FORMES VARIÉES DES TUBERCULES
1 . Presque tous les tubercules débutent par une tache blanc-jaunâtre ou brunâtre , arrondie de la grandeur d'un grain de millet, ou d'une petite lentille, sans saillie et sans poils ; au toucher elles présentent moins de souplesse que la peau environnante, et elles sont souvent le siège d'une légère démangeaison.
Regardée à la loupe , la tache jaunâtre offre dans son milieu un point blanc arrondi , situé au dessous de Fépiderme aminci ; — la coloration blanche est plus prononcée dans le centre de ce point qu'à sa circonférence.
Quelques unes.de ces taches restent stationnai r< s pendant un temps très long, quelquefois pendant des années entières, mais d'autres font des progrès plus ou moins rapides.
Ces lâches se trouvent disséminées au milieu des autres altérations de la peau, on les voit isolées ou en groupe autour des tubercules les plus développés; — elles se rencontrent surtout à la tôle et sur la poitrine. (Pl. II, fig. 1 .)
2. D'autres taches diffèrent des précédentes par leur grandeur plus considérable , et par la saillie de leur centre , qui proémine d'une demi-ligne environ au dessous du niveau de la peau; — de plus , au lieu d'un seul point central , elles en présentent trois ou quatre, arrondis, inégaux en volume, et formant comme de petits îlots d'un blanc sale au milieu de la teinte brunâtre du reste de la tache.
Elles sont disséminées comme nous l'avons dit des précédentes, et affectent surtout le cou et la poitrine.
(Pl. II, fig.L)
3. Par les progrès de leur développement ces taches se transforment en véritables tubercules quelquefois arrondis, du volume d'un pois ou d'une noisette, présentant deux à trois lignes de diamètre, sur une ligne à une ligne et demie de hauteur; d'autres sont ovales et de la grosseur d'une fève, c'est à dire ayant de quatre à six lignes dans leur plus grand diamètre, deux ou trois dans le plus petit et une ou deux lignes de hauteur.
L'épiderme aminci et transparent qui les recouvre laisse voir la teinte jaune-brunâtre du tubercule, qui reçoit un aspect bigarré de la dissémination d'un
grand nombre (te points blancs sur son fond brunâtre; la dimension de ces points blancs varie entre celle d'une pointe d'épingle jusqu'à celle d'un grain de millet, et bien que serrés les uns contre les autres ils laissent pourtant entre eux de petits intervalles , qui présentent la coloration du fond.
Ces tubercules sont plus résistants que la peau environnante; cette fermeté est uniforme, et tout aussi grande sur les points blancs que sur le reste de l'excroissance, comme on le constate par la pression avec un stylet mousse et délié.
Au printemps de l'année 1 839 j'essayai de piquer etd'entr'ouvrir légèrement l'épiderme d'un tubercule sur un des points blancs, puis par une compression, qui était douloureuse quoique ménagée, je fis sortir sans écoulement de sang une petite quantité de matière sébacée qui constituait le point blanc, il diminua dès lors , et les points voisins du même tubercule qui n'avaient point été dépouillés de leur épiderme restèrent tout aussi apparents , quoique soumis à la même compression. Plus tard, c'est à dire pendant l'automne de la même année, cette expérience fut sans résultat , et ne détermina point une évacuation semblable, quoique la maladie ne parût en rien modifiée.
Ces tubercules se rencontrent surtout au cou et au dos, tantôt isolés, (Pl. t\,fig. 2) tantôt groupés deux ou (rois ensëmbïe, ils se Irouvent au voisinage des
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tubercules croûteux ou bleuâtres. (Pl. II fig. 8.)
4° Une autre forme de tubercules que Ton rencontre surtout au dos et au cou, se distingue des précédents par des sillons qui divisent la surface du tubercule, et lui donnent un aspect bosselé et lob uleux , ils sont flasques au toucber et présentent un fond bleuâtre, également piqueté de petits points blancgrisâtres plus disséminés que les points blancs des tubercules précédents.
