‹ Du mode d'action des eaux minéro-thermales de PlombièresChapitre 16 sur 21 · MALADIES DE POITRINE · texte numérisé non relu

MALADIES DE POITRINE

On regarde généralement nos eaux comme fort dangereuses pour toutes les personnes qui ont des maladies de poitrine, quelle que soit la cause de leur souffrance. Ce préjugé nuit à un grand nombre de malades qui ne peuvent, à cause de leloignement, entreprendre le voyage du Mont-d’Or et qui périssent souvent, faute d’avoir su que près d'eux existait un puissant remède à leurs maux.

Ce préjugé vient, sans doute, de ce que dans l’administration des eaux de Plombières, contre les maladies dont nous nous occupons maintenant, on a souvent commis de graves imprudences et de ce que l’on a préféré alors accuser nos eaux, plutôt que ceux qui en dirigeaient l’emploi.

Cependant, sagement administrées, elles peuvent convenir à tous les cas, pour lesquels on conseille les bains du Mont-d’Or. Leur haute température les met à même d’exercer une forte et utile dérivation à la peau, lorsque dans les catarrhes chroniques celle-ci est froide et décolorée, lorsque tout annonce en elle un défaut d'énergie. Elles conviennent également contre les pneumonites chroniques, sans lésion grave de tissus, et chez les malades qui ne sont pas encore

arrivés à ce point d’irritabilité qui rendrait dangereux tout essai de stimulation dérivative.

Plombières, à raison de son élévation au-dessus du niveau de la mer, de son air vif et pur, est encore, indépendamment de ses eaux, un puissant remède contre la toux produite pai\ certains catarrhes, plutôt entretenus par une habitude vicieuse des bronches que par leur inflammation. Il va, sans dire, que, dans ce cas, Plombières ne peut être profitable par la raréfaction de son atmosphère qu’aux habitans des plaines. Nos eaux peuvent être fort utiles aussi au traitement de diverses affections du cœur ; on les emploie alors en douches révulsives, en demi-bains dont la température varie suivant la sensibilité du malade et en boisson, mais alors on ne peut les boire que froides ou tièdes, l’expérience prouvant tous les jours que les boissons chaudes , quelle que soit leur nature, précipitent les contractions du cœur. Il est inutile d’observer que nos eaux, indépendamment du mauvais effet du voyage, seraient toujours nuisibles dans les cas d’anévrisme de cet organe.

Outre les faits fournis par ma pratique, et que je rapporterai plus tard à l’appui de mon opinion , je dois dire quelle a été autrefois celle de plusieurs hommes de mérite qui ont écrit sur nos eaux.

IlicHARDOT, dans son nouveau système des eaux

chaudes de Plombières (Nancy, 1722), dit à l’occasion des maladies contre lesquelles nos eaux sont efficaces;

« Les fluxions âcres et subtiles sur les poumons, la toux sèche, la difficulté de respirer sympathique, ou par embarras de flegmes épais et visqueux, les inflammations de la gorge, s’y sont trouvées souvent guéries. La douleur de poitrine s’y évanouit de même que les palpitations du cœur, etc., l’enrouement invétéré s’y perd, l’extinction de voix de plusieurs années et rebelle à tout autre remède, s’y est plusieurs fois réparée. 5>

M en gin , premier médecin de Léopold 1er, publiant en 1734 des remarques sur les eaux de Plombières disait entre autres choses: « Maxime prosunt in tussijerino , raucedine et asthmate . *

Dans une dissertation inaugurale, soutenue le 10 décembre 1706, parPiERRE Abraham Titot, de Montbéliard, sur la nature et les usages des eaux thermales de Plombières, ce médecin énumérant les maladies à la cure desquelles nos eaux sont convenables, dit: « Nous voyons qu’elles sont d’une grande utilité dans la toux quinteuse, le râle et l’asthme, lorsqu’ils proviennent d’une humeur âcre et salée sans ulcération des poumons. *

Jean-Claude Morel, dans une autre dissertation sur les Eaux de Plombières , soutenue sous

la conduite de Dieu et la protection de la Vierge divine et la présidence du très-célèbre , très-savant et très-illustre M. Charles, etc., le i‘4 mai 1746, disait de nos eaux qu’elles sont surtout vantées parce qu’elles adoucissent la toux, portent remède aux affections de poitrine, etc.

