Siège. — D'après l'observation de M. Tilesius
et dans les deux cas que j'ai vu moi-même , les tubercules se rencontraient sur toute la surface du corps, mais surtout au cou, au tronc, à la figure et sur la tête ; ils étaient plus clairsemés sur les membres. — Dans les cas observés par M. Biett, le mal siégeait surtout autour du cou; — dans celui de M. Rayer, il occupait principalement la poitrine et le dos ; — et Alibert ne parle pas du cou , ni du tronc , mais plutôt des autres parties qu'il a vu être affectées dans le cas qu'il rapporte.
1 4. Durée. — Quant à la durée de la maladie et aux symptômes généraux, dans le cas de M. Tilesius elle dure toute la vie : à l'âgé de cinquante ans le malade languissant présente une accélération habituelle du pouls, et tous les mois, des exacerbations fébriles. — Le malade d' Alibert fut tourmenté pendant cinq ans de cette triste affection : la maigreur devint extrême , et il resta alité les sept derniers mois , avant d'être délivré à la fois de la vie et de ses souffrances. — Les autres observateurs nous disent seulement que la maladie fut chronique , sans préciser ni le temps de sa durée , ni les symptômes généraux qui l'accompagnèrent.
15. Causes. —Sous le rapport des causes , nous voyons la maladie une fois congéniale , c'est le cas , du malade de M. Tilesius, ses parents, ses frères, avaient toujours été exempts de toute affection eu-
lanée, et son enfant en fut à l'abri tant qu'il vécut.
Dans le cas d'Alibert, la mère a un ulcère chancreux à la figure , un de ses fils meurt à la suite d'une affection cutanée , l'autre est atteint de la maladie en question , mais seulement à l'âge de cinquante et un an ; la fille du malade , au su d'Alibert , n'a jamais contracte la maladie de son père.
M. Rayer voit se développer ce mal chez une femme atteinte d'un cancer au sein après la suppression des règles.
M. Biett observe ces tubercules sur des femmes en couche.
MM. Cazenave et Schedel , sur un homme atteint d'un prurigo sénile.
Bontius attribue l'origine du mal dans l'île d'Amboyne , à l'action du climat , de la mauvaise nourriture, etc.
Des faits jusqu'ici connus , il résulte que les hommes en ont été aussi souvent affectés que les femmes, et quant à l'âge , la vieillesse y semble plus spécialement disposée.
Les différentes circonstances auxquelles celle maladie semble devoir son origine sont trop dissemblables, les observations que nous en possédons sont trop peu nombreuses et trop obscures , de sorte qu'il faut avouer que son éliologie est encore couverte d'épaisses ténèbres.
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16. La nature de cette maladie nous est tout aussi inconnue que celle de la plupart des autres. Cependant, des observations jusqu'ici connues, il résulte :
Que la maladie devient endémique sous l'influence d'une nourriture, d'une hygiène , d'un climat défavorables à l'entretien normal des fonctions en général , de celles de la peau surtout.
Des poissons salés , des poissons et des viandes putréfiées , des légumes indigestes , ne peuvent pas donner un chyme qui ait les propriétés de celui fourni par des mets de bonne qualité; la température élevée, l'humidité des pays chauds situés au voisinage de la mer ont une influence toute particulière pour activer et altérer les fonctions du foie; ainsi un chyme détérioré vient dans le duodénum en contact avec une bile aussi altérée , de là résulte un chyle de mauvaise qualité, qui charie dans le sang ses principes vicieux.
Ce sang , déjà altéré , ne trouve dans les poumons pour s'y hématoser, qu'un air chaud , humide , imprégné souvent de vapeurs méphitiques , il n'est point vivifié par cet agent, et ne porte aux organes qu'un excitant impropre à continuer leur nutrition normale , nutrition d'ailleurs languissante dans les parties solides , sous le ciel brûlant des pays équatoriaux ; aussi les organes ne trouvant pas dans le sang des principes suffisamment a impassibles, ne le dépouillent pas en entier des principes qu'il leur transporte, ci
!a lymphe entraîne de no-iveau dans le torrent de la circulation tous ces pwgGigMBfl qui nom pas été assimilés.
