‹ Du microscope et des injections dans leur applications à l'anatomie et à la pathologie, suivi d'une classification des sciences fondamentales, de celle de la biologie et de l'anatomie en particulier [electronic resource]Chapitre 60 sur 77 · C. Préliminaires à la définition de la vie · texte numérisé non relu

C. Préliminaires à la définition de la vie

106. Bichal , qui le premier tenta de débarrasser la définition de la vie du futile assemblage des abstractions métaphysiques, subit pourtant à son insu l'influence de

DES COiU'S ORGANISES COMME INDIVIDUS. 1*21

l'ancienne philosophie par la fausse idée d'un antagonisme absolu enlre la nature morte et la nature vivante ; en conséquence, il choisit celte lutte supposée pour le caractère essentiel de la vie. Car il avait justement senti que cette définition ne pouvait, comme celle des autres sciences, être fondée que sur un aperçu général de l'ensemble des phénomènes propres aux êtres vivants. Dire avec Bichat que la vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort, c'est supposer, comme il le faisait, que les êtres vivants sont dans un état de résistance continuelle contre ce qui les entoure et qui tend continuellement à les détruire.

C'est, au contraire, le milieu qui nous entoure, pouvant varier dans des limites assez étendues, qui permet que la vie ait lieu; et s'il devient destructeur, c'est qu'il a subi de trop grandes perturbations accidentelles , perturbations qui sont moins fréquemment la cause de la mort que la vieillesse, c'est-à-dire que les modifications nécessaires, lentes, spontanées, de l'organisme.

La vie , comme on le sait , reste suspendue ou très ralentie , ne se manifeste par aucun phénomène dans beaucoup de graines pendant de longues années. Elle l'est aussi normalement sur beaucoup de plantes et animaux (mollusques, sangsues, etc.) par l'action du froid ou de la chaleur, ou artificiellement dans les expériences sur les Vibrions, les Rotifères, etc., desséchés de manière à ne pas décomposer leurs tissus. Le retour convenable de la chaleur et de l'humidité rétablit les phénomènes de la vie. Dans l'un et l'autre cas, c'est du milieu ambiant que provient l'influence; il faut, par conséquent, tenir compte du concours de ce milieu. aussi

Lien que de son antagonisme, envers le corps organisé.

Ainsi, comme on le voil, la vie n'est pas un principe indépendant des lois générales de la nature ambiante; on ne peut pas la définir par une création imaginaire de ce genre quelle qu'elle soit; ni par une opposition fantastique entre elle et l'ensemble des actions extérieures.

107. Tous lts phénomènes inorganiques, quelles que soient les conditions extérieures dans lesquelles nous puissions les placer, n'en continuent pas moins à se produire, sauf quelques différences d'intensité, ou tout au moins ils admettent, à cet égard, de très grandes limites de variations. Ces limites s'agrandissent môme de plus en plus à mesure qu'on s'éloigne des phénomènes chimiques, en remontant jusqu'aux phénomènes de pesanteur et de gravitation, qui sont rigoureusement universels, quels que soient les corps et les circonstances. Ce sont les phénomènes les plus indépendants du milieu dans lequel se trouvent les corps et de toutes les circonstances ambiantes.

La production des phénomènes propres aux corps organisés, le mode d'existence des corps vivants , en un mot, est au contraire caractérisé par la nécessité d'un grand nombre de circonstances extérieures au corps agissant. Il faut, par exemple, certaines proportions dans le mélange des gaz aériformes ou dissous, de la vapeur d'eau, de la lumière, de la chaleur, etc., sans cela ces phénomènes n'ont pas lieu. Leur production est donc caractérisée par une dépendance extrême des agents extérieurs , tant sous le rapport de leur nombre que sous celui plus spécial de l'intensité de chacun d'eux. Ce sont là des faits qu'il faut toujours

avoir devant les yeux lôtit'eS les fois qu'il s'agit des corps organisés. L'actiun de ces influences, trop peu étudiée parce qu'elle ne présente pas toute la précision d'un fait anatomique, doit cependant être connue, ainsi que ses limites de variation.

108. Il faut encore remarquer, pour arriver au but que nous poursuivons, qu'à mesure qu'on s'élève à des êtres plus compliqués, plus élevés dans la hiérarchie organique, plus aussi devient grande la complication de l'ensemble des conditions d'existence; parce que chaque fonction est plus développée, plus intense dans ses effets, plus nettement séparée des autres fonctions. Mais à mesure aussi que l'être vivant devient plus complexe et a besoin d'un plus grand nombre de circonstances extérieures pour exister, celles-ci peuvent à leur tour subir, chacune prise à part, des variations plus étendues sans empêcher l'existence de l'animal ; car sa complication même lui donne la possibilité de réagir à son tour sur le milieu ambiant et de le modifier en sa faveur.

