‹ Du mode d'action des eaux minéro-thermales de PlombièresChapitre 15 sur 21 · CHRONIQUES · texte numérisé non relu

CHRONIQUES

I/inflammatioa chronique de l’estomac, ou gastrite chronique, est presque toujours accompagnée de celle d’une portion plus ou moins étendue des intestins grêles. Sous son influence, il y

a constamment stimulation morbide du foie, du

pancréas et des glandes mésentériques. Ces organes irrités réagissent puissamment sur la moelle épinière et l’encéphale. Souvent, ainsi que nous l’avons vu, les centres nerveux deviennent aussi la proie de l’inflammation; l’instinct se déprave, et de là naissent les hypochondries de tout genre et beaucoup de manies.

Cependant, un certain nombre de malades ont le cerveau assez puissamment organisé pour lutter avec avantage contre les surexcitations viscérales; mais il n’en est que bien peu qui puissent s’affranchir de toute idée triste, alors que les principaux organes de la digestion sont enflammés.

Ainsi que je l’ai dit plus haut, excité par ces idées, le cerveau réagit sur la muqueuse gastrointestinale avec une force proportionnée à la stimulation qu’il reçoit. Cette réaction sur des organes malades ne peut qu’en accroître la ma-

ladie, et comme le système nerveux est, plus qu’aucun autre, soumis à l’empire de l’habitude, pour peu que la gastro-entérite soit ancienne, alors même que les moyens employés pour la combattre ont réussi à la faire disparaître, si on ne parvient pas à changer les idées, le cerveau, tout en n’étant plus stimulé d’une manière anormale par les viscères abdominaux, en produit de semblables à celles qu’il formait pendant la maladie, et ces idées tristes peuvent souvent la rappeler.

L’inflammation de la muqueuse gastro-intestinale développe les sympathies les plus variées. Chez les uns, elle ne cause que de légères douleurs, chez les autres elle en produit d’insupportables. Tandis quelle détruit l’appétit de l’un ou le déprave entièrement, elle augmente considérablement celui de l’autre. Chez l’un, elle détermine une maigreur excessive, elle accable l’autre sous le poids de la graisse; tantôt elle cause une soif inextinguible, tantôt le dégoût pour la boisson.

Ordinairement, dans cette maladie, la langue est rouge sur les bords, et terminée pointe; quelquefois ses cryptes prennent un énorme développement; d’autres fois, la muqueuse qui la recouvre semble comme atrophiée; souvent aussi plus large que de coutume, la langue porte à son pourtour l’empreinte des dents.

L’épigastre est ordinairement douloureux au toucher; mais, dans les gastro-entérites chroniques les plus graves, ce symptôme peut manquer entièrement; les selles sont ou plus rares ou plus abondantes; parfois elles sont accompagnées de glaires membraniformes que quelques malades ne voient qu’avec effroi, les prenant pour des portions d’intestins. Les selles peuvent encore éprouver beaucoup d’autres altérations dans leur couleur et dans leur densité.

Ce que j’ai dit de la complication si fréquente de la myélite chronique avec la gastro-entérite, me dispense de revenir sur ce sujet.

Quelque variés que soient les symptômes de la gastro-entérite chronique, presque toujours

le médecin la reconnaît facilement. Il doit s’at-

tacher à remonter à la cause qui l’a produite, et la signaler à son malade, si elle existe encore. Sans doute l’axiôme ablatà causà tollitur ejfectus $ est loin d’être toujours vrai en médecine ; cependant, tant que dure la cause d’une maladie, les efforts du médecin sont frappés d’impuissance.

Nous avons vu combien le moral exerce d’influence sur les malades affectés de gastro-entérites chroniques; aussi est-il bien souvent nécessaire alors de joindre la médecine de l’âme au traitement physique. Au reste, cette médecine

ne doit jamais être négligée, car, à elle seule,

elle a une puissance qui l’emporte quelquefois de beaucoup sur tous les autres moyens. C’est ainsi que les sorciers du moyen âge, que les enthousiastes des Cévènes, ceux du cloître Saint- Médard, puis les magnétiseurs, et, dans ces derniers temps, les médecins homéopathes, comptent un grand nombre de guérisons merveilleuses, toutes dues à une action énergique exercée sur le moral (1). Emparons-nous donc de celui

(i) Si je range le magnétisme et la médecine homéopatliique sur la même ligne que la sorcellerie , ce n’est que par suite de la similitude de leur action sur l’imagination de certains malades ; du reste je n’en considère pas moins les effets que produisent ces moyens , comme dignes de l’attention de tous les bons esprits.

Bien des fois j’ai enlevé de vives douleurs par le magnétisme. En cas pareils j’aurais produit d’aussi belles cures avec la médecine homéopathique. Ce sont des armes dont tout médecin habile comprend la portée et qu’il sait employer au besoin. La dernière a dans ce moment nne vogue d’enthousiasme ; mais que dire de l’action physique d’une médecine dont le remède le plus héroïque peut être pris impunément à une dose cent milliards de fois plus forte que celle que l’on administre habituellement? Les partisans de l’homéopathie répondront que des faits nombreux de médecine humaine et de médecine vétérinaire viennent prouver la puissance de leur doctrine. Mais dans nos villages , les guérisseurs par le secret, vous citeront une foule de cures semblables dues, les unes, et les plus nombreuses, à

des malades affectés de gastro entérites chroniques; expliquons-leur, autant qu’ils sont en état de le comprendre, et leur maladie et le mode d’action présumable des moyens que ion se propose d’employer pour la combattre. S’ils ont perdu l’espoir, il faut tout faire pour le leur rendre, sans toutefois promettre une guérison trop prochaine, de peur de s’exposer ainsi à perdre leur confiance et à les voir se désoler de nouveau, s’ils n’étaient pas rétablis dans le laps de temps indiqué à l’avance.