Lanalure, pour débarrasser le sang de ses qualités hétérogènes se sert, entre autres émoncloires, de la peau, organe très étendu, et d'une texture moins délicate que la plupart des autres ; Faction élaboratrice du tégument externe est d'ailleurs favorisée par la chaleur et par l'humidité de l'air ; par une transpiration abondante, visqueuse, et très odorante, le corps exhale des matériaux , dont le séjour dans l'économie pourrait être nuisible. Mais quelquefois cette sécrétion normale augmentée ne suffit pas au but de la nature; le sang, chargé de principes nutritifs de mauvaise qualité, se porte de plus en plus à la peau, y détermine une nutrition morbide sous forme d'élevures , d'abord dures et petites , qui bientôt s'accroissent et se ramollissent , et dès lors la peau est hérissée d'une foule d'appendices, qui entrent en fonction, et sécrète une humeur visqueuse et fétide, pour suppléer à l'insuffisance de la transpiration normale (1).
(1) On se convaincra facilement que celte manière de voir est juste et conforme au travail de la nature, dans le développement des dermatoses aiguës ou chroniques; en effet, à l'état aigu elles sont toujours précédées d'un mouvement fébrile qui tombe ordinairement au moment où l'éruption paraît ; les affections cutanées chroniques, mêmes les syphilidcs, ont aussi leurs prodromes , qui se manifestent par des céphalalgies , un abattement général, de l'inappétence , du malaise, phénomènes qui diminuent cl disparaissent même complètement aussitôt que l'cruption a paru ; aussi il est Iris fréquent
Mais à la longue , la nutrition et la sécrétion morbides n'éliminent pas seulement les parties nuisibles à l'économie ; bientôt elles entraînent aussi les principes qui pourraient encore servir à son soutien; alors la nutrition des organes étant incomplète et insuffisante , toutes les fonctions languissent, tout l'organisme souffre et s'affaiblit, enfin des accès fébriles, l'accélération de la circulation sont les derniers efforts de la nature pour rétablir l'équilibre qui a disparu, et si l'art ne vient pas à son secours en temps opportun, l'excès de ses efforts accélère et consomme la perte du malade ; de même que le zèle aveugle du médecin , par des moyens poussés à l'excès , produit une cachexie , quand il n'avait pour but que de combattre une affection aiguë.
Telles sont les idées qui ont régné longtemps parmi nos devanciers, idées que l'anatomie pathologique a inconsidérément battues en brèche. Mais les anatomo-pathologistes actuels mieux avisés, et appelant la chimie à leur secours interrogent, le sang et les autres liquides comme le point de départ et le foyer d'un très grand nombre de maladies , et leurs
de voir la sanlé se maintenir parfaitement bonne , sauf l'affection cutanée , pendant de longues années, et les sujets qui en sont porteurs n'être atteints ni de rhumatismes , ni d'hémorrhoïdes , etc. , que l'on voit sévir quelquefois sur les autres membres de leurs familles. Les maladies cutanées , dans beaucoup de cas, doivent donc être considérées , jusqu'à un certain point, comme des procédés dépuraloires dont la nature se sert pour maintenir l'équilibre dans les fonctions du l'organisme.
investigations sans doute contribueront à diiiger plus sûrement les applications thérapeutiques.
Si Ton peut expliquer l'origine de cette affection Sous Tinfluence des circonstances que nous avons alléguées; comment concevoir son développement chez le fœtus comme dans le fait de M. Tilesius? — Certes , les conditions hygiéniques dans lesquelles vivaient le batelier et sa femme (les parents du malade) étaient loin d'être favorables; si par leur constitution robuste ils ont pu résister à leur influence, le fœtus semble avoir éprouvé leur fâcheux retentissement.
Le malade d'Alibert n'a vu se développer qu'au bout de cinquante-un ans la maladie, dont le germe lui semble être venu de sa mère ; mais les antécédents, les premiers débuts du mal, ne sont pas assez détaillés dans cette observation.