Roüveroi, médecin à Plombières, rapporte, dans son petit Traité sur Eauæ, le fait suivant:

« Son Altesse Charles IV, étant incommodée dudit mal d’estomac, et d’un grand battement de coeur, fut conseillée par MM. Dancy et Mousin, ses médecins, de venir aussi boire de ces eaux, laquelle, pour s’en être bien trouvée, ne manquait pas tous les ans deux fois d’y venir, accompagnée de plusieurs princes et toute sa cour, etc. a

Ce même Roüveroi, médecin et pharmacien à] Plombières, « fut attaqué, dit Le Maire, d’un crachement de sang occasioné par des excès de régime. Il mit inutilement en usage les remèdes ordinaires: comme il était dans le préjugé commun, il n’eut recours à la boisson des eaux chaudes que quand il vit que les autres remèdes étaient sans effet. Cependant, la boisson de ces eaux dissipa bientôt la chaleur qu’il ressentait, modéra et guérit enfin parfaitement le crachement de sang , et le délivra de son préjugé. (1) *

(1) Remarques de M. Le Maire, médecin à Remire-

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La connaissance de ce fait et de quelques autres du même genre détermina Le Maire à conseiller nos eaux à la comtesse Duhamel, pour lors attaquée d’un crachement de sang. a C’était , dit-il, une dame grande et fluette, maigre et sèche, le col long, la poitrine serrée, qui avait été attaquée précédemment d’une espèce de boulimie, qui l’obligeait à manger la nuit. Cette dame ayant bu au mois de mai les eaux coupées par moitié, fut délivrée de son crachement de sang jusqu’au mois de marssuivant. Elle retourna à Plombières au mois de mai, où les eaux coupées lui firent le même effet que la première fois; et pour le faire court, elle a été obligée pendant l’espace de i5 ou 16 ans de boire tous les ans les eaux de Plombières coupées , pour se délivrer de ce crachement de sang, qui reparaissait tous les ans vers l’équinoxe de printemps, et est morte d’une fièvre continue avec redoublement, âgée de quatre-vingt ans et plus. "

ft J’ai fait prendre, continue-t-il, l’eau chaude coupée avec la savonneuse à plusieurs phthisiques, qui se portent bien aujourd’hui. Il y a plus de vingt ans que quelques-uns d’entre eux n’ont plus aucun soupçon de phthisie. Je suis

mont, sur les eaux de Plombières. Voyez le Traité historique des eaux de Plombières } par Dom. Calmet.

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moi-même un exemple qui prouve que la boisson des eaux de Plombières coupées, loin d’être dangereuse dans les maladies de poitrine indistinctement, est très - salutaire dans quelquesunes.

« Je fus attaqué, en 1742, de cette fièvre catarrhale qui régna, dans les mois de décembre et de janvier, en Lorraine et dans les provinces voisines. Comme il ne me fut presque pas possible de me ménager, comme j’aurais dû le faire, étant obligé de sortir aussitôt que j’étais un peu mieux, j’eus, depuis la fin de décembre jusqu’au mois de mai suivant, dix ou douze rechutes qui me réduisirent dans un tel état que mes amis ne comptaient pas que je pusse en revenir. En effet , quoique j’eusse été beaucoup mieux par intervalles, la toux ne m’avait jamais quitté ; outre la couleur jaune et la maigreur extrême, il m’était survenu une douleur au côté droit, qui occupait la poitrine et l’hypochondre. Lorsque j’avais fait dix pas, je ne pouvais ni respirer ni parler; je rejetais de temps en temps, en crachant, de petites molécules blanches et dures, qui ne me laissaient presque pas douter qu’elles ne fussent des tubercules détachés de la surface interne des vésicules pulmonaires. Malgré ces symptômes et beaucoup d’autres, qu’il serait trop long de rapporter, je n’eus pas bu

