‹ Du mode d'action des eaux minéro-thermales de PlombièresChapitre 14 sur 21 · SES ANNEXES · texte numérisé non relu

SES ANNEXES

Les maladies du tube digestif et de ses annexes sont au nombre de celles qui exercent sur le moral l’influence la plus marquée. Les inflammations chroniques de l’estomac, des intestins et du foie développent souvent une tristesse qui peut aller jusqu’à l’horreur de la vie. Tel est le spleen des Anglais, qu’ils doivent attribuer bien plus encore à un régime et à une thérapeutique incendiaires, qu’à leur climat froid et nébuleux.

Cette tristesse, si naturelle aux êtres soufïrans, est loin d’être toujours proportionnée à la douleur. Bien souvent cette dernière est à peine sentie ; ce qui arrive dans un grand nombre de gastro-duodéno-hépatites chroniques et d’entérites chroniques, et cependant les idées les plus affligeantes viennent assaillir le malade et lui peindre sa position avec les couleurs les plus sombres.

Cette réaction du physique sur le moral est loin d’être insignifiante dans la cure de ces maladies; en effet, le moral réagissant à son tour sur le physique, en augmente l’excitation morbide et devient souvent ainsi un puissant obstacle j a la guérison. C’est dans ces circonstances surtout

que nos eaux sont nécessaires; en vain emploieriez-vous le traitement le mieux dirigé, si vous ne dépaysez votre malade, si vous ne l’arrachez à des lieux, à des habitudes, qui ne font que lui rappeler ses souffrances, qu’entretenir son découragement, tous vos efforts seront inutiles.

En vain chercherez-vous alors à imiter la composition de nos eaux; l’analyse chimique ne vous en a montré que le cadavre. En vain essaierezvous, au milieu de Paris, de dépayser un Parisien hypochondriaque; inutilement aussi chercherez-vous a remplacer les heureux effets d’un long voyage, de l’espoir long-temps soutenu d’une guérison prompte et sûre, et de cette tranquillité d’esprit, dont le malade jouit, dès l’instant où il se trouve débarrassé du fardeau de ses affaires. Vous perdrez en outre l’action si puissante de l’air de nos montagnes.

La membrane muqueuse qui tapisse l’intérieur de la bouche, du pharynx et de l’œsophage, peut devenir le siège d’inflammations qui, passant à l’état chronique, sont traitées avec succès par nos eaux, employées en bains généraux, en douches et en pédiluves, secondés par un régime composé d’alimens doux et de facile digestion. Des saignées générales ou locales sont quelquefois indispensables pendant le traitement de ces affections.

6e Observation. '

Pharyngite chronique .

A la suite de plusieurs pharyngites aiguës, M. le comte de S. P. contracta une inflammation chronique de la muqueuse pharyngienne,

dont les cryptes prirent un grand développement.

Cette inflammation ayant résisté à tous les moyens employés pour la combattre, M. de S. eut recours à nos eaux.

Aux bains chauds et à de fréquens pédiluves, j’ajoutai des applications réitérées de ventouses scarifiées, à la région supérieure du col. Je prescrivis un régime sévère, composé seulement de farineux et de fruits cuits. Je défendis le vin, le café, les liqueurs. Après vingt jours de traitement, ce mai, qui durait depuis deux ans déjà, était considérablement diminué. M. de S. quitta Plombières alors, et beaucoup plustôt que je ne le lui conseillais. Cependant, ainsi que m’en a informé depuis une dame de sa famille, sa santé a continué à s’améliorer par l’action consécutive de nos eaux.

Mais les inflammations chroniques de la muqueuse de la bouche, du pharynx et de l’oesophage deviennent rarement assez graves pour nécessiter le traitement des eaux minérales. Aussi voyons-nous peu de ces affections à Plombières.

En revanche, une foule de personnes y viennent pour se guérir de maladies d’estomac, d’intestin , du foie ou d’autres annexes du tube intestinal, contre lesquelles nos eaux ont la plus grande efficacité. ^

Ces maladies sont de nature diverse: les unes sont des névroses, les autres sont des inflammations chroniques ou des asthénies; les premières sont bien plus communes qu’on ne le pense généralement, mais au lieu d’être insaisissables, comme le croit le docteur Barras, elles sont dues, pour la plupart, à une irritation morbide de la moelle épinière, que l’on constate avec la plus grande facilité, soit par la pression sur les apophyses transverses des vertèbres, soiten promenant le long du rachis un linge imbibé d’eau chaude, ainsi que le conseille Copeland.

