‹ Du mode d'action chez les asthmatiques et les emphysémateux de quelques médicationsChapitre 11 sur 22 · CHAPITRE TI · texte numérisé non relu

CHAPITRE TI

La pharmacologie du sympathique et les produits endocriniens

On a l’habitude, à l'heure actuelle, de rattacher au système nerveux organo-végétatif, le système des glandes endocrines pour en former un autre appareil général, le système neuro-glandulaire. Ce sont les rapports réciproques de ces deux séries d’organes que nous nous proposons d’examiner dans ce chapitre. Nous pouvons le dire dès maintenant, de nombreux arguments plaident en faveur de cette conception, tout au moins pour cette série de glandes, qui forment le système adrénalinogène. Mais pour les autres organes à sécrétion interne la question est beaucoup moins: avancée et l’on ne peut guère admettre à l’heure actuelle que des rapports très généraux de réciprocité.

I. — Une première difficulté nous attend au seuil de ce chapitre et elle n’est pas des moindres. C’est de LIMITER LE DOMAINE ENDOCRINIEN. En effet, en principe,

toute cellule est endocrine en ce sens qu’elle rejette dans le milieu intérieur de nombreux produits. Souvent ces produits auront une action sur d’autres organes. Je n’en veux pour exemple que le CO? qui va exciter le centre respiratoire. Mais c’est là un produit de déchet, ce ne sera pas comme nous allons le vor une sécrétion interne.

Tel n’est pas d’ailleurs le but de notre chapitre de donner une définition de la glande endocrine. Pour fixer les idées nous nous arrêterons aux conditions que Gley a fixées pour qu’un organe soit une glande à sécrétion interne. Ces conditions sont au nombre de trois; les voici dans les propres termes employés par Giey :

« 1° Les glandes sans conduit excréteur sont pénétrées par de nombreux vaisseaux sanguins et leurs éléments cellulaires sont ordonnés par rapport aux vaisseaux efférents.

2° On doit pouvoir déceler chimiquement dans le sang veineux de ces organes un produit spécifique.

3° Le sang veineux de ces organes doit posséder des propriétés physiologiques qui se manifestent quand on l’injecte en quantité suffisante à un autre animal. »

La troisième condition, tout au moins dans l’état actuel de nos connaissances, est pour Gley la plus importante c’est celle qu’il nomme la condition physiologique, quand elle existe elle est même suffisante à elle seule.

D'autre part, Gley donne aux produits de sécrétion interne un nom nouveau, celui d’harmozone, du grec

apuotw : régler, diriger. Il veut dire par là que ces substances ont une part sur le contrôle et la direction

’ de certaines actes physiologiques. Ce terme est dans son esprit plus général que celui d’hormone, car il ne préjuge ni du sens de l’action, ni de sa durée. En particulier, il s'applique à ces substances qui ont une action sur le développement général de l’organisme, substances dites morphogénétiques.

On peut dire, dès maintenant, qu’il existe toute une série de glandes qui répondent aux conditions d’une glande endocrine. Il est impossible à l’heure actuelle d'en donner une énumération.

Nous étudierons tout d’abord les rapports entre le système organo-végétatif et le système adrénalinogène. C’est l’exemple le mieux étudié et c’est le plus typique.

II. — Tout d’abord on sait que dans la GLANDE SUR- RÉNALE, seule la médullo-surrénale possède la propriété de sécréter de l’adrénaline, mais qu'il existe dans l’organisme d’autres organes doués de la même propriété. Ce sont principalement les corps Juxtaaortiques, petits organes parenchymateux situés dans le tissu conjonctivo-adipeux en avant de l'aorte et des iliaques primitives. Ces organes sont formés de cellules analogues à celles de la médullo-surrénale. On les appelle encore paraganglions pour marquer leur parenté avec les ganglions sympathiques. L’ensemble médullo-surrénales et paraganglions forme ce qu’on appelle le système chromaffine ou système adrénalinogène. Il présente avec le sympathique des rapports étroits. |

Ce sont d’abord des rapports embryologiques. En effet, cellule chromaffine, et cellule sympathique déri-

Re

vent de la même ébauche nerveuse embryonnaire. L'une et l’autre cellules dérivent d’une même cellule indifférenciée, mais non l’une de l’autre, de sorte que « les cellules de ces organes (organes adrénalinogenes) sont donc, non les descendantes, mais les sœurs des cellules nerveuses sympathiques » (Policard).

En second lieu, histologiquement, on trouve dans les organes chromaffines des cellules ganglionnaires sympathiques, ce qui n’a pas lieu de nous étonner, étant donnée leur origine commune.

