CONCLUSIONS
» Vos commissaires n'ignorent pas, messieurs, avec quelle réserve il convient de se prononcer sur tout remède nouveau , principalement quand il s'applique à une maladie contre laquelle ont échoué déjà un si grand nombre de médicaments; néanmoins, de tout ce qui précède, et en considérant surtout que des quatre-vingts observations soigneusement contrôlées que contient ce rapport, soixantedix témoignent des résultats plus ou moins favorables évidemment dus au traitement alcalin, ils se croient en droit de conclure , et ils proposent en conséquence à l'Académie de répondre au ministre :
» 1° Que les eaux minérales de Vichy prises à sa source, soit en boisson, à dose convenable, soit sous forme de bains, sont sans inconvénient dans le traitement de la goutte articulaire ; que, loin de nuire, elles atténuent presque constamment cette affection en rendant les accès moins fréquents, moins longs et moins douloureux , et peuvent même prévenir leur retour si, après la saison des eaux, les malades restent sobres et font un usage presque habituel de boissons alcalines.
» 2° Que ces eaux , toutefois , ne réussissent pas aussi complètement ni avec la même promptitude chez tous les goutteux; qu'il est même des cas ,
objet de recherches ultérieures, plus ou moins rebelles à leur action salutaire.
w 3° Qu'il résulte des observations recueillies jusqu'à présent et de l'enquête faite avec soin par la commission de l'Académie, que les eaux de Yichy ne produisent aucun accident grave, lorsque les malades n'en abusent pas et qu'elles sont administrées avec prudence, la disparition de la goutte articulaire étant sans danger quand elle survient sous l'influence du traitement alcalin, et la plupart des goutteux éprouvant même un'e amélioration sensible dans l'état général de leur santé.
» 4° Enfin que, sur la question de savoir si, comme semblent du reste l'indiquer l'analogie et le raisonnement, les eaux de Vichy présentent dans d'autres espèces de goutte le même avantage que dans la goutte dite articiUaire, l'Académie, faute d'un nombre suffisant de faits, doit s'abstenir de prononcer.
w Ces conclusions ayant été discutées, l'Académie, sur la proposition d'un de ses membres, M. Bouillaud, les a modifiées ainsi qu'il suit :
» Les faits , quelque importants qu'ils nous paraissent, ne suffisent pas pour décider une question si difficile et si compliquée; mais , tels qu'ils sont , ils permettent du moins d'établir que les eaux de Vichy ont été j usqu'ici plutôt utiles que nuisibles (1 ).
Ont signé : MM. Gueneau de Mussy, de Lens et Pâtissier, rapporteur .
(1) Pour ne rien omeltre de ce qui a trait à l'importante question qui nous occupe , je crois devoir reproduire la note dont j'ai fait suivre, après l'avoir communiquée au rapporteur et avoir obtenu son approbation , cetie modifiialion apportée par l'Académie aux conclusions du rapport de la commission , lorsqu'en 18Z|0 j'ai publié ce rapport. Je l'ai crue nécessaire pour que l'on pût apprécier celte
» Nota. Les commissaires ont dépose au secrétariat de l'Académie les notes et observation^ de M. Petit, les lettres des correspondants et celles des goutteux , numérotées conformément aux observations particulières insérées dans ce rapport. »
Depuis ce rapport fait à l'Académie , j'ai publié,
modification si complélement en désaccord avec les faits. Voici celte noie :
Je ferai remarquer que ces conclusions ont été discutées par l'Académie, sans avoir entendu la lecture d'aucun des faits sur lesquels la commission avait basé son opinion, s'en étant rapportée, à cet égard, à cette commission qui les avait examinés en son nom, et, qui avait dû en apprécier la valeur. Aussi cette discussion , sans doute à cause de celte ignorance de faits, n'a-l-elle mis en relief que des considérations personnelles et pas uae objection sérieuse. Elle a seulement démontré que la plupart des membres qui ont pris la parole n'avaient aucune idée exacte du traitement de la goutte par les boissons alcalines, tel , du moins, que je l'ai toujours compris, et que je crois qu'il doit l'être, pour en obtenir des effets durables, ni de ce que j'entends par son efficacité. Cependant, c'est à la suite d'une semblable discussion , dans une pareille ignorance des faits, que l'Académie, fatiguée, pressée d'en finir, et la salle étant à moitié dégarnie , a adopté l'amendement improvisé, la nouvelle forme de conclusion qui termine le rapport , et qui n'est nullement, ainsi que cela devait être, une déduction des faits qu'il contient. La promptitude avec laquelle cet amendement a été proposé et adopté , et la levée immédiate de la séance n'ayant pas permis à la commission d'en bien saisir la rédaction et de la combattre, elle avait pensé qu'il lui serait au moins permis de rédiger cet amendement de manière qu'il fit un peu moins disparate avec les faits; mais l'Académie, dans la séance suivante, s'est trouvée liée par son règlement , et n'a pas cru pouvoir revenir sur son vote. C'est pour cette raison que j'ai cru devoir publier le rapport en son entier, afin que cliacun puisse apprécier les faits qui lui ont servi de base, et qui, ainsi que le dit le rapport, n'ont pas été rédigés par moi, mais bien par la commission elle-même, et non pas seulement d'après les notes que je lui avais fournies sur cliaque malade, mais aussi et surtout d'après les renseignements fournis par les malades eux-mêmes ou pai- les médecins correspondants de l'Académie, qui les avaient interrogés, sur Tinvitalion quils en avaient reçue de M. le secrétaire perpétuel.
AFFECTION COUTTRUSF. 4l3
en 1842 (1), lo résumé de qualre-vin^^t-iioiif autres observations. Dans ce nombre, on trouve 60 cas de goutte héréditaire développée à trente-trois ans, âge moyen, et 29 cas de goutte acquise , développée à trente-sept ans, âge moyen. Sur ces 89 goutteux, 47 étaient en même temps graveleux , ou au moins avaient souvent un sédiment rouge dansleururine(2). Ces goutteux sont ainsi répartis, suivantle classement par séries adopté par M. Pâtissier : dans la première série, composée de 25 malades, on trouve que, dans 17 cas, la goutte était héréditaire et s'était montrée pour la première fois à trente-sept ans, âge moyen, et que, dans les 8 autres cas, elle était acquise, et s'était montrée pour la première fois à quarantedeux ans, âge moyen. Parmi les 17 malades affectés de goutte héréditaire, douze étaient en même.lemps graveleux , ou au moins leur urine déposait souvent un sédiment rouge. Dans les 8 cas oi^i la goutte était acquise, il y avait 5 graveleux.
Ces 25 malades étaient en général goutteux depuis longtemps, quelques uns depuis vingt-cinq ans, d'autres môme depuis trente ans. Le terme moyen de l'existence de cette maladie, chez eux, était quatorze ans. Quelques uns n'avaient qu'une seule attaque de goutte par an; la plupart en avaient deux, quelquefois davantage, et souvent de plusieurs mois
(1) Nouveaux résultats de l'emploi des eaux de Vichy.
(2) On voit que je trouve ici kl graveleux sur 80 goutteux, tandis que , dans le rapport à l'Académie , M. Pâtissier n'en a trouvé que 20 sur 80. Celte différence vient de ce que M. Pâtissier n'a tenu compte que de ceux qui étaient vérital)lement graveleux, tandisquej'ai compris dans celte catégorie, non seulement les véritables graveleux, mais aussi ceux chez lesquels Turinc olTrait souvent un sédiment rouge.
de durée. Chez plusieurs , la marclie était extrêmement pénible , et , chez quelques uns , elle ne pouvait avoir lieu qu'avec des béquilles.
Dans la deuxième série, composée de 59 malades, chez 39 , la goutte était héréditaire et s'était montrée pour la première fois à trente-trois ans , âge moyen; chez les 20 qui l'avaient acquise, elle s'était développée à trente-huit ans, âge moyen. Parmi les 39 malades affectés de goutte héréditaire, 20 avaient fréquemment dans leur urine de la gravelle , du sable fin ou un sédiment rouge ; un d'eux a même un calcul dans la vessie. Dans les 20 cas de goutte acquise, on trouve 9 graveleux, ou ayant souvent un sédiment rouge dans leur urine.