Ces points piqués et comprimés ne laissèrent jamais sortir de matière sébacée , mais la piqûre provoque facilement un léger suintement sanguinolent dans le fond des sillons. (Pl. II , fig. Set A.)
5°. Le long de la colonne vertébrale on remarque d'autres tubercules ovales ou arrondis, de deux à quatre lignes de diamètre , et d'une demi-ligne de hauteur , qui se distinguent surtout par leur coloration noirâtre, et par l'absence des points blancs dont on retrouve pourtant quelques traces à leur circonférence. L'épiderme sillonné dans tous les sens semble faire corps avec leur substance; ils sont isolés , rugueux et durs au toucher.
G0 Les tubercules précédents deviennent de plus en plus secs et durs , et finissent par se conyerjir en une sorte de croûte noire dont la surface est divisée en petits polygones égaux déterminés par des sillons assez réguliers qui parcourent la surface de la croûte, sillons assez profonds pour laisser engager l'ongle,
qui ne peut alors parvenir à détacher ces polygones croûteux , tant ils adhèrent à leur base. — ( Pl. II, fig. G.)
Ces tubercules ne sont point indolents comme ils le paraissent ; en effet leur piqûre est bien plus douloureuse que celle des tubercules jaunâtres, et le sang s'imbibe lentement autour de la piqûre.
C'est surtout à la partie inférieure et moyenne du dos que ces tubercules se rencontrent mais en trèspetit nombre.
Ils persistent quelquefois un temps très-long dans cet état, mais par un travail latent une matière séropurulente est sécrétée , elle suinte par les sillons , recouvre bientôt le tubercule entier, et en se desséchant elle forme :
7° Des tubercules couverts de croûtes analogues à celles de Yimpetigo , mais plus régulières , elles sont adhérentes à leur périphérie , libres et évidées à leur centre , qui est rempli et soulevé par la matière purulente que sécrète la plaque tuberculeuse, tantôt creuse , tantôt un peu saillante. Ces croûtes rugueuses , inégales , impét gineuses persistent trèslongtemps , se sèchent de plus en plus , finissent par se détacher presque insensiblement sous forme de petites parcelles irrégulières , et laissent à leur suite une tache d'un brun plus ou moins clair, un peu rude et rugueuse, quelquefois semblable aux taches , qui sont les dernières traces, du psoriasis Ces taches
sont rares, car tous les tubercules précédents ne se desquammcnt pas comme nous venons de le dire. On en voit une très bien caractérisée dans la fosse sousépineuse droite , qui présente encore vers son milieu quelques débris de la croûte impéligineuse.
8" On trouve encore quelques croûtes d'un autre genre qui proviennent de la dessiccation immédiate des tubercules brun-jaunâtres; elles sont arrondies de deux à trois lignes de diamètre , et d'un quart de ligne de hauteur. Ces croûtes régulières , jaune-verdâtres , sèches et lisses , sont fort adhérentes , et sillonnées clans tous les sens par des lignes irrégulières qui forment un lacis manifeste, leur centre est un peu proéminent , et leurs bords se fondent insensiblement dans la peau voisine. ( Pl. II , fig. 5.)
Ces croûtes persistent longtemps dans cet état , mais à la longue elles prennent une teinte d'un jaune sale, les sillons s'effacent, leur aspect enfin se flétrit, et, comme les précédentes , elles tombent par parcelles irrégulières.
Une de ces croûtes , située dans la région sousclaviculaire, est entourée de plusieurs petits tubercules au deuxième et troisième degré de développement.
Toutes ces formes de tubercules et de croûtes que nous venons de décrire ne sont que les différentes phases d'une même altération cutanée dans ses diverses périodes (révolution.
Ainsi , les petites taches n" 1 d'un blanc jaunâtre , les taches élevées à points blancs n° 2, sont les prodromes.
