ET DE LA VESSIE
Nous avons vu dans les notions générales sur le mode d action de nos eaux, que la peau, le foie, les poumons et les reins sont spécialement chargés de séparer du sang différentes substances inutiles ou nuisibles à leconomie, et que ces organes peuvent, jusqua un certain point, se suppléer l’un l’autre. Nous avons vu aussi qu’alors que les fonctions de l’un de nos organes diminuent d’une manière trop marquée, celles des autres, vicieusement accrues, deviennent ainsi des causes de maladies souvent fort graves.
Lorsque l’habitation d une maison humide et sombre, le défaut d’exercice, des passions tristes, diminuent les fonctions de la peau d’une manière durable, si des phlegmasies des poumons , des intestins ou du foie, n’en sont pas le résultat, les personnes soumises à l’influence de ces causes morbides sont encore exposées aux inflammations des reins et de la vessie, inflammations qui, dans ces cas, ont une grande tendance à affecter la forme chronique.
L’inflammation chronique de ces organes est déte rminée souvent aussi par une nourriture trop animalisée. Alors, ainsi que l’a constaté le savant Magendie, les reins forment une grande quantité
d’acide urique, base de îa plupart des calculs et des graviers urinaires. Ce corps manque totalement dans Turine des animaux herbivores; on en augmente ou on en diminue à volonté les proportions dans celle de l’homme, en le nourrissant de substances plus ou moins annualisées.
L’abus des plaisirs vénériens, les maladies des organes génitaux, les inflammations du tube intestinal développent fréquemment des cystites et des néphrites chroniques.
Souvent ces maladies sont compliquées d’une myélite ou primitive ou secondaire, mais qui, dans tous les cas, mérite la plus sérieuse attention.
Quelle que soit la cause qui détermine ces maladies, nos eaux sont un des plus puissans moyens de les combattre; mais pour que leur action ait le plus d’efficacité possible, il est nécessaire de les seconder par un régime d’une sévérité proportionnée à l’intensité du mai. Ce régime, en faisant disparaître l’acide urique, ou du moins en en diminuant de beaucoup la proportion, peut déjà guérir, à lui seul, la gravelle, symptôme si douloureux de la plupart des néphrites chroniques. Il peut prévenir aussi îa formation de la pierre, accident plus déplorable encore.
Dans les cystites et les néphrites chroniques nos eaux, minérales, froides ou chaudes, sui-
vant les cas, conviennent parfaitement en boisson; plus alors les malades pourront en digérer, et mieux ils s en trouveront. En effet, ces eaux, légèrement alcalines, en pénétrant à travers les intestins dans la vessie, étendent l’urine sécrétée par les reins, s’opposent à la précipitation de l’acide urique qu’elle contient, et produisent, lors de leursortie, un jet considérable, qui entraîne facilement les graviers antérieurement formés. Ces graviers auraient pu, sans cela, irriter long-temps encore la muqueuse vésicale, devenir même le noyau de calculs plus considérables, ou ne sortir enfin, qu’en labourant bien plus douloureusement le canal de l’urètre.
Les bains chauds, les douches générales et locales , sont aussi fortement indiqués dans ces maladies. Sous ces dernières formes, notre eau minéro-therrnale excite la peau par sa température, par les sels quelle contient et par le choc plus ou moins violent de la douche; elle produit ainsi la révulsion la plus avantageuse. On sait quelle agit encore directement sur la vessie, lorsque, pénétrant dans l’économie , sous l’empire de l’absorption, elle se rend dans ce viscère.
Mais quelque avantageuse que soit l’action de nos eaux contre les cystites et les néphrites chroniques, on doit souvent leur adjoindre, indépendamment du régime, le secours si puissant
des saignées locales, surtout lorsqu’il y a complication de myélite. Les applications de ventouses scarifiées ou de sangsues sur les régions lombaire, hypogastrique et périnéale, impriment souvent au traitement la marche la plus rapide et la plus heureuse.
43e Observation.