Tous les malades que j'ai rangés dans cette série ont obtenu un soulagement plus ou moins marqué; quelques uns même ont éprouvé de si légers accès, comparativement à ceux qu'ils avaient avant de prendre les eaux de Vichy, que, pour moi, le succès, chez eux , est presque aussi remarquable que chez les malades qui composent la première série. Tous avouent qu'ils sont incomparablement mieux qu'avant qu'ils eussent fait usage des eaux de Yichy, et si quelques uns ont encore éprouvé des accès assez douloureux, ils reconnaissent eux-mêmes, pour la plupart, ou qu'ils ont négligé le traitement que je leur avais recommandé , ou que ces accès sont la suite de quelque imprudence.
Dans la troisième série , composée seulement de 5 malades, chez 4, la goutte était héréditaire, et elle s'était montrée pour la première fois , chez trois, à trente ans, et, chez le quatrième, à soixantequatre ans seulement; mais il faut dire que ce der-
nier était graveleux depuis vingt-neuf ans. Parmi ces 5 malades , le dernier était le seul graveleux; pourtant quelques uns des autres avaient quelquefois remarqué un peu de sédiment rouge dans leur urine. Celui chez lequel la goutte n'était pas héréditaire avait eu sa première attaque à trente-trois ans.
Les cinq malades qui composent cette série ne se félicitaient pas des résultats obtenus, et en effet ils ont été beaucoup moins heureux que les autres ; cependant je dois dire qu'ils ne se sont plaints d'aucun accident, mais seulement de n'avoir pas éprouvé d'amélioration sensible, et il est plus que probable qu'au moins quelques uns d'entre eux eussent obtenu un meilleur résultat, s'ils eussent mieux suivi leur traitement et observé un meilleur régime; j'ajouterai même que celui de ces cinq malades qui était graveleux , et qui , pour combattre cette dernière affection, avait continué la médication alcaline^ m'a dit, trois ans après, à Vichy, que depuis la publication du mémoire où je l'ai cité comme n'ayant pas éprouvé, sous le rapport de la goutte , de bons effets de cette médication, il n'en avait plus eu aucun accès.
Ce n'était pas là, à beaucoup près, le chiffre de tous les goutteux qui étaient venus à Vichy depuis le rapport à la l'Académie; mais, comme je l'avais dit à la commission d'enquête, en lui remettant mes quatre-vingts premières observations , dans ma conviction que la goutte est une affection contre laquelle on doit lutter avec persévérance, toujours peut-être, si l'on veut obtenir un succès durable , je ne pouvais considérer et je ne considère jamais comme ayant
416 AFFECTION COUTTFUSE.
fait un traitemcnl, les malados que je n'ai pu observer que pendant une seule saison, ou qui, après avoir passé quinze jours ou un mois à Vichy, non seulement n'y sont plus revenus, mais n'ont plus fait aucun traitement chez eux, ni observé aucun régime. Je ne puis comprendre au nombre des goutteux ayant fait un traitement que ceux qui sont venus au moins deux saisons à Vichy, ou qui , y étant venus seulement une saison , ont continué chez eux, depuis cette époque, le traitement indiqué; et encore, parmi ceux qui m'ont fourni les résultats que j'ai déjà fait connaître, et ceux dont j'ai recueilli depuis les observations, en est-il un grand nombre qui n'ont observé ce traitement qu'avec beaucoup de négligence et qui, par cette raison, comme je l'ai déjà dit, et comme je ne puis trop le répéter, n'en ont pas obtenu toute l'amélioration qu'ils pouvaient en espérer, s'ils l'avaient suivi plus rigoureusement.
Depuis 1842, je n'ai pas cessé de recueillir des faits, de sorte que j'en ai maintenant réuni un si grand nombre que je pourrais aujourd'hui publier des volumes d'observations relatives aux goutteux qui , depuis 1 833, ont suivi plus ou moins régulièrement et avec plus ou moins de constance la médication alcaline ; mais, après toutes celles que j'ai déjà publiées, celles surtout, au nombre de quatre-vingts, que j'ai remises à la commission d'enquête, et qui, rigoureusement contrôlées et appréciées par elle, ne peuvent laisser aucun doute sur les bons résultats que l'on peut obtenir de la médication employée, outre que ce serait m'écarter du but que je me propose en publiant ce travail, qui est de donner seulement un
résumé de ce que Texpérience m'a appris, je n'en vois nullement l'utilité. Ce ne serait là qu'une répétition fastidieuse des caractères que présente la goutte, et des résultats de la médication, qui varient d'ailleurs et doivent nécessairement varier, suivant les malades , ce qui ne pourrait rien apprendre de nouveau.
Je crois donc pouvoir me borner ici à citer seulement quelques exemples, comme surabondance de preuves , pour mieux faire comprendre encore les résultats obtenus , en ayant soin de les prendre dans les diverses séries de goutteux, établies suivant que ces résultats ont été plus ou moins favorables.
Il ne faut pas cependant attacher trop d'importance aux catégories que nous avons été obligés d'établir, la commission d'enquête et moi, pour mieux faire sentir les effets du traitement, ni trop se presser de conclure que les résultats obtenus chez tel ou tel goutteux, doivent rester toujours ce qu'ils étaient au moment oi^i ils ont été constatés. Mille circonstances, mille accidents peuvent faire varier ces résultats, et l'on doit surtout comprendre qu'ils resteront plus ou moins favorables , suivant que les malades continueront plus ou moins rigoureusement et avec plus ou moins de constance le régime et le traitement indiqués. Ainsi je crois que les goutteux ne doivent jamais se considérer comme étant radicalement guéris, qu'ils doivent toujours craindre, ceux mêmes qui ne souffrent plus depuis plusieurs années , de voir les attaques reparaître, s'ils négligent de lutter contre la diathèse goutteuse; car rien,
jusqu'à présent, ne prouve d'une manière certaine
que l'on puisse arriver à une guérison assez complète pour n'avoir plus h redouter jamais le retour de cette affection. Quant à ceux qui éprouvent encore de temps en temps des accès de goutte, il y a toute raison de croire qu'en persévérant à suivre le traitement, qu'en l'observant peut-être un peu plus rigoureusement, ils éloigneront davantage ces accès, en les rendant moins intenses, s'ils ne parviennent pas à s'en débarrasser entièrement. Ce qui le prouve, c'est qu'il en est, comme j'en ai cité un exemple tout à l'heure, qui ont été ou qui auraient pu être rangés dans la catégorie de ceux qui n'avaient éprouvé aucun bien du traitement, et, qui, quelques années après, se félicitaient d'avoir persévéré à le suivre.
L'observation suivante est celle du malade que j'ai déjà eu l'occasion de citer, p. 367, 368 et 370, et que j'avais déjà donnée dans le mémaire que j'ai publié en 1837, c'est-à-dire deux ans avant qu'il fût question de l'enquête et du rapport à l'Académie. Je la donne ici telle qu'elle a été rédigée par la commission et publiée avec le rapport — obs, 3' — , d'après cette première relation de moi, et les renseignements donnés par le malade lui-même à cette commission.
„ — Goutte acquise depuis cinq ans. — Plusieurs attaques dans l'année. — Marche difficile. — Concrétions lophacées. — Catarrhe vcsical, engorgement d'un testicule. — Trois cures à Yichy. — Abus des eaux , crampes de l'estomac. — Plus d'accès de goutte depuis quatre ans, disparition des tumeurs tophacées et de l'engorgement du testicule. — Usage de boissons alcalines.