La diathèse cancéreuse avec la suppression des règles, l'innervation, et les fonctions de la peau exaltées dans le prurigo sénile,et après la parturition et probablement quelques dérangements matériels dans l'économie, semblent avoir déterminé l'explosion du mal dans les autres cas que nous avons cités.
17. Contagion. — Bonlius et Alibert parlent de l'analogie de cette maladie avec les affections vénériennes, et le dernier la classe parmi les dermatoses véroleuses; mais on ne peut rien préciser à cet
égard, car les deux observations que nous possédons n'éelaireissent nullement ce point de la question. — Remhardt et Lucas n'ont point transmis la maladie à leurs enfants; rien non plus dans les autres cas ne peut faire croire à la contagion du mal ; ce qui a engagé les pathologistes à établir la variété molluscum non contagiosum. Mais je crois que c'est à tort, car les auteurs cités se taisent ou ne donnent pas des détails précis sur les épouses des malades. Quant aux enfants, celui de Reinliardt a bientôt succombé; la fille de Lucas, il est vrai, n'a point été atteinte de la maladie « quoiqu'elle ait coupé l'épiderme flétri des tubercules de son père. » Mais ne sait-on pas que tous les individus ne sont pas aptes également, et dans tous les temps, à contracter le contagium.
De sorte que les deux observations un peu détaillées que possède la science laissent du doute sur ce point; il faut donc attendre de nouveaux faits, et ne rien préjuger.
En attendant tenons-nous-en à la forme : celte maladie est caractérisée par des tubercules sessiles ou pédiculés, ayant l'aspect des champignons, ce qui a conduit Alibert à lui donner le nom de mycusis fonyoïde.
Si l'on préfère le nom de molluscum pour désigner ce genre, il conviendrait de lui ajouter l'épithèle funyosuM, ce qui ne préjuge rien sur la nature
du mal; tandis que si Ton conserve la désignation de non contagiosum, le malade en toute sécurité croira pouvoir continuer son commerce habituel avec les personnes qui rentpurent, sans danger pour elles. Or, en raison de retendue de 1 affection, de sa sécrétion visqueuse et fétide, et du caractère d'acuité qu'elle prend quelquefois, il pourrait bien arriver qu'un individu facilement impressionable, qui dans ces circonstances se trouverait en rapport intime avec le malade, contractât son affection et devînt ainsi la victime d'une opinion erronée.
4 8. Diagnostic. — Le molluscum fungosum est facile à distinguer entre toutes les autres maladies tuberculeuses de la peau.
Dans Yéléphantiasis des Grecs le tubercule est caractérisé par une altération profonde de la couleur et de la texture de la peau qui devient épaisse, rugueuse , grisâtre , livide , ou brunâtre , analogue enfin à celle de l'éléphant ; le tact est aboli , les poils blanchissent et tombent. Or, rien de tout cela ne s'observe dans le molluscum.
Les excroissances syphilitiques , les condylômes , ont leur siège de prédilection sur les parties génitales, et dans leur voisinage, ou bien au point d'abouchement de la peau avec les muqueuses. Leur volume et leur extension sont très limités comparativement au molluscum.
Quant aux autres tubercules syphilitiques ils sui-
vent toutes les phases dè la maladie primitive dont ils sont les symptômes, et ils ne font. point précéder la destruction ulcérative des parties de leur hypertrophie morbide.
La forme particulière du Iramboesia, l'étroit espace dans lequel il se circonscrit, le feront toujours sûrement distinguer du molluscum.
19. Pronostic. — Si cette affection peut , jusqu'à un certain point, être considéré comme un effort salutaire de la nature pour rétablir l'équilibre rompu dans l'organisme (Voir le § 14) : il arrive malheureusement souvent qu'elle dépasse le but. Tant que le mal ne se manifeste que par des tubercules secs, l'économie n'en est point encore influencée; mais dès qu'apparaît la sécrétion séreuse , la suppuration et l'ulcération des tubercules, un retentissement funeste se fait sentir à l'intérieur, et détermine des accidents plus ou moins graves , si l'on n'y met promptement obstacle.
TUBERCULES ATHÉttOMÀTEUX«
Molluscum contagiosum de Bateman.
HISTORIQUE