Quelquefois il faut modérer leur joie, lorsqu’un premier pas vers la guérison la rend trop vive. C’est alors qu’il faut les prévenir que, pendant la durée de leur traitement, ils doivent s’attendre à faire plus d’un pas rétrograde, que mille circonstances impossibles à prévoir peuvent de¬

là puissance de la nature , les autres à l'influence de l'imagination. En i852 , je fus appelé près d’un jeune homme de Plombières , qui avait des vomissemens fréquens et douloureux , de violentes coliques, de nombreuses selles diarrhéiques. J’étais alors à la campagne. A mon retour, tous les accidens avaient cessé ; le lendemain et les jours suivans , je fus appelé près d’une dixaine d’autres jeunes hommes pour la même affection. Instruit par le premier cas, je m’en rapportai à la nature qui guérit tous mes malades en quelques heures. Combien l’homéopathie aurait eu beau jeu alors 1

terminer. C’est alors que l’on doit les pénétrer de la nécessité de supporter courageusement ces retours vers le mal, et leur dire pourquoi la nature emploie souvent ce moyen pour amener plus vite le rétablissement de la santé.

Il faut leur citer quelques exemples de l’influence fâcheuse du chagrin dans une position semblable, et réserver, pour les temps de découragement , l’histoire de maladies plus graves que celles dont ils se plaignent, et qui, malgré quelques exaspérations pendant le traitement , ont été parfaitement guéries sous la double influence du courage à supporter la douleur, et de l’attention à suivre avec sévérité les prescriptions médicales.

Souvent ces malades mettent à une bien forte épreuve la patience de leur médecin. Si un mot de ce dernier peut être interprété d’une manière défavorable, ils s’en saisiront avec empressement, ils le tourneront de cent manières pour y trouver un prétexte de s’affliger , de regarder leur position comme incurable. Dans ce cas, le médecin a besoin de toutes les ressources que lui fournissent son instruction et son humanité.

Un régime d’autant plus sévère que la maladie est plus grave, est une condition sans laquelle on ne peut raisonnablement, dans ce cas, espérer un effet avantageux de l’emploi de nos eaux. Il y a5 pour la prescription de ce régime, une foule

de considérations relatives au mode de sensibilité du malade, à ses goûts, à ses répugnances, mais toutes sont connues des médecins.

Des bains assez chauds pour exciter modérément la peau, mais assez tempérés toutefois pour ne pas stimuler vivement le cerveau, le cœur et l’estomac, conviennent parfaitement à ce genre d’affection : souvent il est avantageux d’en prendre deux dans la journée, leur durée est toujours proportionnée à l’état du malade: le médecin seul peut la prescrire»

A leur arrivée à Plombières, un assez grand nombre des malades affectés de gastro-entérite chronique , doivent débuter par une saignée locale 5 souvent il faut y revenir à plusieurs fois pendant le traitement.

Je me sers alors, avec un grand avantage, des ventouses scarifiées. Elles aident puissamment l’action dérivative de nos eaux.

Quelquefois, pendant le traitement de la gastro-entérite chronique, l’estomac passe de lirritation à la faiblesse ; notre eau minéro-thermale alors, pure, ou mêlée à quelque substance qui en modifie l’action, produit d’admirables effets. Alors aussi on peut conseiller également notre eau ferrugineuse. Dans ces cas, le médecin prudent ne doit jamais oublier que l’estomac passe, avec une grande facilité, de la débilité à la surexcitation morbide.

Si, dans celte maladie, les gros inlestins ne sont pas irrités, et s'il n existe pas dans d’autres portions de la muqueuse gastro-intestinale une sensibilité trop vive, des douches ascendantes, plus ou moins prolongées, peuvent être fort utiles. D’abord, elles combattent avantageusement la constipation, accident que nos eaux développent presque toujours ; ensuite, elles agissent comme un révulsif souvent d’une grande puissance. C’est au médecin à en prescrire la force , la durée et la température. Vers la fin du traitement, des douches extérieures générales, et quelquefois même locales, peuvent être fort avantageuses.

Lorsque la gastro-entérite, en réagissant sur le foie, le pancréas et les glandes lymphatiques, a occasioné le développement morbide, l’hyperthrophie de l’un de ces organes, ou même du tissu intestinal, aux moyens précédemment exposés, il faut presque toujours ajouter la douche extérieure. Son objet n est pas seulement de produire une action dérivative sur la peau, elle a aussi pour but de modifier la sensibilté de l’organe malade, et lorsque celui-ci n’est plus sous 1 influence d’une irritation trop vive, elle y détermine un mode d’excitation qui, bien dirigé, favorise à un haut degré l’absorption dans les tissus engorgés, et prépare dans tous les cas la

voie aux exutoires. Mais si îa douche peut être un remède héroïque contre ces maladies, lorsqu’on l’administre sagement, elle peut, au contraire, les aggraver beaucoup lorsqu’elle est imprudemment dirigée ; c’est dans ce cas surtout qu’il faut se rappeler l’axiome festina lente .

Le massage des parties solides du tronc et des membres est alors aussi très-indiqué.

Les inflammations chroniques du tube intestinal étaient autrefois méconnues pour la plupart: aussi les traitait-on de la manière îa moins convenable. A l’eau thermale en boisson, on ajoutait des purgatifs souvent très-vioîens, et l’on croyait la cure complète, lorsque le malade, en quittant nos eaux, avait un grand appétit et peu de douleur. Mais trop souvent cette amélioration n était qu’apparente ; comme elle ne résultait que d’une violente perturbation, causée par des médicamens trop souvent inopportuns, bientôt la maladie reparaissait beaucoup plus grave. Aujourd’hui, grâce surtout aux travaux de mon illustre maître, le docteur Broussais, nos eaux, mieux administrées, font plus de cures et des cures plus solides.