» M. P..., âgé de cinquante ans, géomètre en chef
du cadastre à Nevers^vintà Yichy le 12 juillet 1835. Il n'était goutteux que depuis 1830^ et cependant il marchait déjà avec une grande difficulté, et se voyait bientôt dans l'obligation de renoncer à ses fonctions. Déjà aussi, par suite de ses attaques, les doigts d'une de ses mains s'étaient déviés et étaient fortement inclinés sur le bord interne. Il n'eut d'abord qu'une attaque par an, et ensuite plusieurs dans une année. La dernière qu'il venait d'avoir, avait été très forte et l'avait obligé à garder le lit pendant cinq semaines. Cette attaque le prit dans un voyage qu'il fil à Paris, où il reçut les soins de notre collègue, M. Hervez de Chégoin ; elle parcourut toutes les articulations. En général, ce malade souffrait peu pendant ses attaques, à moins qu'il ne cherchât à se servir des membres malades ; mais dans les intervalles, il marchait toujours avec beaucoup de douleurs et de difficulté, parce que ses pieds et ses jambes étaient œdématiés ; il pouvait encore monter un escalier, mais il ne descendait qu'avec beaucoup de peine et toujours à reculons. Il lui était resté depuis plusieurs années, à la suite d'une attaque de goutte, deux tumeurs tophacées, dont une, du volume d'une noix, était située sur le dos de la main , et l'autre très dure et grosse comme un œuf de poule , occupait la partie supérieure de la malléole externe du pied droit. Il n'avait jamais eu de coliques néphrétiques, mais son urine charriait souvent beaucoup de sable d'acide uricjue. Il prit d'abord quatre à cinq verres d'eau thermale, puis sept à huit et un bain par jour. L'amélioration fut graduelle et prompte; vers la fin de juillet, il commençait à marcher facilement ; il avait seulement
encore un peu de roideur dans les arliculations des pieds. Les lumeurs tophacées diminuèrent aussi avec tant de rapidité , que, le 2 août, il n'en restait plus de traces; le 5 août, ce malade se trouvait très bien et partit. Au mois de septembre, il marchait très librement et n'avait pas eu la moindre douleur dégoutte. M. P... retourna à Vichy le 17 juin 1836; il se plaignait alors d'une affection catarrhale de la vessie, rendait en urinant des mucosités très épaisses, et ressentait des douleurs vers le col de la vessie, lesquelles furent suivies d'un gonflement considérable du testicule gauche. Le 27 juin, il se manifesta de la fièvre et du gonflement avec douleur au genou droit. Le malade n'en continua pas moins son traitement, et M, Petit l'engagea même à boire au moins trois litres d'eau minérale dans la journée. La nuit suivante fut très agitée; le genou gauche devint luimême un peu gonflé et douloureux; il survint aussi quelques douleurs aux reins et au côté gauche du col. Cependant le malade rendait beaucoup moins de mucosités en urinant. Le 30, M. Petit fît appliquer sur les genoux des cataplasmes préparés avec de l'eau de la fontaine de la Grande -Grille et de la farine de lin, et dès le soir, il n'y avait presque plus de douleur dans les articulations malades. Enfin le 3 juillet, les genoux sont revenus à leur état naturel, et il n'y reste plus qu'un peu de faiblesse; l'urine est claire, l'expulsion en est facile, nullement douloureuse , et il n'y a plus aucun symptôme de l'affection catarrhale; le malade s'aperçoit aussi que son testicule est revenu à son état normal; il quitte Vichy le 20 juillet. Au mois de décembre suivant, il ne souffrait ni de la goutte ni de la vessie, et
pouvait marcher, du matin au soir, sans être trop fatigué. Le 16 mars 1837, il écrivait à M. Petit qu'il se portait à merveille, qu'il marchait, comme autrefois, sans se servir de canne, et qu'il urinait, comme par le passé, sans douleur aucune. «Ce qui a disparu encore avec mes autres maux, ajoutait-il, et à ma grande satisfaction , ce sont des vertiges que j'éprouvais depuis quelque temps et qui commençaient àm'inquiéter.^) Il est retourné à Vichy en 1 839, au mois de juillet, à son retour d'une inspection du côté de Bordeaux.
» M. P... est venu nous voir dans le mois de janvier dernier; il n'a pas éprouvé d'atlaque de goutte depuis quatre ans; sa santé est si satisfaisante qu'il nous a dit que , dans l'inspection qu'il a faite l'an dernier , il avait presque toujours marché , du matin au soir, et le plus souvent à travers champs. Nous nous sommes assurés que les tophus de la main et de la malléole externe ont complètement disparu , et que le testicule gauche a le même volume que celui du côté droit. Quoique , par sa constitution , M. P... soit prédisposé aux congestions cérébrales, il n'en a cependant pas éprouvé la moindre atteinte ; le seul dérangement qu'il remarque dans sa santé , ce sont des crampes d'estomac qui le tourmentent de temps en temps et qui cèdent à la diète; il les attribue à une imprudence qu'il a commise au mois de juin 1836, en buvant dans une journée, pendant l'ardeur de la fièvre, quatre-vingtquatre Yerres d'eau minérale qu'il ingérait, dit-il, comme de la limonade. Du reste, M. P... est très sobre et fait un usage fréquent de boissons alcalines. »
422 AFFECTION GOITTEUSE.
Cette observation est intéressante sous plus d'un rapport. Le malade, comme on voit, a fait usage d'eau de Vichy à des doses extraordinaires; car si l'on s'est trompé , comme je le crois, en comptant la quantité de verres qu'il en a bu en vingt-quatre heures , il est au moins certain qu'il en a bu une dose très exagérée, et cependant, comme le fait remarquer M. le rapporteur, bien que , par sa constitution, il soit disposé aux congestions cérébrales, il n'en a pas éprouvé la moindre atteinte : loin de là, car il dit lui-même que, par suite de cette médication, il a vu disparaître, à sa grande satisfaction, des vertiges qu'il éprouvait depuis quelque temps et qui commençaient à l'inquiéter. Je ferai aussi remarquer que ce malade, qui est venu à Vichy, en 1836, avec un catarrhe de 'vessie, des douleurs vives vers le col de cet organe, et un gonflement considérable du testicule gauche , s'en est guéri très rapidement sous l'influence de cette médication. On voit enfm que, chez lui, deux tumeurs tophacées , l'une du volume d'une noix , située sur le dos de la main, et l'autre très dure et grosse comme un œuf de poule, occupant la partie supérieure de la malléole externe du pied droit, qui lui étaient restées depuis plusieurs années à la suite d'une attaque de goutte, qui sont si difficiles à résoudre ordinairement , et qui résistent même le plus souvent au traitement , ont complètement disparu.
J'ai eu l'occasion de revoir ce malade tout récemment , et il m'a assuré qu'il continuait à aller parfaitement, qu'il n'avait pas eu une seule attaque de goutte depuis, et qu'il se trouvait même si bien que, depuis longtemps, il a cru pouvoir renoncer à l'usage
des boissons alcalines et se borner, pour tout traitement, à observer la sobriété.
Yoilà donc maintenant treize ans que ce malade va parfaitement, qu'il n'a plus d'attaques de goutte et qu'il marche librement. Il se croit entièrement guéri : mais , je l'avoue , je ne suis pas encore convaincu de la possibilité de guérir entièrement cette affection, et, bien qu'il vive très sobrement, je crains qu'en cessant aussi longtemps l'usage des boissons alcalines, il ne s'expose à en voir reparaître quelques accès.
L'observation qui suit est également extraite du rapport fait à l'Académie , et rédigée par la commission elle-même. Je l'ai choisie de préférence à d'autres à cause de la complication qui existait, chez le malade , de tous les symptômes rationnels de la pierre.
— « Goutte acquise depuis huit ans. — Gravelle et probabilité de calcul vésical. — Un ou deux accès de goutte chaque année. — Deux cures à Vichy. — Absence d'accès de goutte depuis trois ans. — Diminution des symptômes rationnels de la pierre, — Usage de boissons alcalines,
« M. A,.., âgé de quarante-huit ans, demeurant à Saint 'Pourçain (Allier), vint à Vichy le 13 août 1837. A quarante ans , il ressentit le premier accès de goutte ; cet accès ne fut ni long ni bien douloureux ; il eut ensuite annuellement un ou deux accès toujours plus longs et plus sévères les uns que les autres ; pendant les années 1834 et 1835, les douleurs devinrent intolérables ; son urine déposait beaucoup de sable rouge. En 1836, les douleurs de la goutte et de la pierre devinrent si violentes, que ce malade fut réduit à ne pouvoir aller ni à cheval, ni en voiture,
ni môme à pied; le moindre voyage lui causait d'atroces souffrances, etrenclait son urine sanguinolente. Pendant son séjour à Vichy, il but trente à trentedeux verres d'eau thermale avant et entre ses repas, et prit tous les jours un bain, dans lequel il rendait souvent une assez grande quantité de petits morceaux de pierre qui se réduisaient en sable sous ses doigts. Il éprouva bientôt un soulagement assez marqué pour pouvoir, au bout de vingt jours, vaquer à ses affaires sans souffrir. Rentré chez lui , il but des eaux de Vichy transportées et des boissons alcalines. N'ayant pu se rendre à Vichy en 1838, il y retourna en 1839 ; l'efficacité des eaux se fit encore mieux sentir qu'en 1837; il expulsa dans le bain avec les urines beaucoup d'éclats de pierre qui se réduisaient en sable.
