‹ Du mode d'action des eaux minéro-thermales de PlombièresChapitre 18 sur 21 · MALADIES DES ORGANES GÉNITAUX · texte numérisé non relu

MALADIES DES ORGANES GÉNITAUX

Il est rare que les hommes aient recours à nos eaux pour combattre les affections chroniques des organes génitaux; cependant il y a des cas où elles peuvent être très-utilement employées.

45e Observation.

M. M. , de Metz, me fut adressé, en 182g, par mon excellent ami, M. le Dr Champion, de Bar-le-Duc. Ce malade arrivait de Lyon, où on l’avait soigne pour un engorgement profond des glandes des régions inguinales et une hypertrophie de l’épididyme du côté gauche, que l’on avait considérée quelque temps comme un testicule surnuméraire.

Un traitement très- actif avait été tout-à-faifc impuissant contre ce mal. A son arrivée ici, M. M. était pâle et maigre; les membres abdominaux étaient infiltrés. Les tumeurs des aines étaient plus volumineuses que le poing, et le tube intestinal était très-fatigué.

Aux bains de trois à quatre heures et aux douches de quinze ou vingt minutes, dirigées d’abord sur toutes les parties solides du tronc et sur les membres, j’ajoutai, tous les trois jours, des appli-

cations de ventouses scarifiées sur les régions inguinales. M. M. fut soumis à un régime doux. Bientôt l’oedème des jambes disparut; la peau se colora; les glandes inguinales diminuèrent de volume; l’épididyme se guérit. Au bout de six semaines de séjour, M. M. avait repris toutes ses forces. II revint l’année suivante achever sa guérison. J’ai eu depuis l’occasion de le voir souvent. Il jouit de la plus parfaite santé.

Il n’y a qu’un petit nombre d’hommes qui fasse usage de nos eaux, pour se guérir d’inflammations chroniques des organes génitaux; en revanche, beaucoup de femmes viennent chaque année , combattre à leur aide des inflammations chroniques du vagin, de buteras et des ovaires.

Ces affections se compliquent très-souvent de myélites (i). Aussi est-il toujours nécessaire alors d’examiner avec la plus grande attention la colonne vertébrale.

Le médecin recherchera, autant que les circonstances le lui permettront, les causes qui ont développé ces maladies. Souvent elles sont idio-

(i) Ludwig, au rapport de M. Olivier , d’Angers, regarde le sentiment de tension dans le dos et les lombes chez les femmes , dont l’éruption des règles est difficile ou qui sont enceintes , comme une irritation de la moelle épinière.

pathiques; souvent aussi elles ne sont que symptomatiques, mais il est ordinairement facile, dans ce cas, de remonter du symptôme à la cause qui le produit.

Les affections chroniques de l’utérus et de ses annexes, ne sont pas toutes des inflammations ou des névroses; souvent, après avoir débuté par une inflammation franche, elles sont indéfiniment entretenues par le défaut de tonicité des veines et des absorbans de ces organes. C’est alors que le remède fortement recommandé par mon ami M. le Dr Jacquot, de Saint-Dié, peut être très-utile. L’aluu pris à petites doses , long-temps continuées, agit d’une manière puissante sur l’économie toute entière et sur le système utérin en particulier ; il rend aux veines et aux absorbans le ton dont ils manquaient, et il guérit ainsi une foule- d’accidens , interminables sans lui ou sans un de ses succédanés. Mais on ne doit l’administrer qu’après s’être convaincu de la tolérance du tube intestinal, et qu’après s être bien assuré aussi que le caractère prédominant de l’affection utérine que l’on veut combattre, est le défaut de tonicité des organes qu’elle a envahis.

46e Observation.