Et enfin surtout il ÿ a un rapport physiologique. C’est là le plus important. Car toutes ces cellules chromaffines sécrètent de l’adrénaline, or « l’adrénaline constitue un véritable sympathique chimique » (Policard). C’est ce que nous allons voir par l’étude des propriétés pharmaco-dynamiques de l’adrénaline.

Ces propriétés doivent être interprétées car elles ne se manifestent pas de la même façon sur l’animal normal ou sur les organes isolés. Sur l’appareil cardiovasculaire elle a une action vaso-constrictive et hypertensive.

La vaso-constriction ést facile à mettre en évidence par application d’une solution d’adrénaline sur une muqueuse comme la conjonctive que l’on voit immédiatement pâlir. Cette action s'exerce sur tous les vaisseaux, artères, veines, capillaires. Sur l’animal vivant une injection intraveineuse d’adrénaline déterminera de la vaso-constriction, surtout dans le domaine des nerfs splanchniques, alors qu’au niveau du cerveau, du cœur, des poumons, il y aurait dilatation des vaisseaux. Cette dilatation s’expliquerail par l’élévation de pression générale, car si l’on plonge des

Ru

fragments d’artères de ces organes dans une solution adrénalinée on observe une vaso-constriction.

La rate se rétracte énormément et d’une façon très durable. Mais cette rétraction serait due non seulement à la vaso-constriction mais aussi à la contraction des fibres trabéculaires. C’est cette contraction de la rate qui, en chassant de nombreux globules blancs, déterminerait l'augmentation de leur nombre dans le sang.

D'autre part, la vaso-constriction s'exerce d’une facon plus ou moins variée dans certaines régions de l’organisme et suivant la dose. Sur l'intestin, à la dose. habituelle, il y aurait vaso-constriction, mais vaso-dilatation à dose faible. Sur les membres, dilatation des vaisseaux, des muscles avec constriction des téguments à la dose habituelle; vaso-constriction de tous les vaisseaux à dose élevée. Sur ia région bucco-faciale on observe de la rougeur des lèvres, de la muqueuse des joues, des gencives, mais de la pâleur de la langue. Or c’est là l'effet produit par l'excitation du bout périphérique des sympathiques. C’est un argument en faveur du mécanisme d’action dont nous parlerons tout à l'heure. Enfin, sur le corps thyroïde il y aurait vaso-dilatation.

L'action hypertensive expliquée habituellement par la vaso-constriction périphérique n’est guère mise en doute à l’heure actuelle. Elle s’accompagne sur le cœur in situ d’un ralentissement des battements, mais d’une accélération après vagotomie bilatérale, c’està-dire après que le cœur a été soustrait à l'influence frénatrice du nerf pneumogastrique. Sur le cœur

isolé il y a accélération et augmentation d’énergie des

battements. II y a donc une action directe sur le cœur, mais on n’est pas d'accord actuellement pour savoir si ladrénaline agit sur le muscle lui-même, sur les terminaisons nerveuses ou sur les ganglions. Quoi qu’il en soit, il semble cependant que ladrénaline agirait directement sur les origines du vague entraînant de la brachycardie laquelle serait produite aussi directement par l'hypertension.

Sur le sang, l’adrénaline aurait une action hémolvtique et accroîtrait la coagulabilité. L’augmentation du nombre des globules blancs serait due au mécanisme que nous avons analysé plus haut.

L’amplitude des mouvements respiratoires est diminuée.

Les muscles bronchiques subissent une action d’inhibition. Mais où cette action est particulièrement sensible, c’est sur le tube digestif. Les mouvements péristaltiques de l'intestin sont arrêtés. Par contre, les spincters pylorique, iléocolique, anal interne se resserrent.

Au niveau de l'œil, mydriase, protrusion du globe oculaire, élargissement de la fente palpébrale.

Il y a érection des poils.

L'action sur les glandes digestives est la même que celle du sympathique.

L’adrénaline enfin augmente le métabolisme basal, exagère les échanges respiratoires.

Elle provoque presque toujours de l’hyperglycémie, parfois de la glycosurie.

III. — COMMENT SE COMPORTE L'ADRÉNALINE DANS L'ORGANISME NORMAL. — Il est fort probable que les

deux organes sympathique et adrénalinogène collaborent à [a même fonction. D’une part, la sécrétion d’adrénaline est déterminée par l’excitation des nerfs grand et petit splanchniques. Mais d’autre part, l’adrénaline ainsi mise en circulation agira pour modifier le tonus du système sympathique. Par exemple lorsqu'il se produit de l’hypotension, l’adrénaline est sécrétée en plus grande quantité. Mais celle-ci agissant sur le sympathique va produire de l'hypertension, laquelle, à son tour, diminuera la sécrétion d’adrénaline. De sorte que « mécanisme nerveux et adrénalinique. obéissent à la même condition provocatrice, le trouble vasculaire à compenser » (Tournade, in Traité de Physiologie, Roger et Binet).

