‹ Du microscope et des injections dans leur applications à l'anatomie et à la pathologie, suivi d'une classification des sciences fondamentales, de celle de la biologie et de l'anatomie en particulier [electronic resource]Chapitre 63 sur 77 · C. Comparaison · texte numérisé non relu

C. Comparaison

150. Celte dernière méthode fondamentale d'exploration est celle qui est la plus spécialement adaptée à l'étude des êtres organisés, d'où elle lire sa véritable source logique. Ce moyen, le plus difficile de tous, est destiné naturellement à l'élude des phénomènes les plus particuliers, les plus compliqués, les plus variés, et en constitue la principale ressource.

Les conditions sur lesquelles il doit reposer consistent, par la nature même du procédé, dans le concours indispensable de l'unité d'organisation avec une grande diversité de ses modifications effectives. Pas de solidité sans la première condition ; pas d'étendue ni de fécondité sans la seconde : or, nulle science ne réalise ces deux conditions comme la biologie.

Ainsi, par exemple, toutes les diverses parties de tous les êtres vivants présentent un fond commun de structure et de composition, au moins quanl aux cellules embryonnaires qui sont semblables chez les végétaux et les animaux pendant quelque temps. C'est ensuite de celles-là que procèdent successivement les tissus et les organes, par simple métamorphose des cellules en éléments anatomiques chez les végétaux, et par substitution de ces éléments définitifs aux cellules embryonnaires chez les animaux. Il faut en excepter chez ceux-ci les produits (épiderme, corne, etc.), tissus insensibles, non vasculaires, etc., qui se forment, comme les éléments définitifs des végétaux, c'est-à-dire par métamorphose des cellules.

Au poinl de vue physiologique , tous les êtres organisés sans exception ont pour propriété commune de se nourrir, de naître, de croître et décroître par des phénomènes analogues, comme le montre celui de via segmentation du vitellus pour former les cellules embryonnaires, et beaucoup d'autres phénomènes encore.

On reconnaît ainsi que l'obligation d'embrasser dans l'immensité de leur ensemble les êtres vivants, loin d'être un véritable obstacle pour la physiologie, devient son plus puissant moyen de perfectionnement. Bornée à l'homme seulement, la biologie ne pouvait faire aucun progrès essentiel , même purement anatomique, si ce n'est dans cette anatomie descriptive superficielle, uniquement applicable à l'art chirurgical.

131. Toute comparaison analomique et physiologique peut être faite sous cinq chefs principaux à l'état normal, auquel on peut joindre ensuite le point de vue pathologique. Ce sont : 1° la comparaison entre les diverses parties de chaque individu ; 2° entre les sexes ; 5° entre les diverses phases que présente l'ensemble du développement, ou des âges, comprenant la formation, l'état embryonnaire, l'étal parfait et l'état de décroissance; 4° comparaison entre les différentes races ou variétés de chaque espèce ; 5° et enfin , entre tous les êtres de la hiérarchie biologique.

Quant au point de vue pathologique, il est applicable successivement à l'un quelconque de ces principaux chefs ; il faut remarquer que c'est là une application de la biologie, base nécessaire et indispensable de l'art médical plutôt qu'une de ses parties constituantes.

C'est seulement en faisant l'histoire naturelle de chaque individu, que l'on devra comprendre dans cette

142 »e la biologie en général.

comparaison l'examen de chaque acte , suivant les différentes circonstances extérieures normales du milieu, c'est-à-dire de climat, de régime, etc.

132. L'esprit de la méthode comparative d'investigalion consiste à considérer tous les cas analogues réunis , et à représenter leurs différences comme de simples modifications déterminées dans chaque organe ou chaque fonction envisagée par l'ensemble des autres caractères propres à l'animal étudié. On poursuit ainsi cette marche jusqu'à ce que les organes ou les fonctions les plus simples aient réalisé autant que possible l'isolement de la partie essentielle de l'organe ou de celte fonction , suivant que l'étude est analomique ou physiologique.

Il esl possible de la sorte de rattacher sans cesse les différences secondaires à celles qui sont plus importantes , d'après des lois constamment uniformes, dont le système doit constituer la vraie philosophie biologique, soit statique, soit dynamique, destinée à fournir ainsi l'explication rationnelle et homogène de chaque cas délerminé. Une fois précisée, la notion essentielle peut ensuite être revêtue successivement eu sens inverse des diverses attributions secondaires qui la compliquaient primitivement.