Mme N..., de Bar- le- 13 11c, âgée de trente ans environ, d’un tempérament lymphatique nerveux,

quelques mois après un dernier accouchement, fut atteinte par une métrite aiguë extrêmement grave et douloureuse. Cette maladie passa à l’état chronique, mais en revêtant, pendant près de trois années, les symptômes les plus alarmans. Enfin , grâce aux soins assidus et si éclairés de son médecin ordinaire (1), Mme N.... put alors faire quelques pas dans son appartement; bientôt après, elle eut recours à nos eaux. Le corps de l’utérus était fort développé; dans la station il tiraillait ses ligamens, et occasionnait bientôt de grandes douleurs. Ces douleurs se propageaient

aux membres abdominaux. Mme N . souffrait

beaucoup, en outre, un peu au-dessous de la rate; elle avait souvent des suffocations, de la toux, et des maux de tête d’une grande violence; à tout cela s’ajoutaient une foule d’autres accidens nerveux que l’époque des règles rendait toujours beaucoup plus intenses.

En examinant la colonne vertébrale, je fus frappé de son excessive sensibilité dans les régions dorsale supérieure et sacro-lombaire; je crus dèslors à l’existence d’une inflammation chronique de la moelle épinière dans ces deux régions. Aux bains, à des douches légères et difficilement supportées, j’ajoutai quelques applications de

(i) M. le docteur Champion.

ventouses scarifiées le long du rachis ; enfin, pour mettre cette dame à même de profiter de l’action si bienfaisante de l’air de nos montagnes, je fis construire, pour elle, une litière portée par deux ânes, et sur laquelle elle pouvait , sans la moindre fatigue, faire de très-longues promenades (1).

Mme N. obtint de nos eaux une amélioration assez marquée pour la décider à y revenir l’année suivante. Elles lui donnèrent, cette fois, assez de force pour lui permettre de marcher facilement dans sa maison. Alors, sous la direction de son médecin ordinaire, sans les soins si éclairés duquel elle aurait depuis long-temps perdu la vie, Mme N. fit usage des pilules alunées de M. le docteur Jacquot; ces pilules lui firent le plus grand bien et la mirent à même de pouvoir faire, à Bar-le-Duc, de longues courses à pied.

De grands chagrins, l’hiver passé, rendirent aux maux de Mme N. une nouvelle énergie. Elle revint, pour la troisième fois, à Plombières. Aux bains tièdes, aux ventouses scarifiées de chaque

if

(i) Depuis on a construit d’autres palanquins à Plombières. Il devrait y en avoir de semblables dans toutes nos villes pour les malades qui ne peuvent supporter la marche ni la voiture , et auxquels cependant le grand air et un peu d’exercice sont nécessaires.

coté des régions douî ou relises de la colonne vertébrale, je fis ajouter des douches écossaises prises tous les jours pendant dix minutes et même pendant un quart d’heure. MmeN. partit de Plombières parfaitement bien , et depuis j’ai su que l’amélioration de sa santé se soutenait toujours.

Il est très-probable que Mme N. conservera toute sa vie l’bypertrophie de l’utérus dont elle est atteinte: hypertrophie, du reste, que l’on rencontre tant de fois chez les femmes qui n’en soupçonnaient pas même l’existence, qui n’avaient jamais souffertdecetorganejmaisil y a tout lieu d’espérer qu’en continuant à combattre la surexcitation morbide du système nerveux, on rendra àMmcN. une excellente santé.

47e Observation.

Muie L...., âgée de trente et quelques années, régulièrement réglée, tourmentée depuis longtemps par une abondante leucorrhée, par un sentiment habituel de pesanteur dans le bas-ventre, vint cette année à Plombières. L’utérus était plus volumineux que dans l’état de santé; il y avait une rétroversion bien prononcée et qui pouvait expliquer la stérilité de Mme L.... Elle se plaignait en outre, de vives douleurs dans la région sacrolombaire, et elle n’avait pas pu supporter les pilules d’alun de M. le doeleurJACQUOT , ce dont

je crus trouver la raison dans la sensibilité morbide des 4e? 8e, 6e et 7e vertèbres dorsales.

Aux bains tièdes prolongés, aux douches externes et à quelques étuves, je fis ajouter des douches utérines que je portai jusqu’à quarante minutes de durée par jour, mais en deux séances.