Les tubercules brunâtres n° 3 parsemés de points blancs dont on pouvait exprimer la matière sébacée, voilà la forme élémentaire, parce que cette forme paraît être le plus haut degré du développement progressif.
Les tubercules bleuâtres et noirâtres, les croûtes noires et verdâtres , et les taches qui leur succèdent n° h — 8, sont des formes secondaires.
Outre les altérations enumérées, on observe encore trois formes bien distinctes qui ne semblent pas appartenir à la. même série.
\ 0 On trouve des tubercules charnus qui ne sont que des excroissances de forme ronde ou ovale , ayant trois ou quatre lignes dans leur différent diamètre; la saillie de leurs bords est à peine d'une demie ligne tandis que leur centre proémine d'une à deux lignes au moins. Leur surface , d'un rouge vif, lisse, luisante, est couverte d'un épidémie mince et tendu, qui devient parfois le siège d'une exlblialion très légère.
Ils s'isolent et s'élèvent brusquement de la surface cutanée , où leur point d'implantation est marqué par
de petites croûtes jaunes verdàtres , du volume de tête d'épingle, qui circonscrivent en forme de ceinture interrompue le tubercule rouge qui est le siège d'un prurit incommode. (Pl. II, fiy. 7.)
D'autres tubercules de la même espèce présentent moins d'inflammation , offrent à leur surface une desquamation furfuracée , mais n'ont point la ceinture des croûtes comme les précédentes. Ces derniers affectent le pli du coude gauche , tandis que l'un des premiers se fait remarquer au cou par sa vive turgescence.
2° Une autre forme de tubercules de trois à six lignes de diamètre , et d'un quart à une demi ligne de hauteur, présente une coloration gris bleuâtre sans piqueté blanc, une dépression centrale, des bords saillants et d'un rouge livide ; ils sont larges, plats, et irrégulièrement arrondis ; leur surface, lantôtinégale, tantôt nette et lisse, présente de petits lambeaux épidermiques qui adhèrent ou se détachent ; la peau à la base des tubercules présente parfois un certain degré d'inflammation, et par suite de petites gerçures, d'où suinte quelque gouttelette d'une matière séro-purulente, qui se concrète , et forme une série de petites croûtes comme des têtes d'épingle, qui circonscrivent le tubercule en tout ou en partie; dans quelques cas on peut détacher les lamelles épidémiques et la ceinture croûteusc ; alors la surface dénudée se montre plus lisse , tout en conservant la même coloration et
la même sécheresse , quelquefois elle est un peu humide, et Ton voit suinter une sérosité ternie de quelques pores entre ouverts. {PL II, fig. 8.)
Le grand tubercule du cou quenous avons décrit plus haut se rapproche beaucoup de cette forme.
Les tubercules en question siègent au cou et sur le dos, où ils se montrent tantôt isolés , tantôt agglomérés et groupés avec quelques tubercules brunâtres. — Ces tubercules sont le principal siège des démangeaisons qui forcent le malade à se gratter , d'où résulte l'inflammation cutanée à leur base.
3° De petites taches d'un ronge vif offrant tous les intermédiaires de volume depuis celui d'une tète d'épingle jusqu'à celui d'une petite lentille , {PL II , fig. 9) toujours parfaitement isolées, en petit nombre, se montrent disséminées , les plus petites sur le cuir chevelu et sur la poitrine , et les plus grandes sur le clos ; ces dernières seules font une légère saillie : ni les unes ni les autres ne pâlissent sous la pression même la plus forte , quoique elle affaisse celles qui sont proéminentes ; '■ — l'épiderme très mince qui les recouvre présente les mômes sillons que sur la peau normale. Elles sont indolentes en elles-mêmes et sous l'action des agents mécaniques ; — une légère piqûre pratiquée sur les plus grandes en fait suinter quelques gouttelettes de sang , ce qui ne change rien ni à leur coloration, ni à leur volume.