‹ Du modérantisme ou De la fausse modération [microforme]Chapitre 15 sur 20 · SE UE · texte numérisé non relu

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Toutes les#ois que j'ai droit de parler des faits et gestes de quelqu'un, j'ai droit aussi de me servir des termes propres que la laugue que je parle me fournit pour in'exprimer ; c'est évi. dent. Je puis denc sans faire la moindre injure à ce quelqu'un, appeler de leur vrai nom ses faits et gestes et leur appliquer les qualificatifs voulus par les diverses circonstances qui les ont acompagnés, quelque disgracieux que soient ces noms et ces qualifi- Catifs. S'il se plaint d’être injurié en pareil Cas, 1] commet une injustice ou il fait preuve de simplicité. En effet, pour m'irterdire l’usage des termes que j'emploie dans des circonstances par, ticulières, il faut qu'on commence à s’interdire à soi-même de poser des actes qui les appelle nécessairement. Crier à l'injure, lorsqu'on à mal posé et qu'on a été photographié dans cette pose, ne signifie rien, car nul n’est ténu de repré”enter un personnage comme plus beau ou plus aimable qu'il ne s’est montré.

On fait de plus sonner bien haut la prétendue violence de langage à laquelle s'abandonnent plusieurs écrivains. Mais en quoi consiste la violence de langage ? C'est d’abord ce qu'il faut demander pour constater si les reproches adressés sont justes ou’ non. La viclence de langage consiste uniquement à user dans ses paroles d'une sévérité qui n'est pas en proportion avec la fau- *: commise, D'après cette définition, qui est la seule véritable, l'+ violents en paroles ne sont pas d'ordinaire ceux que l’on qualifie de la sorte, mais bien ceux qui se chargent de les admonester à vropos de modération et de charité.

La gravité de la faute commise dépend principalement de deux choses : de la matière en laquelle on pêche et de la malice avec laquelle on pêche. Il suit de là qu'on doit beaucoup plus ménager un adversaire quand il a tort en matière peu importante au fond, comme dans tous les cas où le dogme et la morale ne sont pas intéressés, ou quand ayant tort en matière très-iniportante même, il agit cependant avec une entière bonne foi, que quand il a tort en matière grave et qu'il est en même temps de mauvaise foi,

Combien done sont immodérés ceux qui, quand il est question d'intérêts purement matériels ou d'opinions parfaitement libres,

se ruent contre leurs adversaires avec autant 1e forée qu'ils peuvent en mettre dehors, et leur décochent les traits les plus acérés qu'ils tiennent en réserve ! Combien sont encore immodérés ces autres qui, en discutant avec des hommes de boune foi et honorables sous tous les rapports, les traitent comme des misérables et même comme les ennemis déclarés de la vérité. Ces excès sont. communs et cependant ils passent presque inaperçus ; preuve que la plupart des criailleurs qui recommandent la modération ne savent pas ce qu'elle est ou n'en prennent guère souci au fond,

Quant aux hommes dont les actes, les paroles et les écrits blessent la saine doctrine et qui sont de mauvaise foi, il est permis de les traiter avec sévérité, et même on le doit, Saint Jean. J'apôtre de la charité, nous défend même de les saluer : nec Ave ei dixeritis. Qu'on les démasque, qu'on les qualifie comme ils le méritent, qu'on les signale comme dangereux, qu'on leur réplique très-rudement parfois, ils n'ont pas à se plaindre. Les montrer tels qu'ils s'exhibent eux-mêmes, faire ressortir tout ce qu'il y à d'iuconvenant, de ridicule, de déloyal, d'odieux dans leur ma nière d'agir est de bonne guerre. N'ils prétendent à des égards, qu'ils s'en montrent dignes,

Ces hommes, d'ailleurs, provoquent à parler, et quand ils se savent approuvés et applaudis, 1ls ne trouvent pas mauvais qu'on parle d'eux, leurs partisans non plus, C'est donc à dire qu'euxmêmes admettent que leurs faits et gestes peuvent être appréciés, car là où l'éloge peut se faire entendre, le blâme le peut ausst, eu égard aux droits de la vérité qu'on ne peut jamais sacrifier. Qu'on élève done hardiment la voix contreeux et qu'on ne craigne point même de s'attaquer à leur réputation, s'il est nécessaire d'en venir jusques là pour les empêcher de séduire et de trompe la multitude, Ils crieront au zèle aveugle, au fanatisme, à l'abomination, à tout ce qu'ils s'aviseront de dire, afin d'avoir la paix. HEn même temps, ils signaleront comme affreusement excessif tout ce qu'on leur a dit de plus sévère, mais en faisant soigneusement abstraction des mille et une fredaines qui leur auraient attiré davantage, si l’on avait voulu procéder contre

eux selon toutes les rigueurs de la justice. Qu'on les laisse se

plaindre et crier ; ils souffrent un mal salutaire.

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