Assez souvent il arrive que les malades affectés de gastrites chroniques éprouvent, pendant l’usage de nos eaux, une surexcitation plus ou moins forte \ les personnes nerveuses y sont surtout ex-

posées. Oa ne doit pas, pour cela, discontinuer toujours de prendre les eaux minérales. Souvent cette surexcitation produit les plus heureux effets ; mais on doit cependant la surveiller avec Ja plus grande attention, la borner lorsqu’elle se développe trop, et écarter du régime du malade tout ce qui pourrait l’accroître ou l’entretenir. Quelquefois cette surexcitation n’arrive qu’après l’usage des eaux. Elle est ordinairement alors une crise salutaire, mais elle exige toujours les soins les plus suivis. On l’appelle le travail ou la crise des eaux.

Les saisons qui conviennent le mieux au traitement de la gastro-entérite à l’aide de nos eaux, sont le printemps et l’automne. Les grandes chaleurs, en excitant fortement la peau, en activant la circulation et tout l’appareil nerveux, rendent le tube intestinal trop impressionnable et s’opposent souvent à l’emploi des bains chauds et des douches qui, sans elles, pourraient être fort avantageux. J’ai traité, a l’aide de nos eaux et avec un grand succès, au milieu de l’hiver, des malades affectés de gastrite chronique, et, pour certaines personnes, je préfère cette saison à l’été.

16e Observation.

M. le curé B . ,âgé de trente-trois ans, était

depuis long-temps tourmenté par une gastro-

entérite, que des purgatifs drastiques avaient extrêmement aggravée. Son médecin les lui avait inutilement défendus. L'impatience de souffrir le rendait le jouet et la victime de tous les charlatans. Déjà plusieurs hémorrhagies du tube intestinal avaient failli le tuer, lorsqu’il vint à Plombières, au commencement de l’année 1825. Il était alors prêt à tomber dans le marasme: sa peau était d’un blanc mat, pénible à voir; son pouls était petit, dur et fréquent; sa langue rouge à la pointe, et les régions hypocondriaques tendues et très-douloureuses au toucher; les glandes mésentériques étaient considérablement tuméfiées.

M. B . éprouvait le plus profond décourage¬

ment; il attendait la mort, il la désirait même comme un terme à ses maux. Ce n était que pour satisfaire sa famille, qu’il venait essayer un remède à une maladie qu’il regardait comme incurable. Son estomac ne pouvait plus supporter aucune espèce d’alimens; il les rejetait tous. Ses selles rares étaient mêlées d’abondantes mucosités et suivies depreintes douloureuses.

M. B..., avait une si grande faiblesse, que les moindres efforts lui causaient des défaillances. Je m’attachai d’abord à lui rendre l’espoir qu’il avait perdu. Je lui expliquai comment les nombreux écarts de régime, comment le poison de

Leroi et quelques autres dont il avait fait usage, l'avait amené à letat auquel il se trouvait réduit. Je lui fis voir aussi l’influence fâcheuse que la tristesse pourrait exercer sur sa position. Je lui expliquai le mode d action de nos eaux, dirigées contre sa maladie, et les effets heureux d’un régime sévère; enfin je lui promis de le guérir» et il crut à mes promesses. C’était un grand pas de fait ; la connaissance de sa position et celle des causes qui l’avaient produite, l’espoir de retrouver la santé, de renaître à la vie, me donnèrent sur lui un empire que j’exerçai en despote. Je lui interdis tout aliment solide, je ne le nourris que de décoctions féculentes, mesurées d’abord à la cuillère, j’opposai à ses douleurs des fomentations émollientes et des ventouses scarifiées : je le mis bientôt en état de supporter nos bains, d’abord très-courts, puis suffisamment prolongés; bientôt aussi il put digérer du lait, des farineux cuits à l’eau et au lait; je lui fis manger ensuite des bouillonsgélatineux ; bientôt, aux promenades à âne sur nos montagnes, il put ajouter de longues promenades à pied. Il partit, après quarante bains, fort et rempli d’espérance; il pouvait alors digérer des viandes blanches. Il continua quelques mois encore le régime qui lui avait été d’une si grande utilité; et depuis il n’a pas cesse de jouir d’une santé parfaite.

17e Observation.

M. le duc de Y . éprouva un violent cha¬

grin, causé par la mort d'un homme qu’il chérissait (l’empereur Napoléon). Sous l’influence de cette profonde affection morale, son estomac, ses intestins s’enflammèrent. Il avait lutté toujours avec désavantage contre cette maladie, lorsqu’il vint me consulter à Plombières, pendant l’automne de 1826.

Sa langue n’offrait aucun signe particulier, le ventre était souple au toucher et point douloureux; les selles étaient rares et sèches. M. le duc n’éprouvait aucune douleur de tête ; son esprit avait conservé toute sa vivacité , son caractère toute sa force, son jugement toute sa rectitude; mais sans être tourmenté par de grandes douleurs, il vomissait ordinairement , tous les jours, une partie de ses alimens et beaucoup de mucosités ; il n’était pas encore très-maigre, mais il éprouvait une grande faiblesse musculaire, inséparable compagne des affections graves des organes de la digestion. La gastrite chronique était évidente; M. le duc en reconnaissait l’existence avec tous les médecins qu’il avait précédemment consultés ; lui - même , pour la combattre, s’était appliqué plusieurs fois des moxas sur le ventre.