Ainsi, par exemple, les végétaux, les Polypes et les Bryozoaires, fixés au sol, ont besoin d'un petit nombre seulement de conditions extérieures pour vivre; on reconnaît en même temps qu'ils modifient fort peu la constitution de ce milieu. Mais aussi dès que ce milieu vient à subir de très légères modifications, ils meurent nécessairement, par suite du peu d'influence qu'ils ont sur lui, du peu de moyens qu'ils ont pour remplacer dans de certaines limites une fonction par une autre.

D'autre part, nous voyons que les animaux supérieurs en complication, qui ont besoin pour vivre d'un ensemble de conditions extérieures favorables, tant terrestres qu'atmosphériques, très complexes sous les

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divers points de vue physiques et chimiques, peuvent (par une compensation non moins indispensable , par suite de leur propriété plus développée de rnodilier et de réagir sur le système ambiant) supporter des variations du milieu beaucoup plus étendues. Ainsi, lorsque la dépendance des corps vivants envers le monde extérieur est moindre sous le rapport du nombre des agents, elle est plus grande sous celui des limites de variations qu'on peut leur faire subir, et réciproquement ; mais cette dépendance n'est jamais nulle, ni dans un sens, ni dans l'autre. Aussi toutes les conceptions physiologiques de Bichat ont été profondément altérées, pour être parti du point de vue contraire.

109. Le développement de l'étude des corps organisés ayant permis de donner la notion abstraite de la vie d'une manière vraiment positive , on en a abusé, surtout en Allemagne, pendant un certain temps, en la généralisant outre mesure , de manière à l'étendre à tous les corps de la nature. C'était revenir à l'ancienne philosophie, qui regardait tous les corps comme plus ou moins vivants , parce que tous les corps présentent un certain nombre de phénomènes ; parce que tous sont, en un mot , évidemment actifs, ont une action sur ce qui les entoure à des degrés plus ou moins intenses et sous un nombre variable de rapports.

Il faut donc , sous peine de confusion , ne pas employer les deux termes distincts , activité et vie , pour désigner la seule idée de vie. Ce dernier nom doit être soigneusement réservé à la désignation du mode d'activité spéciale propre aux seuls êtres organisés, les seuls réellement vivants. Il ne faut pas lui donner une acception tellement étendue, qu'il puisse s'appliquer à

tous les modes d'activité de la matière, ni à tous les phénomènes de la nature, exigeant pour avoir lieu un ensemble de conditions assez complexes pour qu'on puisse comparer celles-ci à un organisme proprement dit.

D. Définition de la vie.

110. On donne le nom de vie au double phénomène de mouvement moléculaire, à la fois général et continu, de composition et de décomposition , que présentent les corps organisés placés dans un milieu convenable (1).

C'est, en effet, ce phénomène qui caractérise universellement les corps appelés vivants.

Celte définition présente l'exact énoncé du seul phénomène absolument et rigoureusement commun à l'ensemble de tous les êtres vivants, considérés dans toutes leurs parties constituantes, dans tous leurs éléments analomiques et dans tous leurs modes de vitalité. Ce ne serait pas lui faire une objection fondée que de dire qu'elle ne tient aucun compte de la division de la vie en organique et animale-, car la vie animale n'est qu'un simple perfectionnement complémentaire surajouté chez certains êtres à la vie organique ou vie fondamentale.

L'observation montre qu'elle est propre, soit à procurer à celle-ci des matériaux par une intelligente réaction sur le monde extérieur , soit à la mieux préserver des influences défavorables, soit à préparer ou faciliter ses actes parles sensations, les divers modes de locomotion, etc. En un mot, suivant l'expression

(1) De Blainvillc, Principes d'analomie comparée, 1822, in-8, Introduction; — Aug. Comte, loc. cit., t. TU, p. 295.

de M. (le Blainville, la vj animale n'est, en quelque sorte, qu'une vie de luxp ; c'est un appareil spécial qui s'adjoint à ceux qui sont indispensables à l'existence d'un corps organisé.

