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trent rebelles ; les difficulté se multiplient ; la paresse grandit en proportion des obstacles, et finalement l'homme prononce ce triste mot : Vérités trritantes. Comment expliquer une contradiction aussi grossière ? I] y a là un mystère que Bossuet a magnifiquement exprimé quaud il a dit : L'homme déchu a peur de Dieu,
« Eh bien ! en un pareil état de choses, l’homme a besoin que l'on fasse entendre la vérité que son orguil redoute, Il s'irrite
vérités dogmatiques qui lui rappellent sa fin dernière et Je menacent, en Cas d’infidélité, de châtiments éternels : voilà justement les vérités qui doivent retentir à ses oreilles avec l'éclat du tonnerre. Il S'irritera : qu'importe, si à l'irritation succède le salut ? Le médecin se met-il en peine de plaire au malade si, en le contristant, il opère sa guérison ?.,...
(À celui qui nous parlerait encore de la nécessité de fuir les questions irritantes, nous demenderions si pour le même motif il ne serait pas expédient d'interdire au prédicateur les aastères vérités de la morale chrétienne Pour nous, rien ne nous semble plus inopportun qu'un pareil silence et plus irritant pour le Dieu dont la parole se trouve ainsi enchaînée, Quoi ! c'est au moment où le monde sabîme dans l'ionorance que les apôtres de la vérité conniveraient avec lui pour le priver du seul aliment qui peut le soutenir !
Mais n'y a-t-il pas réellement des vérités trop fortes pour les hommes de notre époque et ne devons-nous pas nous inspirer quelque peu de ce que dit l'opinion publique et avoir de la déférence pour elle ? A cela, le savant Jésuite répond :
« La vérité porte avec elle une grâce qui triomphe de tontes les résistances, Comme le soleil, elle vivifie tout ce qu'elle touche. Elle éclaire, elle échaufte. elle guérit ; elle brûle ; finalement elle s'impose et elle réone, Klle ne possède pas une moindre puissance pour s'introduire chez des hommes qui ne l'ont pas encore connue que pour reprendre sa place dans l'esprit de ceux
qui n'ont pas craint de la répudier, Mais, pour pouvoir s'impo.
-8er aux intelligences, il est indispensable qu'elle leur soit mani-
festée, et pour pouvoir reprendre sur elles tout son empire, il faut qu'elle leur soit révélée dans tout son éclat,
« D'ailleurs, est-ce que l'écrivain doit s'inspirer de l'opinion du publie ? Nous estimons, au contraire, qu'il est de sa dignité et de son devoir de former l'opinion publique. 77 doit la conduire et non pas se laisser conduire par elle. L'écrivain est le maître, le public est le disciple. La vérité divine serait-elle par hasard la seule école où le maître dût recevoir la direction de ceux qu'il est appelé à instruire ? »
On dit encore : Pourquoi ne pas temporiser ; Pourquoi refuser d'adoucir des vérités devenus trop dures pou: la faiblesse de notre temps ?
« La polémique chrétienne, répond le P. Montrouzier, n’a jamais, que je sache, refusé d'employer la douceur des formes et du langage, à la condition toutefois qu'il n'en résulte aucun détr?ment pour la vérité... Quant aux concessions et à la temportsation, il ne nous est pas permis d'y consentir. En effet, de deux choses l'une : ou la concession que vous prétendez faire consiste dans la négation formelle d'une portion de la vérité, où dans le silence gardé sur la vérité elle-même,
Dans les deux cas, la concession est une faute, si vous niez formellement une partie de la vérité, vous passez par là-même du camp de ses défenseurs dans celui de ses ennemis ; votre parole est menteuse et vous n'êtes plus qu'un faux témoin...
« La concession consiste-elle dans le silence ? Mais alors on retombe dans les déplorables conséquences que nous signalions tout-à-l'heure. C’est trahir la vérité que de la taire, lorsque les. circonstances en demanderaient la manifestation...