Je lui prescrivis le régime sévère indiqué en cas semblables, des bains, des ventouses, des douches légères et un exercice proportionné à ses forces. Il suivit exactement mes prescriptions, au régime près, qui en était une des parties les plus importantes. Il ne voulut point renoncer au vin généreux , aux viandes noires, au café; aussi ne retira-t-il aucune utilité de nos eaux, qui cependant pouvaient le guérir, car il était bien

moins malade que M. B . . sujet de l'observation

précédente. Il mourut au printemps suivant.

18e Observation.

Mlle D.... de F.... vint à Plombières pendant l’été de l’année i8a5. Elle était alors âgée de dix-huit ans. Elle avait pris, dans la pension où on la fit élever, plusieurs médecines et plusieurs vomitifs de précaution. De retour chez ses parens, elle se plaignit de douleurs d’estomac, de digestions pénibles. Le médecin quelle consulta, croyant I qu’elle avait une faiblesse d’estomac, lui pres¬

crivit des vins amers et une nourriture stimu- ■ lante. Les accidens de M1Ie D . . . . . augmentèrent; ; la gastrite devint bientôt boulimique; bientôt l aussi elle commença de vomir. Alors on recon- (nut sa maladie, et on luttait inutilement contre elle, depuis près d’une année, lorsque, s’apercevant qu’une tumeur dure et volumineuse s’était 1

formée au pylore, ou lui prescrivit les eaux de Plombières.

M1Ie D . était régulièrement développée,

d’un tempérament lymphatique sanguin, et elle avait encore assez d’embonpoint, quoiqu’elle vomît tous les jours une grande partie de ses ali— mens.

L’épigastre était douloureux au toucher, la langue rouge à la pointe; les selles étaient rares et les règles notablement diminuées.

M’étant assuré que Ml,e D . ne pouvait pas

encore digérer les farineux, je lui prescrivis le lait pour seul aliment, et pour boisson des tisanes

muciîagineuses. Je fis prendre, à Mle D . .

des bains tempérés et longs: bientôt elle put supporter la douche; elle aida ces moyens par un exercice à pied, modéré, mais soutenu. Immédiatement après les règles, on lui appliqua quelques sangsues au bas-ventre; bientôt les vomissemens cessèrent. Après un mois de traitement, Mademoiselle put ajouter des farineux à son lait | et après deux mois de séjour à Plombières, la tumeur, qui s’était développée au pylore, n’était plus appréciable au toucher. MUcD. . . avait augmenté en poids de quatorze livres, et je ne doute pas que sa gérison n’ait été radicale, si elle a continué à suivre le régime que prescrivait sa position.

19e Observation.

Mme la marquise de Saint-C. ... , âgée de trentecinq ans, d’un tempérament sanguin nerveux, avait été vivement effrayée dans son enfance. Depuis celte époque, ses digestions furent toujours pénibles, toutes les émotions un peu fortes lui causèrent des nausées; et depuis bien des années déjà, la vue des mets quelle appâtait le plus, l’arrivée d’un ami, l’obligation de se trouver dans une société un peu nombreuse, tout provoquait chez elle cette sensation si pénible de la nausée.

Madame de S. n’ayant pu se guérir chez elle de cette malheureuse disposition, vint à Plombières en 1826, où elle me consulta. L’abdomen n’était point douloureux au toucher; la langue n’était pas rouge aux bords; la menstruation était régulière; Mmede S. avait presque l’embonpoint et les forces de la santé; tout devait faire considérer sa maladie comme une névralgie, et bien des motifs paraissaient devoir indiquer l’emploi des sédatifs, si puissans contre beaucoup d’affections nerveuses. Tel ne fut point mon avis. Je ne crus pas qu’un estomac qui, depuis de nombreuses années, était continuellement excité par de douloureuses envies de vomir, pût être seulement en proie à une affection nerveuse. Je pensai que irritation morbide était partagée par toute la

muqueuse ; et je le crus d’autant mieux, que l’on rencontre souvent des gastrites aiguës trèsintenses , sans rougeur de la langue, sans douleur à 1 epigastre et sans réaction fébrile. Je prescrivis à Mme de S. des bains très - tempérés et prolongés, de fréquentes applications de ventouses scarifiées à l’épigastre, un régime très-doux, avec la recommandation de rejeter à l’instant tout aliment qui déterminerait des nausées. A tous ces moyens, Mme de S. ajouta l’exercice sur nos montagnes, en le proportionnant toujours à ses forces.

Quarante jours de ce traitement avaient suffi pour guérir Mme de S. d’une maladie que Ton pouvait, à raison de son ancienneté, considérer comme constitutionnelle; mais six mois après avoir quitté nos eaux, cette dame setant exposée plusieurs jours de suite à un froid rigoureux, sa maladie reparut, moins forte cependant quelle n’était avant son séjour à Plombières.

Mme de S. fut obligée, par là, de revenir aux eaux l’année suivante; je lui fis suivre un traitement semblable au premier, et il produisit d’aussi heureux résultats. A la fin de l’automne,

Mme de Saint-C . m’écrivit qu elle jouissait de

la santé la plus parfaite.

20e Observation.

Mme la vicomtesse de M. ... vint à Plombières , au commencement de l’automne de l’année 1826 , pour se guérir' d’une gastro-entérite chronique qui la tourmentait déjà depuis deux ans, et qui avait résisté jusqu’alors au traitement le mieux dirigé. Cette maladie était d’autant plus grave qu’elle était survenue à l’époque de la ménopause, et que Mme de M. était éminemment nerveuse» A son arrivée à Plombières Mme de M. pouvait à peine faire quelques pas dans son appartement. M’ayant consulté sur sa position, je n’eus à lui prescrire que des bains très-tempérés et des promenades à âne et en voiture, son régime habituel étant on ne peut pas plus convenable.