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les eaux de Plombières coupées pendant huit jours, que la toux, la mauvaise couleur et le dégoût disparurent j en sorte qu’avant la quinzaine les forces furent rétablies, ma gaîté ordinaire revint; en un mot, j’étais méconnaissable à ceux qui ne m’avaient pas vu depuis que j étais à Plombières.

Je pourrais rapporter, ajoute-t-il, plusieurs autres observations qui conviennent à ce sujet; mais je me contenterai de remarquer que les personnes de Plombières courent à la fontaine chaude aussitôt quelles se sentent attaquées de rhumes de poitrine, et ne connaissent point de remède d’une plus grande efficacité, dans ces occasions, que la boisson des eaux chaudes, qu’elles n’ont pas même la précaution de couper, et ne sont guère scrupuleuses sur la quantité, chacune en buvant autant quelle peut en avaler, sans y garder de mesure ni de règle. *

Ces citations me semblent suffisantes pour prouver qu’autrefois nos eaux furent en honneur pour le traitement des maladies qui font aujourd’hui la spécialité des eaux du Mont-d’Or, et que si leur réputation, sous ce rapport, semble avoir été en décroissant jusqu a nos jours, cela vient seulement de ce que les médecins qui les administraient n’ont pas su éviter les nombreux écueils de ce genre de traitement, si bien compris et si

bien dirigé au Mont-d’Or par M. le docteur Bertrand,

Il me reste à prouver maintenant, par mes propres observations, que, de même qu’autrefois, nos eaux, malgré le préjugé contraire, peuvent encore, ainsique le disait Jean-Claude Morel, adoucir la toux, et porter remède aux affections de poitrine.

3 ie Observation.

Rhume venant compliquer une gastrite pendant l'usage des eaux .

M. G.. , de Neufchâtel , en Suisse, âgé de soixante ans environ, vint à Plombières en 1826, pour se guérir d’une gastrite chronique fort ancienne, entretenue par une alimentation trop substantielle et trop excitante. En route, ce malade contracta un rhume assez violent, et il en fut d’autant plus contrarié qu’il croyait ne pouvoir faire usage des eaux aussi long-temps que durerait cette nouvelle infirmité.

Je le désabusai de cette erreur; il se baigna dès le lendemain de son arrivée. J’eus soin seulement de le mettre le plus possible à l’abri du froid: il se guérit promptement de son rhume, et il dut bientôt à nos eaux et à un changement complet de régime d’être débarrassé de sa gastrite.

Je l’ai revu, chez lui, deux ans après, il jouissait de la meilleure santé.

32e Observation.

Pneumonie chronique avec ulcération présumée du lobe moyen du poumon droit .

M . , âgé de trente ans environ, de petite

taille, ayant le thorax rétréci dans toutes ses dimensions, fils de phthisique, s’enrhumant trèsfacilement, avait toujours eu une grande prédisposition aux irritations d’estomac. Il me consulta au mois d’octobre i85o; il avait alors trente ans. Son teint était jaune-paille. Depuis un mois, il toussait beaucoup plus que de coutume; il maigrissait rapidement, avait la respiration courte; ses crachats étaient en plaques verdâtres et souvent mêlés à beaucoup de sang. Il ressentait une douleur profonde , mais peu intense, vers la partie moyenne antérieure du lobe moyen du poumon droit. La poitrine percutée rendait dans cette région un son mat, et l'auscultation y faisait reconnaître un râle muqueux, accompagné dans un seul point d’une légère oegophonie. La langue était rouge à ses bords, muqueuse dans le reste de son étendue; l’arrière-bouche, les amygdales, le voile du palais avaient une teinte plus foncée encore que les bords de la langue, ce qui

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expliquait les douleurs que le malade ressentait dans ces régions.