Avouons-le, ce silence à l'égard des vérités qu'il importe le plus d'affirmer, cette indifférence à l'égard des intérêts les plus graves et les plus menacés ne peuvent être considérés que comme le résultat d’un honteux marché entre l'écrivain et le public : l'écrivain sacrifie le droit de la vérité, et, pour prix de ce sacrifice, il reçoit, non pas de l'argent, mais de la popularité. Le marché n’est pas pour cela plus légitime ! ”
«Il y a encore, continue le P. Montrouzier, un autre argument, celui que l'on tire de l’adage populaire : Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire ; celui qui récemment a été formulé par
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un mot désormais historique : l'inopportunité. Ce mot. il est vrai, a eu un sort propre à faire réfléchir ceux qui seraient tentés de l’adopter encore pour leur devise. Il a reçu de l'autorité suprême de l'Eglise tout autre chose qu'une consécration, La définition que la sagesse humaine déclarait inopportune au pre mier chef, le Saint Esprit l'a jugée très-opportune,
« Ainsi toujours ou presque toujours nous trouverons des motifs de dire la vérité dans les prétextes mêmes qu'on mettra en avant pour nous persuader de la taire, C'est ce que Bourdaloue va nous faire comprendre :
« Suivant la belle et solide réflexion de Saint Augustin, le «libertinage ne demande point précisément d'être applaudi, « d’être soutenu et appuyé ; il se contente qu'on le tolère, et c'est (assez pour lui de n'être point traversé, ni inquiété. Quand « donc vous le laissez en paix, vous lui accordez tout ce qu'il «prétend. Avec cela, il ne manquera pas de prendre racine, et ‘sans avoir besoin d'un autre secours, il saura bientôt se fortifier «et s'étendre. N'est-ce pas de cette sorte et par cette voie qu'il «est toujours parvenu à ses fins ? Les ménagements de ceux «qui l'ont épargné et qui devaient le réprimer dans sa naissance, Cont été de tout temps les principes de son progrès... Voilà «ce qui à multiplié les schismes et les hérésies. De là l'obli- « gation spéciale et redoutable de ceux à qui Dieu semble avoir « donné plus de lumière et de capacité ; de là, dis-je, cette obli- «gation plus étroite qu'ils ont d'attaquer avec force les scandales » du siècle et leur couper court. »
€ Bourdaloue a raison. L'histoire atteste en effet que les hérésiarques les plus audacieux ne demandaient autre chose que le silence de leurs adversaires. Les Ariens ne prétendaient point que le concile de Nicée définit leur erreur : ils se bornaient à réclamer la suppression du mot consubstantiel qui la condam nait. Nestorius et Pélage se fussent déclarés satisfaits. si Saint Cyrille et Saint Augustin eussent été réduits au silence...
« Il pourra arriver que la farouche déclaration de la vérité ne produise pas les bons résultats qu'on s’en était promis ; elle pour-
ra même avoir de fâcheuses conséquences, Aurait-on pour cela
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e droit d’accuser d’imprudence les défenseurs de la vérité ? C'est Bourdaloue qui va répondre à cette question.
« Quoique le mal s’aigrit et s'irritât, vous auriez fait votre « devoir ; Dieu aurait sas vues pour le permettre ainsi ; mais l'in- « tention de Dieu ne serait pas que le mal qu'il voudrait per- « mettre fut ménagé et toléré par vous. Sans mesurer les cho
ses par l'événement, vous auriez toujours la consolation de dire
à Dieu : Seigneur, j'ai suivi vos ordres et j'ai pris le parti de “ votre loi.—Et certes, il ne vous appartient pas, il ne dépend « pas de vous, sous prétexte d'un événement futur et incertain, « de vous dispenser d’une obligation présente et assurée,
« F1 serait temps d'ouvrir les yeux et de comprendre enfin les leçons de l'expérience, Notre époque a certainement vu octroyer à l'erreur bien des concessions, et de tout genre: Qu'y a-ton gagné ? Loin de s'apaiser, les mauvaises passions se sont exaspérées chaque jour davantage. La vérité seule y a perdu. Elle a été complètement sacrifiée. Voici, du reste, sur ce point, un témoignage d'autant plus significatif cuil émane d'un écrivain plus modéré. En 1848, M. de Fall ordait ne question trritante, Si en fut. Il allait parler de | intolérance de l'Eglise par rapport aux hérétiques, et dans une éloquente préface, il disait
Personne ne professe plus que moi les opinions modérées, Je crois Ja modération un des caractères distinctifs de la « vérité, et [à violence une des ressources nécessaires de l'erreur ;
mais j'aimerais à préserver ma modération de faiblesse, et Je
ne connais pas de faiblesse plus manifeste que celle qui, en vue
de transactions et d'accommodements d'un jour, atténue la « moitié d'une vérité pour sauver l’autre. L'ennemi prend ce que vous lui sacrifiez et l'emporte dans son camp comme un