Depuis trois ans que je me livre à ce genre de recherches , j’ai reconnu, sur plusieurs centaines de malades, que la moitié au moins des affections abdominales chroniques était compliquée de myélites, et que plusieurs maladies regardées jusqu’à présent comme ayant leur siège unique dans l’abdomen n’étaient dues, au contraire, qu’à une lésion de la moelle épinière.

Les médecins qui n’auront point fait ces expériences m’objecteront peut-être que d’une part, les irritations de la moelle épinière sont bien

loin d’être toutes reconnaissables par la méthode de Copeland, et que, d’une autre, les affections rhumatismales, ou l’inflammation des vertèbres elles-mêmes et de leurs ligamens, peuvent occasioner la sensibilité morbide que je signale ici comme produite par une lésion de la moelle épinière ou de ses membranes; ils ajouteront que dans la plus grande étendue du canal rachidien la moelle épinière est trop éloignée des apophises épineuses et latérales, pour que la pression exercée sur ces apophises puisse retentir jusque dans la moelle; enfin, ils exigeront peutêtre que de nombreuses autopsies soient venues confirmer mon opinion, avant que de la présenter comme un fait très-commun, quoique jusqu’ici on en ait peu parlé.

Certes, j’avouerai tout le premier, que dans un assez grand nombre de cas la méthode de Copeland et la compression de l’épine dorsale sont insuffisantes pour faire reconnaître des myélites, fort graves cependant et très-bien caractérisées d’ailleurs. J’avouerai aussi qu’une affection rhumatismale des muscles du dos et des ligamens vertébraux, qu’une maladie des vertèbres elles-mêmes, peuvent rendre la pression trèsdouloureuse, le long de la colonne épinière; mais ce fait n’en restera pas moins, que plus de la moitié peut-être des malades affectes de gastrite

chronique ont la colonne dorsale douloureuse à la pression, là justement où la moelle épinière fournit les nerfs qui aboutissent aux ganglions du grand sympathique, d’où naissent les racines du grand splanchnique, qui a lui-même une part si importante à la formation du plexus solaire. Or, cette sensibilité morbide, dont j’ai reconnu l’existence chez plusieurs centaines de malades, peut-elle être attribuée à un rhumatisme? Je ne puis le croire ; et d’ailleurs, l’iniluence, souvent heureuse sur la maladie principale, du traitement dirigé surtout contre cette complication si remarquable, viendrait encore ajouter pour moi à la probabilité de mon opinion.

J’oubliais cette autre preuve puissante que fournit la sensibilité morbide de la colonne épinière dans la région sacrolombaire et dans la partie supérieure de la région dorsale, dans une foule d’affections chroniques de l’utérus, des poumons et du cœur. Et dans ces cas, un homme dont l’opinion est d’un grand poids en pareilles matières, M. le docteur Olivier, d’Angers, à qui la science doit un si beau travail sur les maladies de la moelle épinière; dans ces cas, dis-je, M. Olivier n’hésite pas à croire à l’existence de la myélite.

Plus tard, sans doute, les autopsies viendront nous apprendre quelle est, dans ce cas, la partie

malade de la moelle épinière; elles nous diront peut-être si la lésion alors est dans les membranes, dans lune ou l’autre des deux substances, ou seulement dans les nerfs à leur origine.

Cependant, il pourrait arriver que cette lésion ne laissât point habituellement de traces après la mort. Eile n’en existerait pas moins pour l’observateur attentif, et il la combattrait comme la cause la plus influente, peut-être, de l’opiniâtreté de certaines gastro- entérites chroniques. Cette myélite a ordinairement pour point de départ l’inflammation de la muqueuse gastro-intestinale; mais quelquefois elle est l’affection primitive; souvent elle est de beaucoup la maladie principale; et, quoique venue secondairement, elle réclame la plus grande part dans le traitement.

