommencent à vivre.
Cette définition reproduit à peu près complètement celle des éléments anatomiques donnée plus haut, parce qu'elle doit embrasser et embrasse enefïel tous les corps organisés quels qu'ils soient. Or, les éléments anatomiques sont certainement organisés, el un élément anatomique isolé n'en est pas moins un corps organisé.
Les zoospermes, les zoospores, les cellules épilhéliales à cils vibraliles, nageant librement dans un liquide, sont à la fois des éléments anatomiques parfaitement caractérisés, et certainement des corps organisés déjà compliqués, susceptibles de vivre isolément pendant un certain temps. Ils sont, en effet, doués d'un mouvement qui leur est propre, et subissent sous les yeux de l'observateur des changements assez considérables avant de cesser de se mouvoir; telle est la perte de globules sarcodiques, de leurs cils vibratiles, etc.
Les champignons microscopiques, comme les Torula, les Protococcus, etc., ne sont représentés que par une cellule très petite et très simple qui ne présente aucun caractère de plus que ceux compris par cette délinition. Ce sont néanmoins certainement des corps organisés , puisque dans un peu d'eau ils croissent et se reproduisent.
Nous avons déjà vu que Bichat avait montré que c'est aux éléments anatomiques ou organiques seulement, et non aux tissus proprements dits et aux organes, que peut s'appliquer l'idée de vie.
Ainsi l'animal, comme la plante, peut se simplifier au point de ne plus être représenté que par un seul élément anatomique. Ce petit animal, cette petite plante manifestent sous cette forme tous les caractères fondamentaux de la vie: ils croissent, décroissent et se reproduisent. Seulement cet état de simplicité est le plus rare ; le plus souvent l'animal ou la plante sont très compliqués, formés d'un nombre immense d'éléments anatomiques qui sont même de plusieurs sortes. Leur réunion forme les tissus, dont 1 arrangement réciproque s'appelle texture, ou par extension organisa-
120 Dé! LA BIOLOGIE EN GÉNÉRAL.
tion, et la résultante de la vie de chacun , manifestée par des organes en action, constitue la vie de l'être collectif. Mais cet être, pour se reproduire, commence par donner lieu à la formation spontanée d'un élément anatomique sous forme de cellule, dont le premier stade d'évolution est de constituer l'ovule, et de ce produit dérive l'embrvon.
B. Définition du milieu.
105. L'idée de vie ne suppose pas seulement celle d'un être organisé de manière à comporter les phénomènes qui constituent l'état vital, elle suppose encore l'idée non moins indispensable : De l'ensemble total des circonstances ou agents extérieurs, physiques et chimiques, propres à fournir à l'être organisé les principes immédiats ou matériaux nécessaires à la nutrition et à la manifestation des autres propriétés de ses éléments anatomiques. C'est à cet ensemble de conditions qu'on donne le nom de milieu.
L'idée de vie ou de corps vivant, et celle de milieu, sont deux idées inséparables l'une de l'autre ; il n'y a pas de vie possible sans un milieu convenable à l'accomplissement des phénomènes propres aux corps or» ganisés.
La condition fondamentale de la vie est caractérisée par une harmonie exacte entre l'être organisé et le milieu correspondant.