A son départ, Mme L . était beaucoup mieux;

elle avait passé près de deux mois à Plombières, et depuis plus d’un mois son flux vaginal avait complètement cessé.

48e Observation.

Mrae de X... vint, en 1828, à Plombières pour se guérir de fleurs blanches, qui, depuis plusieurs années , résistaient à une foule de moyens pharmaceutiques: elles étaient tellement abondantes que Mmcde... se voyait forcée d’avoir recours à lia vêtement particulier. Les médecins qui l’avaient soignée, avaient envisagésa maladie tantôt comme le résultat d’un vice herpétique, tantôt comme produite par l’acrimonie des humeurs ; pour moi , je ne vis, dans cette affection, qu’une inflammation chronique de la muqueuse utéro- vaginale, et je prescrivis, pour la combattre, des injections émollientes et des bains chauds. En quatre jours les flueurs blanches avaient disparu.

Pour consolider cette cure, Mme de... prit quelques douches, et afin que la suppression si

prompte d’une évacuation ancienne et aussi considérable ne devînt pas la cause d’autres inflammations, indépendamment d’un régime doux et peu réparateur, et d’un exercice proportionné aux forces de la malade, Mmede.,., d’après mes conseils, se fit appliquer quelques sangsues à l’anus, et quitta Plombières parfaitement guérie.

4 g° Observation.

Un squirrhe de la partie supérieure du vagin, du col et du corps de l’utérus, amena Mme *** à Plombières, à la fin de l'été de l’année 1825. Elle était encore réglée, mais dans l’intervalle des règles elle avait des flueurs blanches assez abondantes.

Cette dame, âgée de trente-six ans, était d’un tempérament sanguin; elle avait mené toujours une vie fort active, et elle rapportait l’origine de son mal à des chagrins et à une maladie siphilitique guérie, huit années avant, parM. Culerier.

Lors de son arrivée à Plombières, elle souffrait de fortes douleurs; le médecin qu’elle consulta, très-malade lui-même, ne put la suivre autant que le nécessitait son état, et les vingt premiers jours qu’elle passa dans notre ville furent perdus pour elle.

Les bains et l’eau thermale en boisson, au lieu

de diminuer ses souffrances, les avaient encore aggravées. Lorsque Mme *** me consulta, je reconnus un squirrhe utéro-vaginal très-développé ; le col de l’utérus, dilaté et rugueux, offrait plusieurs végétations morbides, dont quelques-unes égalaient une noix en grosseur ; on en trouvait de semblables dans la partie supérieure du vagin ; l’utérus était très-développé, et sa pression sur le rectum gênait la libre sortie des fèces.

Vingt- cinq sangsues à l’hypogastre enlevèrent les violentes douleurs que Mme *** éprouvait, et qui, depuis long- temps, ne lui laissaient plus aucun repos. Je lui défendis la boisson de l’eau minéro-thermaîe, et je lui fis prendre des bains plus longs et moins chauds. Tous les trois jours je fis appliquer des ventouses scarifiées sur les régions lombaire, sacrée et hypogastrique. Un régime doux et le repos vinrent seconder ces moyens qui, en six semaines, avaient considérablement diminué le volume du squirrhe, en laissant à Mme *** l’intégralité de ses forces. Les végétations du col de la matrice et du vagin étaient presque entièrement effacées; les selles étaient faciles, et Mme n’éprouvait plus aucune douleur.

Forcée de retourner à Paris, au lieu de se conformer à mes recommandations, Mme fit a pied les courses les plus fatigantes, vaqua à tous

les details de son commerce et de son ménage, et se nourrit des alimens les plus substantiels.

Sous l’empire de ce régime de vie, deux mois après l’usage des eaux, les douleurs revinrent aussi fortes que jamais; bientôt le squirrhe s’ulcéra, Mme *** revint alors à Plombières. Le cancer, qui s’était développé, avait envahi le rectum. Je ne pus, dans un cas si grave, employer que des palliatifs. Cette maladie devint bientôt mortelle, tandis que sans ses nombreuses imprudences, tout permettait à Mme *** d’espérer, sinon une guérison complète, au moins une amélioration durable. Les prescriptions les mieux indiquées ne peuvent rien contre l’indocilité des malades*

5oe Observation.