Ces affections , où le système nerveux joue un si grand rôle, mériteraient peut-être d’être distinguées des gastro-entérites par le nom de gastro-entéralgie, inventé par le docteur Barras; mais ce nom de gastro-entéralgie, ne représenterait pas suffisamment les affections dont je parle; et quoique leur nature soit encore peu connue, il me semble plus convenable d’ajouter simplement au nom de la maladie principale, quelle existe avec complication d’un état morbide de telle ou telle partie de la moelle épinière.

Cet état morbide cède souvent au traitement

anti-phlogistique , ainsi que j’en citerai plusieurs exemples; nos bains, nos douches, et surtout nos douches écossaises, le combattent avec beaucoup de puissance. Le massage est aussi un excellent moyen à lui opposer. Plus tard, l’expérience apprendra quel parti l’on pourra tirer, dans ce cas, de l’acide hydrocyanique, des préparations de strychnine, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur, ainsi que des frictions de pommade phosphorée. Nous saurons plus tôt, sans doute, la puissance, dans ce cas, des exutoires de chaque côté de la colonne épinière.

L’observation suivante, que j’ai recueillie ces jours derniers seulement, et qui me semble d’un haut intérêt, va fournir une preuve de ce que je viens d’avancer, sur le rôle que joue la moelle épinière dans une foule d’affections morbides.

7e Observation.

M. Pierre (1), de Remiremont, entrepreneur de bâtimens, âgé de trente - trois ans environ, d’un tempérament nerveux, travaillait à Paris il y a dix ans, lorsqu’il sentit sa tête fortement tirée

O) Je viens de revoir ce malade, il y a six semaines qu’il a quitté Plombières , et le mieux qu’il doit à nos eaux se soutient ; seulement quand il oublie un jour de se faire masser les extrémités abdominales , ses jambes se refroidissent et sa respiration redevient plus pénible.

en arrière et qu’il éprouva en meme temps beaucoup d’oppression et de toux. Entré à l’hôpital Cochin, on le soigna pour une pneumonie aiguë, et il sortit au bout d’un mois complètement rétabli. Sa santé se soutint assez bonne pendant huit ans. Alors il eut de nouvelles suffocations, des douleurs presque constantes à lepigastre, et peu à peu ses forces se perdirent, la marche lui devint très- fatigante, et tous les moyens employés pour combattre ce mal échouèrent entièrement. M. P. vint à Plombières faire usage de nos eaux, et il me chargea de diriger son traitement. Le palper ne me fit connaître aucune lésion abdominale; la langue était aussi dans son état normal, le cœur se contractait régulièrement; son volume ne paraissait point augmenté, les poumons étaient partout perméables à l’air; je dus dès-lors, pour arriver à la cause des accidens dont se plaignait le malade, examiner sa colonne vertébrale. Le toucher était très- douloureux sur les 3e et vertèbres cervicales ; il l’était un peu moins sur les 4e, 5e, 6e, 7e et 8e dorsales. A ces symptômes je n’hésitai pas à reconnaître une double myélite, et aux bains tièdes, aux douches, je fis ajouter des applications réitérées de ventouses scarifiées sur les régions malades de la colonne épinière.

Plus tard, je voulus essayer d’unbain à 36 degrés,

tel qu’on les emploie fréquemment au Mont-d’Or, espérant qu’une puissante dérivation à la peau hâterait le rétablissement deM. P, ; mais je lui recommandai de m’attendre avant de prendre ce bain chaud, auquel je voulais et je devais assister.

M. Pierre, oubliant cette prescription, prit un bain chaud trop long, et, arrivé chez lui, après une lipothymie, il eut de violens accès d’étouffement, beaucoup d’engourdissement des jambes et une paralysie complète des bras, qui heureusement n’eut qu’une demi-heure de durée.

Cet accident, qui pouvait être si grave, est venu prouver que la douleur déterminée par la pression des vertèbres cervicales était bien, dans ce cas, un signe de myélite, ainsi que je l’avais jugé. Pourquoi contesterait-on maintenant que la moelle épinière, alors qu’elle est malade, peut souffrir de la pression exercée sur les vertèbres qu’elle traverse dans la région dorsale, puisque c’est là que le canal rachidien est le plus étroit, que la moelle épinière est le plus rapprochée des parois osseuses qui l’environnent?