Son angine et sa gastrite avaient été aggravées par des gargarismes très-chargés de nitrate de potasse, qu’un premier médecin lui avait conseillés et qu’il avait avalés en partie.

Je prescrivis à M . d’habiter une chambre

bien éclairée , constamment à la température de 28 à 5o degrés R. (1).

Je le soumis à un régime sévère, je le condamnai à un silence presque absolu; et après quelques applications de ventouses scarifiées sur les régions malades, j’entretins continuellement une forte dérivation à la peau, tantôt a l’aide de

(i) Mon frère aîné, D. M. à Nancy, a proposé, il y a quelques années déjà , de seconder le traitement des phthisiques par l’emploi d’une haute température. Plusieurs faits fort curieux m’ont prouvé que c’était un des plus puissans moyens contre cette si redoutable maladie. Il serait à désirer que près de chaque grande ville on construisît de vastes serres , dans lesquelles ces malades, et tous ceux à qui le froid de nos hivers est si souvent mortel , trouveraient le climat des régions équatoriales , leur magnifique végétation et assez d’espace pour pouvoir jouir des agrémens et des bienfaits de la promenade.

Le succès du premier établissement de ce genre , s’il est construit sur une grande échelle , ne peut qu’être complet.

raoxas superficiels, tantôt à l’aide de larges emplâtres de poix blanche, saupoudrés de tartre stibié.

Toutes les fois que l’inflammation du larynx et du pharynx se raviva , je la combattis par des applications de ventouses scarifiées sur le col, par des frictions de pommade stibiée sur la même région et par des aspirations de vapeur d’eau tiède.

Pour parer aux palpitations produites par un commencement d’hypertrophie du cœur, j’employai des moyens analogues, et je prescrivis quelquefois en outre le sirop d’asperge. Enfin, j’habituai mon malade à boire une grande quantité d’eau pure à la température de sa chambre. Mon but, en agissant ainsi , était de rétablir le tube digestif, dont les fonctions se faisaient fort mal, et dont les premières portions étaient en proie à une inflammation chronique. Je voulais aussi, en mêlant le plus d’eau possible au sang de ce malade, réparer d’une part les pertes qu’il faisait par une abondante et continuelle transpiration, et de l’autre, rendre son sang moins propre à entretenir l’inflammation dont j’ai raconté déjà l’étendue et la gravité.

J’obtins de ce moyen un autre résultat d’une bien grande importance. J’étendis dans un plus grand volume le pus, qui, sécrété dans un poumon malade, était en partie absorbé et altérait ainsi la masse des humeurs.

Ici les résultats dépassèrent toutes mes espérances. La toux, les palpitations cédèrent bientôt. La langue redevint nette, les digestions se rétablirent.

Au printemps, M . put sortir aux heures les

plus chaudes de la journée. Au mois de juillet, il vint passer trois semaines à Plombières, où des demi-bains et des douches sur les membres et le bas du tronc lui redonnèrent beaucoup de forces. Il dirige maintenant un établissement industriel considérable, et il est probable que, sans tous ces moyens, il y a trois ans au moins qu’il n’existerait plus.

33e Observation.

Pneumonie chronique.