Hypertrophie de V ovaire avec symptôme dune prochaine dégénérescence cancéreuse .

M'nc P..., de Plombières, âgée de trente-deux ans environ, me consulta, en 1829, pour une affection grave de l’ovaire gauche qui datait de plusieurs années déjà. Mme P. avait beaucoup maigri ; elle avait le teint jaune-paille , elle éprouvait de vives douleurs lancinantes dans l'aine gauche; ces douleurs augmentaient surtout à l’époque des règles, qui étaient peu abondantes et irrégulières. Tout l’hypogastre était douloureux au toucher. L’ovaire gauche paraissait

avoir le volume d’un gros œuf de poule. Une saignée du bras, quelques applications de sangsues, des bains, diminuèrent un peu les douleurs, mais la tumeur restait la même. Elle disparut complètement en six mois, sous la double influence de nos bains et de deux applications de ventouses scarifiées par semaine; le tout secondé par un régime doux et point trop abondant.

CÉPHALITES CHRONIQUES. Apoplexie.')

Tous les ans il vient à Plombières un assez grand nombre de personnes qui ont à se guérir des suites de l’apoplexie. La plupart en retirent beaucoup de soulagement, plusieurs une guérison complète. Mais pour combattre cette maladie avec succès, il faut, du côté du médecin, l’attention la plus soutenue; du côté du malade, la docilité la plus entière; il ne s’agit, en effet, de rien moins que du plus noble de nos organes, du cerveau, ce viscère, auquel toutes les stimulations aboutissent, que Tiedemann a si bien nommé la clef de l’organisme animal tout entier et dont la compression peut amener instantanément la mort.

Que l’apoplexie soit due à une surexcitation momentanée du cœur, qui, lançant le sang avec trop de force, aura produit un épanchement dans l’un des hémisphères cérébraux; que cet épanchement ait lieu sous l’influence d’une excitation morbide du tube intestinal , ou bien que la compression du cerveau reconnaisse toute autre cause, le médecin qui veut parer aux accidens que l’altération morbide a développés, ou qui veut, dans les cas graves, en arrêter, momentanément au moins, les funestes effets, ne

doit pas perdre on instant de vue qu’il a à corn» battre] une maladie toujours inflammatoire: s’il ne veut pas tomber dans le plus dangereux empirisme, ce sera de cette donnée fondamentale qu’il partira pour administrer nos eaux (1).

Que l’apoplexie soit due à une hypertrophie du cœur, à une inflammation du tube intestinal, à de violentes passions, ou à toute autre cause, il faut toujours prescrire, pour la combattre, le régime le plus sévère, celui qui, en entretenant la vie, fournit cependant le moins delémens réparateurs possibles.

L’apoplectique qui se nourrit de viandes et de boissons excitantes, court inévitablement à sa perte. La digestion de ces alimens peut causer une réaction fatale de l’estomac et des intestins sur le cœur et le cerveau, et tuer le malade quelque temps après son repas. Cependant, il est assez heureux parfois pour que ses digestions s’opèrent sans réaction morbide bien marquée. Déjà il s’applaudit de la vigueur de sa santé ; les eaux lui ont rendu le libre usage de ses membres; jamais il n’eut meilleur appétit; et un médecin fâcheux voudrait lui prescrire la diète et des

(i) Il est inutile de faire remarquer que le médecin doit étudier avec le plus grand soin les causes de cette maladie , et lorsqu’elles existent encore, employer, pour les combattre, toutes les ressources que la science lui fournit.

saignées! Il rit de ces prescriptions importunes, se moque de la médecine, lance quelques traits satiriques contre la doctrine physiologique; ce sont les fleurs qui vont orner son cercueil. Le sang, qui bientôt abonde chez lui, est de nouveau lancé avec violence dans les hémisphères cérébraux, ou bien l’inflammation, à laquelle ces organes étaient en proie, continuant à faire des progrès, les ramollit, les désorganise, l’apoplectique meurt au moment où il croyait pouvoir compter le plus sur la vie.