L’inflammation de la moelle épinière chez M. Pierre est évidente dans sa région cervicale. La paralysie momentanée des bras l’a rendue telle pour tout lemonde. Elle l’est également pour moi , dans la région dorsale que j’ai indiquée. C’est à la myélite cervicale qu’il faut attribuer la faiblesse mus-

culaire, et peut-être aussi l’oppression, taudis que les douleurs d’estomac, que la nature des alimens u augmente ni ne diminue, sont produites par la myélite dorsale.

M. Pierre va beaucoup mieux; il pouvait faire à peine un quart de lieue en plaine; il peut maintenant faire deux lieues à travers les montagnes; son estomac est moins douloureux. S’il pouvait rester à Plombières autant de temps encore qu’il y en a passé déjà, il est probable qu’il se rétablirait complètement; mais à défaut de nos eaux, des exutoires à la nuque et entre les épaules, de la laine sur la peau et des chaussons de flanelle et de taffetas gommé, pour rétablir la sueur des pieds, très-abondante autrefois , le guériront entièrement, je l’espère.

8e Observation.

Castro - myélite.

Mme P...., de Metz, vint cette année à Plombières pour combattre, à l’aide de nos eaux, des douleurs d’estomac augmentées par la digestion, et dont Mme P.,., avait à se plaindre depuis plus de deux ans déjà. Cette maladie n’avait pas dérangé le cours des règles, habituellement abondantes. Une de ses principales causes était 1 habitude qu’avait Mme P.... de manger très-vite

en ne mâchant qu’à peine. L’épigastre était un peu douloureux à la pression, mais il n’y avait aucune tumeur abdominale. La langue était large et pâle, mais ses cryptes étaient développés à sa pointe et rougeâtres. La quatrième, la cinquième, la sixième et la septième vertèbres dorsales étaient douloureuses à la pression.

Je prescrivis pour boisson l’eau savonneuse; je fis prendre à MmeP. . .. des bains tièdes, de trois à quatre heures de durée; je lui fis faire deux applications de ventouses scarifiées à la région douloureuse du dos, et je lui recommandai de ne manger que des alimens doux en quantité modérée, et surtout de les mâcher le plus parfaitement possible. Dès la première application de ventouses, Mme P.... éprouva le mieux le plus marqué; elle a quitté Plombières dans un état très-satisfaisant, et je ne doute pas de son rétablissement complet, si elle reste dans de bonnes conditions hygiéniques.

Ici encore la myéiite était évidente, et indépendamment de la douleur que causait la pression sur la portion surexcitée de la moelle épinière, nous avons, pour établir cette surexcitation morbide, une autre preuve puisée dans l’amélioration qu’éprouva Mme P. immédiatement après l’application des ventouses loco doienti .

9e Observation.

Castro - utero - myélite .

Mme P..*. , de la même ville que la malade qui fait le sujet de l’observation précédente, est âgée de vingt-cinq ans environ. Il y a deux ans que, vingt jours après ses couches, elle eut un affreux chagrin qui altéra profondément sa santé. Depuis lors, MmeP.... eut continuellement des digestions très-laborieuses, une constipation habituelle, beaucoup de pesanteur dans le bassin et des tiraillemens douloureux dans les flancs.

II y avait chez Mme P.... un léger abaissement de l’utérus, un peu trop développé, un engorgement fort ancien et indolore de l’S du colon et probablement de quelques portions du péritoine dans le voisinage cle cette région intestinale. L’épigastre était douloureux , la langue avait les cryptes de son extrémité développés et rouges, mais la colonne épinière était aussi trèsdouloureuse à la pression dans l’étendue de la quatrième à la huitième vertèbres dorsales et dans toute la région lombaire.

Je regardai dès-lors M“e P.... comme affectée d’une myélite double et d’inflammation chronique du tube intestinal et de l’utérus. Aux bains tièdes et longs, aux douches de chaque côté du rachis et sur les membres, à un régime doux,

j’ajoutai deux applications de ventouses scarifiées sur les régions dorsale et lombaire, et chaque fois elles produisirent uq mieux des plus marqués ; la santé de Madame P. . . . s'améliora beaucoup pendant son séjour à Plombières.

10e Observation.

Gastro - en tèro * mjél ite.

M. M***, d’Aunai, âgé de quarante-trois ans environ, était tourmenté depuis dix ans par une gastro -entérite chronique, contre laquelle il avait eu déjà deux fois recours à nos eaux, en 1827 et 1828, sans un succès marqué. Cette maladie avait également résisté à tous les moyens employés pour la combattre. M. M*** revint cette année à Plombières, et il me chargea de diriger son traitement.