« Dans une lettre qu'il a écrite à l'Académie — 31 janvier 1840 — , M. A... ajoute aux détails précédents ce qui suit : « La goutte a entièrement disparu depuis mon premier voyage à Vichy, et loin d'éprouver quelque dérangement dans ma santé , par suite de la cessation de cette maladie, j'ai vu disparaître des aigreurs auxquelles j'étais très sujet. Je me trouve en état de faire aujourd'hui, sans fatigue ni douleur, trois ou quatre lieues à pied; j'ai même fait douze lieues en un jour dans une mauvaise patache et dans des chemins très raboteux. Je me propose de faire cette année un nouveau voyage à Vichy, non pour la goutte , que je ne ressens plus, mais pour détruire le reste de la pierre qui m'incommode encore; en attendant, je continue les boissons alcalines et le régime , et j'espère bien en finir avec la pierre comme avec la goutte. »
» Réflexions. — Ce malade, qui avait la goiilte depuis huit ans, est délivré de cette maladie, et en môme temps d'aigreurs , depuis sa première cure à Vichy, c'est-à-dire depuis trois ans. Nous remarquerons aussi qu'il a éprouvé une amélioration notable dans les symptômes rationnels de la pierre. »
Comme ce malade l'avait annoncé dans sa lettre à l'Académie, il est revenu à Vichy en 1840, le 24 juin, et, à la fm de son séjour, étant au bain, il a rendu plusieurs débris du calcul dont il avait senti jusque-là la présence dans la vessie, dont il avait tous les symptômes rationnels , mais sans avoir jamais voulu consentir à ce que sa présence fût constatée par la sonde. Il se sentit ensuite tellement soulagé qu'il se crut entièrement débarrassé de son calcul, et, en effet, depuis cette époque, il n'en a plus éprouvé aucun symptôme.
Ce malade est encore revenu à Vichy en 18 il et 1842, et ensuite à de longs intervalles; mais il a toujours continué son traitement chez lui. Il y est revenu l'année dernière — 1849 — , et il m'a appris que depuis que je ne l'avais vu, il avait eu deux petits accès de goutte, les deux seuls d'ailleurs qu'il ait eus depuis douze ans qu'il suit régulièrement la médication alcaline ; l'un l'année précédente , et l'auti'e dans l'hiver qui a suivi, et chacun , m'a-t-il dit , à la suite de repas de noces dans lesquels il avait cru pouvoir s'affranchir du régime qu'il suit ordinairement.
Je cite l'observation suivante — la neuvième du rapport à l'Académie— comme un des exemples qui montrent qu'un accès de goutte survenu pendant
l'usage des eaux de Vichy ne prouve nullement que ces eaux ne conviennent pas.
— « Première attaque de goutte héréditaire à trente-et-un ans; un accès par an. — Accès pendant l'usage des eaux. — Santé parfaite depuis cinq ans.
» M. D..., âgé de trente-six ans, d'un tempérament sanguin et d'une constitution robuste , a toujours été sobre et a mené une conduite régulière ; son grand-père était très goutteux. Avant J835, M. D... avait éprouvé parfois quelques douleurs passagères aux articulations des pieds ; mais au mois d'août de cette même année, il fut pris subitement d'une douleur extrêmement vive au gros orteil du pied droit avec rougeur , chaleur et gonflement de la partie malade. Cet état se prolongea quinze jours. A la même époque de l'année suivante — août 1836 — , M. D... fut également atteint au gros orteil du pied gauche d'une semblable douleur ; mais ce dernier accès fut plus long et plus violent que le précédent; il dura près d'un mois : ces accès survinrent sans causes appréciables. M. D... se rendit à Vichy le 13 août 1837, et prit les eaux jusqu'au 9 septembre; pendant le traitement, il fut atteint d'un léger accès qui ne dura que trois jours et ne l'empêcha pas de continuer l'usage des eaux. Il n'eut pas d'autre accès pendant l'année. En 1838, il retourna à Vichy, et cette année se passa sans aucune douleur. L'an dernier — 1839, — il n'a pas été à Vichy, mais il a pris chez lui des boissons alcalines ; il n'a pas eu d'attaque de goutte depuis la première année qu'il est venu à Vichy, c'est-àdire depuis trois ans. Un de vos correspondants, M. Meilheural , en transmettant ces détails à l'Aca
demie— 14 janvier I8/1O, — ajoute que depuis la cessation de la goutte, M. D... n'a jamais éprouvé ni congestion vers le cerveau, ni aucun autre accident, et qu'il jouit de la meilleure santé. »
— (' Première attaque de goutte héréditaire à quarante-huit ans, — Deux à trois attaques par an , dont la durée est chaque fois de deux à trois mois — Trois cures à Vichy. — Cessation de la goutte depuis trois ans.
» M. D..., demeurant à Paillau, commune de Brin ay (Nièvre), âgé de soixante-dix ans, et goutteux depuis vingt-deuxans, vint à Vichy le 14 juillet 1837. Son père et son grand-père étaient goutteux ; un de ses frères l'était aussi. 11 n'a jamais eu la gravelle ; il porte à la peau une légère affection dartreuse. 11 eut d'abord une seule attaque de goutte par an ; bientôt il en eut deux, et enfin toujours trois. Ses attaques duraient ordinairement deux mois et demi à trois mois ; la dernière avait duré depuis le 3 décembre 1836 jusqu'au 15 mai 1837, c'est-à-dire plus de cinq mois. La marche était très difficile et douloureuse; on remarquait une nodosité sur l'articulation du gros orteil du pied gauche avec le métatarse. M. D... prit les eaux pendant un mois en bains et en boisson — environ une vingtaine de verres par jour — , et éprouva déjà un peu d'amélioration. Il a suivi chez lui le régime prescrit par M. Petit, et il est retourné à Vichy en 1838, le 27 mai , sans avoir éprouvé la moindre attaque de goutte depuis l'année précédente. Il quitta Vichy le 18 juin, se portant très bien , et marchant surtout beaucoup plus facilement qu'en 1837. M. D... est encore venu à Vichy le 30 juin 1839, et y a pris les eaux jusqu'au
428 AEFECTIOIN GOUTTEUSE.
2J juillol; sa santé était excellente. Dans une lettre qu'il a écrite à l'Académie — {"février 1840 — , M. D... dit qu'il ressent de temps en temps quelques douleurs sourdes, mais tellement bénignes qu'il s'en aperçoit à peine ; qu'il n'a éprouvé ni congestion au cerveau ni aucun autre accident ; qu'il fait usage de boissons alcalines; que d'ailleurs il ne s'impose aucune privation pour la nourriture ; que seulement il ne boit pas de vin pur. »
L'observation qui précède est encore du nombre de celles que j'ai communiquées à la commission d'enquête — la onzième. — Je l'ai donnée ici pour montrer que même à un âge avancé, et lors même que la goutte est héréditaire, il est possible d'obtenir, sinon une guérison complète , au moins une très grande amélioration. Mais jeFai donnée aussi, parce que le malade avait en même temps une affection dartreuse, et pour dire que c'est là une complication assez fréquente de la goutte.
— « Gravelle depuis deux ans. — fioulte acquise depuis quatre ans. — Une attaque violente de goutte chaque année. — Deux cures à Vichy. — Pas d'accès de goutte depuis quatre ans. — Continuation de la gravelle par la négligence du régime et des boissons alcalines.
» M. T..., âgé de quarante-six ans, demeurant à Faux -la- Montagne , arrondissement d'Aubusson (Creuse), était goutteux depuis environ quatre ans, et graveleux depuis deux ans, lorsqu'il vint à Vichy le 16 août 1836. Il n'avait qu'une attaque dégoutte par an, mais assez sévère, commençant par le gros orteil tantôt du pied droit, tantôt du pied gauche , et qui durait ordinairement trois semaines ; mais depuis deux ans qu'il était graveleux, il avait eu sept
à huit coliques néphréliqucs, et il rendait habituellement une grande quantité de graviers rouges. Une de ses coliques avait duré pendant cinq jours; d'autres, sans être aussi longues , avaient été d'une violence extrême. Le traitement fut commencé par trois verres d'eau de la source des Célestins en boisson, et un bain par jour ; mais bientôt il fut facile d'augmenter la quantité d'eau en boisson jusqu'à quatre litres par jour. Dès le deuxième jour, ce malade ne rendit plus de sable. Il continua l'usage des eaux jusqu'au 4 septembre, sans aucun incident qui mérite d'être noté, et, rentré chez lui, il fit usage, mais seulement de temps en temps, de boissons alcalines. M. ï... est revenu à Yichy le 26 août 18^7. Il n'avait eu aucune douleur de goutte depuis qu'il avait commencé son traiti3ment, et ce ne fut que neuf mois après avoir quitté Vichy, et encore parce qu'il avait négligé pendant quelque temps l'usage des boissons alcalines, qu'il avait eu une colique néphrétique qui avait duré deux heures, et à la suite de laquelle il avait rendu de petits graviers. Il ne put rester cette fois que onze jours à Yichy. Il a écrit à M. Petit, le 28 mars 1838, qu'il avait encore passé son hiver sans aucune douleur de goutte ; qu'il avait seulement rendu de petits graviers, et qu'il est convaincu qu'il ne se serait pas plus ressenti de sa gravelle que de sa goutte, s'il n'avait pas négligé l'usage des boissons alcalines.