D’autres fois, entraîné par les annonces des charlatans, le malade voudra ajouter à l’action des eaux l’actiou miraculeuse selon lui, ou d’un sirop antiglaireux, ou du remède Leroi, ou de tout autre poisou également vendu avec brevet. Ces poisons, en stimulant violemment son estomac , pourront quelque temps encore augmenter son appétit , faciliter ses digestions, lui permettre les plus rians projets; le malheureux s'endort sur un abîme.

Indépendamment de la pléthore qu’amènent de telles médications et de ses funestes effets, le tube intestinal , vivement irrité par le poison dont on l’abreuve, réagit sur le cerveau, détruit l’utile révulsion que les eaux avaient produites, ranime l’inflammation prête à s’éteindre, et si, sous son influence, le cœur, par un surcroît d’action,

ne vient point terminer la scène, des foyers pumiens, des dégénérescences squirrheuses ou cancéreuses amènent bientôt la mort.

La plupart des apoplectiques qui viennent faire usage de nos eaux, ont besoin d’une saignée générale ou locale lors de leur arrivée; alors ils sont dans des conditions bien plus favorables à leur guérison; la surexcitation du cœur est par là beaucoup moins à craindre, et l’on peut, à l’aide de cette saignée, employer les eaux d’une manière plus active.

Nous remarquons habituellement une amélioration très-prompte dans l’état des apoplectiques qui font usage de nos eaux, mais cette amélioration cesse bientôt de faire des progrès. Il est convenable alors de suspendre le traitement, soit pendant quelques semaines seulement, soit jusqu a la saison suivante. Ce phénomène vient sans doute de ce que nos eaux minérales agissent moins peut-être sur le cerveau que sur les nerfs des membres paralysés auxquels elles rendent la puissance qu’ ils avaient perdue, de transmettre les stimulations cérébrales devenues plus fortes, par la diminution de lepanchement encéphalique. Sans doute, en activant beaucoup les fonctions de la peau, en rappelant de la chaleur et de la vie dans les membres paralysés, nos eaux favorisent

aussi l’absorption du caillot épanché, mais cette

actioa ma toujours paru beaucoup moins marquée que l’autre.

Les apoplectiques, h Plombières, doivent prendre d’abord des demi- bains tièdes; peu à peu on en élevera la température et on en prolongera la durée, sans toutefois exciter jamais une action trop marquée du système circulatoire. Si, malgré le régime nécessité par cette maladie, le pouls se relève, la face se colore, que l’on se hâte de recourir à la saignée générale ou locale, suivant l’indication.

Lorsque les malades sont habitués à l’action de nos bains, alors prescrivez des douches sur les membres paralysés , sur les parties inférieures du tronc, et sur les membres abdominaux; les douches ascendantes sont souvent indiquées dans ce cas; mais défendez avec soin les douches sur la tête; elles feraient courir à vos malades les chances les plus fâcheuses (1).

Je me trouve toujours bien, dans le traitement de ces maladies, de fréquens pédiluves à la tem-

( 1 ) Didelot , dans son Avis aux personnes qui font usage des eaux de Plombières , les défend de la manière la plus absolue. Il est souvent survenu à leur suite , dit-il , des commotions violentes au cerveau, qui ont fait craindre pour la vie. Montaigne, dans ses Voyages , nous raconte que la douche sur la tête , lui causa beaucoup d’étourdissemens et une migraine qui vint le tourmenter tous les jours.

pérature de 52 ou 55 degrés R.; plus chauds, iis pourraient déterminer, par la douleur qu’ils causeraient, une réaction fâcheuse sur l’encéphale et accroître ainsi les accidens.

Dès que les malades peuvent supporter les promenades en voiture, à âne ou à pied, faites-leur fréquemment respirer l’air si pur, si bienfaisant de nos montagnes; mais recommandez-leur de ne jamais porter l’exercice jusqu’à la fatigue.