M. M*** avait le teint jaune-paille; il était très-maigre, très-faible, très- découragé , et il avait de fréquens dévoiemens. Ses digestions étaient habituellement si laborieuses, qu’il est exact de dire qu’il passait sa vie à écouter son estomac digérer. Le toucher ne me fit reconnaître aucune hypertrophie abdominale; il y avait peu de sensibilitéà l’épigastre, mais les 4e, 5e, 6eet 7e vertèbres dorsales étaient douloureuses à la pression.

Je crus pouvoir ranger au nombre des causes qui avaient produit celte grave maladie, la fu-

neste habitude qu’avait M. M*** de manger très- vile. Je lui en fis reconnaître aisément tout le danger; je lui prescrivis deux applications de ventouses sacrifiées par semaine, de chaque côté des vertèbres douloureuses au toucher, des bains tièdes de trois heures de durée, des douches le long du rachis, de vingt-cinq à trente minutes, et le massage par percussions. Après chaque application de ventouses, M. M*** éprouvait une amélioration très-marquée. Il suivit ce traitement pendant un mois, et il quitta Plombières dans l’état de santé le plus satisfaisant.

Chez ce malade encore, la myélite n’est-elle pas évidente, et par le siège de la douleur de l epine dorsale , et par l’amélioration marquée qu’il obtenait de chaque saignée capillaire de la région douloureuse du rachis?

11e Observation.

Gaslro-entér-my élite.

Mnc de ***, de Joinville, vint à Plombières, en i833 , pour se guérir d’une inflammation chronique abdominale, causée par la frayeur du choléra et qui avait résisté jusqu’alors au régime le mieux observé. Mme de *** était âgée de trente-deux ans environ; elle était bien réglée; sa langue était large, son ventre était souple, un peu douloureux vers la région ombilicale.

Elle avait des coliques presque continuelles, et desselles en dévoiement à heures fixes. Mmede*** était très-maigrie et profondément découragée. L’examen de la colonne vertébrale me fit reconnaître , chez elle aussi , une irritation de la moelle épinière, depuis la quatrième jusqu’à la septième vertèbre dorsales. L’eau chaude en boisson ne put pas être supportée ; les bains et les douches ordinaires, secondés par quelques applications de ventouses, ne produisirent qu’une très-légère amélioration. J’eus recours alors à la douche écossaise , ce précieux tonique de la peau; dès ce moment la santé de Mme de *** se rétablit rapidement. Son embonpoint, ses forces, sa gaîté revinrent à la fois, et M“ede*'** partit enthousiaste de ce remède.

J’ai revu depuis Mme de *** à Plombières; sa santé était très-bonne encore.

12e Observation.

Suffocations , touæ, digestions laborieuses , douleurs utérines , causées par une myélite.

Mlie de *** vint à Plombières en i833, pour combattre, à l’aide de nos eaux, des palpitations, des suffocations, une toux convulsive, de fréquentes coliques utérines, des douleurs continuelles d’estomac, s’exaspérant pendant la digestion ; toutes ces douleurs, tous ces accidens avaient

une grande tendance à revêlir la forme intermittente, et ils étaient alors à peine modifiés par le quinquina. Agée de 28 ans, régulièrement réglée, et d'un tempérament éminemment nerveux, Mlle de *** faisait remonter l’origine de ses maux à de grands chagrins quelle avait éprouvés plusieurs années auparavant. Sans diminuer l’importance de cette cause, je dus tenir grand compte aussi de la funeste habitude qu’avait M1,e de *** démanger très-vite et très-chaud.

L’auscultation et la percussion de la poitrine ne me firent découvrir aucune lésion à laquelle je pusse rattacher les suffocations, les palpitations et la toux ; le toucher ne me fournit aucun indice de lésions abdominales, mais je trouvai les huit premières vertèbres dorsales trèsdouloureuses à la pression, de même que toutes les vertèbres lombaires. Dès-lors, je dus rattacher à une myélite les accidens dont se plaignait Mademoiselle, et aux bains tièdes et prolongés, aux douches de chaque côté du rachis, j’ajoutai plusieurs applications de ventouses scarifiées sur les régions malades. Mlle de *** continua un régime doux, but tous les matins quelques verres d’eau savonneuse; après son bain, je la faisais masser par percussion pendant un quart-d’heure. Au bout de six semaines de ce traitement, Mlle de se trouvait infiniment mieux, et ce mietfx se sou-

tint plusieurs mois; de nouveaux chagrins vinrent ensuite annuler l’effet des eaux.

i3e Observation.