» Dans une lettre écrite à l'Académie le 2 mars 1840, M. T... affirme qu'il n'a pas eu d'accès de goutte depuis quatre ans, c'est-à-dire depuis sa première cure à Vichy; mais que la gravelle, qui était chez lui une affection ancienne, s'est reproduite.
avec des douleurs moins violentes , il est vrai , qu'avant l'emploi des eaux de Yichy ; que ses occupations ne lui permettent pas de retourner à ces eaux; qu'il ne suit aucun régime, et qu'il ne prend pas de boissons alcalines ; il ne doute pas que s'il avait fait usage de bi-carbonate de soude, il serait entièrement guéri de la gravelle.
» Réflexions. Cette observation démontre combien il est important de faire un usage presque habituel des boissons alcalines après l'emploi des eaux de Yichy, afin de prévenir le retour soit de la goutte, soit de la gravelle. Cette dernière seule s'est reproduite, par négligence du traitement alcalin. »
Il m'a paru utile de reproduire l'observation précédente— la 12^ du rapport — pour montrer, comme le fait observer M. le rapporteur lui-même, combien il est important, pour empêcher le retour, non seulement de la goutte, mais aussi de la gravelle, de faire un usage habituel, ou du moins très fréquent, de boissons alcalines.
Le sujet de cette observation est revenu prendre les eaux de Vichy en 1840, 1842 et 1843. Il n'avait presque pas souffert de la goutte, mais, négligeant toujours très fréquemment chez lui l'usage des boissons alcalines, il avait rendu quelquefois du sable rouge, dont il se débarrassait d'ailleurs toujours facilement au moyen du bi-carbonate de soude. Il y est revenu encore en 1847. Il n'avait eu qu'un seul accès de goutte depuis que je ne l'avais vu — 1843 — , et cet accès, qui avait été peu douloureux et n'avait pas duré plus d'une douzaine de jours, s'était développé après un voyage à cheval , qui l'avait beaucoup fatigué. Il n'avait pas eu de coliques né-
phrétiques, il avait seulement rendu, à de longs intervalles, quelques graviers, lorsqu'il cessait pendant longtemps l'usage du bi carbonate de soude.
— « Goutte acquise et gravelle dejîuis quinze ans. — Trois ou quatre accès sévères de goutte par année. — Régime végétal nuisible. — Trois cures à Vichy. — Expulsion d'un calcul. — Depuis deux ans , deux légers accès de goutte qui n'ont duré chaque fois qu'un jour ou deux.
"M. B..., âgé de quarante-et-un ans, d'un tempérament sanguin, avait depuis quinze ans la goutte et la gravelle, lorsqu'il vint à Vichy, le 5 juin 1836. Depuis quelques années , ses douleurs étaient insupportables , il avait trois ou quatre accès sévères par an; quelques uns l'ont retenu au lit pendant plus de trois mois. Il a fait usage sans succès du sirop de Boubée ; le régime végétal auquel il s'est astreint pendant quelque temps lui a été plus nuisible qu'avantageux. M. B... était devenu très maigre et avait perdu toutes ses forces; il ne marchait un peu qu'en s'appuyant sur deux cannes. Ses pieds et son genou gauche étaient presque ankylosés; le genou œdémateux était plus gros que l'autre. La marche était très gênée par deux concrétions très volumineuses , situées derrière les talons , et desquelles il sortait , par de petites ouvertures qui s'étaient faites naturellement, une grande quantité de matière blanchâtre et crayeuse. On observait encore plusieurs concrétions très remarquables autour des doigts, une surtout ayant son siège tout à fait à l'extrémité de l'indicateur de la main droite, dans laquelle on voyait, à travers la peau tendue , rouge et animée, des espèces de petits graviers blanchâtres. M. B... butchaque jour, sans en être incom-
mode, huit litres d'eau delà fontaine des Célestins, et se baigna; depuis près de huit mois, il éprouvait des douleurs très vives en urinant , et parfois ses urines étaient sanguinolentes. Après cinq jours de l'usage des eaux , il rendit avec beaucoup de difficultés un calcul de la grosseur d'une fève de marais, qui, arrêté dans la fosse naviculaire et pressé d'arrière en avant pour en aider l'expulsion , déchira un peu l'ouverture du canal de l'urètre. Après quinze jours de traitement , la marche était beaucoup plus facile; les articulations étaient devenues plus souples et moins douloureuses ; le genou gauche était beaucoup moins œdémateux, et M. B... pouvait se promener sans le secours de ses cannes. Il aurait évidemment marché encore avec plus de facilité, si l'une des concrétions , située derrière le talon et qui était grosse comme un petit œuf de poule, n'eût été enflammée. Après être resté quarante-huit jours à Vichy, il rentra chez lui, où il ne négligea pas le régime ni les boissons alcalines. Pendant l'hiver, il éprouva une attaque de goutte qui lui parut très légère en comparaison de celles qu'il avait eues Tannée précédente. Lorsqu'il revint à Yichy, le 29 mai 1837, son état était considérablement amélioré; il marchait avec facilité et sans avoir besoin d'aucun appui. Ses concrétions avaient diminué de volume; il n''avait éprouvé ni accès de goutte ni coliques néphrétiques. Il retourna à Yichy en 1838, mais n'y revint pas en 1839.
» Ce malade a écrit à l'Académie le 6 février 1840 : «Les trois années que j'ai passées à Vichy, ont presque radicalement achevé ma guérison. J'ai recouvré l'embonpoint que j'avais perdu ; je marche
bien actuellement , je ne rends plus de graviers ; les fréquents et violents accès dégoutte, dont j'étais atteint, ont presque complètement cessé par l'usage que j'ai fait des eaux de Vichy et de boissons alcalines, puisque, depuis 1838, je n'ai éprouvé que deux légers accès de goutte qui n'ont duré qu'un jour ou deux chacun, et qui étaient bien supportables. Je n'ai éprouvé par la cessation de la goutte ni congestion vers le cerveau , ni aucun autre accident. J'ai exactement suivi mon régime : je bois tous les jours deux litres d'eau alcaline. Cependant je me permets quelquefois de boire un verre de vin de Champagne ou de bon Bourgogne , lorsque je suis avec mes amis, et je n'en suis pas incommodé.
