ET GIBERT
8. Bans \e Dictionnaire de médecine (1), en 25 vol., M. Biett, parlant de l'observation de M. Tilésius, dit :
« J'ai vu deux exemples analogues à l'hôpital Saint- Louis , mais les tubercules n'étaient point de la même nature que ceux qui ont été décrits par M. Tilésius 5 ils ne contenaient point de matière athéromateuse y ils étaient durs et consistants , et ne contenaient aucun liquide. J'avais encore sous les yeux un vieillard dont la peau était couverte de ces tubercules sans que sa santé eût jamais éprouvé la moindre altération.
J'ai observé une autre forme de molluscum chez quelques individus , et surtout chez des jeunes femmes à la suite des couches : elle consistait dans de petites tumeurs aplaties , fendillées légèrement à leur sommet, irrégulières, d'une couleur brunâtre ou fauve; ces tubercules aplatis et indolents étaient plus particulièrement répandus sur le cou. »
MM. Cazenave et Schedel , qui entre tous les dermatologues, donnent, dans leur ouvrage (2), la description la plus complète de cette affection , ajoutent
(1) Deuxième édition, t. XX, article Molluscum.
(2) Abrèijè pratique des maladies delà peau. Deuxième edit. Paris, 1838. Pag. 386.
aux détails précédents: « A l'hôpital Saint-Louis, dans les salles de M. Bielt, nous avons observé chez un malade affecté de prurigo senilis, une foule de petites tumeurs indolentes qui existaient en grand nombre sur différentes parties du corps. Lapins forte avait à peine le volume d'une noisette; d'autres étaient grosses comme de petits pois : elles paraissaient formées par une substance dense, fibreuse, la pression ne produisait aucune douleur. »
M. Gibert après avoir signalé brièvement cette affection dans son ouvrage (1) , cite le fait suivant :
« Il existait, en -1829, dans les salles de M. Bielt, un enfant âgé d'une dixaine d'années, ictérique et atteint d'hépatite et de splénite chronique avec tuméfaction énorme des viscères affectés (par suite d'une chute violente sur le ventre ) , lequel présentait sur presque toute l'enveloppe tégumentaire de petites tumeurs pisiformes, un peu plus blanches que les intervalles ( colorés par l'ictère ) qu'elles laissent entre elles ; dures , indolentes , et assez analogues pour l'aspect et la consistance , à ces petits tubercules crétacés, qu'on trouve quelquefois dans le parenchyme du foie. M. Biett pensa que celte affection cutanée devait être rapportée au genre molluscum de Bateman , fort rare dans nos climats , plus commun dans les Indes. »
(1) Traité pratique des maladies spéciales de la peau. Deuxième édition. Paris, 1839.
9. Au printemps de 1 839, j'ai eu l'occasion de voir à l'hôpital Saint-Louis deux femmes âgées de soixante à soixante-dix ans, qui avaient le corps couvert de tubercules fongueux (l). Si je voulais donner la description de ces tubercules , il faudrait répéter celle qui nous a été transmise par M. Tilésius.
La face, la tête, le cou, le tronc et les membres étaient criblés de ces excroissances morbides. Au bas de l'hypocondre droit, chez une de ces femmes , et chez l'autre au cou, un de ces tubercules avait le volume du poing et la forme d'unebesace . Tous étaien t rouges, et la plupart sécrétaient en petite quantité une matière séro-purulente , qui çà et là se concrétait en couches très-minces, et répandait une odeur. infecte et repoussante.
Toutes deux avaient depuis longtemps des flueurs blanches abondantes. Au dire de ces malades, aucun membre de leur famille n'avait été atteint de cette affection cutanée, et chez une d'elles elle n'aurait daté que de deux années.
Je n'ai pu recueillir de plus amples renseignements sur les antécédents, et toutes les circonstances qui auraient pu contribuer à éclairer la nature de celle
(1) Elles venaient de deux départements différents, cl n'avaient entre elles aucun lien ni de parenté ni de relation.
affection, parce que Tune de ces malades n'a fait que passera la consultation , et l'autre bientôt ennuyée de la vie de Thopital, retourna dans son village après un très court séjour dans le service de M. Manry.