En quel point précis de l'organisme agit l’adrénaline. Essentiellement, par action périphérique. Mais elle ne peut agir sur la fibre musculaire elle-même car elle ferait contracter les unes et relâcherait les autres. Il est normal de penser qu’elle agit sur le sympathique puisqu'elle reproduit son action. Et pourtant elle continue à agir sur des organes privés de leur innervation. C’est pourquoi, à l’heure actuelle on admet qu’elle se fixe sur la substance d’union interposée au nerf et à l’élément cellulaire, la substance intermédiaire de Langley.

Une question beaucoup plus importante se pose, celle de savoir s’il existe une adrénalinémie physiologique, autrement dit l’adrénaline a-t-elle dans l’organisme une fonction habituelle. Si oui, les rapports entre sympathique et adrénaline paraîtront beaucoup plus étroits. La collaboration avec le sympathique s’exercerait constamment pour maintenir le tonus vas-

STNAO ee

culaire, le taux de la glycémie et l’équilibre tonique de la musculature digestive.

: La question est encore très controversée à l'heure actuelle. Pour Gley l’adrénaline ne serait produite et n’agirait que dans certaines conditions. Tournade, de son côté, après de nombreuses expériences pratiquées sur deux chiens en anastomose surrénalo-jugulaire, est fermement partisan de l'existence d’une adrénalinémie physiologique. Nous nous permettrons de dire que ses résultats entraînent de très fortes pré-

somptions.

IV. — L'étude de la question DES RAPPORTS DU SYM- PATHIQUE AVEC LES AUTRES GLANDES à sécrétion interne est loin d’être aussi poussée.

L'hypophyse en particulier pose un problème extrêmement complexe. Primitivement, des troubles tels que la polyurie, la glycosurie, le syndrome adiposo-génital avaient été attribués à des lésions de l’hypophvse. Mais des travaux récents semblent montrer qu'ils sont dus à des lésions de la région infundibulotubérienne. Cette découverte a jeté une grande obscurité sur le rôle de l’hypophyse. On a bien extrait de celle-ci une substance, la rétropituitrine, qui, injectée à des animaux, a révélé une action partiellement sympathicotonique et parasympathicotonique. Mais les conclusions à ce sujet ne peuvent être poussées plus loin.

Le rôle de la thyroïde est mieux connu. On en a extrait un produit, l’iodothyrine, également sympathicoltonique et parasympathicotonique d’une façon partielle. Et surtout la pathologie a éclairé d’une façon

ES Tee

très nette le rôle de la thyroïde. On sait, en effet, que la maladie de Basedow, accompagné d’un hyperfonctionnement du corps thyroïde, se révèle par des symptômes d’ordre sympathique. Il semble donc bien que les produits déversés dans le sang par la glande thyroïide aient une action sympathicotonique. D’autre part, l'influence du système nerveux sur la glande est nette. La thyroïde reçoit une innervation surtout sympathique. Des expériences portant sur l’excitation du sympathique ont provoqué des hypertrophies du corps thyroïde. Enfin, des auteurs ont signalé l’existence de maladies de Basedow primitivement sympathiques.

Enfin, il nous faut citer la choline extraite des cortico-surrénales, dont l’action hypotensive serait marquée avec action parasympathicotonique générale; la sécrétion interne du pancréas dont l’action serait analogue et qui est utilisée en clinique.

Il n’en reste pas moins que, sauf pour les surrénales, nos connaissances pharmaco-dynamiques sur les extraits ou sur les hormones des glandes à sécrétion interne sont obscures, sinon rudimentaires.

Quoi qu'il en soit, de nombreux auteurs ont voulu associer le système des glandes endocrines au système nerveux organo-végétatif. Il y aurait, en effet, des glandes dont la sécrétion serait sympathicotrope, d’autres à sécrétion parasympathicotrope, le tout formant un système comparable au système organo-végétatif. Il y aurait entre les deux, action de réciprocité, mais non subordination; les deux systèmes collaborant aux mêmes fonctions par deux mécanismes

différents, l’un nerveux, l’autre humoral. Que reste-

Moi

t-il de ces discussions? C’est qu’il existe à coup sûr une mode de corrélation entre les cellules de l’organisme, autre que la corrélation nerveuse. C’est un fait extrêmement important en biologie.

Néanmoins, la conception neuro-glandulaire du système organo-végétatif est encore discutée; elle réunit de nombreux arguments en sa faveur, on peut lui objecter d’autres faits. Nous la considèrerons comme une hypothèse audacieuse et séduisante.

Page 1