Myélite suivie de gastro-entérite .

M. ***, des environs de Mâcon, âgé de vingt et quelques années, luttait, en s’amusant, avec un jeune homme, qui le renversa avec force sur l’angle d’une table. Il eut un coup violent sur les 4e et 5e vertèbres dorsales. La douleur qu’il en ressentit dura quelques jours. Un mois après il fut atteint d une gastro-entérite grave, qui résista à tous les traitemens employés contre elle.

Deux ans plus tard, M. *** vint à Plombières. Je reconnus l’existence de la myélite, à la douleur que la pression développait sur les 4e» 5e, 6e et 7e vertèbres dorsales; j’appris alors les circonstances que je viens d’exposer, et qui jettent un si grand jour sur l’origine de cette maladie et sur la cause de son opiniâtreté.

A son départ, M. *** était un peu mieux ; mais si l’effet secondaire de nos eaux ne lui a pas été très-favorable, il n’aura retiré que peu de fruit de son voyage. Je lui ai conseillé, en partant, de recourir à de puissans exutoires. Il avait pris, pendant un mois de suite, des bains tièdes de trois heures, des douches d’un quart-d’heure à vingt minutes, et il avait eu, en outre, plusieurs

applications de ventouses scarifiées, tant sur le dos que sur l’épigastre.

14e Observation.

Myélite simulant diverses affections thoraciques

et abdominales .

Mrac M. . . de Paris, âgée de trente-huit ans environ, d’un tempérament éminemment nerveux, n’ayant jamais eu d’enfans, avait, depuis un grand nombre d’années, les plus violentes douleurs, qui attaquaient alternativement ou tous à la fois, les organes contenus dans les cavités thoraciques et abdominales, en simulant les lésions les plus graves. Tantôt, Mme M...., à la suite de toux convulsive, avait d’abondantes hémophtysies, tantôt un dévoiement dysentérique ou un hémathémèse. Elle était habituellement tourmentée par des spasmes que la moindre émotion faisait naître. Les nombreux médecins que Mme M. . . . avait consultés, n’avaient pu reconnaître aucune lésion organique, et l’excessive sensibilité de la colonne vertébrale, dans ses régions cervicale, dorsale supérieure et lombaire, n’avait fixé l’attention d’aucun d’eux. C’était cependant un des phénomènes les plus apparens chez cette dame, c’était celui-là seul qui pouvait expliquer tous ses maux et donner d’utiles indications. Mmc M. . . . a retiré peu d’avantage de

nos bains. Un mal aussi ancien et aussi grave ne peut céder qu a un traitement très-long. J’indiquai celui que Pomme conseillait en cas semblables. Depuis je n’ai plus eu de nouvelles de cette dame.

3 5e Observation.

G as tro - mjé lite.

Mlle a f ^ ^ «

agee de trente-trois ans, d un tempérament éminemment nerveux, affectée depuis plus de douze ans d’une gastrite chronique, qui avait résisté à tous les moyens prescrits en pareil cas, vint cette année, pour la troisième fois, faire usage de nos eaux.

Consulté par Mlle ***, je reconnus que sa langue était large, son épigastre assez douloureux au toucher. Je ne rencontrai aucune tumeur abdominale; mais, en revanche, la colonne épinière, depuis la quatrième dorsale jusqu'à la huitième, était habituellement le siège de grandes douleurs, et le toucher de cette région était insupportable. Mlle *** était bien réglée, et cette évacuation ne modifiait en rien son état habituel.

L'habitude de manger très«vite était encore ici une des causes de celte maladie, que je n’hésitais pas à ranger parmi les gastro-myélites, Après un mois de séjour et cinq heures de bain par jour , MUe *** allait mieux. J’aurais voulu quelle pût

rester deux fois plus long-temps à Plombières; son état l’exigeait. J’ai conseillé à son médecin ordinaire de recourir plus tard aux bains frais et prolongés de Pomme, en attendant une nouvelle saison des eaux.

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