Quelque prudemment administrée que fût notre eau, elle ne laissa pas que d’agiter beaucoup cette dame et de lui causer parfois des accidens nerveux très-pénibles: ces accidens même auraient été de nature à m’obliger de lui faire suspendre l’usage de nos bains, si je n’avais eu la certitude que la moindre excitation pouvait développer chez elle des spasmes violens, qui ne laissaient point de traces après eux, tandis que notre eau minéro-thermale , en rétablissant Faction languissante de la peau, eu supposant au surcroît de congestion viscérale

que l’hîver pouvait occasioner, devait produire une amélioration durable; c’est aussi ce qui eut lieu. De retour chez elle, MmedeM. éprouva unt soulagement bien marqué. Elle revint au commencement de l’été de l’année suivante.

Quoique mieux que l’année précédente, elle souffrait beaucoup encore, et elle éprouvait surtout une grande difficulté à marcher. Je fus obligé, cette fois, de lui prescrire un régime un peu plus sévère que celui qu’elle suivait à Paris. Cela ne suffit point; une saignée devint indispensable; je l’obtins avec des sangsues, la malade redoutant l’opération chirurgicale. J’ai revu Mme de M..,. quelques semaines après son dernier séjour à Plombières, elle faisait aisément une demi-lieue à pied, et ses forces digestives avaient pris autant d’accroissement que ses forces musculaires.

21e Observation.

M. G...., de Nancy, d’un tempérament sanguin, âgé de soixante ans, était depuis longtemps tourmenté par une gastro-entérite chronique, accompagnée d’éructations nidoreuses et de dévoiement. Il vint à Plombières, au commencement de l’été de l’année 1828 , et il me consulta sur l’emploi de nos eaux. D’après mes conseils ,

il prit des bains tempérés, des douches en arro-

soir sur le ventre; il ne se nourrit que d’alimens légers, et s’abstint de boissons trop stimulantes; il allait passer une partie de la journée sur nos montagnes, dont l’air vif et pur convient tant aux personnes affectées d’inflammation chronique des viscères abdominaux. Ces accidens ayant cessé, il quitta Plombières , après un séjour de trois semaines ; mais bientôt son mal reparaissant, il fut obligé d’y revenir. J’employai cette seconde fois les mêmes moyens que la première, et bientôt tous les accidens morbides disparurent. De retour chez lui, son mal, qui avait en apparence cédé à nos bains, se remontra avec plus de gravité peut - être qu’avant l’usage des eaux. Mais bientôt, à cet orage, succéda le calme le plus parfait.

M. G . a éprouvé, d’une manière salutaire,

ce que l’on appelle vulgairement le travail des eaux; cependant je suis persuadé que s’il avait sévèrement observé les prescriptions que ses médecins ordinaires et moi lui avions faîtes , il aurait facilement échappé aux chances toujours incertaines de ce travail vraiment critique.

22e Observation.

Mme Gilot, de Plombières, âgée de quarante- I deux ans, d’un tempérament lymphatique san- guin, mère de nombreux enfans, régulièrement i

réglée, eut, par suite dïm travail trop pénible et de purgatifs inopportuns, employés contre des embarras gastriques , une duodéno * hépatite chronique, qui bientôt développa une jaunisse générale. Attribuant la couleur ictérique de la peau, et tous les autres accidens de la duodénohépatite à l’abondance et à la mauvaise nature des humeurs , ou purgea et repurgea cette malade à outrance, pendant trois années, sans lui prescrire aucun régime; on lui fit avaler, sous forme d’électuaires , d’apozèmes et de pilules , tous les prétendus fondans et désobstruans que prodiguait l’ancienne médecine. Mais ces substances ne pouvaient qu’augmenter l’inflammation des intestins et du foie; aussi, lorsque

Mme G vint me consulter, avait-elle un flux

cœliaque sans aucun mélange de bile; sa peau était d’un jaune noir, pénible à voir; le ventre était très - volumineux et le foie considérablement hypertrophié. Le bord antérieur de cet organe se sentait à un travers de main audessous du bord des fausses côtes; et, vers sa partie moyenne, il avait acquis, dans une étendue de deux à trois pouces de circonférence, la dureté du squirrhe. Les règles avaient presque complètement cessé; tous les habilans de Plombières regardaient cette intéressante mère de famille comme perdue.

Changeant de suite son régime, je lui prèscrivis, pour tout aliment, le lait et les farineux à l’eau et au lait, et pour boisson des décoctions mucilagineuses ; je lui fis prendre, pendant tout l’hiver, des bains longs et tempérés de notre eau minérale ; je couvris souvent la région épigastrique et l’hypochondre droit de ventouses scarifiées. J’eus quelquefois recours aux sangsues, que l'ancienneté du mal et la faiblesse de la malade ne me permettaient d’employer qu’avec beaucoup de réserve. J’aidai tous ces moyens par des douches légères sur toute l’habitude du corps et sur la région du foie. Bientôt le dévoiement cessa, le ventre diminua de volume, et la couleur ictérique devint moins foncée; mais l’engorgement squirrheux persistant , j’appliquai un large séton immédiatement au-dessus de la région qu’il occupait, et je fis continuer les bains. En sept mois Mme G. fut parfaitement rétablie, et elle n’a pas cessé depuis de jouir de la meilleure santé.

25e Observation.

Squirrhe de l’estomac.