» Réflexions. On voit par cette observation qu'un malade qui, indépendamment d'un calcul qu'il portait dans la vessie, avait chaque année trois ou quatre attaques sévères de goutte , qui ne pouvait marcher qu'avec deux cannes , a éprouvé par l'usage des eaux et des boissons alcalines une amélioration telle qu'il marche actuellement avec facilité et sans douleur, et que depuis deux ans il n'a ressenti que deux légères atteintes de goutte qui ont duré à peine deux jours. »
J'ajouterai à ces réflexions dont M. le rapporteur a fait suivre cette observation — la 22" du rapport à l'Académie — , que le malade qui en est le sujet, M. B..., est revenu prendre les eaux de Vichy en 1840, 1841, 1843, 1846 et 1849. Il m'a fait voir, en 1840, qu'une énorme concrétion qu'il avait au pied gauche s'était enflammée et ouverte, qu'il en était sorti une grande quantité de matière tophacée et qu'il en sortait encore. Cette inflammation lui avait
donné un peu de fièvre pendant quelques jours, et une petite douleur au genou, qui lui avait fait craindre qu'il ne se développât une forte attaque de goulte, mais celte petite douleur se dissipa au bout de deux jours. En 1841, j'appris avec satisfaction qu'il n'avait pas souffert un seul instant depuis l'année précédente, et je m'assurai que les concrétions de ses pieds, et surtout celle du pied gauche, avaient beaucoup diminué de volume, et qu'elles étaient très peu douloureuses, bien qu'il en sortît encore de temps en temps un peu de matière tophacée. Il marchait bien et sa santé générale était excellente. En 1843, il me dit qu'il avait eu une attaque de goutte depuis que je ne l'avais vu, mais qu'elle avait été la suite d'une imprudence : ayant fait pêcher un étang, il s'était mis dans l'eau pour prendre le poisson. D'ailleurs cette attaque avait été peu douloureuse et de courte durée, et depuis il marchait facilement et pouvait faire, m'assura-t-il, cinq lieues à pied par jour. En 1846, il me dit que, depuis l'attaque dont je viens de parler, il n'avait eu que quelques très légers accès, très peu douloureux , et dont le plus long n'avait pas duré huit jours. Il allait du reste très bien el marchait parfaitement. Enfin au mois de juin 1849, la dernière fois qu'il est revenu à Vichy, j'ai appris que, depuis que je ne l'avais vu, c'est-à-dire depuis 1846, il n'avait eu qu'un seul petit accès de goutte, qui avait à peine duré huit jours, et encore, a-t-il ajouté, croyait-il s'être donné cet accès, parce qu'il s'élait mouillé les pieds en allant visiter des prés humides. Sa santé était excellente, et il me faisait remarquer que ses pieds qui autrefois étaient très roides, presque
ankilosés, ainsi que son genou gauche, avaient recouvré beaucoup de souplesse, et qu'il pouvait faire et faisait quelquefois cinq à six lieues à pied; mais aussi ce malade était tellement goutteux et ses articulations déjà si altérées et couvertes de tophus si volumineux, qu'il a senti la nécessité, pour éviter de devenir tout à fait cul-de-jatte, de suivre exactement son traitement, et que, depuis longtemps, il est sobre, ne boit ni vin ni liqueurs , et fait un usage presque constant d'eau de Yicliy ou de bi-carbonate de soude. Je dois ajouter que néanmoins il conserve encore beaucoup de concrétions , plus ou moins volumineuses, sur les mains, et quelques unes sur les pieds, qui quelquefois s'enflamment un peu, mais sans le faire jamais beaucoup souffrir.
J'ai pris les faits qui précèdent parmi ceux que j'ai communiqués, en 1840, à la commission d'enquête , et parce qu'ils m'ont paru donner une idée aussi exacte que possible des résultats que l'on peut obtenir de la médication alcaline, et surtout parce que, ayant été contrôlés par cette commission , ils ont acquis par là un caractère particulier d'authenticité. Mais je crois devoir ajouter quelques unes des observations, en très grand nombre, que j'ai recueillies depuis , et qu'il me serait impossible de donner toutes ici ; je les ai seulement choisies , comme les précédentes, parmi les différentes séries de celles , favorables ou non , qui m'ont paru pouvoir le mieux exprimer ce que l'on obtient ordinairement du traitement en question.
— M. M.-B..., de Saint-Pourçain (Allier), était âgé de soixante- cinq ans, et goutteux depuis vingtcinq, lorsqu'il vint à Vichy pour La première fois ,
Ie8 juillet 1844. Il était en môme temps graveleux, et il paraît même; d'après les symptômes qu'il éprouva alors , qu'il a eu une première colique néphrétique dès 1814; mais il en a eu fréquemment depuis, et d'extrêmement violentes, avec expulsion de graviers d'acide urique , une , entre autres , en 1 826 , qui dura seize jours. Il n'a eu dans sa famille que deux oncles maternels qui aient eu la goutte , et encore n'en ont-ils eu que quelques accès peu sérieux, et à des intervalles assez éloignés.
M. M. -B... aurait désiré, depuis longtemps, essayer l'action des eaux de Vichy: mais son médecin, qui partageait les préventions que l'on a cherché à propager contre l'emploi de ces eaux contre la goutte , l'en détournait toujours , et l'a envoyé six ans de suite à d'autres eaux. « Plus j'y suis allé, m'écrit le malade , en me donnant quelques détails qui me manquaient et que je lui ai demandés, et plus j'ai perdu mes forces et mes jambes, si bien qu'à la fin j'ai été forcé de prendre des béquilles. Peu de jours après mon retour de ces eaux, des attaques me prenaient et me duraient fort longtemps; j'en avais ainsi trois fois dans l'année. Il me restait tout au plus trois mois de tranquillité , et encore ce n'était pas sans éprouver quelques souffrances. »
Lorsqu'il se décida à venir à Vichy, en 1844, après avoir déclaré à son médecin qu'i/ voulait ah soinment y aller, les attaques de goutte répétées qu'il avait eues et qui avaient parcouru toutes les articulations, avaient laissé dans la plupart des altérations plus ou moins graves. L'extension des genoux , du droit particulièrement, était incomplète et très bornée; mais les pieds surtout étaient entiè-
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remeiit ankylosés ; il n'y avait plus aucun mouvement dans les articulations tibio-tarsiennes , et le tendon d'Achille de la jambe droite était tellement rétracté que lorsqu'on mettait le malade debout, le talon restait à une grande élévation au-dessus du sol ; de sorte qu'il ne pouvait s'appuyer que sur la pointe du pied. D'ailleurs, dans cette position, soutenu par ses béquilles , sans lesquelles il n'aurait pas pu rester debout , et avec la sensibilité qui subsistait toujours dans les articulations des pieds , et l'impossibilité d'étendre complètement les genoux, il pouvait à peine faire quelques pas , en traînant ses pieds plutôt qu'en marchant, et il se trouvait, par conséquent, à peu près réduit à l'état de cul-dejatte.
Après avois fait l'examen des articulations de ce malade, j'avoue que je conçus peu d'espoir de pouvoir lui rendre la faculté de marcher. Je lui fis cependant commencer le traitement , et déjà, après un mois de séjour à Vichy, il y avait un peu d'amélioration ; les genoux s'étendaient un peu plus, et on remarquait même un peu de mobilité dans les articulations des pieds.
Ce malade est revenu depuis tous les ans à Vichy.
Lorsque je le revis , en 1845 , je fus très surpris et en même temps très heureux d'apprendre, non seulement qu'il n'avait pas souffert un seul instant depuis que je ne l'avais vu , mais surtout de voir qu'il pouvait marcher facilement, en s'aidant toutefois de ses béquilles. En 1845, il marchait mieux encore ; il pouvait môme marcher sans ses béquilles, dont il ne se servait que pour les courses un peu longues , et pour ne pas trop se fatiguer. En 1848,
au mois de février , il a eu un léger accès de goutte aux mains, mais rien aux pieds. Enfin, en 1849, la dernière fois qu'il est venu à Vichy, bion qu'il se servît toujours de ses béquilles , lorsqu'il devait aller un peu loin, et que ses articulations n'eussent toujours acquis qu'un peu plus de mobilité et de possibilité d'extension, sa santé générale était parfaite, et il marchait très vite et avec une assez grande aisance.
Dans la lettre qu'il m'a écrite — 3 janvier 1850 — il me dit que depuis son premier voyage à Vichy, en suivant le traitemeni que je lui ai indiqué, il n'a plus eu ni gravelle ni coliques néphrétiques, et que ses malléoles , qui étaient alors très tuméfiées, ont considérablement diminué et sont même à peu près revenues à leur état normal. « Je roule beaucoup, ajoute-t-il, par la ville, ce que je ne pouvais pas faire avant d'aller à Vichy ; je ne crains pas de heurter mes pieds contre les pavés', et avant, si cela me fût arrivé, je serais tombé de douleur ; enfin je vais dans toute ma maison sans béquilles ni bâton : je vais même ainsi' quelquefois chez mes voisins, et on me regarde comme une chose curieuse. » L'extension du genou droit a un peu gagné, la rotule est un peu mobile, ce qui n'était pas auparavant, et les articulations des pieds ont un peu de mouvement; le gros orteil du pied droit, qui était roide comme un morceau de bois, a surtout gagné trèâ sensiblement de la mobilité , car on peut maintenant le fléchir un peu , ce que je remarque particulièrement lorsque j'en fais couper l'ongle, tandis que cela était tout à fait impossible auparavant.
Ainsi, comme on voit, ce malade qui, lorsqu'il
est venu à Vichy pour la première fois, en 1844, avait tous lés ans trois longues attaques de goutte, qui l'avaient réduit à l'état d'impotence, n en a plus eu depuis qu'un très léger accès au mois de février 1848, et qui même s'est borné aux mains seulement. Les tuméfactions considérables qu'il avait aux malléoles ont disparu , ses articulations ont gagné un peu de mobilité, et, au lieu d'être cloué les trois quarts de l'année sur son lit de douleur, il peut maintenant marcher tous les jours avec grande facilité, en se servant toutefois de ses béquilles, et même sans béquilles ni bâton toutes les fois qu'il n'a pas à aller très loin.