butin, sans se croire même tenu à la reconnaissance. Vous
êtes plus faible, il est plus hardi : voilà tout. « Mais on dit : Pourquoi toucher de telles questions ? Pour- « quoi s'expliquer sur un chapitre où l’on est bien décidé à ne
pas entendre raison ?—Je dis à mon tour: Pourquoi y a-t-l
un chapitre sur lequel un siècle raisonnable ne voudrait pas « entendre raison ? Pourquoi des idées qu'il serait interdit de
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« scruter ou de restituer sous leur véritable aspect ? Cela vient-il
uniquement de l'aveuglement de nos adversaires ? Cela ne « vient-il pas aussi de notre complicité ? Pourquoi une fausse « position dans la défense de ce qui ne comporte rien de faux ? « D'où provient, si ce n’est de notre propre faute, la nécessité de «ces précautions, la plupart du temps inutiles ? Qui nous dira le nombre et la mesure de ces connivences si lévères, prises une à une, et si lourdes quand il s'agit de les soulever en niasse, pour dégager quelque lambeau de vérité d'une oppression séeulaire ? Le fanatisme serait-il à tout propos reproché au catho licisme, si l'on avait pris plus fermement et de plus ancienne: « date le soin d'éclaircir ces matières. Nos adversaires n'ont
pas souvent plus de bonne foi que nous n'avons de courage,
XIT
Le P. Montrouzicr ne manque pas d'examiner, très-soigneunsement même, la question de la charité, question autour de laquel-
le on fait perpétuellement grand tapage, mais qu'on n'approfondit
jamais et dont on ne sait pas méme le premier not,
Après avoir rappelé que Pie TX, dans une allocution, a récemment dit aux écrivains catholiques qu'ils doivent respecter deux sortes de droits, également inviolables, mais souvent difficiles à concilier, les droits de la rérité et les droits de la ch ité, 1] se demande comment il faut S'y prendre pour les sauvegarder, Il trouve la solution de la question proposée dans les règles que les Papes, et notamment Benoit XIV, ont données aux consulteurs de l'Iu lex pour les diriger dans ia révision ét la correction des livres, règles qui par conséquent s'appliquent aux écrivains euxmemes.
Voyons d'abord quelle est la règle à suivre quand Ja matière des débats entre catholiques consiste en de pures opinions,
« La constitution So/licita de Benoit XIV, ditil, rappell: aux consulteurs de l’/ndex la recommandation de Clément: VIII en
— (76: ue
termes qui en font ressortir la gravité, « Plût à Dieu, s'écrie le « Pape, qu'à notre malheureuse époque de licence l'on ne vit ja. « mais paraître au jour des livres où les adversaires s'accablent
« mutuellement d'injures et frappent de censures flétrissantes des « opinions que l'Eglise n'a point condamnées ; où les écoles et | | « les opinions rivales sont indignement livrées au ridicule, sujet L | « de tristesse pour les bons. Ces luttes des catholiques qui se
« déchirent impitoyablement sont pour les hérétiques un vrai ji « triomphe et fournissent un trop juste prétexte à leur mépris. È « Nous ne pouvons assurément bannir toute discussion ; mais | « nous avons le droit d'exiger qu'en défendant son opinion un « écrivain se souvienne de Ja modération chrétienne, » Ê Maintenant comment faut-il procéder contre les hommes bien À disposés qui errent de bonne foi ? | « Benoit XIV veut que, dans ce cas, si l'ouvrage, d'ailleurs À fautif, d'un homme de bien, est pourtant susceptible de correc- | {ion, on ne manque pas de rechercher l'auteur pour l’inviter à Ê exécuter les corrections désirables, et que, dans ce cas, le décret Ë de prohibition soit précédé de la clause bénigne : : Donec corrigu- { tur. Encore même faudra-t-il supprimer le décret si, par de sa- k ges corrections, l'auteur expurge son livre et réussit en même Ë temps à fuire disparaître les exemplaires de l'édition incriminée. » Ë Enfin, que doit-on toujours éviter, quelque soient ceux que l’on a à combattre ? Benoit XIV va encore nous l'apprendre. À « Il est de la plus haute importance, dit-il, pour la tranquilité | « publique, l'édification du prochain et le maintien de la charité, | « que les catholiques bannissent de leurs écrits l'aigreur, la jalou- | « sie et les plaisanteries bouffonnes ; tout cela étant également | « réprouvé par les mœurs chrétiennes et méme simplement hon- « nêtes. C'est pourquoi les séviseurs, selon le devoir de leur « charge, séviront avec force contre de pareils écarts et ils ne à x manqueront pas de les signaler au zèle et à la rigueur des car- k « dinaux membres de la congrégation. » F
ti « Donc, conclnt le P, Montrouzier, il est expressément interdit de se permettre aucun propos sentant l’amertume, bien moins encore des paroles de haine et de calomnie...Cependant n’allons point
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