10. On doit classer dans celte variété le mollus cum pendulum ( de Willan ) , que Baleman a figuré dans ses planches (1). Le porteur de ce molluscum, soigné par Willan, n'avait jamais, pendant toute sa durée, éprouvé aucun dérangement dans sa santé. (Pl.hfiff.M.)
RÉSUMÉ
1 1 . Nous sommes peut-être à la veille de voir les grandes réformes , qui doivent tôt ou tard s'opérer dans la pathologie cutanée; on s'est déjà convaincu que la cause efficiente de la fièvre typhoïde nous est entièrement inconnue , quoique les altérations pathologiques de la muqueuse intestinale dans cette maladie soient connues et décrites avec toute l'exactitude désirable. M. Magendie s'occupe de rechercher les circonstances qui donnent lieu à ces chan-
(1) Delineations of eut. diseases. London, 1817. In-4°. Pl. LX. Voilà les paroles de Bntcmnn :
« Molluscum pendulum. Tins drawing was procured by Dr. Willnn from a case wbicb ooeured under bis own observation. Some of tlic luherclcs were considernbly larger ibcn tbose included in tbc présent figure; yel like Ihe poor man of Mûblberg bc nppeared to suffer ncitbcr indisposition, nor matériel inconvenience. »
céments morbides, il examine avec rhabileté et le talent qu'on lui connaît, le sang de ses malades, et il faut espérer qu'il arrivera par ce moyen à éclairer la nature de cette affection , dans les cas au moins , où le système sanguin plutôt que le système nerveux , parait être le point de départ de la souffrance générale.
Aussi les dermatologues voient bien que, surtout dans ces derniers temps , ils n'ont guère fait que l'anatomie pathologique de la peau ; on a étudié les formes , on a divisé les maladies selon leur apparence ; mais quant à la connaissance intime de leur nature , quant au traitement rationel que Ton devrait leur opposer, on n'est guère plus avancé qu'aux temps les plus reculés.
Cependant , il faut reconnaître que la détermination rigoureuse des formes a incontestablement fait avancer la science sous le point de vue diagnostique, car d'après le seul aspect, on est arrivé à prononcer : si une certaine éruption s'est développée sous l'influence du virus vénérien, du vice scrofuleux, si elle est congéniale ou acquise , si elle appartient aux éruptions contagieuses, etc.
Quoi qu'il en arrive de la connaissance plus profonde de la nature des maladies de la peau, celle de leurs formes sera toujours nécessaire et aura toujours ses avantages, surtout dans les éruptions dans lesquelles l'altération do la peau est presque l'unique
phénomène qui annonce la maladie. Aussi faut-il que nous examinions comparativement les différentes formes sous lesquelles les affections décrites plus haut se sont manifestées.
42. Forme. — La maladie d'Amboyne décrite par Rontius, se manifeste par des tumeurs d'abord dures et comme squirrheuses , qui recouvrent une grande partie du corps , et sont souvent le siège de suppuralion et d'ulcérations profondes et rebelles.
L'affection cutanée décrite par M. Tilesius , la mycosis fongoïde d'Alibert, l'éruption mollusciforme de M. Rayer , le molluscum non contagieux de MM. Rateman, Riett, Cazenave et Schedel, sont pour la forme tout à fait analogues au mal d'Amboyne, et on peut tracer pour tous les signes caractéristiques suivants :
Ce sont des tubercules de la grandeur d'un pois jusqu'à celle d'un œuf de pigeon , quelquefois même du volume d'un ou de deux poings ; laplupart sont sessiles , quelques-uns sont pédiculés : — les plus petits présentent la coloration normale de la peau , et ne donnent lieu à aucune sécrétion morbide ; — plus ils augmentent de volume , plus ils deviennent rouges , bruns , livides , mous , et sécrètent une sérosité acre , visqueuse et fétide : d'autres fois , leur centre se ramollit , suppure , la peau se perfore , et dès lors un ulcère s'établit.