M11* H de Plombières, âgée de 5o et quel¬

ques années, d’une petite taille, d’un tempérament nerveux, fut atteinte en 1828, troisans après lepoque de la cessation de ses règles, d’une inflammation chronique du sommet du poumon droit. La percussion de la poitrine, dans cette région, produisait un son complètement mat. L’auscultation démontrait que le parenchyme était devenu tout-à-fait imperméable à l’air. La toux était fatigante et presque continuelle, les pommettes étaient rouges , la maigreur très-grande, l’estomac faisait fort mal ses fonctions. Un

de mes amis, M. le docteur Molin, inspecteur des eaux de Luxeuil, vit avec moi cette demoiselle, une année plus tard, et la considéra comme audessus des ressources de l’art, L’habitation dans une chambre très-chaude, le silence, un régime sévère, des boissons mucilagineuses en abondance, des saignées locales et générales très-modérées, un large exutoire, des applications rubéfiantes sur le thorax , quelques préparations opiacées et des bains de notre eau dans les saisons chaudes, pris avec toutes les précautions indispensables dans un cas aussi grave, triomphèrent eu trois ans de cette maladie.

34e Observation.

Broncho- car dite chronique.

M. le général, comte P..., avait contracté, lors de la dernière guerre d’Espagne, une pleuropneumonie très-grave, que l’on n’avait pu qu’imparfaitement guérir.

D’un tempérament sanguin, M. le général éprouvait, depuis cette dernière maladie, de fréquentes palpitations avec imminence de suffocation ; sa respiration était constamment pénible et bruyante, l’exercice augmentait tous ses accidens. Plusieurs fois la vie du malade avait été gravement compromise, et ce n’était qua l’aide

d’un régime sévère et de saignées fréquentes qu’il était parvenu à la rendre supportable.

Nommé à un commandement de troupes du camp de Lunéville, M. le général crut devoir profiter du voisinage de Plombières , pour essayer si nos eaux ne pourraient pas lui être de quelque utilité. Je reconnus chez lui une cardite chronique, compliquée d’une bronchite légère; peut-être les plèvres avaient-elles conservé aussi quelques traces d'inflammation. Je fis continuer le régime sévère, fortement recommandé déjà par le médecin ordinaire du général. Aux bains chauds, et pendant leur durée, j’ajoutai tous les deux jours une forte application de ventouses scarifiées, tantôt à la partie postérieure, tantôt à la partie antérieure du thorax.

Sous l’empire de ce traitement, la respiration revint bientôt aussi facile qu’elle avait été pénible, et M. le général, qui ne resta que vingt jours à Plombières, pouvait faire, à son départ, plusieurs lieues à pied, à travers nos montagnes les plus escarpées, avec autant de facilité, que l’homme le mieux portant, tandis qu a son arrivée il montait difficilement à un second étage.

35e Observation.

Bronchite compliquée d hémoptysie,

Mme d’IL, jeune dame, grande et à poitrine

bien développée, mais dune famille qui compte plusieurs phthisiques, toussait depuis plusieurs mois, et ses crachats étaient souvent mélangés de sang rouge et floconneux. Le sthétoscope indiquait chez elle l’existence d’une bronchite étendue ; son cœur palpitait avec force; elle avait souvent les pommettes rouges; du reste toutes ses fonctions, à cela près, s’accomplissaient régulièrement.

Son médecin ordinaire, mon ami M. le docteur Guillemin, de Saint-Dizier, praticien très-distingué, lui conseilla les eaux de Plombières et m’adressa cette dame, pour la diriger pendant son traitement. Une saignée du bras, des bains tièdes de trois à quatre heures de durée, quelques douches, un régime doux, beaucoup de précautions contre le froid et autant de silence que je pus en obtenir, débarrassèrent Mme d’KL, en moins de six semaines, du mal si grave qui l’avait amené à Plombières. Elle y revint l’année suivante, mais par simple précaution, et depuis cinq ans sa poitrine n’a pas éprouvé la moindre altération.

56e Observation.

Broncho - carditG compliquée d’hémoptysie et

de myélite.

M“e G . ... de Lunéville, jeune dame d’un

tempérament éminemment nerveux , fille d’un

père mort jeune et d’une mère hémoptysique depuis un grand nombre d’années, a le thorax peu développé , surtout d’avant en arrière. Elle s’enrhume facilement et ses rhumes sont toujours opiniâtres. Son cœur bat habituellement avec force. Elle se plaint souvent de douleurs de dos ou de côté.