Mme C...., de Vevay, âgée de cinquante et quelques années, de petite taille, avait joui constamment d’une bonne santé, lorsque la mort de son mari, la plongeant dans une affliction pro-

fonde , détermina chez elle une gastrite chronique intense, qui bientôt épaissit tellement les parois de l’estomac, que l’on sentait ce viscère comme s’il eût été moulé en plâtre. Les digestions étaient à peu près nulles et toujours trèsdouloureuses. C’était surtout vers la partie inférieure de l’œsophage et à l’orifice cardiaque, que la malade ressentait le plus de mai. L’épigastre était immédiatemet peu sensible au toucher; mais, quelque temps après un tact léger, les douleurs devenaient beaucoup plus vives, et se soutenaient ainsi pendant plusieurs heures.

Mme C. était d’une extrême faiblesse et d’une maigreur voisine du marasme. Ses médecins, MM. les docteurs Guisan et Convers fils, tous deux praticiens très-distingués, me l’adressèrent, à la fin de l’été 1829, regardant les eaux de Plombières comme la seule chance de salut qui restât à leur intéressante malade, mais tremblant toutefois quelle n’eût pas la force de soutenir le voyage. Heureusement leurs craintes ne se réalisèrent pas. Dès son arrivée à Plombières, je fis prendre à Mme C. cinq à six heures de bain par jour, en deux séances. Quelques applications de ventouses scarifiées à l’épigastre, quelques douches sur les membres et les parties solides du torse, un régime très-doux, une mastication parfaite et quelques promenades sur nos montagnes, ré-

tablirent Mmô C. au delà de toutes nos espérances. Après cinq semaines de traitement , l'estomac avait repris presque toute sa souplesse première, les digestions étaient faciles, le teint était bon, les forces étaient revenues.

Mne C. ... a fait usage encore de nos eaux en i85o. L’amélioration quelle avait obtenue l’année précédente s était soutenue ; je n’ai pas eu depuis de ses nouvelles.

24e Observation.

- Squirrhe du pylore.

A la suite de beaucoup de fatigues, Mme de M. . . de Lausanne, âgée de quarante-neuf ans, ayant cessé d’être réglée depuis deux ans, éprouva des douleurs d’estomac, puis bientôt des vomissemens. Ces accîdens s’aggravèrent beaucoup, et le médecin consulté par la malade, le savant et ingénieux docteur Mayor , reconnut l’existence d’un squirrhe du pylore.

Mme de M. me fut adressée au commencement de l’été de 1828. Elle était faible, considérablement amaigrie ; elle ne pouvait plus rien digérer. Indépendamment d’une tumeur facile à reconnaître, et que je rapportai comme mon savant confrère à une dégénérescence squirrheuse du pylore, jreo trouvai une assez considérable

à la partie inférieure du grand lobe du foie, mais qui, au dire de la malade, existait depuis de nombreuses années sans l’incommoder en rien.

Je prescrivis à Mme de M. des bains tièdes prolongés, deux applications par semaine de ventouses scarifiées à lepigastre; pour toute nourriture et pour unique boisson du lait coupé avec moitié d’eau de mauve, et quelques douches légères sur les membres et le dos. En très-peu de jours, Mmo de M. éprouva un mieux très-sensible. Au bout de vingt jours elle pouvait se promener sept heures de suite dans nos montagnes.

Elle quitta alors Plombières, mais y revint à la fin de novembre de la même année , continuant toujours à se nourrir de lait coupé d’eau de mauve. Cette fois, aux bains et aux ventouses scarifiées, j’ajoutai des moxas superficiels sur la région malade. Mme de M. passa encore cinq semaines à Plombières 5 de retour chez elle, elle entretint des moxas plusieurs mois encore, ajouta à son lait coupé quelques échaudés qu’elle digéra parfaitement. J’eus le plaisir de revoir chez elle, l’année suivante , cette excellente mère de famille, cette femme, sous tous les rapports, l’une des plus recommandables ; elle était guérie, et aujourd’hui encore elle jouit de la meilleure santé.

25e Observation.

Mmc D...., de Lausanne, âgée de trente ans environ, peu abondamment réglée, extrêmement irritable, petite, assez bien musclée; brune, mais ayant la peau très - pâle , était depuis plusieurs années sujette à des vomissemens accompagnés d’accidens nerveux très-graves. Tous les remèdes avaient été inutilement employés, ou plutôt leur luxe avait nui beaucoup à la malade. Elle vint à Plombières, et me consulta en 1828 et 18295 je reconnus chez cette dame une surexcitation gastrique, qui, souvent et dune manière instantanée, passait à une véritable atonie; enfin, quelques autres symptômes me firent penser qu’à ces accidensse surajoutait une légère irritation du cerveau.

Je prescrivis à Mme D... un régime doux, autant d’exercice en plein air qu’elle pourrait en supporter sans fatigue, des bains tièdeset de l’eau du Crucifix en boisson , à la dose d’un à cinq ou six verres, lorsque la pâleur de la langue, la faiblesse du pouls et l’insensibilité complète de l’épigastre me faisaient reconnaître l’utilité de cette médication, à laquelle je substituai les boissons émollientes, la diète et quelques autres moyens analogues, quand les signes de l’irritation gastrique venaient à prédominer. J’ai revu depuis

Mme D..., jouissant d’une santé parfaite, qui se sera soutenue, je l'espère.

26e Observation.

Tumeur au Joie.

Mme R.... de Genève, âgée de cinquante-sept ans, me fut adressée par le savant et célèbre docteur Butini, dans le courant de l’été de 1829. Cette dame avait éprouvé quelques dérangemens dans ses digestions, et un médecin, à la campagne, lui ayant fait prendre pour cela de lemétique , tous ses accidens s’aggravèrent beaucoup. Quelques semaines après, Mmc R... alla consulter M. Butini, qui reconnut chez elle une tumeur au lobe moyen du foie, assez grosse pour qu’on pût l’apercevoir à travers les vêtemens de la malade 5 l’épigastre était douloureux et le teint ictérique.