Un pareil résultat obtenu chez un malade de cet âge , et aussi gravement affecté , ne montre-t-il pas tout ce qu'il serait possible d'obtenir, même dans les cas les plus graves , si les malades voulaient , comme celui-ci l'a fait , suivre exactement et avec persévérance le traitement indiqué ?
— Un parent d'un de nos illustres chimistes du siècle dernier, M. L..., ancien notaire, demeurant à Vernon (Eure), vint à Vichy, pour la première fois, le 16 juillet 1842. Il avait alors cinquante-sept ans ; il était goutteux depuis quatorze ans, et son grand-père paternell'avait été. Il avait des attaques fréquentes, extrêmement douloureuses et très longues. Il retrouvait cependant ensuite la faculté démarcher, mais, dans les derniers temps, toujours plus ou moins péniblement. Il prit les eaux en bains et en boisson pendant un mois , et , rentré chez lui, il se trouva parfaitement pendant quelque temps. Mais, malgré les recommandations que je lui avais faites , il ne suivit aucun régime et ne fît
aucun usage de boissons alcalines ; aussi les attaques de goutte reparurent et ne tardèrentpas à reprendre leur ancienne violence. Lorsque je le revis à Yichy, en 1846, il y avait cinq mois que des accès se succédaient presque sans interruption ; toutes ses articulations , surtout celles des pieds et des genoux, étaient encore tellement gonflées et douloureuses qu'il se trouvait réduit à l'état d'impotence la plus complète , et cette longue suite d'accès avait en môme temps laissé un œdème considérable qui ne se bornait pas seulement aux pieds et au pourtour des malléoles , mais s'étendait à toute la jambe. Sa figure était pâle, amaigrie, et tous ses traits profondément altérés.
Je ne crus pas devoir, dans ces conditions , lui faire prendre des bains immédiatement ; je me bornai à lui administrer d'abord l'eau minérale en boisson, et ce ne fut qu'après avoir obtenu déjà une certaine amélioration que je lui fis commencer l'usage des boissons. Le mieux fit des progrès rapides, et, à la fin de son séjour, il commençait à marcher passablement, en même temps que sa santé générale s'était déjà considérablement améliorée. Il revint l'année suivante dès le 28 mai , et j'appris qu'il n'avait pas souffert un seul instant depuis que je ne l'avais vu. Son teint était excellent , sa santé parfaite, et il marchait comme s'il n'eût jamais été goutteux ; mais celte fois , éclairé par la leçon qu'il avait reçue , il avait suivi son traitement très rigoureusement, il avait surtout fait un usage constant de boissons alcalines.
Dans l'hiver de 1847 à 1848, il eut cependant un accès de goutte , mais qui se borna aux deux
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mains, qui furent successivement envahies; de sorle qu'il put continuer à marcher. Il est revenu à Vichy en 1848 et en. 1849, et n'avait point eu d'autres accès de goutte depuis celui dont je viens de parler. Il me disait pendant son séjour à Vichy, l'année dernière , qu'il marchait si bien que maintenant il pouvait chasser, et qu'il en usait comme tout homme de son âp,e qui n'aurait jamais eu la goutte. Ce malade n'a pas abandonné son régime un seul jour, m'a-t-il dit, depuis son retour à Vichy en 1846 ; il fait usage de boissons alcalines, soit à jeun, soit à ses repas ; il se permet seulement un peu de vin de Bordeaux à la fin de son dîner.
Cette observation est remarquable sous plusieurs rapports. Elle montre que les goutteux , comme on ne peut trop le leur répéter, ne peuvent espérer de combattre la goutte avec succès qu'à la condition de suivre rigoureusement et avec persévérance le traitement indiqué, et que s'ils l'abandonnent pendant un temps un peu long, ils s'exposent à voir les accès de goutte reparaître , et reprendre promptement la fréquence et l'intensité qu'ils avaient auparavant.
On voit aussi , par cette observation , qu'un état œdémateux, même considérable et s'étendant assez loin des limites des articulations qui ont été le siège de la goutte, et lors même que cet état existe avec un très grand affaiblissementjunesorted'anémie, comme celle que présentait le malade en question , s'il n'est que la conséquence d'accès de goutte répétés ou qui ont duré longtemps , n'est pas, comme on aurait pu le craindre d'après l'opinion de quelques médecins, une contre -indication à l'emploi des eaux de Vichy, et que les boissons alcalines, même prises constam-
ment pendant des années, loin d'avoir des inconvénients, sont au contraire, lorsqu'on n'en use que dans une juste mesure , très favorables à la santé.
J'ai choisi, avec intention, les deux faits suivants parmi les malades soumis depuis peu de temps encore à la médication alcaline, afin de montrer et de mieux faire comprendre avec quelle promptitude il est possible, en suivant rigoureusement cette médication, d'atténuer la goutte et d'en arrêter les progrès, lors même que cette affection se manifeste sous une forme très aiguë, par des attaques violentes, et paraît devoir réduire promptement les malades à l'état d'impotence.
— M. P. B..., de Marseille, âgé de cinquante-huit ans, vint à Vichy, le 4 août 1848 11 était goutteux depuis six ans, et il avait chaque année, outre des coliques néphrétiques , suivies d'expulsion de sable rouge, des attaques de goutte qui duraient au moins un mois , et qui étaient d'une gravité telle, surtout dans les articulations des pieds et des genoux, qu'il était arrivé à ne plus marcher, dans l'intervalle de ses attaques, qu'avec une lenteur extrême, ne pouvant plus allonger assez le pas pour faire dépasser un pied par l'autre.
Dès la première saison qu'il a passée à Vichy, après une quinzaine de jours de traitement, il pouvait allonger le pas davantage, et marcher avec beaucoup moins de gêne, et, après un mois de séjour, il partit, marchant presque sans douleur et avec une facilité remarquable, comparativement à ce qu'il pouvait faire à son arrivée.
Il a continué, chez lui, l'usage des eaux de Vichy, et, dans l'hiver qui a suivi, c'est à peine, m'a-t-il
dit, s'il a souffert pendant trois jours, aux pieds seulement, très faiblement, et sans aucun gonflement des parties douloureuses. Enfin, il est revenu à Vichy, le 3 juillet 1849, avec une excellente santé, marchant presque comme avant d'avoir eu la goutte, et faisant Fétonnement de tous ceux qui l'avaient vu marcher si péniblement l'année précédente.
— Un notaire du département Saône-et-Loire, M. B..., âgé de cinquante- un ans, fils d'un père goutteux, et lui-même goutteux depuis quinze ans, vint à Yichy, le 4 août 1848. Il avait une attaque de goutte tous les ans, affectant surtout les pieds et les genoux, et avec une violence extrême et une durée de trois à quatre mois. 11 avait souvent remarqué un sédiment rouge dans son urine. Depuis le dernier accès, la marche était restée difficile. 11 fit un usage régulier de bains et d'eau en boisson, et il partit très satisfait, marchant plus librement, et bien résolu à continuer son traitement chez lui.
Ce malade est revenu à Vichy, le 17 juillet 1849. Il n'avait pas souffert un seul instant depuis le premier séjour qu'il y avait fait, il marchait librement et sa santé générale était excellente.
En examinant l'activité de la goutte chez ces deux malades, la violence même des attaques, et l'état où étaient déjà les articulations des pieds et des genoux, surtout chez le premier, est-il possible de méconnaître, dans le changement qui s'est opéré depuis la première saison qu'ils ont passée à Vichy, les heureux effets de la médication alcaline? Ces malades ne sont assurément pas guéris, ils peuvent être repris par de nouvelles attaques de goutte ; mais cependant ne peut-on pas présumer, d'après
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ce qu'ils ont déjà obtenu, qu'en continuant rigoureusement et avec persévérance le traitement qu'ils ont commencé, ils pourront arriver à lutter avec avantage contre cette affection, et à en très peu souffrir, s'ils ne parviennent pas à empêcher toujours le retour des accès, et enfin à éviter de devenir impotents?
Les deux malades suivants sont du petit nombre de ceux qui n'ont pas éprouvé d'amélioration sensible de la médication alcaline.
— Un de nos officiers de marine du plus grand mérite, M. D..., fortement constitué et ayant déjà un assez grand embonpoint, vint à Yichy le 31 mai 1839. Il avait alors quarante-trois ans. Son grandpère paternel avait été goutteux , et il avait eu luimême sa première attaque de goutte à vingt-huit ans. Il n'avait jamais remarqué dans son urine ni graviers, ni sédiment rouge. Ses attaques de goutte avaient été fréquentes et longues , et, dans les intervalles , les articulations restaient toujours depuis quelque temps un peu douloureuses, et, par conséquent , la marche était déjà habituellement plus ou moins difâcile.