La théorie des analogues, si souvent décriée, n'est autre chose que le principe nécessaire et invariable de la méthode comparative, directement envisagé dans son ensemble philosophique. Ses détracteurs eux-mêmes sont involontairement amenés à l'employer , mais ordinairement d'une manière incomplète et irrationnelle, faute de l'envisager dans tous les points de vue qui lui sont propres et sont indispensables les uns aux autres;

ou encore parce que n'ayant pas d'abord circonscrit le champ des analogies réelles, ils sont entraînés à de vicieuses spéculations sur des analogies qui n'existent pas.

D. Art de classer.

i 55. La science des êtres organisés est , par sa nature , destinée à développer deux des plus importantes facultés élémentaires du cerveau humain, dont aucune autre science ne pouvait permettre la libre et pleine évolution. D'une part, c'est la comparaison, et, d'autre part, l'art de classer, destiné non seulement à faciliter les souvenirs, mais surtout à perfectionner les combinaisons scientifiques. Déjà mise en usage dans les autres sciences, surtout en chimie, il n'est pas étonnant de voir cette faculté élémentaire être spécialement développée par celle de nos éludes fondamentales qui en exige la plus urgente application et en même temps lui offre le champ le plus étendu. Nulle science n'a à étudier une plus immense multiplicité d'êtres distincts et pourtant analogues. En outre, il est absolument nécessaire d'établir une classification, au moins dans ses dispositions les plus générales, afin d'organiser entre tous ces êtres divers une exacte comparaison, qui est le plus puissant moyen d'investigation propre à l'élude des corps vivants , et devient à son tour le meilleur moyen de vérification de ces classifications.

Le nombre et la multiplicité des objets à classer, qui d'abord paraissent autant d'obstacles à une distribution systématique, permettent, au contraire, de saisir entre eux des analogies scientifiques plus spontanées, plus étendues et plus faciles aussi à vérifier sans équi-

vaque. La plus grande perfection des classifications zoologiques, comparativement aux classifications botaniques, est là pour prouver ce fait, qui non seulement est vrai de nos jours , mais l'était déjà au temps de Linné. Ses classifications zoologiques sont, en effet, bien supérieures à sa classification botanique; car celle des mammifères, des poissons et des insectes n'a subi que des changements secondaires, et celle des oiseaux n'a pas été modifiée, tandis que celle des végétaux n'est plus admise.

Art. VI. — Du rang que doit occuper la biologie dans le tableau encyclopédique des sciences.

434. C'est entre la chimie et la science sociale que vient se placer la biologie.

C'est à la chimie qu'elle se subordonne d'une manière la plus directe et la plus complète. Les actes fondamentaux dont la succession perpétuelle caractérise la vie sont nécessairement chimiques, puisqu'ils consistent en une suite continue de compositions et de décompositions. Mais dans les phénomènes chimiques la combinaison est instantanée et reste fixe. Chez les êtres organisés il y a encore une autre différence : c'est que le résultat effectif de chaque conflit chimique , au lieu de dépendre toujours uniquement de la simple composition médiate ou immédiate des corps entre lesquels il a lieu , est toujours plus ou moins modifié par leur structure anatomique.

Il est même des cas où, en chimie, certaines circonstances de structure déterminent des réactions énergiques que la nature seule des substances n'eût pu réaliser : tels sont les phénomènes produits par l'éponge

de plaline , divers corps poreux, et d'aulres phénomènes de contact encore. Mais , outre que ces cas sont rares, le produit de la réaction reste fixe, et enfin il y a toujours la diversité de composition anatomique dans les deux classes de corps bruts el organisés.

135. Ainsi c'est sur les lois chimiques que doivent reposer toutes les explications théoriques de nutrition proprement dite, de sécrétion , etc., sauf toujours les modifications spéciales tenant aux conditions organiques. Car nous avons vu que la vie animale est destinée surtout à étendre et à perfectionner la vie organique ; mais elle n'en change en rien la nature générale et lui est immédiatement soumise. Elle rend seulementbien plus difficile à reconnaître les lois de la vie nutritive el bien moins'propres àfournir d'exactes indications, parce que l'action nerveuse est une nouvelle source continue de modifications, lorsque, par exemple, le changement des degrés d'innervation peut troubler l'activité et même la nature de la sécrétion de certaines glandes qui reçoivent des nerfs.

136. Outre que la chimie a fourni aux biologistes d'utiles notions dans l'art d'observer, elle doit servir de guide dans l'art d'établir des nomenclatures; quoique, ainsi qu'il est facile de le comprendre , la complication du sujet et l'extrême diversité de ses aspects ne permettent pas de lui donner la précision, ni la valeur scientifique qu'il a en chimie.

Par l'anatomie générale surtout et plusieurs parties de la physiologie encore, la biologie se lie à la chimie, à laquelle elles empruntent une grande partie de leurs moyens d'exploration.

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