Lorsque, grâce à nos eaux, l’encéphalite est guérie ou considérablement diminuée, les exutoires me paraissent souvent indispensables pour en prévenir le retour, ou pour maintenir l’amélioration que la première partie du traitement a déjà produite.

Ces exutoires peuvent être placés, tantôt à la nuque, tantôt sur les membres abdominaux; quelquefois sur la région du cœur ou sur toute autre partie, suivant que l’on a pour but de produire une dérivation au profit du cerveau seulement, ou que l’on veut combattre encore une autre phlegmasie.

Si le médecin est souvent obligé d’inspirer aux apoplectiques des craintes salutaires, quelquefois aussi il est obligé d’éloigner d’eux la désolante image d’une fin prochaine, de leur rendre l’espoir qu’ils avaient perdu. Cependant la tristesse est bien moins généralement l’apanage des

io ^

céphaliles chroniques que des gastrites; toutefois elle est aussi nuisible au traitement de ces deux genres de maladie.

L’hiver, le printemps et l’automne sont les saisons préférables pour le traitement des apoplexies à laide de nos eaux.

5 ic Observation.

M. M . . de Nancy, d’un tempérament san¬

guin, âgé de soixante-cinq ans, avait lu le livre apologétique du remède Leroi, et il en était devenu enthousiaste. Ayant fait plusieurs fois usage du vomi-purgatif, il lui avait du plus d’appétit et la disparition de quelques douleurs: c’était à sou gré un remède infaillible à tous nos maux. Cependant , sa panacée avait fini par développer chez lui une duodéno-hépatite assez grave, qui nécessita tous les soins éclairés de ses médecins, îl eut une légère apoplexie au printemps, et il fut forcé de recourir à nos eaux.

À son arrivée à Plombières, il ne restait à M. M... qu’un léger engourdissement de la jambe et du bras gauche, et une douleur assez vive dans le talon du même côté. Il marchait péniblement.

Très -gras, ayant le pouls plein, malgré les saignées abondantes que sa maladie avait nécessitées, je lui exposai, autant qu’il fut en moi,

tous les dangers que lui feraient courir une alimentation trop abondante ou trop excitante; mais il ne tint pas compte de mes avis; le bon bouillon, la viande, le vin généreux, restèrent toujours la base de sa nourriture. Cependant des demi-bains, de fréquens pédiluves, des douches sur les extrémités inférieures, le tout aidé par une forte application de sangsues, firent promptement disparaître la douleur de talon et la paralysie du bras et de la jambe. Avant de quitter Plombières, M, M...*. put faire à pied près de deux lieues dans nos montagnes; pour un apoplectique de son âge, c’était certainement une longue route: il ne resta que trois semaines à Plombières.

Si, de retour chez lui, il avait ajouté un régime doux et peu nourrissant, et de fréquentes saignées générales ou locales à une vie active, nui doute qu’il existerait encore ; mais loin de là , pour compléter sa cure de Plombières, il crut devoir se débarrasser d’humeurs , et il eut de nouveau recours aux purgatifs. Ils déterminèrent chez lui une apoplexie foudroyante.

52e Observation.

A l’âge de quarante-deux ans, M. Th., alors acteur du Théâtre-Français, d’un tempérament éminemment sanguin, passa subitement d’une vie irès-activeà un repos physique presque absolu;

en revanche, il se livra avec entraînement aux travaux de cabinet.

Bientôt, à un embonpointinaccoutumé, vinrent se joindre des douleurs de tête auxquelles M. Th. n’accorda que peu d’attention ; mais ces douleurs augmentèrent jusqu’au moment où, à la suite d’une longue veille, un épanchement cérébral très-grave, produisit une paralysie complète de tout le côté droit du corps.