Il fit une cure de six semaines, s'en trouva bien, et continua ensuite assez régulièrement son traitement chez lui. Ce malade est d'ailleurs habituellement d'une grande sobriété.
Il revint à Vichy deux ans après , le 3 juin 1841, se félicitant d'une assez grande amélioration, n'ayant eu, depuis son premier voyage à Vichy, que de légères atteintes de goutte , mais n'ayant cependant jamais entièrement recouvré la liberté de ses articulations, marchant toujours avec une certaine gêne.
Il fut pris , à Vichy môme, d'une attaque de goutte qui fut peu douloureuse , mais qui rempêcha cependant de marcher pendant une quinzaine de jours , et il partit , après cinq semaines de séjour, marchant encore assez péniblement.
Dans l'hiver suivant, il eut une attaque longue et assez douloureuse, après un très long voyage entrepris à la suite de fatigues, les pieds étant déjà un peu douloureux par suite de cette fatigue. Quelque temps après cette attaque, le 11 juin 1842, il revint encore faire une cure d'un mois à Vichy, marchant toujours péniblement, surtout depuis cette dernière attaque. Il éprouva une amélioration assez sensible; mais lorsqu'il revint en 1843, j'appris qu'il avait eu encore une attaque dans l'hiver, mais cependant très peu douloureuse; il y avait seulement un peu de gonflement aux articulations , et plutôt une impuissance de marcher que de la douleur. Enfin , ce malade est revenu encore une fois à Vichy, en 1845, ayant eu plusieurs accès de goutte depuis qu'il avait quitté Vichy en 1843, toujours avec très peu de douleurs , mais conservant constamment , dans les intervalles, une difficulté plus ou moins grande à marcher.
Ce malade a essayé depuis de l'hydrothérapie , et il est resté goutteux.
Il est impossible d'attribuer entièrement le peu de succès du traitement , dans ce cas , à ce que ce traitement n'a pas été bien suivi ; car le malade est habituellement sobre, sa vie est régulière, et , sans avoir fait un usage constant de boissons alcalines , il en a bu cependant assez souvent et assez régulièrement pour que l'on pût en espérer un meilleur ré-
sultat. Ce n'est donc pas là la seule cause du peu de succès obtenu; mais ce malade est fortement constitué, replet, il a un assez grand embonpoint, et j'ai toujours remarqué que, dans cette disposition constitutionnelle, la goutte était difficile à combattre , offrait une grande résistance à tout traitement. Une autre cause à laquelle je crois pouvoir attribuer la ténacité de la goutte, dans ce cas, la difficulté de l'atténuer et d'en arrêter la marche, c'est que , indépendamment de la disposition constitutionnelle que je viens d'indiquer , l'affection goutteuse , lorsque le malade est venu à Yichy pour la première fois , existait déjà à l'état chronique, état caractérisé par celui des articulations qui ne se débarrassaient plus entièrement dans l'intervalle des attaques, et par la difficulté de marcher qui en était la conséquence, et qui subsistait toujours à un degré plus ou moins prononcé. Dans ce cas, le traitement présente toujours beaucoup moins de chances de succès ; cependant je regrette que ce malade n'ait pas continué cette médication, qu'il n'ait pas lutté davantage en la suivant encore plus rigoureusement et avec plus de persévérance; car je crois qu'il y avait possibilité d'arriver à un meilleur résultat, et je doute qu'il obtienne une amélioration sérieuse, durable, par aucun autre moyen.
— M. de B..., du département d'Indre-et-Loire , âgé alors de quarante et un ans , et goutteux déjà depuis neuf ans , vint pour la première fois à Yichy le 10 juillet 1839, et y est revenu ensuite régulièrement en 1840, 1841 , 1842 et 1843. Il n'avait pas la gravelle, et n'avait point eu de parents goutteux ; cependant il réunissait les caractères ordinaires de
la constitution goutteuse. II avait toujours plusieurs attaques de goutte par an, quelquefois jusqu'à quatre et même cinq, souvent très violentes, et d'un à deux mois de durée.
Au bout de six à sept jours de l'usage des eaux en bains et en boisson, il fut pris d'une attaque qui se borna au pied droit, au genou du même côté et à la main gauche (1), mais qui fut cependant assez longue et assez douloureuse pour l'empêcher de marcher et de prendre des bains pendant près de trois semaines.
Il continua l'usage de l'eau en boisson pendant toute là durée de cette attaque, et, dès qu'il lui fut possible de se mouvoir sans trop souffrir, il reprit les bains qu'il continua jusqu'à la fin d'août.
Bien que ce malade soit habituellement sobre , et qu'il ait suivi assez régulièrement son traitement , il fut pris, au mois de novembre suivant, d'une nouvelle attaque, qui fut assez longue et douloureuse, et au commencement de juin 1840, peu de temps avant de revenir à Vichy, il en eut encore une autre ; mais celle-ci fut très légère et ne dura que quelques Jours. A son arrivée à Vichy, le 25 juin, il marchait assez facilement, et pendant les cinq semaines qu'il employa à sa cure, il n'éprouva que quelques douleurs passagères. Depuis cette saison passée à Vichy jusqu'à son départ pour y revenir, au mois de juillet 1841, il se porta parfaitement; mais il fut pris, au
(1) Ce malade m'a fait part d'une remarque qu'il avait faite , et que j'ai pu vérilier plusieurs fois depuis, et chez lui et chez quelques autres malades, c'est que tant que les mains ei les pieds sont le siège d'une attaque de goutte, les ongles ne croissent pas, et qu'ils ne recommencent à s'allonger que lorsque l'atlaque est passée.
moment de partir, d'un accès à la main gauche , qui le força à s'arrêter en route. Cet accès ne s'étendit pas à d'autres articulations, mais il se prolongea, à Vichy, pendant une douzaine de jours. Son traitement se fit régulièrement, il partit après cinq semaines de séjour, et, lorsqu'il revint, en 1842, il m'apprit qu'il n'avait pas eu d'attaque depuis l'année précédente, que seulement il souffrait un peu depuis huit jours, et marchait difficilement, parce qu'il était tombé sur le genou gauche, et qu'ayant continué néanmoins à marcher, il était résulté de cette chute un peu de douleur et de gonflement à ce genou. Cet accident fut probablement la cause déterminante d'un accès qui se développa à Vichy, et l'empocha de marcher pendant une quinzaine de jours. De 1842 à 1843, il n'eut que quelques accès de peu de durée et peu douloureux, mais, à son arrivée à Vichy, à la fm de juin de cette dernière année, il fut pris d'un nouvel accès qui, sans être très douloureux, le força de garder la chambre pendant près de trois semaines.
Ce malade est allé depuis à d'autres eaux minérales, et sans plus de succès. Chez lui, pas plus que chez le malade précédent, on ne peut attribuer cet insuccès à un mauvais régime , car il est ordinairement sobre , il avait en tout suivi assez régulièrement son traitement, et je ferai observer aussi que, chez lui, la goutte n'est pas une maladie héréditaire. Il faut donc nécessairement attribuer la ténacité de cette affection , chez ce malade , à une disposition constitutionnelle particulière, à une prédominance acide très prononcée , qui détermine peut-être d'autant plus facilement et d'autant plus
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fréquemment des accès de goutte, qu'il n'a jamais remarqué ni graviers ni sable rouge dans son urine, et que l'on peut, par conséquent, supposer que, chez lui, les acides ne sont pas suffisamment éliminés parla sécrétion urinaire, de même qu'ils ne peuvent l'être par la transpiration cutanée, dans l'impossibilité, où il est depuis longtemps , de faire un exercice suffisant pour favoriser cette dernière sécrétion.
Avec plus de persévérance et plus de rigueur encore dans l'emploi de la médication alcaline, ne serait-on pas parvenu à atténuer davantage, sinon à détruire entièrement, une diathèse goutteuse aussi prononcée? Je ne sais , mais je suis tellement convaincu, par une longue expérience, des bons résultats que l'on peut obtenir, avec de la persévérance, de l'action des alcalis , même contre la diathèse la plus prononcée, que je crois que, dans un cas semblable, surtout lorsque les malades supportent bien les boissons alcalines , ce qu'il y aurait de mieux à faire, serait d'insister.