M. le baron D. Anglais, d’un tempérament lymphatique, âgé de soixante-cinq ans, vint à Plombièresen 1826, pourse guérir d’un catarrhe de la vessie fort ancien et assez grave* Son urine était abondante, mais puriforme et très -fétide; il éprouvait souvent, lorsque la température devenait humide et froide, des douleurs gravatives à l’hypogastre et dans les lombes; elles étaient alors fréquemment suivies de difficulté d’uriner.
Je prescrivis à ce malade l’abstinence des liqueurs fortes et des viandes noires, la boisson de l’eau savonneuse et du petit lait, des bains chauds et tous les deux jours des ventouses légèrement scarifiées sur les régions lombaire et hypogastrique ; je lui fis porter des vêtemens de laine sur la peau, et je lui recommandai un exercice modéré mais soutenu.
Sous l’influence de ce traitement, M. D.... obtint, en quelques jours, une si grande amélioration , que son urine redevenue parfaitement
traoparente, ne laissait pas même apercevoir d’énéorème; mais ne pouvant pas résister à l'attrait qu’avaient pour lui les viandes noires et les vins généreux, il n’obtint qu’un soulagement momentané au lieu d une guérison solide.
Il est impossible de guérir un malade qui s’obstine à demeurer sous l’empire des causes qui ont développé son mal.
44e Observation.
M. G., de Chaumont, près de Reims, âgé de vingt ans, bien développé, ayant conservé assez d’embonpoint, était depuis près de sept ans tourmenté par une néphrite intermittente des plus graves. A la suite d’ un jour ou deux au plus de calme, la maladie s’annonçait par des douleurs sourdes dans la région lombaire; après être restées quelques heures au même degré, devenant plus intenses, elles suivaient le trajet des uretères et s’emparaient de la vessie. Bientôt tout le ventre devenait excessivement douloureux, le malade avait de continuels vomissemens et de fortes épreintes. Il urinait fréquemment, mais peu à la fois, et son urine était sanguinolente.
Ce triste état durait souvent plus d’un jour, puis, peu à peu, le mal diminuait, les urines alors devenaient sédimenteuses. Enfin après qua-
Ire ou cinq jours d’horribles souffrances, M. C. avait de vingt-quatre à trente heures de repos.
Un traitement anti-phlogistique sévère avait échoué. De larges moxas sur la région lombaire n’avaient amené aucun soulagement. Le quinquina, le sulfate de quinine à très-hautes doses, n’avaient produit aucun effet. Tous les remèdes empiriques avaient été sans le moindre résultat avantageux. M. Düpüytren pensait, ainsi que d’autres médecins distingués, que ce mal était produit par un calcul rénal. Le malade vint à Plombières pendant l’été de 1827, et il me chargea de diriger sa cure.
Après un examen attentif, je ne pensai pas que cette grave affection fut produite par la présence d’un calcul 3 je l’attribuai à une inflammation intermittente, d’autant plus difficile à vaincre quelle était plus ancienne* Je débutai d’abord par des bains prolongés, des applications de ventouses scarifiées sur les lombes elles flancs, et j’obtins ainsi une légère amélioration. Je parvins à prévenir le retour d’un accès tout entier. Plus confiant que jamais dans mon pronostic, je crus devoir alors employer nos eaux avec la plus grande énergie, et aux heures où le mal se montrait le plus ordinairement. Je fis prendre à M. C. des bains de 38 degrés Réaumur, dans lesquels il restait dix, douze et quelque- fois quinze minutes. 9
J’obtins de cette médication les plus encourageans résultats.
Le malade prenait ordinairement ce bain trèschaud dans l’après-midi. Bientôt je lui prescrivis le matin une douche générale de même durée, et de 4^ à 44 degrés Réaumur. Il est inutile de dire que pendant ces exercices si violens je ne quittais point M. G. Il partit de Plombières parfaitement bien, et deux ans après, il m’écrivit pour me remercier, et me dire que nos eaux l’avaient complètement rétabli.