Depuis plus d’un an, elle avait au genou un abcès fîstuleux, situé au-dessus de la rotule, et qui avait résisté au traitement le mieux dirigé. Cet abcès était souvent fort douloureux, Mme G. ne marchait qu’avec beaucoup de peine. Son médecin , mon ami, M. le docteur Castara, digne héritier d’un beau nom médical, me l’adressa au commencement de l’été de i853, pensant, avec raison, que nos eaux pourraient triompher de sa maladie. Mme G. . . , à son arrivée ici , toussait beaucoup. Malgré mes représentations, elle alla à la rnontague avec une société nombreuse, et par un temps froid; à son retour, elle cracha beaucoup de sang et son sang était rouge et floconneux. Une saignée du bras arrêta cet accident; Mme G... continua à se baigner; je ne lui fis prendre que des demi-bains, mais prolongés pendant trois et quatre heures; elle observa un régime sévère, parla peu, supporta avec résignation de nombreuses applications de ventouses scarifiées sur la colonne épinière, la région du cœur, le soin-

met delà poitrineet le genou malade» A ees moyens j ajoutai des douches modérées autour de l’abcès. Elle quitta Plombières parfaitement rétablie.

37e Observation.

Monsieur J., âgé de cinquante-huit ans, était depuis deux ans tourmenté par des palpitations, des intermittences et des douleurs qui! ressentait au cœur et qui empoisonnaient son existence par les craintes quelles lui causaient pour l’avenir.

Son médecin, M. le docteur Lemercier, me l’adressa Tannée dernière, croyant, avec raison, que nos eaux lui seraient d’une grande utiiité. M. J. ne passa que trois semaines à Plombières, et des bains tièdes, des douches principalement dirigées le long de l’épine et sur les membres, de fréquentes applications de ventouses scarifiées sur la région précordîale, suffirent pour le débarrasser de tous les accidens qui nous l’avaient amené.

Malgré le succès en apparence complet de son traitement, j’aurais désiré que M. J. le prolongeât au moins pendant trois semaines encore; mais il se trouvait si bien qu’il ne voulût pas céder à mes conseils. Deux mois plus tard ses maux reparurent, faibles d’abord, puis bientôt aussi pénibles qu’ils Tétaient dans le principe; il aurait

dû recourir, malgré l’hiver , au remède qui lui

avait si bien réussi, et avec des précautions convenables, iî se serait guéri radicalement sans

doute, en prolongeant ici son séjour, aussi long-

temps que le réclamait son état.

Ces observations me semblent suffisantes, pour prouver que non-seulement nos eaux ne nuisent pas à la plupart des maladies chroniques des poumons et du cœur, mais qu’elles sont, au contraire, un des plus puissans moyens à leur opposer. Cependant loin detre avantageuses, elles augmenteraient beaucoup ces affections ordinairement si graves, si les malades ne s’entouraient des plus grandes précautions et ne se soumettaient en aveugles aux conseils de leur médecin.

38e Observation.

J’ai soigné, en 1826, avec un de mes confrères, Mme de M. Cette dame, âgée de quarante ans environ , était arrivée ici avec une toux sèche et ancienne qu’elle disait nerveuse, et avec quelques dérangemens des fonctions gastro-intestinales.

Le sentiment d’une chaleur habituelle et fort incommode lui faisait avidement rechercher l’air froid. Je fis d’inutiles efforts pour la convaincre qu’en agissant ainsi, elle courait a une mort inévitable; sa toux n’était que nerveuse, et trois ans plus tard elle mourut phthisique.

