DU BAIN CHAUD
J’ai maintenant à examiner le mode d’action de notre eau thermale employée en bains chauds; ici encore cette action est double. Elle est le produit de la chaleur de l’eau et des substances qui la minéralisent; il faut donc, pour bien la comprendre, l’envisager sous ces deux aspects. L’eau chaude, appliquée à la surface du corps, l’excite d’autant plus que sa température est plus élevée et que la peau est plus impressionnable. La peau transmet cette excitation au cerveau, qui réagit lui-même sur les viscères, et notamment sur le cœur et l’estomac.
L’excitation que le cœur reçoit, dans cette circonstance, y fait affluer une plus grande quantité de sang; ce sang est porté principalement à la peau, dont il gonfle et rougit le tissu en en augmentant les sécrétions, en raison de son
affluence. Il a été puisé par le coeur, particulièrement dans trois organes qui, outre d’autres fonctions, ont encore celle d’être des espèces de réservoirs dans lesquels le sang s’accumule et reste à la disposition du centre circulatoire, pour les besoins extraordinaires de 1 économie.
Le foie, la rate et les poumons, débarrassés, par l’action du bain , d’une grande partie du sang qu’ils contenaient, et qui, simple dépôt, n’était point nécessaire aux fonctions principales de ces viscères, diminuent paria d’irritabilité, et lorsque cette propriété inhérente à tous les tissus vivans commence à s’accroître au-dessus du degré nécessaire à l’entretien de la santé, le bain chaud peut parer à cette exaltation morbide.
Les poumons et le foie éprouvent encore, dans ce cas, un autre effet bien avantageux du bain chaud sagement administré. Ils sont chargés, par la nature, d’extraire du sang, des produits désormais impropres à la nutrition (1). Ces pro-
(i) Les reins ont à remplir des fonctions analogues. Ils paraissent spécialement chargés de séparer du sang les substances trop annualisées , telles que le muriate , le phosphate d’ammoniaque , différens autres sels , et les élémens de l’acide uriqne , de l’urée , etc. La pathologie fournit les preuves les plus multipliées des étroites connexions qui existent entre les fonctions des reins et celles de la peau , des poumons , du foie et du tube intestinal. Espérons que
duits sortent brûlés des poumons sous la forme de vapeurs et de gaz, tandis qu’ils sortent du foie liquides et encore combustibles.
La sécrétion de ces produits exige nécessairement, de la part des poumons et du foie, une excitation, un travail proportionné à cette secrétion: mais cette excitation, ce travail, augmentent toujours l’exaltation morbide des tissus qui les éprouvent, lorsque ces tissus deviennent le siège d’une inflammation ; et le médecin qui parviendra à diminuer leurs fonctions dans ce cas, aura rempli une indication bien importante.
Pour y parvenir, lorsque les saignées, la diète et d’autres moyens de la thérapeutique n’auront pas été suffisaos, le bain chaud sera on ne peut pas plus convenable; car, en appelant le sang à la peau , il n’en débarasse pas seulement les poumons et le foie, il fait encore remplir leurs fonctions par un autre organe, par la peau, qui jouit de propriétés analogues aux leurs. En effet, il s’opère dans son tissu une respiration véritable, d autant plus abondante que le sang s’y porte en plus grande quantité. Cette respiration est la seule qui existe chez les animaux du plus bas étage. L anatomie comparée et l’anatomie pathologique
plus tard 1 anatomie comparée reconnaîtra les lois de ces rapports.
prouvent quelle est ordinairement en raison in» verse de la respiration pulmonaire et de la sécrétion de la bile, d’où il suit nécessairement que plus elle aura d’activité sans sortir toutefois de l’état physiologique, plus les poumons et le foie auront de calme. Faisons observer encore que la respiration cutanée , produit de l’acide carbonique comme les poumons, et une substance grasse comme le foie.
Que d’autres organes tels que l’estomac, les intestins, les reins, la vessie, les glandes lymphatiques, les nerfs ou les muscles, se trouvent aussi surexcités, le bain chaud pourra parer encore à cette exaltation morbide , en déterminant un afflux de sang à la peau, aux dépens de celui qui se portait en trop grande quantité dans l un ou l’autre de ces organes.
Remarquons ici que le sang, qui, sous l’influence du bain chaud, afflue daus le système cutané, ne lui est pas fourni seulement par le moyen de la grande circulation, par l’intermédiaire du cerveau et du cœur, il lui arrive encore des capillaires sanguins, qui l’avoisinent j ces capillaires obéissent aux seules lois de l’excitation : entièrement affranchis de la dépendance du cœur, ils portent le sang qu’ils contiennent partout où, dans leur voisinage, s’exercent des stimulations.