Des soins bien dirigés arrachèrent M. Th. à la mort , et dans l’automne de 1 824 , il se fit conduire à Plombières. J ai rencontré peu de malades plus indociles ; cependant, les bains, la douche sur les extrémités inférieures, les pédiluves, quelques saignées générales et locales luttèrent avantageusement contre sa maladie. Malgré le régime trop excitant qu’il s’obstinait à suivre, tandis qu’à son arrivée, il pouvait à peine faire quelques pas en se traînant péniblement appuyé sur le bras de sa garde, à son départ, deux mois après, il pouvait faire seul un quart de lieue.

Revenu l’année suivante, il vit encore sa position s’améliorer, et après quarante jours de l’usage de nos eaux, il arriva au point de faire facilement une lieue à pied. Mais de retour dans sa famille, il prit, malgré l’opposition de tous ses médecins, le vomi-purgatif de Leroi, et un

nouvel épanchement cérébral vint terminer sa

vie.

Si ce malade qui, à son indocilité près, était un des plus aimables hommes que j’aie connus, avait voulu s’astreindre au régime sévère que nécessitait sa position, je suis convaincu que nos eaux auraient pu le rétablir complètement.

53e Observation.

M. D . . du canton de Yaud, âgé de soixante-

cinq ans, vint en 1827 à Plombières, pour se guérir d’une hémiplégie légère du côté droit, causée par une congestion cérébrale qu’il avait eue à la fin de l’hiver. Etant déjà venu quelquefois à Plombières, M. D...., crut pouvoir se passer des conseils d’un médecin, et à des bains trèschauds et très- prolongés, il ajouta des douches aussi chaudes, très -fortes et prises principalement sur la nuque. Une nouvelle apoplexie fut le résultat de ce traitement, et je fus appelé pour soigner M. D . Des saignées générales et lo¬

cales, des sinapismes aux pieds, une diète sévère le rappelèrent à la vie. Lorsque je le jugeai en état de recommencer l’usage de nos eaux, je lui fis prendre des demi-bains tempérés, en ayant soin de placer à ses pieds un vase clos rempli d’eau plus chaude.

Aux bains j’ajoutai bientôt des douches sur les

extrémités inférieures; je revins plusieurs fois aux applications de sangsues, et je parvins ainsi à rétablir assez bien ce malade pour le mettre en état de marcher seul.

L’amélioration de sa santé aura sans doute été en augmentant, si, de retour chez lui, il a continué le traitement sévère que je lui avais prescrit et que nécessitait la gravité de sa position. Il est probable que, sans son extrême imprudence,

M. D . aurait obtenu de nos eaux une cure

radicale.

54e Observation.

M. X...., âgé de trente ans, d’un tempérament sanguin, nerveux, avait été guéri, en 1823, d’une maladie syphilitique, à l’aide d’un traitement mercuriel très-complet. En 1825, une petite tumeur d’un rouge livide se développa un peu au-dessus du nez. Cette tumeur laissait écouler , à la pression , un pus blanc et épais ; de légères frictions mercurielles la firent disparaître.

En 1826, M. X . commença à se plaindre de

douleurs ostéocopes à la partie supérieure et postérieure du pariétal gauche et à la bosse coronale du même côté. Bientôt, sur cette dernière région, se développa une exostose assez volumineuse et assez douloureuse pour empêcher le malade de porter un chapeau. A la fin de l’hiver de 1826 à

1827, à îa suite de vives contrariétés, M. X....: eut une congestion cérébrale , accompagnée d’hémiphlégie du côté droit. Les douleurs ostéocopes persistaient toujours au pariétal et au

frontal. Des saignées rétablirent M. X . , et

il prit beaucoup d embonpoint à la suite de cet accident. Mais la maladie des os n’ayant point fixé l’attention des médecins ordinaires de ce malade, non plus que les risques que lui faisaient courir son état de pléthore, une nouvelle congestion cérébrale eut lieu six mois après la première, mais elle fut plus grave.

Cette fois l’hémiplégie du côté droit était complète et accompagnée de perte de la parole, ce qui annonçait évidemment que la compression ne se bornait plus aux lobes moyen et postérieur de l’hémisphère gauche du cerveau, mais qu’elle s’étendait au lobe antérieur (1).