59e Observation.

aussi à i âge du retour, vint en 1827 à Plombières. Depuis plus d’un an elle toussait beaucoup. Depuis plusieurs mois elle avait une forte extinction de voix. Le sthétoscope démontrait l’existence d’une pneumonie étendue.

devait donc s’entourer des plus grandes précautions. Le silence et l’habitation dans une chambre constamment chaude étaient pour elle de rigueur; mais, peintre distingué, elle voulait connaître toutes nos montagnes , toutes nos vallées, les dessiner toutes, et chaque soir, après une promenade de plusieurs lieues, elle recevait chez elle une société nombreuse; elle aggravait ainsi chaque jour son mal. Mes représentations furent inutiles, et, quelques mois après, MT6 .... mourut dans le dernier degré de la phthisie.

4oe Observation.

Un an plus tard, je me souviens d’avoir rencontré dans le monde une jeune demoiselle chlorotique que soignait un de mes confrères. Cette demoiselle toussait depuis long-temps, mais elle aimait éperdument la danse, et, mourante déjà, elle dansait à chaque bal depuis le commencement jusqu’à la fia, et sa mère espérait ainsi la guérir! 11 est inutile de dire qu’elle ne retira aucun avantage de son séjour ici , et quelle fut,

peu de temps après son retour chez elle, une nouvelle victime de la phthisie tuberculeuse.

J’ai rapporté ces trois observations , afin que les malades qui pourront les lire, restent bien convaincus que nos eaux, par cela seul qu’ils en feraient usage, ne seraient point pour eux une espèce de palladium à l’aide duquel ils pourraient impunément tout braver.

HYDRQPISIES.

La plupart des auteurs qui ont écrit sur les eaux de Plombières, les considèrent comme nuisibles aux hydropiques, et certes il y a beaucoup d’hydropiques auxquels nos eaux ne pourraient apporter aucun soulagement ; ce sont tous ceux dont l’hydropisie n’est qu’un des symptômes d’une lésion organique, grave et incurable. Toutes les fois, au contraire, que cette maladie reconnaît pour cause une fièvre intermittente, une simple lésion dans les fonctions de la peau ou des voies urinaires, une suppression de règles, alors nos eaux peuvent convenir, non pas en bains qui ne feraient qu’aggraver tous les accidens, à moins de les prendre très-chauds et courts, mais en étuves dont on proportionne le nombre, la fréquence et la durée aux forces des malades.

41e Observation.

Mmc d’À...., âgée de quarante -deux ans, de taille moyenne, vint à Plombières, à la fin de juillet i852, pour combattre, à l’aide de nos eaux, une ascite très-déveîoppée, accompagnée d’œdème des extrémités inférieures.

Mmed’A... était encore bien réglée, mais elle éprouvait depuis long- temps des douleurs dans les régions inguinales, qui augmentaient d’iutea-

site à chaque cpoque menstruelle; ces douleurs nécessitèrent une recherche des causes qui les occasionnaient, et on reconnut qu’elles étaient dues au développement de deux tumeurs fibreuses probablement implantées sur les ovaires. Bientôt Phydropisie abdominale vint s’ajouter aux maux de cette intéressante malade.

M. le docteur Vericelle, l’un des hommes dont la médecine de Lyon s’honore le plus, consulté alors par M“e d’A...., crut devoir attribuer l’ascite aux tumeurs dont je viens de parler. Il pensait sans doute que l’inflammation chronique qui présidait à leur développement s’était propagée au péritoine, et il crut que la guérison de la malade dépendait de la résolution de ces tumeurs.

Il essaya d’abord les diurétiques sous toutes les formes, et n’en ayant point obtenu de succès durable, il conseilla les eaux de Plombières.

Mme d’Â.... était si mal à son départ , que chacun la croyait perdue. Le voyage lui fit déjà beaucoup de bien, en ce qu’il augmenta d’une n?a^ nière notable la quantité de l’urine. Cependant, à son arrivée ici , Mme d’A.... ne pouvait pas encore se tenir couchée.