Indépendamment du sang que le bain chaud fait affluer à la peau, il paraît que les liquides, qui se trouvent dans les cavités viscérales et dans tout le reste de l’économie, peuvent encore, sous son influence, traverser les tissus qui les contiennent et se porter plus ou moins au dehors.
C’est sur cette loi qu’était fondé un des supplices de la torture: l’ingestion d’une énorme quantité d’eau dans l’estomac, eau qu’un feu ardent faisait évaporer en quelques minutes, par la transpiration, lorsque ce viscère, prêt à se rompre, faisait craindre aux bourreaux une mort trop prompte pour leurs victimes.
C’est en grande partie à cette propriété du bain chaud que l’on doit attribuer la constipation qu’éprouvent la plupart des malades , qui se baignent dans nos eaux, quoique chez plusieurs cette constipation reconnaisse encore une autre cause, ainsi que nous le verrons plus tard.
Indépendamment de tous ces phénomènes, le bain chaud en développe encore d’autres, auxquels il faut faire une sérieuse attention. La peau que nous avons vu tout à l’heure, par une véritable respiration, extraire du sang des substances brûlées (acide carbonique et eau) et combustibles (matière grasse de la transpiration), jouit encore, ainsi que nous l’avons également vu, de la propriété d’absorption, et elle l’exerce assez
ënergiquement, lorsqu’elle est plongée dans l’eau chaude, pour augmenter beaucoup la sécrétion de rurîne et la perspiration aqueuse pulmonaire.
Mais lorsque l’irritation morbide d’un organe est portée à un degré plus élevé que l’action sympathique de la peau sur cet organe, par l’influence du bain chaud , alors l’excitation produite par le bain peut se partager entre la peau et l’organe malade, ou bien, ce qui est plus malheureux , elle peut se réfléchir tout entière de la peau dans l’organe souffrant.
Le bain chaud, trop prolongé ou trop chaud, peut déterminer aussi une irritation morbide du cerveau, sous l’empire de laquelle le cœur, violemment surexcité, produit une congestion cérébrale ou s’hyperthrophie. Mais le médecin prudent sait éviter ces écueils ; il étudie la sensibilité des malades, et y proportionne la température du bain, dont il seconde l’action par tous les moyens que j’indiquerai plus tard.
Quelque énergique que soit l’action médicatrice du bain chaud, elle n’a qu’une durée plus ou moins bornée, à la suite de laquelle on éprouve généralement un sentiment de faiblesse proportionnée a l’intensité de l’action du bain; souvent cette faiblesse en contre-indique totalement l’emploi, alors que sans elle Userait le remède le plus convenable. Le bain chaud a un autre inconvé-
nient encore; c’est qu’a près sa durée il s’établit souvent une réaction des viscères sur la peau, réaction proportionnée à l’influence que la peau a exercé sur eux pendant le bain , et dès-lors nullité d’effets ou effets nuisibles.
Dans ces deux cas, que l’on ait à redouter la faiblesse du malade, ou la réaction des viscères sur la peau, après la cessation du bain, ne remplit-on pas les indications les plus positives, si l’on parvient à entretenir l’excitation de la peau, quand elle n'est plus plongée dans l’eau chaude? C’est le résultat que produisent les eaux minérales. Leurs sels absorbés par la peau y entretiennent une excitation durable, qui soutient et continue l’effet du bain , et produit souvent ainsi les cures les plus étonnantes.
Mais remarquons ici que des eaux très-minéralisées, employées chez des malades très-irritables, où chez lesquels l’affection morbide est trop ancienne pour qu’une forte révulsion puisse l’enlever instantanément, peuvent produire tous les fâcheux effets du bain chaud en pareilles circonstances , et seulement à cause de leur trop grande minéralisation; c’est pour cela que l’on disait autrefois de ces eaux très-minéralisées, quelles guérissaient ou quelles tuaient.
Les progrès récens de la médecine, progrès principalement dus à l’illustre Broussais, mettent
les malades et les médecins à l’abri d’une si dangereuse alternative; mais cette alternative n’est point à redouter à Plombières; les eaux n’y sont minéralisées qu’autant qu’il le faut pour entretenir l’action du bain; et si elles causent parfois des accidens, ce n’est point à leur degré de minéralisation qu’on le doit, mais seulement à la négligence que l’on a apportée à proportionner leur température à la sensibilité du malade; négligence que ne commet jamais le médecin éclairé et consciencieux.