Les saignées locales, les dérivatifs sur l’estomac et les intestins ne faisant pas disparaître l’hémiplégie 5 on employa avec succès la strychnine. Cependant ses effets avantageux furent bornés, et M. X vint à Plombières. 11 bé¬

gayait encore, ne marchait qu’avec beaucoup

(1) Voyez l’excellent ouvrage du docteur Bouillaut, sur l'encéphalite. Paris, 1825, chez Mile Deîaunay , libraire , place de l’École-de-Médecme .

de difficulté, et son bras droit ne lui était d’au- » cun secours, quoiqu’il pût déjà le mouvoir.

Une application de sangsues à l’anus, des bains tempérés, des douches ascendantes, des douches descendantes sur les extrémités inférieures, de fréquens pédiluves, un régime doux et l’exercice, lui rendirent en trois semaines le libre usage de la jambe, du bras et de la langue: l’exostose diminua considérablement de volume: mais lors de son départ, M. X.... éprouvait encore les douleurs ostéocopes dont j’ai déjà parlé. Il était donc à craindre que la table interne du pariétal gauche ne s’exostosât, comme il semble que cela avait déjà eu lieu, ou que son inflammation se continuant dans l’encéphale, n’amenât bientôt de nouveaux accidens: mais si M. X.... a suivi le traitement sévère que nécessitait sa position , j’ai tout lieu de croire qu’il jouit aujourd’hui de la meilleure santé.

55e Observation.

Mme M.,des environs de Metz, âgée de quarantehuit ans, ayant passé iage du retour, d’un tempérament sanguin, très-grasse, avait eu, à la suite d’un grand chagrin, une apoplexie avec hémiplégie et paralysie, non pas de la langue , mais de l’organe cérébral générateur des mots. Venue à Plombières, qoatremois après son accident, je

lui fis une forte saignée, et elle ne pouvait ni marcher ni parler. Au bout de douze jours de bains et de douches, MmeM. pouvait déjà marcher seule dans la chambre, et elle avait retrouvé assez de mots pour pouvoir se faire facilement comprendre. Quinze jours après, Madame partit enchantée du mieux quelle avait obtenu, mais auquel ces quinze derniers jours n’avaient rien ajouté.

56e Observation.

M. de J., âgé de soixante-neuf ans environ, d’un tempérament éminemment sanguin, eut, au mois de janvier i832, une attaque d’apoplexie, à la suite de laquelle il eut une hémiplégie avec embarras de la prononciation. Il vintà Plombières l’été suivant; il marchait avec peine; son bras droit lui était complètement inutile ; il prit quarante bains et une trentaine de douches; je lui fis, en outre, deux saignées générales. A son départ, M. de J. marchait facilement : il pouvait, quoiqu’avec peine, mettre son chapeau sur sa tête, en se servant de son bras paralysé» L’année suivante, après un traitement pareil , M. de J. put assez bien écrire. Il est revenu cette année une troisième fois à nos eaux il les a quittées parfaitement rétabli.

57e Observation.

Minc *** vint l’année dernière à Plombières pour y prendre les eaux ; âgée de quarante-deux ans environ, encore réglée, mais peu abondamment, et d’un caractère très-irritable; elle avait reçu, un an auparavant, un coup violent à la partie antérieure de la tête. Au printemps suivant, à la suite d’un premier accès d’épilepsie, elle fut frappée d’apoplexie avec hémiplégie complète et perte de la parole. Lorsqu’on l’amena à Plombières, Mme *** ne pouvait pas sortir de son lit; elle était dans un état habituel de stupeur; nos eaux en demi-bains et en douches tièdes, quelques applications de sangsues et un régime doux, lui rendirent en un mois l’usage de la jambe, et rétablirent son intelligence sans lui rendre cependant la faculté de parler; cette dame passa l’hiver à Plombières ; elle eut, pendant ce temps, deux accès d’épilepsie, elle retourna chez elle au printemps suivant, sans que l’amélioration qu’elle avait obtenue le premier mois, eût fait de nouveaux progrès»

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