Mme d’A.... croyait que des bains et des douches, surtout dirigées sur les régions inguinales, ou, depuis longtemps, le toucher ne pouvait plus

reconnaître les tumeurs, à cause de la trop grande distension des tégumens abdominaux; Mtne d’A..., croyait, dis-je, que les bains et les douches devaient la guérir: aussi elle et sa famille furentelles fort peinées lorsque je leur en déconseillai l’usage, lorsque je leur affirmai que les bains augmenteraient l'ascite et changeraient promptement l’oedème des jambes en anasarque; lorsque je leur dis que dans un cas semblable les douches ne pouvaient être d’aucune espèce d’utilité. Je proposai de substituer à ces remèdes des étuves proportionnées à la faiblesse de Madame, et un premier bain ayant confirmé mes prévisions, on consentit à suivre tous mes conseils.

J’espérais bien, à l’aide d’une excitation soutenue de la peau, diminuer et faire même peutêtre momentanément disparaître l’ascite et l’œdème des extrémités inférieures; mais comment remédier aux causes qui les avaient produites , et quelles étaient ces causes? Je ne croyais pas que l’hypertrophie des ovaires dût en être accusée. Rien n’annoncait la dégénérescence can-

céreuse de ces organes. Les douleurs dont iis avaient été le siège avaient depuis long-temps cessé. Sachant combien les fièvres intermittentes, alors même qu’elles paraissent très-légères, peuvent entraîner de graves désordres, je demandai à cette dame si elle n’en avait pas été attaquée quel *

que temps avant sa maladie actuelle. Mrae d’A...» m’apprit que l’année précédente, tous les deux: jours, à deux heures après-midi, elle avait eu de légers frissons, et qu’actuellement encore, aux mêmes époques, elle éprouvait un malaise auquel la gravité de son état l’empêchait de songer. Sur la certitude bientôt acquise de la persistance de cette fièvre, j établis mon diagnostic, et j’augurai bien dès-lors de la malade. En effet, les étuves administrées tous les deux jours, le sulfate de quinine à doses proportionnées à la susceptibilité des voies digestives, quelques applications de ventouses scarifiées sur l’abdomen et deux moxas superficiels, triomphèrent de tous les accidens de MlliCd’A...., moins des tumeurs des ovaires, quelle conservera long-temps encore, mais qui ne sont plus le siège d’aucune douleur et qui n’entravent en rien les fonctions du péritoine.

42e Observation.

M. C. , de Eueaux , près Plombières, âgé de quarante ans environ, d’une taille et d’une constitution herculéennes, grand chasseur, était, depuis plus d’un an, tourmenté par une anasarque f produite sous la double influence d’un état pléthorique et de nombreux refroidissemens. Il avait eu recours contre ce mal à tous les empiriques de sa connaissance, et il avait mis son

estomac aux plus rudes épreuves, en l’abreuvant des remèdes incendiaires de ces charlatans. Après avoir épuisé tous leurs secrets, il vint me trouver. Deux saignées du bras, un régime doux et quinze étuves de vingt minutes à une demiheure de durée, le débarrassèrent de son mal.

Ces observations prouvent que les étuves ont une grande puissance contre l’ascite et l’anasarque, qui ne sont pas produites par de graves désorganisations. Depuis long- temps on savait que la chaleur, appliquée à la peau, pouvait vider rapidement l’estomac, de l’eau dont on l’avait gorgé dans un des supplices de la question. Il n’est donc pas étonnant que le même moyen débarrasse le péritoine ou le tissu cellulaire de la sérosité qui y est accumulée. Aussi dans les cas que je viens de citer, des étuves ordinaires auraient probablement produit d’aussi puissans effets. J’ai guéri plusieurs autres hydropisies, à l’aide seulement de cataplasmes chauds de pommes de terre, appliqués sur les cuisses et le has-ventre des malades, soit tous les jours, soit tous les deux jours, et renouvelés pendant deux et trois heures de temps, de manière à provoquer une abondante sueur. Alors je prescrivais aussi des boissons diffusibles et chaudes, telle que l’eau de tilleul, de manière à seconder les applications externes^

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