M. Butini ordonna à MmeR... d’arriver en toute hâte à Plombières où je dirigeai sa cure*

J’aurais voulu débuter par une large application de sangsues, tant à l’épigastre que sur la tumeur; mais [la malade n’y consentit point. A des bains tièdes de trois à quatre heures de durée, à un régime doux et peu abondant, Mme R... voulut que j’ajoutasse la douche dès les premiers jours; je la prescrivis faible et de courte durée, sur les membres et sur le dos, mais on la prit forte et longue sur la tumeur. Une inflammation des

plus douloureuses fut le résultat de celle imprudence. Trente sangsues, loco dolenti , eu triomphèrent, et diminuèrent de moitié la tumeur. Huit jours après, une même imprudence amena des résultats semblables, et de nouvelles sangsues produisirent une amélioration aussi marquée que la première fois.

Après quarante bains, Mme R... partit complètement débarrassée de sa tumeur. Je l’ai revue depuis à Genève et à Plombières; sa santé s’est parfaitement soutenue.

Cette observation prouve combien il peut être avantageux quelquefois de ramener à l’état aigu une inflammation chronique; mais, dans ce cas, Mme R... a joué sa vie à la loterie la plus hasardeuse; et jamais médecin prudent ne tentera de même la fortune.

27e Observation.

G astro- entérite- chronique. Hypertrophie du foie et des glandes mésentériques,

Mœe de M..., de Schaffbausen, âgée de trente ans environ, grande et bien développée, avait dès l’âge de quatorze ans, époque de sa première menstruation , commencé à souffrir de violentes douleurs d’estomac et d’intestins, qu’une médecine incendiaire ne fit qu’aggraver. A ces dou«

leurs se joignirent bientôt une foule d’accidens nerveux. Aux médicamens , on ajouta l’usage d’un grand nombre d’eaux minérales a l'intérieur et à' l’extérieur, mais le tout inutilement.

Lorsque Mme de M... vint pour la première fois à Plombières, en 1828, elle avait le ventre proéminent comme celui d’une femme grosse de huit à neuf mois, et, depuis bien des années, il ne diminuait plus; il était extrêmement douloureux au toucher, le grand lobe du foie descendait jusqu’au niveau de l’ombilic ; on sentait dans le reste du ventre un grand nombre de glandes qui avaient, pour la plupart, la grosseur d’une noix.

Mme de M.. . éprouvait de vives et continuelles douleurs dans l’hypochondre droit et dans la région hypogastrique ; ses digestions lui causaient de grandes souffrances, sa langue était rouge au pourtour, ses selles étaient rares, sanguinolentes et muqueuses ; elle était mal réglée et perdait beaucoup en blanc.

Les moindres impressions lui causaient des accès de rires ou de pleurs convulsifs 5 elle avait souvent de violentes crises nerveuses.

Je prescrivis un régime sévère, des boissons émollientes, des bains prolongés et des saignées capillaires, obtenues ordinairement à l’aide de ventouses scarifiées, quelquefois à l’aide de sang-

sues. Ces saignées furent répétées d’abord deux fois par semaine, plus tard on les éloigna davantage.

Mme de M..., après un séjour de six semaines à Plombières, continua, de retour chez elle, le traitement qu’elle avait commencé ici, et le suivit avec la plus grande sévérité.

Bientôt les accidens nerveux disparurent , bientôt aussi les douleurs diminuèrent beaucoup.

Au mois de mai de l’année suivante, Mme de M... revint à Plombières. Elle était pâle et faible, mais elle n’éprouvait plus de douleurs qu’aiors qu’on la palpait; le foie avait conservé son grand volume, les glandes mésentériques étaient toujours hypertrophiées.

Quelques bains de nos eaux rendirent des forces à Mme de M..., et firent disparaître sa pâleur. J’eus alors recours aux moxas superficiels, appliqués sur les régions abdominales les plus malades; cette dame les supporta très-bien; elle en eut jusqu’à treize en suppuration à la fois.

Après six semaines de séjour à Plombières, Mme de M.. . retourna chez elle , prit de temps en temps quelques bains, continua son régime; de loin en loin elle se fît poser des ventouses et se fit appliquer de nouveaux moxas jusqu’au printemps de l’année suivante, époque à laquelle elle revint à Plombières,

Son ventre avait repris son premier volume et perdu toute sa sensibilité ; ses digestions étaient faciles, ses selles étaient bonnes, le foie et les glandes mésentériques étaient revenus à leur état normal , les règles arrivaient à époque fixe et sans douleurs, en un mot Mme de M, était guérie, et maintenant encore elle jouit d’une santé parfaite.

28e Observation.

M1îe Marie P.? de Plombières, âgée de vingt et quelques années, d’un tempérament lymphatique, peu abondamment réglée, avait, en 1828, une gastrite chronique peu intense, que le médecin qui la soignait combattit à laide de purgatifs et de tartre stibié. Bientôt, sous Fempire de cette médication, le mal s’aggrava beaucoup, et lorsqu’on automne Mlîe P. vint me consulter, elle était d’une maigreur extrême; elle avait les traits fortement décomposés: c’était un spectre ambulant, et chacun la regardait comme destinée à une mort prochaine. Ses règles ne paraissaient plus; sa langue était très-rouge à la pointe, son épigastre très-douloureux au toucher, son pouls petit, vite et serré. Ses digestions étaient des plus pénibles; du reste elle n’observait aucun régime.

Pendant les six premières semaines de son traitement, je prescrivis du lait caillé pour unique

nourriture. Plus tard, des farineux à l’eau et au lait. Pendant les huit premiers mois, Mlk Marie P. prit deux bains tièdes par jour, d’une heure et demie à deux heures de durée.