Chez les animaux les plus élevés seulement , et surtout chez l'homme, celte disposition générale semble être intervertie ; car la vie végétative paraît , de prime abord , être essentiellement destinée à entretenir la vie animale, devenue en apparence le but principal de la vie organique. Mais ce n'est là qu'un effet très marqué du développement de l'intelligence etde la sociabilité ; c'est un effet lent et graduel de l'état de civilisation qui ne se montre que dans les sociétés déjà très avancées. Chez les peuples sauvages , les besoins de la vie organique et de la reproduction conservent une prépondérance très marquée sur ceux de la vie animale, en un grand nombre de circonstances dans lesquelles le contraire se voit chez les hommes civilisés.

Enfin, même dans ces derniers organismes, où la vie animale intellectuelle est plus développée, la vie organique n'en constitue pas moins la base et le but de celle-ci ; elle est encore la seule entièrement commune, aussi bien aux éléments analomiqucs des divers tissus nerveux, musculaires, etc., qu'à ceux des divers parenchymes de la vie de nutrition. De plus, comme l'a démontré Bichat, elle est la seule qui s'exerce d'une manière nécessairement continue ; la vie animale, au contraire, est essentiellement intermittente.

Ml. Ainsi, par les actes fondamentaux dont la succession perpétuelle caractérise la vie, la science des corps vivants se subordonne d'une manière directe et complète à la chimie ; car ces actes sont nécessairement

chimiques, puisqu'ils consistent en une suite continue de compositions et de décompositions plus ou moins profondes. Au moment où a lieu une combinaison chimique quelconque, il se.passe réellement quelque chose d'analogue à la vie, mais avec cette différence que le phénomène est instantané ici et cesse dès qu'il est produit ; tandis que dans tout organisme placé dans un milieu convenable, il se renouvelle continuellement par cette lutte régulière et permanente entre le mouvement de composition et de décomposition. C'est de là que résultent le maintien et le développement de l'état organique, en même temps que l'impossibilité d'un entier accomplissement de l'acte chimique.

En d'autres termes, les phénomènes physiologiques nous montrent l'activité matérielle dans un degré d'énergie très supérieur aux phénomènes chimiques. En effet, dans ceux-ci, dès que la combinaison est effectuée, le corps redevient complètement inerte; tandis que l'état vital est caractérisé (outre les effets physiques et chimiques qu'il détermine) par un double mouvement plus ou moins rapide, mais toujours nécessairement continu, de composition et de décomposition; propre à maintenir l'organisation du corps entre certaines limites d'oscillation , pendant un temps variable, tout en renouvelant sans cesse sa substance (1).

112. Tout corps organisé placé dans un milieu convenable a la propriété de présenter le double phénomène général qui caractérise la vie, lequel se manifeste par la nutrition ou accroissement, et par le décaissement de ses éléments analomiques. Ce sont là les propriétés

(1) Comte, loe. cit., t. III.

f§8 DE LA BIOLOGIE EN GÉNÉRAL.

vitales les plus générales de ces éléments; mais ils en possèdent encore d'autres qui sont différentes pour chaque élément anatomique distinct et sont propres à chacun d'eux. Ce sont autant de propriétés vitales élémentaires et spéciales inhérentes à chaque élément et qui ne peuvent plus, de nos jours, être supposées indépendantes de lui, existant hors de lui, le dominant et se manifestant pourtant par lui. Ne voyons-nous pas ces propriétés varier avec chaque modification que subit l'élément organique, et l'état dynamique être en corrélation constan te avec l'état statique ?

Ainsi, on ne peut pas admettre d'autres propriétés vitales que les propriétés des éléments de nos tissus. Ces propriétés ne sont autres que celles que nous appelons propriétés de tissu; lesquelles à leur tour reproduisent celles des éléments dont est formé le tissu, plus ou inoins modifiées seulement par le mode de texture des éléments.

115. Connaissant actuellement: 1° ce qu'on entend par élément anatomique , et quelle est l'idée qui s'y rattache; 2° sachant qu'un tissu est composé par l'enchevêtrement des éléments anatomiques, nous sommes amenés à envisager : 3° les systèmes ou l'ensemble des parties formées d'un même tissu ; 4° puis ces parties chacune à part, c'est-à-dire les organes qui sont des instruments constitués par un ou plusieurs tissus prenaut une forme spéciale appropriée à leur destination ; 5° enfin nous avons à étudier les appareils formés par une certaine disposition réciproque des organes conslituanls , conformément, d'une part, à la fonction qu'ils ont à remplir, et d'autre part, au milieu dans lequel celle-ci s'exécute.