Bientôt ses accidens diminuèrent d’intensité; ses traits, d'abord contractés par la souffrance, reprirent leur expression habituelle; son marasme aussi disparut. Au bout de huit mois de traitement, M11e Marie P. digérait assez facilement le laitage. Elle avait repris presque rcmbonpoint de la santé; mais pour peu qu’elle s’écartât de son régime, de violentes douleurs à l’épigastre venaient promptement Ten faire repentir. J’appliquai alors un petit rnoxa superficiel sur la région malade. Il produisit une prompte amélioration; MIle Marie P. l’a remplacé depuis par un exutoire au bras. Il n’y a qu’un an que ses règles se sont rétablies. Elle mange des viandes légères; mais le laitage est encore ce qui lui réussit le mieux. Elle a du reste depuis long-temps retrouvé toutesses forces. Nos bains, le régime sévère quelle a eu la constance de suivre, les ventouses scarifiées et les exutoires l’ont arrachée à une mort inévitable sans cela.

29e Observation.

Gastro-entero-hépatite chroniques Mme G., de Plombières, âgée de quarante ans environ, avait depuis long-temps des douleurs

d’estomac, des digestions difficiles, de fréquens dévoiemens; mais comme son appétit se soutenait, quelle était grasse et forte, elle accordait bien peu d’attention aux soins qu’exigeait son état: aussi finit-il par empirer beaucoup et par la mettre dans la nécessité de recourir à mes conseils. Depuis quelques mois tous les accidens s’étaient aggravés, Mmc G. avait beaucoup maigri, eileétaitfaible , son teintétait ictérique, sa langue rouge aux bords et saburrale dans le reste de son étendue ; son ventre était très-volumineux.

En palpant cette dame, je reconnus une grande sensibilité de la région épigastrique et de l’hypochondre droit; le foie descendait beaucoup audessous des côtes. Antérieurement il était près» qu’au niveau de l’ombilic, il avait la dureté du squirrhe; du reste Mme G. était encore réglée. Je prescrivis un régime doux et peu abondant, nos bains tièdes et des applications réitérées de ventouses scarifiées sur les régions malades. Plus tard j’appliquai un séton sur la tumeur du foie. M“e G. continua ses bains, son régime, et depuis trois ans sa santé est parfaitement rétablie. Certes, ici le séton a eu une grande part à la guérison de Madame; mais je suis convaincu que sans l’usage de nos bains, elle aurait été beaucoup plus long-temps malade, peut-être même auraitelle succombé à son mal.

Quoique l'observation suivante n’appartienne pas au même genre de maladies que celles qui la précèdent, je crois devoir terminer par elle ce chapitre, afin d’appeler l’attention de mes confrères sur certaines fièvres intermittentes, qui, fort légères en apparence, produisent cependant les désorganisations les plus graves.

3oe Observation.

Car dite intermittente , suivie d'hypertrophie du

foie .

Mme N . . d’Herpont, vint à Plombières dans le

courant de l’été de l’année 1829, pour se guérir d’une hépatite chronique très-grave, qui avait amené un énorme développement du foie.

Ce viscère occupait tout l’abdomen et me parut

devoir peser de quinze à vingt livres. Mme N ,

âgée de trente ans environ, grande, brune, trèsirritable, était alors fort maigre, son teint était d’un jaune foncé, sa langue était saburrale dans le milieu et rouge au pourtour. Tout le ventre était douloureux au toucher. Les selles étaient blanchâtres et muqueuses; les règles netaient point supprimées. La maladie de Mme N. datait de trois ans déjà.

Elle avait consulté d’habiles médecins, mais aucun n’avait pu triompher de la maladie du

foie qui était arrivée au point de compromettre gravement sa vie.

Je lui prescrivis d’abord neuf heures de bains par jour, en deux séances, quelques applications de ventouses scarifiées sur l’abdomen, des boissons émollientes et un régime doux et peu abondant. J’obtins ainsi quelque amélioration.

Gomme la maladie de Mme N . était très-

grave, la visitant plusieurs fois par jour, je remarquai bientôt, que vers deux heures de l’aprèsmidi, cette dame éprouvait habituellement d’assez fortes palpitations. J’en fis l’observation à la malade, et je la priai de me raconter de nouveau son histoire, sans omettre, autant que possible, la moindre circonstance.

J’appris alors que, pendant plusieurs mois, cette dame avait été obligée de voir, tous les aprèsmidi , une femme qu’elle haïssait beaucoup ; bientôt elle eut des spasmes violens, qui se reproduisirent toujours à peu près aux mêmes heures , lorsqu’elle fut délivrée de la présence de son ennemie; bientôt ses digestions se dérangèrent, bientôt aussi son foie commença à augmenter de volume, et depuis, les accidens nerveux ayant cessé , elle et ses médecins n’avaient point fait attention aux palpitations, du reste exemptes de douleurs, qui avaient remplacé les accès spasmodiques.

Je compris dès-lors le peu de succès que Tou avait obtenu chez Mmc N.. des soins qu’on lui avait prodigués, et, négligeant l’état du foie, tout en continuant les bains prolongés, je combattis l’irritation intermittente du coeur par des îavemens de sulfate de quinine et par des frictions de pommade stibiée. J’obtins promptement une amélioration marquée. Lors du départ de M“e N . . ., je lui mis deux sétons à lhypochondre droit, et dans une notice très-détaillée, je fis part à son médecin de l’heureuse découverte que j’avais faite. On suivit mes avis, et deux mois après, le mari de cette intéressante mère de famille m’écrivit que les palpitations avaient complètement cessé, que le foie était diminué des deux tiers, que les digestions étaient faciles et que tout présageait une prompte guérison.

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