E. Définition de la biologie.

114. D'après ce qui précède, on peut reconnaître que le but de la biologie doit être de chercher à rattacher constamment l'un à l'autre dans chaque cas déterminé le point de vue anatoinique et le point de vue de la fonction ; le système ambiant ou milieu étant toujours censé préalablement bien connu , puisque son étude jipartient à l'ensemble des autres sciences fondamentales qui précèdent la biologie.

Ceci posé, on reconnaît que la biologie est la science qui étudie les êtres organisés dans le but d'arriver par la connaissance des organes ou des modifications organiques à connaître les fonctions ou actes, et réciproquement.

Ainsi, prévoir comment agira dans des circonstances données tel être organisé , ou quel est l'organe qui a pu produire tel acte, c'est là le but que doit toujours se proposer le biologiste. Il faut reconnaître toutefois que plus les questions se compliquent, plus leur inversion devient difficile , au point d'être bientôt insurmontable lorsqu'on dépasse les premiers degrés de simplicité. C'est ce qui se présente continuellement ici, à cause de l'extrême complication de cette science, qui la maintient dans un état d'imperfection plus grand que les autres.

115. Il est inutile d'insister sur la nécessité de comprendre dans cette définition à la fois la physiologie et l'analomie, sans distinction de l'une avec l'autre; car il ne peut exister de physiologie sans anatomie, comme aussi sans la physiologie l'analomie n'aurait aucun caractère scientifique, c'est-à-dire d'utilité, et

serait toujours aride et ordinairement inintelligible. Si cette distinction a été faite, cela lient à l'enfance de la science à cette époque, et à ce que la physiologie proprement dite faisait partie de la philosophie métaphysique.

116. Cette définition ajoute à Tanatomie et à la physiologie une autre branche essentielle, peu connue, et encore tellement imparfaite, si peu caractérisée, que la plupart des physiologistes n'en soupçonnent pas l'existence distincte et nécessaire. C'est la science qui traite de l'étude des milieux, ou modificateurs externes généraux et spéciaux, et de leur action sur l'organisme. Nous avons vu, en effet, que si l'idée de vie est inséparable de celle d'organisation , elle l'est au même degré de celle du milieu en relation déterminée avec l'organisme (1).

Cette importante branche de la biologie, qui après l'anatomie est le préliminaire indispensable de l'étude de la physiologie, a été soupçonnée par les naturalistes allemands, dans leur ébauche d'un règne composé d'air et d'eau, intermédiaire aux règnes minéral et organique. Lamarck, E. G. Saint-Hilaire en ont fait ressortir différentes parties au point de vue zoologique; mais personne n'en a conçu une idée juste, à la fois générale et complète dans tous ses détails avant M. de Blainville (2).

Pourtant depuis lors, jamais cette science n'a été étudiée d'une manière rationnelle, nulle part on n'en fait mention, et les matériaux qui s'y rapportent, ac-

(1) Comie, loc. cit., t. III.

(2) De Blainville, Cours de physiologie comparée, t. I et III , p. 367, 1830.

cumulés sans ordre, sont épars dans les ouvrages, sans que jamais on cherche à se faire une idée nette de la place qu'ils doivent occuper, et par suite de leur importance. Cependant le traité d'Edwards (4), et l'imperfection de l'art de l'hygiène , fondé en entier sur cetle science , devraient faire sentir le besoin de son élude systématique.

117. La relation des idées d'organisation et de vie doit autant que possible être établie d'après les lois fondamentales du monde organique, en tenant un compte convenable des modifications que doivent faire introduire les propriétés spéciales aux tissus vivants. Toutes les fois, en effet, qu'il se produit en nous un acte mécanique, physique ou chimique, ce qui est fréquent, l'expiication du phénomène doit être rattachée aux lois générales des phénomènes analogues, qui doivent s'y vérifier. Cette tendance ne doit pourtant pas être exagérée ; carbeaucoup de phénomènes des êtres organisés n'ont par leur nature rien d'analogue dans le règne inorganique : tel est le phénomène de la contractiîilé des fibrilles musculaires, el beaucoup d'autres encore qui méritent comme celui-ci d'être appelés phénomènes vitaux, puisqu'ils ne se montrent que chez les êtres qui jouissent de la vie telle qu'elle a été définie. Il est à remarquer que ces propriétés primordiales appartiennent toutes aux organes de la vie animale, surtout les nerveux el musculaires, tandis que les actes de la vie organique sont essentiellement physiques el chimiques.

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